| Le Dr Renée Pelletier |
Parution: avril 2003
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J'ai pleuré, crié, hurlé et eu très peur... |
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Je choisis aujourd'hui de vous écrire sur une feuille blanche. J'adore la page blanche. Elle offre l'espace pour se déposer, elle crée l'ouverture pour laisser parler le coeur, et c'est ce que j'ai envie de faire. Le 11 novembre 1996, j'avais écrit dans mon journal : |
![]() Le Dr Renée Pelletier |
Il y a trois heures à peine, j'étais à la clinique de radiologie avec le médecin. Déjà, depuis son appel, je me doutais. Ce matin, son regard a suffi. J'ai tout compris : « Ça n'a pas l'air beau », lui ai-je dit. « On a bien fait d'être prévenants », répondit-elle. Et elle m'a lu le rapport des biopsies. Comment ai-je réagi? Je m'en doutais bien, mais j'espérais encore que ce soit négatif. Est-ce que ça se peut? Une troisième fois, un troisième épisode de cancer à 44 ans? Après le Hodgkin à 28 ans, le sein gauche à 41 ans, c'est le sein droit à 44 ans. Elle a voulu me rassurer : « Le cancer du sein en est à son tout début, c'est limité et non envahissant. » J'étais ébranlée... Ce n'est pas possible et pourtant, oui, c'est bien vrai. Mes enfants, j'ai tout de suite pensé à eux. [...] En entrant dans la voiture, j'ai pleuré... pleuré cette réalité qui me tombait dessus, encore une fois. Ça ne se peut pas. Je vais me battre. [...] De plus en plus présente et forte en moi, s'installait la pensée suivante : c'est aujourd'hui que je commence mon livre. Cette nouvelle, c'est un coup de pied; je vais écrire, dire, partager mon vécu « live », comme on dit.
Une tape sur le coeur, c'est l'effet de plusieurs événements difficiles dans notre vie. Tout à coup, il y a un stop sur notre route, puis il y a un embarquement immédiat dans une réalité souvent non prévue. À une étape où les projets de vie semblent remplacés par le projet de vivre, on a parfois l'impression d'avoir mal à notre vie, de se faire voler celle-ci et nos rêves. Au-delà des blessures au corps, ce sont les blessures au coeur et à l'âme qui font mal, et celles-là sont plus difficiles à guérir.
Durant toute cette période, j'ai d'abord écrit pour moi. Puis, j'ai accepté de publier dans différentes revues des textes de réflexion signés : Renée Pelletier, patiente et médecin et, quand ça allait mieux, Renée Pelletier, médecin et patiente. Le long couloir de la maladie a en effet été pour moi une grande école de médecine, certes, mais aussi une école d'humanisme, une école de vie.
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M. Gilles Collicelli, éditeur, |

Participants au lancement du livre Avant de tourner la page
La maladie, et plus particulièrement la réalité du cancer, ont surtout été une grande école de... plongée intérieure. J'ai pleuré, crié, hurlé et eu très peur, souvent dans le silence et en frappant sur les murs intérieurs de mon coeur. Je me suis souvent sentie prise dans un labyrinthe dont je ne trouvais pas l'issue. Puis, un chant d'oiseau, une musique, un regard d'enfant, une feuille dans le vent, une main tendue m'ont redonné confiance en la vie et en moi. J'ai progressivement constaté et surtout ressenti à quel point l'histoire du livre de notre vie est une histoire de coeur. Redevenir perméable à la vie, à cette vie qui nous entoure et qui nous anime, c'est se donner une dose d'espoir, de courage et d'énergie, c'est suivre le courant de la vie.
Notre vie est un livre, un grand livre parfois ouvert et souvent fermé. Dans les moments de joie et de bonheur, on aimerait revivre les mêmes chapitres plusieurs fois. Dans les moments difficiles et douloureux, on aurait le goût d'arracher et de froisser des pages. On rêve parfois même de recommencer, de reprendre à zéro tout un chapitre de notre vie. Certes, il nous faut tourner la page. Mais avant de tourner la page, comment peut-on puiser dans ce vécu pour mieux poursuivre notre route, notre histoire, notre vie?
Parce que la maladie, ça n'arrive pas qu'aux autres, parce que le médecin malade n'est plus ce personnage mythique fort et inébranlable, parce que notre savoir médical nous emprisonne, nous stresse et nous bloque souvent, parce qu'on ne sait plus trop comment s'aider quand on est soi-même malade, parce que... parce que...
On oublie trop souvent que le médecin peut aussi être inquiet pour sa propre santé, avoir peur d'une chirurgie et d'un diagnostic, peut aussi avoir mal, avoir peur de mourir, douter de sa capacité de s'en sortir, peut aussi avoir besoin de support et d'accompagnement. On oublie trop souvent que le médecin peut aussi... pleurer.
Le livre Avant de tourner la page, c'est l'histoire de mon parcours, de mon cheminement et de ma réflexion. Écrit avec l'encre du coeur, ce bouquin de neuf chapitres comprend des narrations de vécu, des textes écrits au fil des jours et des mois, ainsi que des interrogations lancées au lecteur. J'ai tenu à l'agrémenter de photos en couleurs et de croquis, la nature, la photographie et le dessin ayant été pour moi d'importantes ressources de guérison intérieure. Jean Monbourquette, auteur et conférencier bien connu, a signé la préface.
Le 11 décembre 2002, jour du lancement, restera gravé dans ma mémoire. Entourée de plus de 200 personnes, j'ai ressenti encore davantage à quel point la maladie avait été pour moi un grand acte d'humilité. Oseraisje dire, même si cela peut sembler paradoxal, que « la maladie m'a blessée... mais la vie m'a guérie »?... bien consciente que la guérison dont il est question est bien davantage une guérison du coeur et de l'âme.]