Le Dr Danielle Marcoux
Parution: juin 2003

La peau des enfants - «Miroir, dis-moi... »
Parcours d'une dermatologue pédiatrique


Après avoir obtenu son doctorat en médecine à l'Université de Montréal, le Dr Danielle Marcoux a suivi un internat multidisciplinaire au Santa Monica Hospital Medical Center et a abordé la résidence en médecine interne à Stanford, en Californie, avant de poursuivre en dermatologie dans deux hôpitaux montréalais. Elle exerce en dermatologie pédiatrique, à l'hôpital Sainte-Justine, depuis 1980.

« Ça a toujours été une joie pour moi de travailler auprès des enfants. Le hasard a voulu que vers la fin de ma résidence, on me propose un poste à Sainte-Justine. Forcément, j'y ai acquis une expertise plus spécifique en dermatologie pédiatrique. Les seuls adultes que je vois en consultation, dit-elle, ce sont les mamans au Centre mère-enfant de l'hôpital, et les étudiants qui se présentent à la polyclinique du Service de santé de l'Université de Montréal (où elle pratique à raison d'un après-midi par semaine en général), lesquels sont parfois d'anciens patients que j'ai suivis à l'hôpital Sainte-Justine. »


Le Dr Danielle Marcoux

Le Dr Marcoux est également médecin-conseil en dermatologie à la clinique externe de pédiatrie de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, comme d'autres de ses collègues de Sainte-Justine qui y assurent aussi une certaine plage de service. À cette pratique presque exclusivement hospitalière se greffent des activités d'enseignement clinique et formel (le Dr Marcoux est professeure agrégée à l'Université de Montréal), de direction d'étudiants aux études supérieures ainsi qu'un nombre impressionnant d'ateliers de FMC.

Le Dr Marcoux s'investit par ailleurs activement dans la Société de dermatologie de Montréal, qu'elle a présidée de 1992 à 1997, et dans l'Association canadienne de dermatologie (ACD), où elle est vice-présidente élue depuis le début de 2002. L'ACD compte environ 555 membres, dont la majorité (75 %) exercent en zone urbaine et quelque 60%sont des femmes. « Mais tant au Québec qu'au Canada, observe le Dr Marcoux, beaucoup de mes collègues se consacrent à la dermatologie chirurgicale, ce qui diminue d'autant le nombre de spécialistes disponibles pour tout l'aspect médical. » Comme dans les autres spécialités, le manque de ressources se fait sentir, surtout en région : les délais d'attente sont longs pour les patients, et les journées chargées pour les dermatologues.

Une chose en amène une autre...

Le Dr Marcoux a eu l'occasion de diriger quelques projets de recherche sur des produits de sociétés pharmaceutiques et cosmétiques (notamment Stiefel Canada, Schering, La Roche Posay, Novartis et Fujisawa) dans les années 1990. Et, par un concours de circonstances, elle est devenue consultante en dermatologie auprès de L'Oréal.

« Dans un premier temps, j'ai suggéré à L'Oréal de procéder à un sondage auprès des dermatologues pour prendre le pouls de leurs attitudes, leurs attentes, leur compréhension et leurs besoins en cosmétologie. C'était il y a plus de dix ans. Un second sondage, effectué en l'an 2000 avec le Dr David Gratton (alors président de l'ACD) a permis de voir l'évolution en la matière. Un sondage évaluant les opinions de nos collègues est un outil sur lequel on peut se fonder pour bâtir des démarches bénéfiques et intéressantes. »

De fil en aiguille, un intérêt particulier pour les cosmétiques voit le jour. « À un moment, on a eu besoin dans les congrès américains d'un dermatologue pédiatrique pour discourir des produits capillaires utilisés chez les enfants. J'ai donc revu la composition de divers produits pour la peau et les cheveux des enfants et des nourrissons et évalué les réactions indésirables qui pouvaient survenir, bien que généralement ces produits soient inoffensifs. »

Le Dr Marcoux s'est intéressée par la suite aux adolescents, à ce que les jeunes utilisent pour leurs soins corporels et aux modes du maquillage, du tatouage et du piercing. Et elle en est venue à produire plusieurs articles dans des revues de recherche et d'érudition sur les aspects de la cosmétologie nord-américaine. Ce qui avait débuté avec des produits capillaires utilisés en pédiatrie et les réactions adverses aux cosmétiques (hydratants, écrans solaires, etc.) chez les enfants s'est étendu à l'art corporel et à l'apparence chez les jeunes.

