| Le Dr Pauline Crête |
Parution: juillet 2004
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| La compassion n'a pas d'âge | |
| Par Sylvie Poulin | |
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Avec beaucoup de sérénité, de franchise et d'humour, le Dr Pauline Crête, omnipraticienne rattachée au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), avoue qu'elle n'est pas de celles qui ont toujours su qu'en la médecine résidait leur vocation. Au contraire, elle a appris à aimer cette pratique, et les raisons qui la maintiennent en poste sont solides. Elle aime rencontrer et aider les patients qui viennent la consulter au département de gériatrie de l'hôpital Saint-François d'Assise. C'est d'abord vers la recherche que se portent les rêves de Pauline Crête. En 1983, elle entame un baccalauréat en microbiologie à l'Université Laval, à Québec. Après un stage en biologie cellulaire au Dana-Farber Cancer Institute, à la Harvard Medical School à Boston, elle fait sa maîtrise en biologie cellulaire et moléculaire. Pour être à même de travailler à des projets intéressants, elle décide de parfaire ses connaissances et commence ses études de médecine en 1988, toujours à Québec. |
![]() Le Dr Pauline Crête |
Au cours de sa résidence, elle se découvre une passion pour l'aspect clinique de la profession. Le désir de faire de la recherche cède à celui d'exercer auprès de la population. C'est ainsi que le Dr Crête commence sa pratique en 1995, après l'obtention d'un diplôme de formation complémentaire en soins aux personnes âgées.
« De plus en plus, les étudiants en préclinique abordent la réalité de la gériatrie, soit lors de leurs différents stages, soit à l'externat, et ce, plus tôt dans le cours de leur formation médicale. Quant à moi, je me suis découvert des affinités avec ce type de clientèle, probablement à cause de mon tempérament calme. J'aime pouvoir prendre mon temps avec le patient et appréhender une vision globale de sa santé. »
Le Dr Crête reconnaît qu'elle a eu la chance d'être formée dans des milieux qui valorisaient la pratique auprès des personnes âgées. L'expérience qu'elle a acquise au cours des années lui permet d'interagir, d'être le lien entre les médecins de famille et les gériatres.
« Nous sommes plusieurs omnipraticiens à Québec à avoir ce type de pratique, plus axée sur la gériatrie. On nous appelle les médecins de deuxième ligne. Les médecins de famille nous envoient des patients pour évaluation gériatrique. Les cas plus complexes sont par contre dirigés vers les gériatres, considérés comme des ressources de troisième ligne. Mais de façon générale, une grande proportion des personnes âgées sont traitées par nous. »
L'équation est relativement simple pour les omnipraticiens qui demandent des consultations pour les patients dont le problème de perte d'autonomie est quelque peu difficile à gérer en cabinet privé. Ainsi, ces personnes ont accès à des médecins de deuxième ligne qui exercent en collaboration avec une équipe multidisciplinaire, à l'intérieur d'un service offert en hôpital de jour.
Un nid à Québec
Dès le début de sa pratique, le Dr Crête se retrouve en Beauce en tant que médecin responsable de l'unité de courte durée gériatrique (U.C.D.G.) au CH de Beauceville et à celui de Beauce-Etchemin. « Ce sont les hasards de la vie qui m'ont conduite dans cette magnifique région. »
Elle partage son temps entre les U.C.D.G. et le cabinet privé d'un collègue, qu'elle aide et remplace. « Je désirais faire un peu de médecine familiale, histoire de conserver mes habiletés en la matière. Cela s'ajoutait bien sûr à la pratique à plein temps aux unités de gériatrie. J'ai fait comme tous les jeunes médecins qui commencent: je n'ai pas calculé mes heures.»
Surviennent alors des changements dans les structures et des fusions de services. Le Dr Crête se retrouve ainsi avec une surcharge importante, tant en ce qui a trait au travail lui-même qu'aux gardes à effectuer. « On a assisté à des déplacements d'unités, le milieu a changé et les conditions de pratique également. » Un investissement colossal de temps et d'énergie qui ne lui laisse que quatre jours de congé par mois.
