| Le Dr Pierre Fournier |
Parution: juin 2004
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Carpe diem ou mettre à profit le jour présent |
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«J'ai grandi à l'époque des Drs Marcus Welby et Joe Gannon. Pour moi, la médecine présentait une image de prestige, était stimulante intellectuellement, spectaculaire, traitait de l'humain et de la science. Cela touchait plusieurs cordes sensibles chez moi. » C'est ainsi que le Dr Pierre Fournier, médecin généraliste au centre hospitalier Pierre-Boucher, explique son choix de carrière. En 1991, le Dr Fournier entame sa résidence en médecine nucléaire. Les aspects scientifiques et techniques de cette spécialité l'attirent. Il convient aussi, un sourire dans la voix, que « les ordinateurs, les boutons et la technologie font souvent vibrer la fibre masculine ». Mais devoir accrocher son sarrau et son stéthoscope lui pince le coeur. Presque trois ans plus tard, il réoriente sa formation... vers le programme de médecine familiale cette fois. « Je ne pouvais pas abandonner la pratique clinique. » |
![]() Le Dr Pierre Fournier |
Vous avez dit généraliste ?
Le Dr Fournier est d'avis que la médecine générale offre une grande variété dans la pratique, que les pathologies auxquelles le praticien doit faire face sont multiples. « Un bel éventail de carrières s'offre au médecin généraliste, dit-il. De nos jours, il faut bien admettre qu'il est plutôt difficile de définir ce qu'est un omnipraticien. C'était plus clair et plus vrai, il me semble, il y a trente ou quarante ans, quand celui-ci était le seul médecin du village. Aujourd'hui, se déclarer médecin généraliste peut signifier une multitude de possibilités. On a parfois affaire à un urgentologue, à un médecin hospitalier, à un obstétricien ou carrément à un consultant en assurances. Pour ma part, je considère que c'est justement ce qui fait le charme de la médecine générale.»
Le Dr Fournier assure qu'il n'a pas vraiment eu de surprises quand il a commencé à exercer, puisque pendant sa formation, sa pratique était essentiellement hospitalière. Cependant, son parcours professionnel est quelque peu différent de celui de ses confrères : « J'ai fait le contraire de ce que font la majorité de mes collègues. Après six ou sept années de pratique mixte (cabinet et hôpital), j'ai choisi de laisser le travail de bureau pour concentrer mes activités à l'hôpital. Et j'y ai trouvé ce que je cherchais. Parce qu'au centre hospitalier Pierre-Boucher, les généralistes sont la pierre angulaire de la médecine qui s'y pratique. » Depuis l'an 2000, donc, le Dr Fournier exerce à temps complet en milieu hospitalier.
Il souligne par contre l'inconvénient de ce genre de pratique : celui d'y soustraire tout un volet de pathologies. « C'est tout l'aspect prévention qui me manque entre autres. Bien sûr, à l'hôpital, on soigne les mêmes maladies qu'en bureau privé, sauf qu'elles sont en phase plus aiguë, soit parce qu'elles ont été négligées ou encore que le patient a joué de malchance. Une pneumonie demeure toujours une pneumonie; c'est dans l'intensité que réside la différence entre les pratiques. »
C'est cette intensité qui stimule tant le Dr Fournier, ce qui ne l'empêche pas de reconnaître l'importance de la pratique médicale à la clinique ou au bureau : « À mon avis, les médecins qui oeuvrent en cabinet et qui s'investissent dans une prise en charge complète de leurs patients font un travail remarquable, sans compter l'énergie nécessaire pour gérer tout l'aspect psychologique (et social) qui s'y rattache. »
Les petits bonheurs
À Pierre-Boucher, la salle d'urgence est divisée en deux. D'une part, les urgentologues reçoivent le patient et stabilisent son état; ils établissent un diagnostic et posent les premiers gestes thérapeutiques. Puis ils passent le relais au médecin du service d'observation et d'hospitalisation. Ce dernier assure la prise en charge du patient, s'occupe de l'investigation et du traitement du patient jusqu'à ce que celui-ci quitte l'hôpital.
Une cinquantaine d'omnipraticiens, dont quelques-uns seulement exercent à temps plein, composent cette équipe de médecins traitants. « Une fois que le patient est retourné chez lui, le sommaire de son dossier - qui comprend le diagnostic posé, les examens médicaux ayant eu cours et ceux à venir, la liste complète des médicaments donnés au patient et ceux prescrits pour après s'il y a lieu - est envoyé au médecin de famille du patient. »
Bien que le centre hospitalier Pierre-Boucher ne soit pas un centre universitaire, on y reçoit maintenant des résidents en médecine familiale. « C'est un avantage à ne pas négliger, car nous sommes grandement stimulés par ces jeunes qui arrivent. Ce sont eux, en partie, qui nous poussent à tenir à jour nos connaissances. Et ce sont eux qui nous soigneront peut-être un jour. »
Le Dr Fournier estime que la formation médicale continue est essentielle, qu'il en va de la qualité de la pratique médicale. « C'est la responsabilité de chaque médecin d'y voir. Sinon, au bout de deux ou trois ans, on est dépassé, pas nécessairement pour ce qui est du diagnostic, mais certainement pour ce qui touche au traitement.»
Pour lui, travailler quotidiennement au contact de spécialistes constitue une forme privilégiée de formation continue. « Parce qu'on apprend à la fois de façon formelle et informelle avec eux (à l'heure des repas, par exemple). J'ajouterai que l'un des aspects les plus séduisants de la pratique hospitalière est que les spécialistes que l'on côtoie tous les jours sont, pour plusieurs, non seulement des collègues, mais aussi des amis. »
Le Dr Fournier précise que « dans le large groupe que nous formons, chacun a des qualités et des aptitudes particulières. Pour ma part, je ne serais probablement pas un bon urgentologue de première ligne. Je suis un grand perfectionniste, et ce trait de caractère deviendrait vite incompatible avec le stress d'une urgence à haut débit. De la même façon, des confrères urgentologues m'ont assuré qu'ils ne feraient jamais mon travail parce qu'ils n'auraient pas la patience de prendre en charge les patients et de faire un suivi à long terme.
