| Le Dr Yves Bolduc |
Parution: juin 2004
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Beaucoup à faire, et le temps de tout faire |
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Natif d'Alma et diplômé en médecine familiale de l'Université Laval, Yves Bolduc avait décidé de commencer sa carrière par une année ou deux de pratique à Rouyn-Noranda. Il y est resté sept ans, à travailler au centre hospitalier et en cabinet privé, tout en faisant du dépannage à l'urgence de Kirkland Lake, petite ville située tout près, en Ontario. «J'ai adoré Rouyn-Noranda. C'est un milieu très agréable, où l'on trouve des gens fort sympathiques et professionnels. Je n'ai jamais connu de désagréments là-bas. La qualité de la pratique, l'environnement socioculturel, mon cercle d'amis : tout me convenait. Si je suis revenu dans mon patelin, en 1989, c'est simplement parce que mes proches me l'ont demandé.» Il compte au nombre des plaisirs de cette période de sa vie le fait d'avoir beaucoup travaillé en salle d'urgence, « facilement trente heures par semaine à Rouyn même et, pendant quatre ans, une fin de semaine sur deux à Kirkland». Mais il avoue aimer aussi intensément la pratique de bureau. « Pour moi, il ne s'agit pas de comparer, mais bien d'apprécier à leur juste valeur chacune des différentes pratiques. » Déjà coroner à Rouyn-Noranda de 1985 à 1989, le Dr Bolduc a repris du collier peu de temps après son arrivée à Alma, pour la région Lac-Saint-Jean-Est. « Les 40 à 50 cas que je vois par année m'occupent de façon raisonnable. Ce n'est pas une surcharge...» |
![]() Le Dr Yves Bolduc |
Lui qui déclare n'avoir jamais eu l'appel de la vocation est entré en médecine parce que la profession représentait à la fois une foule de possibilités de carrière et une mission humaine noble. « Je me disais, comme je l'ai toujours pensé pour tous les aspects de ma vie, que si ça ne m'allait pas, je m'ajusterais ou j'en sortirais. Ce n'était pas un choix du genre ça-ou-rien. Finalement, toutefois, la médecine est pratiquement devenue une mission personnelle. »
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« Plus les gens sont outillés par la formation, plus ils sont en mesure de remplir leurs mandats et d'atteindre leurs objectifs. » - Dr Yves Bolduc |
À laquelle s'est ajoutée une démarche en éthique et en organisation des services de santé. Le Dr Bolduc préfère cependant parler d'intégration plutôt que d'ajout. Dans son esprit, tout se tient. C'est ainsi que, dans un premier temps, il a suivi un programme de deuxième cycle en bioéthique à l'Université du Québec à Chicoutimi, par intérêt personnel (1998). Puis, ce fut une maîtrise en administration publique (ÉNAP).
Son goût pour la gestion s'était déjà manifesté alors qu'il siégeait au conseil d'administration du centre hospitalier Rouyn-Noranda, où il a aussi été chef du département de médecine générale et membre du CMDP. Ses qualités de gestionnaire ont également été nourries à Alma par ses fonctions à l'exécutif et à la présidence du CMDP ainsi qu'au poste de directeur intérimaire (permanent depuis 1992) des services professionnels du Centre Le Jeannois.
« Le goût de l'administration, ça signifie simplement que j'apprécie que les choses aillent bien. Et si on veut qu'elles tournent rondement, je crois qu'il faut mettre l'épaule à la roue.» C'est comme une seconde mission pour lui. Il se définit d'ailleurs sous ces trois chapeaux: clinicien, féru d'éthique et gestionnaire. «Pour moi, ce sont des domaines complémentaires, et chacun aide à l'amélioration des deux autres. C'est la clinique, cependant, qui occupe la majeure partie de mon temps: 75% en bureau privé et 25% à l'hôpital.»
Son cheminement de formation l'a amené à s'engager sur divers fronts. Il est président du comité régional de bioéthique du Saguenay- Lac-Saint-Jean, membre du comité d'éthique du Conseil de la santé et du bien-être du Québec, membre du comité d'experts du Centre de coordination nationale des urgences et président de l'Association des CMDP du Québec.