Devant ce constat, le Dr Crête désire fortement revenir dans la ville de Québec. Mais les ouvertures de ce côté semblent très limitées pour les quelques années à venir. Comme elle entend continuer une pratique gériatrique, elle opte pour l'U.C.D.G. de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal. « J'ai beaucoup apprécié l'équipe de Montréal, et je suis contente d'avoir exercé dans ce très bon milieu. »
Moins d'un an plus tard, un poste s'ouvre finalement dans la vieille capitale et elle revient faire son nid au CHUL, où elle exerce depuis 2000. En huit années de carrière, après quelques détours, le Dr Crête sent enfin souffler sur elle un vent de stabilité. « J'ai vu des milieux différents et j'ai beaucoup appris de chacun. Cette fois encore, je fais partie d'une très belle équipe et les conditions de travail sont très agréables. »
Le Dr Crête supervise les étudiants qui font leur stage en gériatrie. Elle raconte avoir été monitrice à quelques reprises pour de petits groupes lors d'ateliers en préclinique. « J'aime l'enseignement. Je garde l'esprit ouvert aux possibilités qui peuvent se présenter, totalement prête à inclure cette activité dans mon horaire de travail. »
Se permettre un rapprochement humain
Elle reçoit en consultation des patients en perte d'autonomie et procède à l'évaluation des causes physiques et mentales qui ont conduit à cet état. « Une certaine partie de la clientèle nous est confiée pour des problèmes de douleur ou des affections du système locomoteur. Il y a tout lieu d'entamer un programme de réadaptation dans ces cas-là. D'autres nous consultent pour des problèmes plus ciblés de perte de mémoire. »
Le suivi est ensuite assuré par le médecin de famille, mentionne le Dr Crête. « Il n'est aucunement question de se substituer à celuici. Nous sommes là pour offrir notre appui. Bien sûr, une telle démarche suppose une bonne coordination entre les deux praticiens. Il en va de même pour la relation que nous entretenons avec les travailleurs sociaux du CLSC. »
Selon elle, les médecins de famille se familiarisent de plus en plus avec une clientèle vieillissante. Les patients sont donc pris en charge dès la première ligne. Si besoin est, on les oriente vers une équipe comme celle dont fait partie le Dr Crête, où se côtoient infirmière, diététiste, ergothérapeute, physiothérapeute et éducateur spécialisé. « Chez nous, il n'y a pas de longues listes d'attente; nous avons un assez bon roulement. »
Le Dr Crête adore le contact que sa pratique lui procure avec la clientèle. « Avec les personnes âgées, on peut se permettre de se rapprocher davantage. Par exemple, si je pose ma main sur celle d'un homme de 80 ans, mon objectif est le réconfort. Il n'y a pas de quiproquo quant à l'intention derrière le geste.» Le contact physique et la démonstration de la compassion sont facilités dans ce contexte.
« Il y a une certaine familiarité qui est permise. Un commentaire de la part d'un homme de 89 ans peut me faire sourire, alors que je le jugerais tout à fait déplacé dans la bouche d'un autre de 49 ans. Je sais que je ne serai jamais amie avec les personnes qui me consultent, j'aurai toujours avec elles une relation de médecin à patient; mais la différence d'âge permet plus de chaleur dans nos rapports. Et cette situation m'accorde le droit d'être plus authentique, elle m'autorise un rapprochement humain avec ces gens.»
