| Le Dr Diane Lambert |
Parution: novembre 2003
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Veiller à la santé de tous |
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Ce n'est pas un hasard si le Dr Diane Lambert, de la Direction de la santé publique de Laval, femme énergique et volontaire, a choisi de consacrer ses efforts à l'amélioration de notre bien-être collectif. À l'âge de 12 ans, elle s'abonne à un périodique, une encyclopédie médicale pour la famille. Elle décide dès lors qu'elle deviendra pédiatre. « J'aimais étudier, le corps humain me fascinait, et je voulais travailler avec les gens, établir un contact avec eux. » Elle fait sa résidence à la Cité de la santé de Laval au début des années 1980. La Cité de la santé est alors un tout nouvel hôpital, moderne, axé principalement sur la médecine familiale. « Les généralistes y ont effectivement beaucoup de place. Ce sont des omnipraticiens qui assument la charge du département de pédiatrie tandis que les pédiatres agissent à titre de consultants. Je trouvais cette formule tout à fait intéressante et très originale. » |
![]() Le Dr Diane Lambert |
Le Dr Lambert raconte que lorsqu'elle a commencé sa carrière, elle a constaté à quel point le champ de pratique est vaste. Elle n'avait alors qu'une envie : explorer différents domaines de la médecine . « Fraîchement diplômé, on ne sait pas vraiment ce qu'est le travail au quotidien dans notre profession. On a acquis beaucoup de connaissances, on a fait des stages dans des départements spécialisés, mais on est parfois déstabilisé par un patient qui est simplement fatigué sans savoir pourquoi . Comme bien d'autres, j'y ai engagé des émotions, je ressentais beaucoup de compassion pour ma clientèle. Et comme eux, j'ai dû apprendre à garder une certaine distance. »
Elle commence sa pratique dans un centre d'accueil pour personnes âgées en perte d'autonomie. Elle est également médecin de famille à la clinique privée Lorraine, mais choisit rapidement de se joindre à l'équipe d'omnipraticiens au département de pédiatrie de la Cité de la santé. « J'ai toujours préféré la médecine hospitalière. »
Le contact privilégié
En 1989, le Dr Lambert délaisse la médecine générale au profit d'une spécialisation en santé des adolescents. « Comme généraliste, il n'est vraiment pas facile de se tenir à jour. On peut être rapidement dépassé par le flot de nouveautés dans tous les aspects de notre profession. J'ai préféré opter pour un domaine d'intervention plus limité, car je voulais m'y consacrer totalement. » Elle fait donc un stage de perfectionnement clinique en médecine de l'adolescence au département de pédiatrie de l'hôpital Sainte-Justine.
Pendant près de onze ans, elle assure une présence féminine auprès des adolescentes. « Une femme médecin attire davantage les adolescentes, qui consultent davantage que les garçons à cause des nombreux changements hormonaux qu'elles vivent. Les problèmes sont variés, et ce genre de pratique suppose non seulement un suivi médical, mais psychosocial également. »
La santé publique : un devoir moral
Entre-temps, parce que les besoins sont pressants, parce que les occasions se présentent, le Dr Lambert accepte de travailler à un premier dossier (celui de la tuberculose) à la Direction de la santé publique de Laval. C'est tout doucement que cet intérêt pour la santé collective, qui datait du temps de ses études, se transforme en véritable passion. « Tous les aspects reliés à la prévention m'intéressent beaucoup. J'aime le travail de réflexion sur la démarche à suivre et la synthèse des connaissances actuelles sur un sujet. Mais j'apprécie surtout que cela ait des conséquences pratiques dans la vie de tous les jours, quoi qu'en pense parfois le corps médical. »

Le Dr Diane Lambert et des enfants
du centre de la petite enfance La Cachette de Laval
Son rôle consiste à analyser un problème donné pour ensuite faire des recommandations quant à la prévention et au contrôle des maladies infectieuses. Les questions sont semblables d'un dossier à l'autre : quels sont les contacts du patient atteint, quels sont les modes de transmission et les risques de contagion, que fait-on avec les malades? Pour cela, elle s'attaque à la documentation existante, examine ce qui se fait ici et ailleurs.
Puis, peu à peu, le Dr Lambert accorde plus de temps à la DSP. On lui confie le dossier des maladies infectieuses dans les services de garde - un travail énorme. On pense ici aux cas de méningite, d'hépatite A ou de scarlatine. Avec des collègues, au sein du Comité de prévention des infections dans les centres de la petite enfance du Québec, elle est coauteure d'un guide d'intervention pour la prévention et le contrôle des infections. Elle assume la présidence de ce comité depuis janvier 2002.
Le Dr Lambert souligne que le Québec est bien en avance sur d'autres provinces en ce qui a trait à la prévention dans les garderies. Jusqu'à ce jour, trois guides ont été publiés. « Ce comité survit, il passe très bien l'épreuve du temps. Les membres assurent un suivi et répondent aux questions d'ordre pratique posées par les gens chargés de mettre en application les mesures suggérées. »
Cependant, les problématiques changent avec le temps. Au début des années 1990, il a fallu considérer l'émergence du VIH chez les enfants et l'impact de cette nouvelle situation dans le quotidien des services de garde . L e Dr Lambert a pris la responsabilité d'un groupe de travail sur ce sujet. Des recommandations québécoises ont été émises sur le contrôle et la prévention d'une épidémie.