« Les échanges et le partage des connaissances entre confrères prennent alors une tout autre dimension. En milieu hospitalier, on bénéficie pleinement de la dynamique que génère une équipe de travail. Il n'y a pas autant d'interactions entre collègues lorsque l'on pratique en cabinet. Il faut être discipliné pour que notre formation médicale soit à jour et maintenir une pratique efficace et de qualité. »
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« L'écoute, l'empathie, le soutien psychologique sont plus que jamais demandés par nos patients. » - Dr Pierre Fournier |
À propos du modèle « biopsychosocial » de la médecine, le Dr Fournier pose un bémol: «Nous sommes d'abord formés et entraînés à diagnostiquer et à traiter la maladie. D'où notre maladresse, assez fréquente je crois, dans notre approche auprès de ces patients qui, malgré leurs symptômes et leurs plaintes, ne sont pas malades. De nos jours, poursuit-il, on considère de plus en plus la médecine comme une science et de moins en moins comme un art. L'écoute, l'empathie, le soutien psychologique sont pourtant plus que jamais demandés par nos patients. Ils ont besoin de "compassion sans prescription", disent nos collègues infirmières... »
Diviser pour régner ?
Le Dr Fournier est d'avis que l'évolution naturelle et progressive de la formation et de la pratique médicale s'est particulièrement accélérée au cours des dernières années. «Bien sûr, je ne peux pas comparer la formation donnée dans les années 1950 et celle d'aujourd'hui, puisque je ne les ai pas reçues toutes les deux. J'ai toutefois nettement l'impression que la féminisation de la profession a eu un impact positif sur la façon actuelle de pratiquer des hommes médecins.»
Il explique que les valeurs sociales et l'humanisme sont au coeur de la pratique des femmes médecins et que cela a modifié le visage de la pratique médicale. Famille et vie personnelle ne sont plus mises de côté nécessairement. « Pour plusieurs hommes médecins des générations précédentes, c'est la carrière qui figurait en tête de liste de leurs priorités. Si on remonte à il y a trente ans seulement, les familles comptaient plus d'enfants, avaient moins d'argent. De plus, les conditions matérielles étaient très différentes de celles que nous connaissons aujourd'hui. En arrivant sur le marché du travail, ces médecins se promettaient probablement d'offrir une vie plus confortable à leur famille, de bâtir quelque chose de mieux que ce qui existait à cette époque. Comme cela nécessitait de "l'huile de coude", le temps passé en famille était amputé au profit du temps consacré au travail.
« À cet égard, notre génération est probablement plus fragile. Nous avons grandi dans des conditions bien meilleures que celles qu'ont connues nos aînés, de sorte que nous avons été moins exposés à des exigences de tous genres. De façon générale, devenus adultes nousmêmes, nous cherchons à préserver et à améliorer encore davantage l'environnement dans lequel nous avons toujours évolué.»
Le Dr Fournier poursuit en expliquant que le fossé entre les médecins n'est pas dû seulement à la différence d'âge. « J'ai parfois malheureusement l'impression que ce sont des stratégies gouvernementales qui ont réussi à briser la cohésion qui existait entre les membres de notre profession, quel que soit leur âge, leur sexe ou leur type de pratique. Cela s'est fait tranquillement, au fil des années. »
La première scission serait apparue entre les spécialistes et les omnipraticiens avec deux syndicats distincts. «N'étant pas membre de la FMSQ, je ne peux me prononcer à ce niveau. Mais pour ce qui est des médecins pratiquant soit à l'urgence, en CLSC, en région ou à la ville, jeunes et moins jeunes, on note de plus en plus de frictions qui font penser aux guerres de clocher, où chacun se bat pour obtenir sa part du gâteau. Le groupe de professionnels que nous formons aurait avantage à s'unir afin de mieux se faire entendre et respecter, tant sur le plan social que médical.»
Dans les débats actuels qui secouent notre système de santé, le Dr Fournier cible une question qui demeure sans réponse. «Nous sommes capables de chiffrer au dollar près combien coûte, au Québec, le groupe des spécialistes, celui des omnipraticiens, celui des infirmières ainsi que celui des divers établissements. Les chiffres que nous ne voyons jamais, par contre, sont ceux relatifs à la gestion même du système de santé québécois. Je ne serais pas surpris si on m'apprenait que les budgets entiers de la FMSQ et de la FMOQ - et là je parle du salaire des 15 000 médecins en pratique dans la province - étaient inférieurs au coût annuel de gestion du système.»
Et il ajoute : « Beaucoup de gens vivent du système de santé au Québec. L'analogie est pourtant simple. Si vous investissiez dans un fonds de placement dont les frais de gestion étaient de 25 %, vous reconsidéreriez rapidement votre choix et changeriez votre façon d'investir... C'est la même chose en ce qui concerne notre système de santé. Il faudrait réévaluer l'ensemble de la machine, en commençant par ces nombreux dollars qui ne soignent personne !»
Réfléchir aux enjeux actuels de notre société, rechercher l'équilibre dans sa vie, le Dr Fournier s'y exerce au quotidien. Pas seulement pour lui, mais aussi pour construire un avenir prometteur à sa petite fille Juliette. À propos, saviez-vous que Juliette est le seul prénom en « ette » qui ait survécu aux années 1930 ? Parole de papa ! ]
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