Organisateur-né et leader naturel, le Dr Bolduc assume toutes ses tâches par choix. S'il admet que «tout cela » lui mijote un horaire chargé, il précise aussitôt qu'il s'arrange pour coordonner ses nombreuses activités de telle sorte qu'elles se complètent et s'emboîtent dans son emploi du temps. Et que «tout cela » ne contrecarre aucunement sa capacité de garder une excellente forme physique et une très belle humeur!
Oiseau matinal s'il en est, le Dr Bolduc se lève vers 4h 45 et commence la journée par une demiheure de jogging (sur tapis intérieur) et par un programme léger de poids et haltères, après le déjeuner. Puis, il s'occupe de la «paperasse». A-t-il un document à rédiger ? Il se lèvera plus tôt pour le faire. «En fait, je joue avec mon horaire en fonction de ce que j'ai à effectuer. Mais ça ne signifie pas systématiquement des journées de 15 heures de travail. J'ajuste mes efforts selon que les périodes sont plus ou moins intenses.»
En gestion du temps, un principe veut que pour faire une chose, on prend le temps que l'on a. «Comme je connais beaucoup de gens, du fait de mes activités - qui sont par ailleurs complémentaires -, je consacre peut-être une heure à une tâche qui en demanderait trois à une autre personne. Par exemple, si j'ai besoin d'information ou d'un résultat maintenant, je n'ai qu'à téléphoner à la personne qui saura me répondre. Lorsque l'on mène de front plusieurs activités, il est important de faire affaire avec de bonnes équipes, tant sur le plan médical, administratif que secrétarial. Quand on travaille en équipe, on peut atteindre un meilleur résultat en investissant moins d'énergie.»
De quoi faire des jaloux
À Alma et dans les environs immédiats, pratiquement tout le monde a un médecin de famille, ce dont bien peu de régions peuvent se vanter. En pareille situation, pense-t-on à établir un GMF? «Mais oui! Nous progressons bien dans ce dossier d'ailleurs. La Clinique de médecine générale d'Alma (dont le Dr Bolduc est l'un des associés) compte onze médecins. Quand le concept des GMF est apparu, nous nous sommes dit : Tiens, ça fonctionne comme chez nous. On travaille en groupe, les bureaux sont ouverts la fin de semaine, etc. Tout était déjà là!»
Quant au Centre Le Jeannois - 128 lits pour une population de 52300 personnes -, il serait «à l'aise» du côté des effectifs. C'est que l'hôpital compte 44 médecins de famille, alors que le plan d'effectif en prévoit 47, et qu'il affiche presque complet également en ce qui a trait aux spécialistes. Au total, c'est l'un des centres hospitaliers les mieux fournis en personnel au Québec. Pour couronner le tout, observe le Dr Bolduc, tout se déroule bien dans cet établissement, ce qui facilite d'autant sa tâche de DSP.
Voici comment il explique les choses: «On a suffisamment d'omnipraticiens et de spécialistes. On les retrouve tous à l'hôpital. Et le travail est bien réparti entre eux. Il y a une bonne structure organisationnelle - les gens ne sont pas toujours en réunion. Dans le domaine administratif, l'équipe est très stable. Le climat de travail est excellent, très propice à la collaboration. C'est un ensemble de facteurs médicoadministratifs qui renvoient à ce que je disais plus tôt sur la complémentarité des activités : si on a une bonne organisation médicale, elle laisse les médecins faire de la médecine. Et si les médecins font un travail de qualité et coopèrent avec l'administration, celle-ci a moins de problèmes.»
Et quand survient malgré tout un problème? «Plutôt que de se mettre en mode plainte, on passe en mode solution. Ça fait une énorme différence! On s'asseoit ensemble et on repense les stratégies au besoin, comme on le fait au sein du comité d'experts du Centre de coordination nationale des urgences. Il suffit parfois d'un simple ajustement. Dans les cas où il n'y a pas de solution - et ça arrive! -, il faut simplement le reconnaître. Se disputer entre nous ou se plaindre ne sert à rien de toute façon.»
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« Le goût de l'administration, ça signifie simplement que j'apprécie que les choses aillent bien. » - Dr Yves Bolduc |
Le Centre de coordination nationale des urgences, justement, accapare une bonne part de l'emploi du temps du Dr Bolduc: «Nous travaillons avec les équipes de plusieurs hôpitaux pour améliorer leurs connaissances quant au fonctionnement des salles d'urgence et les accompagner concrètement au besoin.»