Le choix passif ou l'acceptation de son propre état
Bien que la plupart des femmes préfèrent consulter un médecin du même sexe, le Dr Crête n'a pas observé ce phénomène chez les hommes âgés. Pas plus qu'elle n'a constaté de différences entre les pathologies qui affectent les femmes et les hommes du troisième âge. « Lorsqu'ils sont âgés de 75 ans ou moins, je les trouve jeunes. Il est très rare qu'on m'envoie un patient de moins de 65 ans. Quand cela survient, on parle de "profil gériatrique". Mais ces patients sont habituellement orientés vers d'autres ressources de notre système de santé. »
La pratique du Dr Crête exige des compétences en matière de psychologie. « Quand on travaille dans un domaine en particulier, on acquiert des habiletés plus spécifiques et l'on est alors en mesure de mieux gérer les problèmes qui peuvent survenir dans ce champ d'action. Pour ma part, la perte de mémoire est l'un des aspects reliés au traitement des personnes âgées pour lesquels j'ai perfectionné mes connaissances. »
Le Dr Crête explique que ses patients atteints de démence, comme dans le cas de l'Alzheimer, ont une perception fausse d'euxmêmes. « Cela fait partie de la maladie. La personne se croit en meilleur état qu'elle ne l'est en réalité. Sa famille, son médecin, ses amis : tous veulent son bien. Mais tant qu'un patient n'est pas en danger et qu'il n'en est pas un pour lui-même ou pour les autres, il faut respecter ses choix, que l'on soit d'accord ou non avec les décisions qu'il prend.
« Il arrive parfois que l'évaluation du patient conduise à des conflits. Soit avec la personne ellemême, soit avec sa famille, qui a éventuellement une perception bien différente de l'autonomie de son proche. Dans ce genre de situation, il vaut mieux orienter l'individu vers un gériatre. »
Le Dr Crête doit également aborder des sujets délicats avec sa clientèle. « Lorsqu'arrive le moment de parler de sa mort avec le patient, cela n'est pas facile. Cependant, pour ces patients - assez âgés-qui sont satisfaits de leur vie parce qu'elle a été bien remplie vient le temps de l'acceptation. On appelle cela faire un choix passif, c'est-à-dire ne rien faire pour aggraver son état, tout simplement faire face avec sérénité à l'éventualité de son propre décès. L'anxiété est davantage ressentie à l'égard de la façon dont cela va se produire. Les gens âgés ont surtout peur de la perte d'autonomie, peur d'être "placés", d'avoir mal ou d'être un poids pour leur famille. »
Côtoyer ce type de clientèle nous confronte inexorablement à notre propre vieillesse. « Quand notre travail nous amène à traiter des problèmes attribuables au vieillissement, nous espérons secrètement que ce ne sera pas notre cas plus tard. Mais une chose est sûre, nous n'avons aucun contrôle sur cette situation, mises à part les bonnes habitudes de vie, ce qui est recommandé pour tous. Alors, j'essaie de ne pas m'en faire avec l'avenir.»
Des valeurs essentielles
Le Dr Crête admet que sa pratique nécessite une bonne dose de patience. « Il ne faut pas perdre son calme si le patient met quinze minutes à déboutonner sa veste de laine. » Comme partout et en toutes choses, le respect de l'autre est primordial. « Il faut être constamment à l'écoute des gens qui viennent nous consulter. Je crois aussi qu'il est essentiel d'être capable d'avoir une vision globale de l'état de la personne et d'aimer cette approche. »
Elle ajoute que la souplesse dans ses rapports avec le patient est indispensable. «Vous savez, nos patients ne respectent pas toujours nos consignes. » Elle dit qu'il faut savoir s'adapter, revoir les éléments du dossier et proposer des façons différentes de faire. Il faut solliciter la famille, lui demander d'apporter son appui et faire en sorte que chacun des proches collabore au mieux-être de la personne âgée.
Le Dr Crête adore sa pratique. Malgré les aléas de sa profession, elle entend bien continuer d'exercer encore longtemps au même endroit. Elle a pour objectif d'augmenter le temps consacré à l'enseignement clinique et à la formation médicale. Et la recherche dans tout ça? «Peut-être, un jour... Je ne dis pas non. On verra ce que l'avenir me réserve.» ]
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