Le Dr François Paquet
Parution: avril 2003

Le vent dans les voiles (de la médecine hyperbare)
Par Sylvie Poulin


Le Dr François Paquet est urgentologue au CHA, Hôtel-Dieu de Lévis. Il travaille aussi, et beaucoup, dans l'un des deux seuls centres où l'on retrouve une chambre hyperbare au Québec. « Notre centre s'est développé à l'instigation du Dr Mario Côté, qui s'intéresse depuis longtemps aux travaux effectués aux États-Unis sur les maladies de décompression. Ces travaux ont permis d'établir d'autres indications, quatorze en fait, pour la médecine hyperbare. Moi, je me suis surtout attaché à l'aspect traitement des plaies. »


Le Dr François Paquet

Pour différentes raisons, la médecine hyperbare a évolué lentement au Québec. C'est l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal qui a obtenu la première chambre hyperbare, vers la fin des années 1970, principalement pour traiter l'intoxication au monoxyde de carbone. « Puis, le territoire "hyperbare" du Québec a été divisé entre Lévis et Montréal dans l'axe est-ouest, et il n'y a pas de conflit entre nous. Au contraire, nous allons travailler à mettre nos expertises en commun. La nôtre devrait surtout porter sur la réparation de plaies chroniques et l'ostéoradionécrose. »

Quant aux spécialistes formés à l'utilisation des caissons, Lévis a la plus importante équipe au Québec et l'une des plus grandes au Canada, dit le Dr Paquet. La dynamique s'est créée avec les urgentologues. « Nous avons déterminé qu'il fallait huit personnes pour assurer un roulement optimal. Pour aimer vraiment la médecine hyperbare, il faut avoir un intérêt dans les résultats obtenus. C'est pourquoi les médecins de famille (urgentologues) sont les plus "allumés" par cette discipline, puisque leur formation et leur travail les mettent en contact avec les problèmes liés au diabète, les plaies, les complications d'une embolie gazeuse, un pneumothorax, etc. »

Pour l'instant, d'après le rapport d'une étude du CETS (Centre d'évaluation des technologies de la santé), la présence de deux centres munis d'un caisson hyperbare sur le territoire québécois s'avère suffisante. On y recommande pour chaque centre une chambre monoplace destinée aux indications d'urgence (décompression), et une multiplace; il y a actuellement une duoplace à Lévis, et une multiplace à Montréal.

À Lévis, l'utilisation de la chambre hyperbare pour traiter des plaies associées à des maladies chroniques est aussi fréquente que pour la réparation postradiothérapie, « du moins depuis un an, c'est-à-dire quand nous avons obtenu les fonds requis. Depuis deux ans déjà, nous avions reçu l'autorisation de procéder dans les cas de décompression et d'intoxication au monoxyde de carbone. »

C'est dans la foulée d'un projet de recherche sur la paralysie cérébrale que l'Hôtel-Dieu de Lévis a créé une fondation privée pour l'achat de la chambre hyperbare, ce qui a pour ainsi dire accéléré l'ouverture du centre, selon le Dr Paquet. Cette recherche a malheureusement confirmé la documentation médicale à ce sujet, à savoir que la médecine hyperbare n'a pas d'effet curatif supérieur à la médecine « traditionnelle » dans le traitement de la paralysie cérébrale. En effet, le groupe placebo et le groupe traité ont tous deux connu des améliorations, mais sans différence significative.

Que du « bon »

Désormais, assure le Dr Paquet, le volet A de la médecine hyperbare (accidents de décompression, embolies gazeuses et intoxication au CO) est appelé à occuper moins de place que le volet B, celui des lésions tissulaires (ostéoradionécrose, pieds diabétiques, brûlures réfractaires aux traitements, ulcères chroniques, etc.).

« Les macro-angiopathies relèvent surtout de la chirurgie, mais dans le cas de micro-angiopathies, il est préférable de recourir à la médecine hyperbare. Le diabète, certaines maladies inflammatoires et la postradiothérapie entraînent la destruction ou l'obstruction de petits vaisseaux sanguins. L'apport en oxygène est alors réduit au point où les tissus se nécrosent. Avec la chambre hyperbare, nous pouvons faire en sorte que le taux d'oxygène requis dans les tissus soit rétabli de façon satisfaisante. Et le bénéfice est durable. Quand on apporte de l'oxygène aux cellules "dormantes", qui ne travaillent pas normalement parce qu'elles manquent de carburant, les fibroblastes qui produisent le collagène structurant des tissus se remettent à fonctionner et refont les petits vaisseaux. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire d'utiliser la chambre hyperbare 24 heures sur 24. Selon le cas, on peut procéder à une trentaine de séances étalées sur un, deux ou trois mois. »

La méthode n'est pas miraculeuse cependant et ne convient pas à tous. Si, au départ, une personne a un taux normal d'oxygène tissulaire très bas, précise le Dr Paquet, il ne servira à rien d'utiliser la chambre hyperbare. « Par contre, elle sera tout à fait indiquée dans le cas de patients diabétiques qui ont un état d'hypoxie tissulaire, mais dont le taux d'oxygène tissulaire est suffisant normalement. En traitant les plaies liées au diabète de ces patients, on peut prévenir l'amputation. Le traitement hyperbare augmente le taux de guérison, et le suivi du patient a lieu en clinique externe. »

À Lévis, en 2001, environ 140 patients ont eu droit à la chambre hyperbare, dont 80 étaient des cas d'urgence. Utilisation de la chambre à capacité maximale. Celle de l'Hôtel-Dieu de Lévis est une duoplace. En traitant deux patients à la fois, à raison d'une heure et demie la séance, on peut procéder à quatre utilisations de la chambre par jour. Un traitement complet peut nécessiter de 30 à 60 séances. Or, l'utilisation maximale de la chambre prévoit 1 400 à 1 500 séances par année. Faites le calcul... Il y a engorgement.