Le Dr Lambert a aussi participé à l'élaboration de plusieurs documents destinés aux services de garde. Elle a agi à titre de consultante pour la Fédération canadienne des services de garde à l'enfance en 1995. Elle dit de ses mandats à la DSP : « C'est un travail colossal, mais qui est très gratifiant. C'est enrichissant. On sait qu'on a fait avancer les choses, que des mesures adéquates sont appliquées et qu'elles fonctionnent. Pour nous, voir s'améliorer la situation dans les garderies, c'est très satisfaisant. »
Malgré les nombreux débats qui ont cours dans tous les domaines de la santé, l'utilité de la DSP n'est pas remise en question. « En tant qu'omnipraticiens, nous participons à ce processus de questionnement sur le système de santé québécois. Il est clair que la société ne peut se passer du contrôle des maladies infectieuses. On n'a tout simplement pas d'autre choix que d'y travailler. »
En1999, le Dr Lambert co-rédige un autre document qui sera distribué à tous les médecins du Québec. Il s'agit d'un guide d'information et d'un protocole d'intervention à l'intention des intervenants en santé, conséquence de la déclaration d'un cas d'hépatite C.
Le Dr Lambert explique que les dossiers ne manquent pas à la DSP. « Pensons seulement au virus du Nil occidental. Il serait impensable de ne pas se préoccuper de son évolution au pays. » C'est d'ailleurs elle qui assume la coordination de ce dossier pour Laval. Elle ajoute que « les gens, de façon générale, s'inquiètent aussi du bioterrorisme (de la variole, par exemple). Mais même si l'on excepte ce type de menace, il faut savoir que nous faisons face à de nouveaux microbes, super résistants aux antibiotiques. » Aucun ralentissement n'est donc à prévoir dans cette sphère de la médecine.
Voyager, oui, mais en santé
En mai 2003, le Dr Lambert a obtenu une certification de compétence en santé des voyageurs (Certificate in Travel Health) de l'International Society of Travel Medicine. Elle est membre fondateur de l'Association pour la santé des voyageurs du Québec, laquelle offre des conseils aux intervenants auprès des voyageurs. « Les gens vivent maintenant de plus en plus vieux, et souvent en meilleure santé, ce qui leur permet de voyager. Nos recommandations sont émises pour les médecins de famille, qui reçoivent en consultation des gens qui partent à l'étranger ou en arrivent. » Un atelier du Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs destiné aux médecins est en préparation.
Les indications fournies par ce comité s'adressent également à ceux qui travaillent dans le domaine du tourisme, les agents de voyage. Le Dr Lambert participe à la formation des étudiants en commercialisation de voyages à Laval. Elle aime enseigner, voir à l'application pratique des conclusions et recommandations proposées. C'est aussi cela, faire avancer les choses.
La vigilance dans le sang
Le Dr Lambert est répondante régionale en hémovigilance pour la DSP de Laval, et ce, depuis l'année 2000. Mais c'est depuis bien plus longtemps qu'elle se préoccupe de cet aspect de la santé publique. Elle est la principale auteure de Avis de santé publique sur le contrôle des maladies transmissibles par le sang, dans le contexte d'un service de garde, paru en 1994.
En plus de collaborer au Comité de médecine transfusionnelle de la Cité de la santé, elle représente les DSP au Comité provincial d'hémovigilance. « Ce dernier est un comité-conseil auprès du ministre pour toutes les situations relatives au sang et qui peuvent présenter un risque. » Le Dr Lambert donne en exemple le virus du Nil. « Il est arrivé à New York en 1999. Depuis, il s'est promené. Et notez qu'il résiste à nos hivers! Alors, il faut vivre avec. Nous devons trouver un moyen de protéger les Québécois. »
Partager la connaissance
S'il y a une constante dans la vie professionnelle du Dr Lambert, c'est cette soif de connaître et de partager le savoir, cette énergie déployée pour la prévention en santé publique. Tout au long de sa carrière, elle a tenu à diffuser le plus largement possible les connaissances qu'elle a elle-même acquises, tout comme le fruit des réflexions auxquelles elle a participé.
Pendant près de dix ans, le Dr Lambert a assuré la formation en médecine de l'adolescence des résidents en médecine familiale de la Cité de la santé de Laval. Elle a aussi été responsable du stage sur les relations patient-médecin à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Elle a présenté et animé des ateliers lors de divers colloques sur la santé des voyageurs, notamment à la Third Conference on International Travel Medicine, tenue à Paris en 1993.
De plus, le Dr Lambert s'est vu confier la responsabilité de la formation sur l'hépatite C auprès des médecins et intervenants de la santé à Laval. Elle a également été très active lors des stages en santé publique des externes en médecine de l'Université de Montréal, de 1993 à 2000.
Un agenda rempli
Son travail la passionne, bien évidemment. Cependant, le contact direct avec les patients lui manque. Elle envisage de retourner à la pratique clinique dans un avenir pas trop éloigné. Pour l'instant, son horaire se déroule de jour, a v e c une garde d 'une semaine, 24 heures sur 24, une fois par mois. « Notre rôle en est un de contrôle des épidémies. Ainsi, s'il y a des cas de gastroentérite dans un centre d'accueil, il nous faut évaluer la situation, recommander des mesures spécifiques et voir à leur application. »
Dans son emploi du temps déjà fort chargé, le Dr Lambert a réussi à caser la poursuite d'études en épidémiologie. Ainsi, en mai 2003, elle compte obtenir un certificat en santé et voyages. Le Dr Lambert reconnaît que sa vie professionnelle a été, et demeure, très satisfaisante. « Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve; mais une chose est certaine, je ne m'ennuierai pas. »]