| Le Dr Denise Gallant |
Parution: mai 2004
|
|
Avoir trouvé sa place |
|
|
|
|
|
C'est en écoutant sa grand-mère chanter les chansons de la Bolduc que Denise Gallant a commencé à les apprendre elle-même. «J'adore imiter la Bolduc. Je me suis vite aperçu que les gens aimaient ses petites chansons comiques. Ce qui les faisait rire aussi, et encore aujourd'hui, c'est que je turlute comme elle, presque avec la même voix. » La musique a toujours été importante dans la vie du Dr Gallant. Elle, qui s'est jointe à la chorale de sa paroisse dès les années d'école primaire, a toujours chanté. Ses aspirations profondes la portaient même vers une carrière musicale plutôt que médicale. |
![]() Le Dr Denise Gallant |
Par amour des traditions, le Dr Gallant est folkloriste à ses heures. Littéralement, puisqu'elle s'accorde du temps pour la gigue et le violon traditionnels. « J'ai bien dit que je n'attendrais pas ma retraite pour commencer à vivre. Je ne voulais pas que la médecine soit ma seule vie. Alors, j'ai plongé dans différentes activités depuis longtemps. Ces dernières années, surtout, j'ai réalisé combien c'était important.» Elle dit même, en riant, qu'elle n'aurait jamais épousé un médecin (son mari est charpentier).
Le violon avait la réputation d'être difficile ? Elle a voulu l'essayer et prend des leçons privées pour le moment. De plus, elle danse au sein de la Troupe des Quatre-Saisons depuis six ans, troupe qui donne des spectacles depuis septembre dernier. (Ça me change les idées !) Son tempérament artistique l'a aussi poussée à tâter de la poterie et de la peinture à l'huile. (Pour me détendre.)
Dans une veine bien différente, elle a fait partie (avant son entrée en médecine) pendant plusieurs années de l'escadrille des cadets de l'air, où elle avait atteint le grade de lieutenant. «Ça m'a permis de voir du pays, de participer à des camps d'été avec d'autres jeunes et de rencontrer des gens de toute la région atlantique. Après avoir suivi une formation en leadership, en Ontario, j'ai commencé à enseigner le sport aux nouvelles recrues. J'ai bien aimé ça. Cette expérience dans les cadets de l'air m'a beaucoup aidée à bâtir la confiance en mes moyens, à foncer dans la vie. »
La jeune Denise était déjà inscrite à une école de musique lorsque le revirement s'est produit, vers la fin de ses études secondaires. «Ma mère était infirmière. Je savais combien elle aimait les patients et adorait son travail. Ça m'a inspirée. Je m'imaginais un peu comme elle. Mais au fil de ma réflexion, j'ai décidé que ce serait la médecine. Je n'ai jamais regretté mon choix. » D'entrée de jeu, le Dr Gallant savait qu'elle choisirait la médecine familiale, elle qui aime un peu de tout. Surtout le contact avec les patients, précise-telle. «On devient presque un membre de la famille. On vit auprès d'eux, à travers leurs problèmes.»
Le Dr Gallant est rattachée à l'hôpital Stella-Maris-de-Kent, en médecine d'urgence et d'hospitalisation. L'établissement se trouve à dix minutes de son domicile (Bouctouche, Nouveau-Brunswick) et à peine plus loin du village où elle est née. La région regroupe environ 15000 habitants, dont au moins 60 % de francophones. Le Dr Gallant n'a jamais envisagé de pratiquer ailleurs, bien qu'elle ait fait ses études et sa résidence sous la houlette de l'Université Laval. «J'adore l'Acadie, les Acadiens et la culture acadienne.»
L'hôpital, qui compte 20 lits, accueille pourtant des cas d'urgence en quantité. « Par comparaison, l'hôpital Georges-L.-Dumont a reçu 51000 patients ces dernières années alors que nous en avons eu 37000. Quand j'ai débuté, nous avions des fins de semaine de 72 heures de garde sur appel. Puis, nous en sommes venus à deux gardes de 24 heures. Heureusement, depuis février, nous ne faisons plus que de 12 à 24 heures de garde par semaine. Cela est possible grâce à l'arrivée d'un nouveau médecin dans la région et à l'aide ponctuelle d'un médecin qui travaille actuellement à la réserve Big Cove. Ça nous permet de souffler un peu!»