La liste d'attente est longue, reconnaît le Dr Paquet. « Il nous faudrait une chambre multiplace. Cela coûterait environ deux millions de dollars. Comme presque tout le travail se fait en mode ambulatoire, ce n'est pas très cher. De plus, c'est un projet multidisciplinaire. Toute une équipe travaille de concert au centre de plaies de Lévis (chirurgie vasculaire, endocrinologie, médecine interne, infectiologie, orthopédie, chirurgie générale, plastie). »

Le rapport du CETS de juillet 2000 présentait une estimation des économies réalisées grâce à la médecine hyperbare. Ces économies découlent de la diminution du nombre d'hospitalisations (la médecine hyperbare se pratique en clinique externe dans presque 90 % des cas), ainsi que du nombre d'antibiotiques prescrits et du temps chirurgical. « Malheureusement, au Québec, on ne s'intéresse qu'aux économies directes et immédiates. Or, avec la médecine hyperbare, on parle d'économies qui découlent de cette pratique plutôt que d'économies liées directement à l'utilisation de la chambre hyperbare. De plus, il y a la réduction des coûts sociaux associés. Que l'on pense au patient diabétique, qui, à nouveau capable de marcher, retourne travailler. Et aux membres de sa famille qui devaient assurer son transport et voir aux autres services que requièrent les personnes dont l'autonomie a été diminuée, etc. »

S'impliquer à fond

Être dynamique et fonceur, voilà des prérequis pour oeuvrer en urgentologie, selon le Dr Paquet. Mais avant de s'y engager, il a d'abord étudié en bioagronomie et a fait une maîtrise au centre de recherche d'Agriculture Canada, à Lennoxville. « J'ai adoré faire de la recherche en microbiologie. Du coup, les notes aidant, j'ai fait ma demande en médecine et j'ai été admis. » Ses premières expériences en urgentologie ont eu lieu aux centres hospitaliers de Montmagny et de Lévis. Il a aussi été directeur médical de Anapharm (1993-95).

Depuis 1997, le Dr Paquet est conseiller au MSSS pour les mesures d'urgence en cas d'activités terroristes et de gestes antisociaux. « J'aime beaucoup ma tâche de coordonnateur en médecine de sinistre au Ministère. Nous souhaitons créer - pour la région de Chaudière-Appalaches - un réseau réunissant les divers intervenants en urgence, à savoir les ambulanciers, les pompiers et les policiers, de telle sorte qu'il y ait une unité d'action. »

Outre ces activités, le Dr Paquet est également membre de l'exécutif du CMDP de l'Hôtel-Dieu de Lévis (depuis 1994). Touche-à-tout, il aime enseigner aux autres ce qu'ils n'apprennent pas dans leurs cours ni sur le terrain, c'est-à-dire ce qui concerne le matériel technique (moniteurs et divers appareils) entre autres. « La recette de la réussite, c'est d'être présent à 100 % dans tout ce que l'on fait, vacances incluses. »

S'il ne manque pas d'urgentologues à Lévis, comme c'est le cas ailleurs, c'est parce qu'on a su y créer un beau milieu de travail, nous dit le Dr Paquet (il y est depuis 1993). « Avec l'arrivée de nouveaux médecins au cours des dernières années, le noyau s'est renforcé d'autant. En 1995, une nouvelle urgence a été ouverte... elle a été rapidement débordée. De plus, lors du remaniement des régies régionales, l'Hôtel-Dieu de Lévis s'est positionné comme étant l'hôpital régional, ce qui a fait augmenter la clientèle et créé un intérêt... Côté technique, l'Hôtel-Dieu est bien équipé. Nous avons aussi probablement l'une des meilleures équipes en radiologie qui soient au Québec. C'est un cercle vicieux positif en quelque sorte. Les conditions de travail à Lévis attirent les spécialistes, alors qu'autrement ils iraient plutôt vers Québec. Quand on a un milieu intéressant, on fait du recrutement relativement facilement.

« Par contre, en ce moment, je dirais que l'Hôtel-Dieu est victime de son succès. La croissance est de l'ordre de 10 à 15 % par année. D'où la demande d'agrandissement... Le nombre de patients est trois fois supérieur à notre capacité d'accueil. Inévitablement, les gens se retrouvent sur une civière dans un corridor. Et il y a les coupures. Que les urgences soient sous les feux de la rampe dans ces conditions est inévitable. Malheureusement, les décideurs ne connaissent pas ce qu'est la pratique sur le terrain. D'une part, il faudrait qu'on écoute véritablement les recommandations des médecins. Et d'autre part, il faudrait que les médecins s'engagent davantage dans l'organisation du réseau. Parce que le gage de la catastrophe dans la profession, c'est de se limiter à faire son seul travail à l'hôpital, puis de s'en retourner chez soi bien tranquillement. L'engagement professionnel ou social des médecins dans l'organisation hospitalière, dans leur ville ou dans leur région, est essentiel. Il faut peut-être compter ses heures, mais pas trop... »]