Un constat d'abord : l'urgence, c'est la vitrine du fonctionnement d'un établissement. « C'est pourquoi la solution du problème de l'urgence peut naître d'une amélioration de ce fonctionnement, par exemple par une meilleure gestion des lits de courte et de longue durée. À cet égard, je trouve que les établissements s'améliorent. On sent qu'il y a une volonté de mieux faire les choses. » Mais, précise le Dr Bolduc, la solution ne relève pas toujours de l'établissement lui-même : « C'est souvent dans l'organisation des services sur un territoire donné qu'on la trouve. Le comité d'experts du Centre de coordination a une vision très locale (hôpital par hôpital), certes, mais toujours dans un contexte régional qui tient compte des services offerts par les CHSLD, les CLSC et les cliniques médicales.»
L'ACMDP
L'Association des CMDP fait entendre la voix de ses membres auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, des établissements hospitaliers et d'hébergement, du Collège des médecins du Québec, des fédérations et des autres associations de médecins de la province, de l'Ordre des pharmaciens du Québec et de l'Association des pharmaciens des établissements de santé. La mission de l'ACMDP, que le Dr Bolduc préside depuis 2002, est avant tout de veiller à l'excellence des actes médicaux, dentaires et pharmaceutiques. Pour ce faire, l'Association offre de l'expertise, de la formation et des ressources qui favorisent l'acquisition des compétences médico-administratives nécessaires à la qualité des soins.
« En général, on nous fait confiance, affirme le Dr Bolduc. Notre virage formation y est pour beaucoup. Nous croyons que plus les gens sont outillés par la formation, plus ils sont en mesure de remplir leurs mandats et d'atteindre leurs objectifs, en dépensant sans doute moins d'énergie.» Avis aux intéressés: il peut s'agir d'un colloque sur l'éthique à l'hôpital, du traitement d'une plainte, de la gestion efficace des départements cliniques, du règlement des conflits, de la relation médecin-patient...
Malgré la charge de travail
Ses nombreuses occupations n'empêchent pas le Dr Bolduc de réserver une place de choix à sa vie privée. « C'est facile de dire que la nouvelle génération de médecins est différente de la nôtre et moins travaillante... Je l'entendais déjà quand j'ai commencé à pratiquer ! Mais si on comparait deux cohortes de 200 médecins à vingt ans d'intervalle, on en trouverait une certaine proportion qui veulent travailler comme des fous pendant un certain temps, une tranche qui met l'accent sur la famille, une autre qui veut voyager souvent, etc.
« Je suis persuadé que la génération d'aujourd'hui porte à peu près les mêmes valeurs et attitudes que la précédente, sauf qu'elle veut être mieux organisée et ne pas toujours tremper dans la médecine. À une certaine époque, être toujours disponible faisait partie de la vie d'un médecin. De nos jours, on se structure différemment. Par exemple, on travaille davantage en équipe. Et selon moi, ce modèle est plus viable que celui de la médecine en solo.»
N'allez pas confondre cette déclaration avec un manque d'ambition professionnelle. Le Dr Bolduc prend simplement les choses « une année à la fois ». Aux offres de promotion qu'on lui a faites jusqu'ici, il n'a eu qu'une seule réponse : « Quand je serai prêt, je le ferai savoir. »
Présentement, il préfère continuer à être là où il est, car il s'y sent bien. «Je demeure à Alma parce que j'y ai encore des défis à relever (quoique les choses se déroulent relativement bien). J'ai aussi des défis ailleurs. Le groupe des urgences et l'ACMDP, notamment, m'offrent toujours quelque chose de nouveau, comme l'occasion de découvrir les magnifiques paysages et les bonnes tables des régions du Québec, dit le Dr Bolduc en riant. Dans le fond, ce que chacun de nous veut, c'est se réaliser. Et moi, je me réalise beaucoup dans ces organismes-là.» Ce que confirmerait le profil établi au début de sa maîtrise en administration à l'ÉNAP: son angle de carrière principal, c'est le défi. «C'est-à-dire qu'il ne faut pas que je m'ennuie!» On s'en doutait. ]
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