Le Dr Annie Brochu
Parution: août 2003

Conjuguer ses passions


Annie Brochu est un jeune médecin. Elle exerce la médecine de famille depuis six ans à peine, et elle est actuellement rattachée à l'hôpital Saint-François d'Assise, à Québec. Originaire de cette même région, diplômée de l'Université Laval, le Dr Brochu a toujours voulu travailler dans le domaine de la santé. Jeune, elle voulait devenir infirmière, mais son entourage l'a plutôt encouragée à utiliser son magnifique potentiel pour devenir médecin.

Elle a d'ailleurs reçu des distinctions soulignant ses capacités : Médaille du mérite scolaire du Gouverneur général du Canada (1989) pour la meilleure moyenne au cégep, et Prix du Gouvernement français pour la meilleure moyenne générale en préclinique à l'université (1993). Le Dr Brochu explique sa passion pour la médecine par le fait que, comme bien d'autres enfants uniques et aînés de famille, elle a toujours voulu prendre soin des autres. Voulait-elle sauver le monde? « Il y a un peu de ça », reconnaît-elle.


Le Dr Annie Brochu

Elle a d'abord travaillé durant trois ans au Centre de santé des Etchemins, qui comprend un CLSC et un centre de soins prolongés. « Si on ne peut qualifier Lac-Etchemin de région éloignée, il n'en demeure pas moins qu'on a affaire à une région plutôt rurale. » Ainsi, en plus des gardes, le Dr Brochu effectuait des visites à domicile et, parallèlement, participait à l'enseignement clinique aux résidents de médecine familiale. Elle a de plus été présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du centre de santé pendant deux ans.

« La pratique en région est très intéressante, dit-elle. L'équipe étant plus petite, il est plus facile de tisser des liens et de communiquer avec ses collègues et les infirmières. Et la connaissance des dossiers par chacun des intervenants a pour effet d'améliorer la qualité des soins au patient, d'assurer une continuité dans l'intervention. En région, le médecin de famille est vraiment l'intervenant de première ligne de bout en bout. » Cela ressemble fort à ce qu'on attend des GMF, non? « Oui, c'est effectivement ce qui se vit au quotidien. »

Parlant de la pénurie de médecins dans les urgences et en région, le Dr Brochu croit que le véritable enjeu est la répartition des effectifs. Elle trace un parallèle entre le nombre de médecins actifs et les hôpitaux auxquels ils sont rattachés : « Statistiquement, ça va, mais pas en regard du territoire. C'est une situation qui demande à être corrigée. »

C'est en 1999 que le Dr Brochu revient à Québec et se joint à l'unité de médecine familiale de l'hôpital Saint-François d'Assise, en tant que médecin désigné aux urgences mineures. « Il faut dire que les horaires étaient plus légers qu'à Lac- Etchemin, au début du moins. Parce qu'il est très facile de se laisser prendre au piège du temps, dans l'engrenage de sa passion. Au fil des jours, des mois, on intègre une nouvelle tâche, puis une autre, on accepte de nouveaux patients. Et je me suis retrouvée surchargée à nouveau. »

On voit le portrait : gardes à l'urgence, hospitalisation et suivi des dossiers de patients de médecine familiale, supervision de résidents et projets d'évaluation de la qualité de l'acte auprès d'eux. C'est un aspect de sa profession qui la passionne. « J'aime l'enseignement aux résidents, mais aussi aux patients, ce qui leur permet de prendre leur santé en main. » L'aspect prévention est d'une importance capitale dans son esprit. Pour le Dr Brochu, la vulgarisation compte énormément et elle s'applique à rendre les notions compliquées accessibles à tous.

Le Dr Brochu a également fourni un apport à la chronique « Critique et pratique » de L'Actualité médicale sur la médication post-électrochocs dans le traitement de la dépression (septembre 2001). C'est dans cette optique bien terre-à-terre qu'elle s'occupe des résidents, les guidant dans leurs recherches, discutant et validant leur évaluation des patients.

Tout compte fait, ses préférences professionnelles vont au suivi des patients « parce qu'il y a ce côté gratifiant de faire avancer les choses », et à l'intervention aux urgences « car on a l'impression d'être utile, immédiatement ».

Le Dr Brochu a choisi la médecine de famille en dépit d'un intérêt marqué pour la pédiatrie et la médecine interne. « Pour avoir plus de liberté dans la carrière », avoue-t-elle. C'est que la médecine de famille permet plus facilement d'adapter son « profil d'emploi » aux besoins qui se dessinent dans la vie personnelle. Être médecin de famille, c'est avoir un travail varié, c'est pouvoir vivre au rythme effréné des urgences ou choisir une pratique privée avec un horaire plus léger. « Par exemple, les pédiatres et les internistes sont souvent rattachés à un hôpital, et leurs horaires sont moins flexibles à cause des gardes et de la surcharge de travail. » Son choix professionnel a été déterminé en partie par cet aspect important qu'on appelle « qualité de vie ».

En effet, le Dr Brochu fait partie de la nouvelle génération de médecins qui essaient de mettre en pratique les recommandations qu'ils font à leurs patients : vivre une vie personnelle et professionnelle plus équilibrée. Selon elle, « la nouvelle génération de médecins est plus soucieuse de protéger cet équilibre ». Abordant cette question dans une perspective historique, elle précise qu'auparavant, « la plupart des médecins étaient des hommes qui passaient peu de temps à la maison, mais dont les épouses assumaient cette part de travail importante qu'est la vie domestique. C'était probablement plus facile pour eux de se donner entièrement à leur carrière. Mais ce que je dis là n'a rien de bien nouveau...

« Maintenant, reprend-elle, la vie est différente. Les deux conjoints travaillent, souvent 70 heures par semaine, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour la famille, ni la vie de couple. De plus, en tant que femme, je peux vous dire que nous avons une réalité différente. Le fait de vouloir des enfants, et d'en avoir, complique et surcharge un horaire déjà bien rempli. »

Mère depuis le début de 2002, le Dr Brochu sait de quoi elle parle. Une nouvelle passion habite dorénavant sa vie : son fils Thomas. De retour au travail après un congé de maternité qui se terminait en août, le défi qui l'attendait consistait à réduire son horaire pour pouvoir consacrer plus de temps à sa famille. C'est aussi la raison pour laquelle il n'y aura pas de pratique privée ni de projet de recherche clinique pour le Dr Brochu dans un avenir prévisible...

La médecine de famille n'a pas déçu le Dr Brochu. À l'unité de médecine familiale où elle exerce, il y a déjà une pratique de groupe qui rend le travail très stimulant. Mais il y a un hic : « Quand tu décides de devenir médecin, tu n'envisages pas le côté plutôt détestable de la paperasse. Tu penses davantage à l'acte médical comme tel. Bien entendu, il faut s'occuper de cet aspect administratif des dossiers et tout, et tout... mais ce n'est sûrement pas pour ça qu'on choisit la profession! » ]