Oiseau de nuit, le Dr Gallant accepte plus volontiers que d'autres les gardes de 18h à 6h. Le reste de sa semaine de travail -70 heures, c'est très courant- se passe au cabinet privé, de 7h 30 à 15h 30 environ. «Tant qu'on me laissera la santé et que je pourrai aider les gens, je n'y vois pas de problème.»
Les consultations en bureau privé font partie de sa pratique depuis le tout début. «C'est important quand on a une pratique rurale comme la mienne. À l'urgence, il n'y a pas de suivi possible; tandis qu'au bureau, je peux m'asseoir avec les patients, discuter avec eux. Il y a moins de va-et-vient, et les gens sont plus calmes. On les connaît là dans leur intégralité, pas seulement sous l'angle d'une crise ou d'un problème d'urgence. D'ailleurs, les bobos en cachent parfois d'autres, et c'est au bureau qu'on peut le mieux déterrer les vraies causes. Autrement dit, on peut s'occuper de santé globale.»
Son horaire chargé l'a obligée à abandonner les visites au foyer de soins Manoir Saint-Jean-Baptiste. Mais elle continue ses tournées dans une résidence pour personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, et elle siège au comité de placement des personnes âgées de la Régie régionale Beauséjour. Le Dr Gallant fait aussi partie depuis janvier 2003 du comité de direction de l'hospice Shediac inc., qui s'occupe de soins palliatifs à domicile. « En fait, parmi ma clientèle, il y a beaucoup de personnes âgées. Il s'agit pour la plupart des patients qui allaient consulter l'omnipraticienne que j'ai remplacée. Il semble que les gens âgés aiment qu'un médecin prenne le temps de les écouter. Elle était la seule femme médecin dans la région immédiate, et ils se confiaient à elle. J'espère que j'ai bien rempli ses souliers...»
Un hôpital à la maison
Le Dr Gallant est également la représentante du programme Extra- Mural auprès du conseil médical consultatif de la Régie régionale Beauséjour. « C'est une structure d'hôpital sans murs. Les soins sont donnés à domicile par des infirmières- cliniciennes, des inhalothérapeutes, des diététiciennes et d'autres professionnels de la santé "tinérants". Il peut s'agir de traitements intraveineux, d'administration d'antibiotiques, de chimiothérapie, de soins palliatifs, etc. Au besoin, si des problèmes surviennent, ils nous appellent et nous admettons les malades à l'hôpital. Le gouvernement est intéressé à favoriser le programme Extra-Mural, qui représente beaucoup d'économies sur le plan de l'hospitalisation en permettant de libérer des lits, ou du moins de les libérer plus rapidement.»
Le programme fonctionne très bien et il est très populaire. «J'y collabore depuis longtemps et je constate qu'il se développe constamment. Il y a toujours de nouveaux protocoles pour améliorer les soins à domicile. Ce programme comble un grand besoin. Les médecins ne sont pas assez nombreux pour fournir l'ensemble de ces soins à domicile.» Avec deux autres médecins et les infirmières-chefs des trois unités de la Régie régionale, le Dr Gallant joue un rôle d'expertconseil et voit à régler les situations problématiques. Elle assure en outre les liaisons entre tous les intervenants. « J'aime ça. Il faut quand même faire partie de certains comités quand on travaille en milieu hospitalier si on veut s'assurer que les choses tournent rondement.»
Au Nouveau-Brunswick comme au Québec, le recrutement et la rétention des médecins ne vont pas sans difficultés. «Nous en perdons régulièrement au profit de l'Ontario ou même des États-Unis. Il est certain que les médecins qui vivent dans de petites communautés ou des régions éloignées doivent travailler plus fort. Cela se répercute sur la vie de famille et la qualité de vie tout court. Pour certains, c'est trop difficile.» Dans le comté de Kent, affirme le Dr Gallant, la plupart des médecins n'acceptent plus de nouveaux patients. «Même un nouveau médecin affiche très vite complet, tellement la demande est grande. Malheureusement, ceux qui n'ont pas de médecin de famille s'en vont à l'hôpital...»