Il s'ensuivit de nombreuses invitations de journalistes des médias écrits, radiophoniques et télévisés où l'on demandait au Dr Marcoux son opinion sur des sujets divers : hydratation de la peau, cosmétiques, traitement de l'acné, filtres solaires, impétigo, pédiculose, vergetures, ongles, etc. Mais ne vous y trompez pas. Le Dr Marcoux ne poursuit pas de carrière grand public. Elle a donné bien davantage de conférences scientifiques et d'ateliers de formation continue que d'entrevues de vulgarisation.

« En fait, j'ai monté un cours qui s'adresse aux pédiatres, dermatologues, omnipraticiens et pharmaciens pour les informer des réactions adverses aux cosmétiques, et en particulier en pédiatrie. Bien sûr, les fabricants ont aussi intérêt à savoir que tel ou tel ingrédient provoque des allergies ou des irritations pour corriger leur tir, mais ce n'était pas le but premier de mes interventions. »

Le Dr Marcoux ne réfuterait pas l'analogie avec le rôle d'un détective : « Un signal à la surface de la peau peut évoquer autre chose, pour un dermatologue. Je me penche sur ce que nous nous mettons sur la peau. C'est fait de quoi? Ça agit comment? Est-ce conforme aux allégations avancées? Quels sont les effets secondaires répertoriés jusqu'ici dans la littérature internationale? C'est dans ce sens que j'ai déjà fait de la recherche clinique sur le potentiel d'hydratation de certains produits. Mais pour l'heure, je suis plutôt dans un projet sur une nouvelle classe de médicaments - les immunomodulateurs - dans le traitement de l'eczéma atopique. C'est une piste très prometteuse. »

La dermatite atopique : une flambée

S'il est un diagnostic très fréquent chez les enfants, c'est bien celui de l'eczéma atopique, affirme le Dr Marcoux. Sa prévalence serait même beaucoup plus élevée qu'elle ne l'était il y a quelques décennies. On ne peut pas expliquer clairement le phénomène, mais parmi les hypothèses proposées, on note l'exposition possiblement accrue des enfants aux irritants ou aux allergènes. Il semble aussi que les milieux urbains présentent davantage de cas, peut-être en raison d'une moins bonne qualité de l'air - ce qui rejoint le premier point. L'alimentation entrerait également en jeu. Il s'agirait d'un peu tout ça à la fois...

Le Dr Marcoux précise : « Dans une certaine proportion, faible mais tout de même présente, des enfants qui souffrent d'eczéma atopique ont des réactivités très particulières à certains groupes d'aliments, à la poussière de maison ou à certains pollens. Il faut dire aussi que si le diagnostic semble beaucoup plus fréquent de nos jours, cela tient peutêtre à notre meilleure acuité diagnostique. Mais que l'eczéma soit très léger ou très sévère, on atteint dans les pays occidentaux une prévalence de l'ordre de 14 %. C'est énorme! »

Y aurait-il un facteur racial dans les problèmes dermatologiques? « J'ai déjà vu des cas très, très graves d'eczéma chez les Orientaux et les Noirs, répond le Dr Marcoux. Il est possible que ces populations-là portent le bagage génétique de l'eczéma mais que ce bagage s'exprime moins sous un climat plus humide, plus ensoleillé, plus chaud, par exemple dans les Antilles. Quand ces familles s'établissent ici, que leurs enfants présentent des eczémas très sévères et qu'on leur demande s'il y en a déjà eu dans la famille, les parents diront souvent que non, qu'ils n'en ont jamais entendu parler. »

Mais il n'y a pas que l'eczéma. La dermatologie pédiatrique s'occupe évidemment de différentes lésions congénitales ou en période néonatale, de taches de naissance de toute sorte, d'hémangiomes (les « fraises »), etc. À Sainte-Justine, question d'organisation du travail et de disponibilité de l'équipement, les malformations vasculaires (taches de vin) sont traitées surtout par deux des membres de l'équipe de dermatologie, et les résultats de cette équipe multidisciplinaire sont spectaculaires, commente le Dr Marcoux : « En fait, notre équipe est vraiment d'avant-garde à ce chapitre!

