| Le Dr Isabelle Hébert |
Parution: octobre 2003
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La qualité en tout |
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Le Dr Isabelle Hébert est une femme qui s'appartient. Calme, déterminée, elle aborde avec dynamisme tous les aspects de sa vie. Née au coeur du Québec, à Drummondville, le Dr Hébert est diplômée de l'Université de Sherbrooke depuis 1998. Elle est spécialiste en médecine interne et a suivi, en 1994, un stage clinique en maladies infectieuses à l'Université de Montpellier. « Étant jeune, je voulais faire une carrière scientifique, mais je ne savais pas dans quel domaine: génie, médecine... J'ai même pensé devenir astronaute! », confie-t-elle en riant. Puis, elle ajoute : « C e n'était pas une idée farfelue, je pense que j'en aurais été capable. |
![]() Le Dr Isabelle Hébert |
« Finalement, je me suis rendu compte que je voulais être en contact avec les gens, en plus d'être une scientifique; j'ai donc choisi la médecine. Je voulais pratiquer à Sherbrooke ou sur la rive sud de Montréal. » Toutefois, après avoir été invitée à visiter quelques milieux hospitaliers, le Dr Hébert a choisi Chandler. Ce qui l'a frappée, « c'est à quel point les gens sont sympathiques, chaleureux et accueillants. À quel point ils s'entraident. Ce qui n'est pas nécessairement le cas dans d'autres milieux. »
Elle y entame déjà sa cinquième année de pratique. « L'environnement est exceptionnel! On est sur le bord de la mer, avec les plages et les grands espaces verts (le parc Forillon). » Au début, l'éloignement était difficile à vivre pour le Dr Hébert, qui allait « en ville » une fois par mois. Depuis la naissance de son enfant par contre, elle prend davantage racine à Chandler. « Quand on fonde sa propre petite famille, ça change la donne. Mes proches sont toujours aussi importants pour moi, et je les visite régulièrement. Mais maintenant, mon coeur est de plus en plus ici. »
Comme bien d'autres femmes, le Dr Hébert a pris un congé de maternité pour accorder à son fils la qualité de présence que requiert sa condition de nouveau-né. Cependant, ce congé n'est pas payé, contrairement à celui des médecins de famille. Le problème n'est pas simple quand il s'agit d'un médecin spécialiste. En effet, il semble y avoir une certaine réticence de la part du conseil exécutif de la FMSQ à accepter la notion de congé de maternité payé. « Pourtant, toute société devrait avoir la responsabilité de supporter les femmes qui ont des enfants. Ils sont les citoyens de demain... » souligne le Dr Hébert.
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« Les mentalités évoluent, en ce sens qu'on parle maintenant d'un congé parental, pour les hommes et les femmes. Les hommes veulent leur juste part, eux aussi, et c'est bien ainsi. » - Dr Isabelle Hébert |
Elle impute cette situation au fait que les décideurs de la FMSQ sont pour la plupart des hommes, suffisamment âgés pour que le congé de maternité ne soit plus pour eux une préoccupation actuelle. Heureusement, grâce au travail du Dr Mathieu-Millaire, qui a fait considérablement avancer les choses, le dossier du congé de maternité payé progresse. « Les mentalités évoluent, en ce sens qu'on parle maintenant d'un congé parental, pour les hommes et les femmes. Les hommes veulent leur juste part, eux aussi, et c'est bien ainsi. »
Cette préoccupation rejoint d'ailleurs l'ensemble des jeunes médecins. Ces derniers « ont pris conscience du fait que leurs collègues plus âgés n'avaient pas consacré assez de temps à leur vie familiale, personnelle et sociale. Une fois à la retraite, ils s'ennuient. Et cela pour deux raisons : ils n'ont pas pris la peine de mettre suffisamment d'argent de côté et ils n'ont pas de vie à l'extérieur du travail. » Le Dr Hébert réaffirme que les médecins, ces travailleurs autonomes, doivent prévoir financièrement leur retraite mais aussi s'organiser pour que cette retraite soit enrichissante à tous points de vue.
Et les jeunes médecins travaillent aussi fort que leurs prédécesseurs. « Les gens pensent que parce qu'on est en région, on a une meilleure qualité de vie. C'est vrai pour ce qui est de l'environnement; mais côté travail, c'est tout aussi intense qu'ailleurs . À Chandler, seulement trois des quatre postes d'internistes sont comblés. On pourrait travailler 48 heures par jour - les besoins de la population le justifieraient -, mais il faut savoir doser si on ne veut pas en arriver à l'épuisement professionnel.
« Les jeunes médecins consacrent du temps aux activités médicales particulières (AMP). Je parle ici de l'hospitalisation, de la gériatrie active, des urgences, des gardes, qui sont essentielles au bon fonctionnement d'un hôpital. Ils y investissent beaucoup d'énergie, ont souvent affaire à une clientèle lourde, travaillent avec acharnement... Ils méritent notre respect. »
Le Dr Hébert reconnaît d'autre part que des médecins peuvent décider de faire uniquement du bureau. « Dans ma région, toutefois, la majorité des omnipraticiens participent aux AMP; ils mettent vraiment l'épaule à la roue. C'est très motivant comme milieu de travail, et cela nous permet d'offrir un très bon service à la population. »
Cette façon qu'ont les jeunes médecins de concevoir leur qualité de vie personnelle et professionnelle semble avoir creusé un fossé entre les générations. « C'est toujours aux jeunes qu'on demande d'écoper pour les faiblesses du système. Ce n'est pas parce qu'on a cinq ans de pratique qu'on a moins de valeur et qu'on doit nous imposer toutes les choses qui nécessitent plus d'énergie, plus d'investissement, et qui sont moins payantes. C'est une solution facile pour les Fédérations que de mettre le fardeau sur les épaules des jeunes médecins, un fardeau qui ne leur incombe pas. »
Elle explique ainsi son adhésion à l'AJMQ. « Pensons seulement à la rémunération différenciée. C'est en réaction à cette mesure que l'Association a vu le jour.