L'entrepreneurship médical
Le Dr Gallant est membre de la Chambre de commerce de Bouctouche. «Je suis moi-même entrepreneur privé, et je m'intéresse au développement économique de la région. Nous voulons attirer les investisseurs. Il est important que les médecins mettent aussi l'épaule à la roue, surtout quand on sait que les services de santé constituent un facteur de poids pour une entreprise qui envisage d'ouvrir de nouvelles installations quelque part.»
Les choses commencent à bouger, semble-t-il. La vocation touristique du pays de la Sagouine n'est plus à faire, les dunes de Bouctouche sont bien connues, notamment des Québécois, et puis les Acadiens sont chaleureux et accueillants, comme chacun sait. Pour sa part, le Dr Gallant ne part jamais en vacances l'été. «La plage est toute proche; il n'est pas nécessaire d'aller ailleurs. Il y a plein d'activités estivales le soir et les fins de semaine dans le comté de Kent, et j'adore aller écouter un jam ou un spectacle au pays de la Sagouine. Il se passe toujours quelque chose dans le coin.»
Cela dit, à moyen terme, le Dr Gallant aimerait mettre à profit son sens des affaires et lancer des entreprises dans le domaine de la santé, «puisque c'est mon expertise. Je voudrais offrir d'autres services à la communauté. Si je peux collaborer avec d'autres entrepreneurs, dans d'autres secteurs de développement, je le ferai avec plaisir. La prestation de soins au privé ne me rebute certainement pas si cela se traduit par un bienfait pour le patient. Il y a trop d'attente pour les services publics - au moins un mois pour un simple prélèvement. C'est pourquoi les gens de Bouctouche trouvent si commode que notre clinique possède son propre laboratoire.»
Le Dr Gallant parle ici de son partenariat avec le Dr Lise Langis et un homme d'affaires de la région dans la construction du Centre de santé Bouctouche, qui a ouvert ses portes le 1er mai 2002. «Jusque-là, mon bureau était situé en haut d'une pharmacie, à l'étage, et ce n'était pas commode pour les patients âgés. Alors, quand nous nous sommes associées, le Dr Langis et moi, nous avons tout de suite pensé non seulement à ce qu'il y ait davantage de places de stationnement, mais aussi à ouvrir des bureaux au rez-de-chaussée et donc plus accessibles, ainsi que des locaux pour les activités communautaires, qui se retrouvent dans un endroit plus tranquille que le centre-ville. Je pense que les gens sont contents de pouvoir trouver beaucoup de services au même endroit.»
C'est que le Centre a aussi pour locataires d'autres professionnels de la santé et possède un laboratoire privé. En plus des soins et services classiques, on y retrouve des spécialistes des médecines douces, notamment un massothérapeute, une diététiste et une psychologue. Et comme on sait que le Dr Gallant aime la musique folklorique, il a aussi été prévu que le sous-sol de l'édifice abriterait une école de musique (cours de violon et de gigue offerts à toute la communauté). «Je vais finir par coucher là! s'esclaffe-t-elle. Pour ma part, je crois que lorsque les gens peuvent rire et se changer les idées, ils oublient leurs problèmes. C'est bienfaisant pour leur santé physique, émotive et mentale.»
Les gens, observe le Dr Gallant, se montrent d'ailleurs plus reconnaissants du travail des médecins ces dernières années. Ils savent, parce que les médias le leur disent abondamment, qu'il manque de médecins et que certains partent pratiquer ailleurs. « Par exemple, la semaine dernière, une patiente m'a envoyé un bouquet de fleurs avec ce petit mot : "Je sais que vous travaillez dur, et je voulais vous dire que je l'apprécie". C'est agréable, d'autant qu'il est toujours plus facile de critiquer... Mais fleurs ou pas, savoir qu'on est apprécié donne un peu d'énergie pour continuer.»
Exercer en région rurale y est pour beaucoup, dira-t-elle encore. « Je pense qu'en ville, mon action serait un peu limitée. Ici, je peux être une personne-ressource plus complète. J'adore la médecine rurale, j'adore le contact avec les patients, et j'adore la médecine familiale... parce que je rencontre toutes sortes de gens et que je ne sais jamais ce qu'une journée sera. J'estime que je suis chanceuse d'avoir pu étudier en médecine et de poursuivre une carrière au service des gens. Je crois que je suis à ma place.» ]
|
|
|||
| Article précédent dans ce Bulletin | |||