« Quant aux taches de naissance, poursuit-elle, elles peuvent cacher bien des surprises! Toutes les structures de la peau peuvent se rencontrer dans un nombre tout à fait anormal à un endroit donné du corps. Certaines taches, énormes, constituent un problème en elles-mêmes, alors que d'autres sont parfois l'indice d'un problème interne. Prenons la queue faunesque (grosse touffe de poils), par exemple, qui est littéralement une queue au bas dos : certains enfants ont en association avec cela une malformation du canal neural sous-jacent. Quand on en voit une, on enclenche tout de suite le processus d'investigation par une résonance magnétique ou une échographie. Et de ces taches-indices, il y en a beaucoup. »

Viennent ensuite toutes les infections virales, dont les mollusca contagiosa. Les enfants, faut-il le rappeler, sont très sujets à diverses infections virales, dont les verrues et les mollusca, le système immunitaire étant plus passif à l'égard de ces affections dans la petite enfance. C'est ainsi que la dermatologie peut se retrouver dépendante de l'avancement de l'immunologie ou de la génétique, mais, comme le fait remarquer le Dr Marcoux, elle apporte aussi de l'eau au moulin de ces spécialités « parce que nous sommes en mesure d'identifier des stigmates ou des syndromes (ex. : anomalies dans les cheveux) qui feront progresser tel ou tel bloc de connaissances. »

Tout compte fait, le Dr Marcoux et ses collègues reçoivent des cas assez lourds, comme il va de soi dans un hôpital de soins tertiaires. Sainte-Justine, dira-t-elle, c'est un peu le terminus dans les cas plus problématiques sur le plan diagnostique ou en l'absence de réponse au traitement. « Et on travaille beaucoup! Jusqu'à récemment, les quatre mois de garde par année et les cliniques du matin sans pause qui débordent jusqu'à 14 h ou 15 h, c'était la routine. Mais depuis l'arrivée d'un nouveau collègue chez nous, à l'été 2002, l'équipe est relativement bien pourvue et fonctionne de façon plus satisfaisante pour tous. »

Ce qui ne pourra que renforcer la réputation de Sainte-Justine, qui jouit déjà d'une très bonne cote parmi les hôpitaux pédiatriques au pays. « Dans l'est du Canada, dit le Dr Marcoux, les autres grands établissements pédiatriques sont le Toronto Sick Children's Hospital et l'Hôpital général de Montréal pour enfants. On reconnaît Sainte-Justine parce qu'il s'y fait énormément de recherche, et de très grande qualité. En dermatologie notamment, on s'intéresse beaucoup actuellement à l'épidémiologie de certaines infections virales, à l'eczéma atopique et à son traitement par les nouveaux immunomodulateurs. »

Le rayonnement de Sainte-Justine, le Dr Marcoux y contribue régulièrement comme conférencière invitée dans des congrès des deux Amériques. « C'est notamment grâce au fait que je parle espagnol. J'ai appris la langue à l'école, dès mes premières années du secondaire, raconte-t-elle. Je ne me doutais pas alors que ça me servirait autant! D'abord, quand j'ai fait mon internat à Los Angeles, j'étais la seule à parler espagnol parmi mes collègues, qui venaient en majeure partie d'états limitrophes. Alors, on me faisait voir les chicanos, les patients mexico-américains, ce qui m'a permis de pratiquer - j'ai eu droit à une certaine dose d'immersion!

« Et depuis mon retour à Montréal, ça a toujours été un plaisir pour moi de voir les patients latinoaméricains. J'ai ainsi eu la chance de m'exercer encore un peu. J'ai même pris des cours de perfectionnement à un moment donné... Il y a environ dix ans, ça s'est su. Je parle ici d'une ramification en enseignement : des collègues latino-américains ont eu vent que je connaissais l'espagnol, et ils ont commencé à me demander de préparer des topos dans cette langue pour certains congrès. Il y avait toujours un hispanophone dans la salle qui se disait Tiens, ce serait bien si elle venait à mon prochain colloque, et les invitations suivaient... L'effet boule de neige, quoi. En dermatologie pédiatrique, les spécialistes nord-américains qui parlent espagnol, il y en a, mais ça ne court pas les rues! »]