« Il faut faire comprendre à nos Fédérations que les jeunes médecins ne se laisseront pas faire. Il manque d'argent dans le réseau de la santé, soit. Ce n'est pas une raison pour réduire notre rémunération. Il manque de médecins dans les urgences? Et hop! on vote une loi spéciale pour obliger les jeunes médecins à pratiquer à l'urgence. Ça n'a pas de sens. Il faut défendre nos droits! »
Un lieu de formation stimulant
Dans la vie des jeunes médecins, il y a donc des luttes à mener, mais il y a aussi et surtout des défis à relever. Concilier vie professionnelle et personnelle semble possible à Chandler. Pour le Dr Hébert, cela a signifié notamment un retour au travail progressif. « Je suis retournée au travail parce que je le voulais bien. Je n'ai pas senti de pression de la part de mes collègues, ni de la direction du centre hospitalier. Il y a beaucoup de compréhension et de respect mutuels. La marge de manoeuvre, ou la flexibilité dans l'horaire, est meilleure en région qu'en ville. Cela n'est pas lié à la charge de travail, puisqu'il y en a autant ici qu'ailleurs. Mais il est plus facile d'organiser les horaires, la communication étant souvent plus aisée dans un petit groupe. »
Le centre hospitalier de Chandler (CHC) compte 50 lits de soins actifs et 50 lits de soins de longue durée. Il y a, là comme ailleurs, des besoins à combler en omnipratique. L'équipe de médecins qui assistent les omnipraticiens est composée de spécialistes en médecine interne, en chirurgie, en gynécologie, en pédiatrie, en radiologie et en anesthésie. Des médecins itinérants (urologie, ORL) viennent aussi donner un coup de main. Le CHC peut se targuer d'avoir non seulement une très bonne équipe de médecins, mais aussi de bons équipements.
Le CHC est affilié à l'Université de Sherbrooke, qui y envoie stagiaires et résidents pour recevoir un enseignement clinique de qualité. « C'est un très bon milieu de stage clinique. On y voit beaucoup de pathologies diverses. Quand je suis arrivée dans la région, j'ai vu des cas assez impressionnants où la maladie avait évolué faute d'accessibilité à un médecin. Les étudiants sont accueillis dans un milieu stimulant et ils ont l'occasion de découvrir la Gaspésie. Bien sûr, on espère qu'ils reviendront s'établir dans la région. Mais Chandler n'échappe pas à sa condition de région éloignée. »
Enseignement, formation médicale continue, pratique médicale à l'hôpital et à la clinique de jour (qu'elle a fondée), recherche : voilà de quoi est composée la vie de médecin du Dr Hébert. « À la clinique, nous soignons et nous faisons de la prévention. Ainsi, nous offrons des cours aux patients diabétiques pour les informer de ce qu'implique leur condition et les outiller pour veiller à leur santé. Nous avons ainsi réduit le nombre d'hospitalisations. Côté recherche, c'est au Centre de recherche médicale spécialisée Baie des Chaleurs que je m'implique. C'est le Dr Richard Audet qui est l'instigateur de ce centre, où l'on effectue des recherches de phase III et IV. Quatre projets de recherche sont en cours. Avec les internistes du CH Maria, nous formons un groupe élargi qui travaille en étroite collaboration. »
Responsable de la clinique d'antibiothérapie, de même que des cliniques externes de spécialité, le Dr Hébert explique qu'elle a dû délaisser certaines tâches. Tout comme les autres internistes de Chandler, elle assume - sur un cycle de trois semaines - une semaine de garde et deux de bureau. Elle procède à des consultations, des suivis de dossiers, des examens en médecine nucléaire, des lectures d'électrocardiogrammes et de Holter. Elle tient à souligner le travail de ses collègues. « Ils sont très dynamiques. Notre solidarité commune et notre engagement font la force de notre groupe. »
Malgré quelques offres venant de « la ville » l'invitant à enseigner et à superviser un groupe d'étudiants, le Dr Hébert mentionne qu'elle donne priorité à sa famille et que son acceptation y serait conditionnelle. Sa passion pour la formation médicale continue est appréciée et reconnue. De même que sa passion pour la médecine interne. « L'interniste est à l'adulte ce que le pédiatre est à l'enfant en ce sens que la pratique est très variée. On peut être amené à oeuvrer en cardiologie, en pneumologie, en gastro-entérologie, en néphrologie, en neurologie... Le monde de la médecine interne est vaste. En région, notre pratique est encore plus intéressante parce qu'il n'y a pas chevauchement avec les surspécialités comme ce peut être le cas dans les grandes villes. Cela ne veut pas dire que nous allons au-delà de nos limites : pas du tout. Nous référons aussi des patients en surspécialité lorsque c'est requis. Il n'en demeure pas moins qu'à Chandler, la pratique est large. C'est en région qu'on a le plus de chance d'exercer la médecine dans toute sa splendeur et de relever l'ensemble des défis qu'elle comporte. Les patients se sentent moins ballottés également. C'est ça, la qualité de vie professionnelle! »]