| Le Dr Mélissa Mailhot |
Parution: novembre 2002
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Une résidente en médecine familiale se confie |
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Au fil de sa formation en médecine à l'Université Laval et de ses multiples stages en région (Hâvre St-Pierre, Îles-de-la-Madeleine, Moncton) ainsi qu'à l'étranger (Vietnam et États-Unis), Mélissa Mailhot a développé un grand intérêt pour la médecine familiale. Comme elle l'explique, cette profession en est une d'écoute, d'empathie et de compassion, une profession près des gens, et c'est ce qui l'attire tant. Le Dr Mélissa Mailhot a choisi la médecine familiale parce qu'elle est polyvalente, diversifiée, concrète et solidement ancrée dans la communauté, parce que sa raison d'être, c'est la relation médecin-patient. Le médecin de famille et le patient sont, pour ainsi dire, des alliés à la recherche de la meilleure solution face à un problème de santé. Le contact direct et continu avec les patients, la diversité des problèmes, l'approche thérapeutique ainsi que les connaissances étendues qu'exige cette pratique sont, pour Mélissa Mailhot, une grande source de stimulation. La médecine de famille est, pour elle, le moyen par excellence de s'engager vis-à-vis de sa communauté. |
![]() Le Dr Mélissa Mailhot |
La perception qu'entretient Mélissa Mailhot du rôle de médecin de famille est tributaire de toutes les influences qui l'ont imprégnée au niveau académique et social, ici et ailleurs. Elle privilégie une vision globale de la santé, multidimensionnelle et une pensée systémique. Mélissa Mailhot croit que le médecin de famille peut, mieux que quiconque, conjuguer ses connaissances médicales avec les besoins de sa clientèle. Le médecin de famille est aussi le conseiller qui peut guider la personne dans le dédale des soins spécialisés.
Le Dr Mailhot croit également que dans notre société moderne, où les gens sont bien mieux informés sur les enjeux de la santé, le médecin doit savoir s'adapter et reconnaître aux patients le droit de participer aux décisions qui les concernent. « L'époque du médecin tout-puissant est révolue », soutient-elle. Elle peut concevoir que les gens ne veulent plus être de simples objets d'intervention, ni subir les conséquences des décisions d'autrui, qu'ils exigent de nouveaux rapports d'autorité entre soignant/soigné sur les plans individuel, familial, communautaire et social, que les consommateurs de soins désirent être mieux informés et intégrés dans tout processus décisionnel, être respectés dans leurs choix.
De ville en ville
Née à Arthabaska, dans les Cantons de l'Est, Mélissa Mailhot se retrouve trois ans plus tard à Chicago, aux États-Unis. Depuis qu'elle est toute petite, elle voyage et se déplace d'une ville à l'autre. C'est un peu l'histoire de sa vie. Son père étant délégué général du Québec à l'étranger, il était appelé à se déplacer fréquemment. Sa mère avait quitté momentanément l'enseignement afin de pouvoir ainsi se déplacer de ville en ville avec sa famille. Mélissa a séjourné, entre autres, à Tokyo et à Londres. Mélissa a deux frères qui, tout comme elle, ont eu la chance exceptionnelle de voyager.
À Tokyo, elle a eu l'opportunité de côtoyer une culture très différente de la nôtre, ce qui lui a permis d'élargir ses horizons. « J'ai appris qu'il y avait plusieurs façons de faire, dit-elle, et que ce n'est pas parce que c'est différent que c'est moins valable. Tous ces voyages m'ont définitivement apporté une ouverture d'esprit. Cela nous remet en question aussi. » De tous les pays qu'elle a visités, la Thaïlande lui rappelle les souvenirs les plus marquants. Quand elle marchait dans les rues de Bangkok et qu'elle voyait des filles de son âge réduites à faire de la prostitution pour survivre, elle réalisait sa chance d'être née au Québec, dans la famille qui est la sienne. « En Thaïlande, dit-elle, la moitié des femmes sont porteuses du VIH. Il y a beaucoup de prostitution. On y fait du trafic d'enfants. »
Mélissa est convaincue que l'on s'enrichit à côtoyer d'autres cultures et d'autres valeurs. « Nous constatons, dit-elle, que nos valeurs ne sont pas nécessairement la norme. Cela m'a aidée à mieux comprendre les autres et des valeurs qui ne sont pas les miennes. J'ai appris à respecter les gens qui sont différents de moi, à ne pas juger trop rapidement. Au Japon, j'étais minoritaire, je n'étais pas dans la norme : j'étais plus grande, j'avais les cheveux frisés. C'était moi, le clou qui ressortait. L'étrangère. »
À Tokyo, elle a offert son aide comme bénévole dans un orphelinat. Là-bas, il est mal vu d'adopter un enfant, et les orphelins se retrouvent le plus souvent dans des institutions. Mélissa s'y rendait pour donner le biberon aux bébés, jouer avec les enfants. Elle leur donnait des cours d'anglais et de français. Elle s'est attachée à ces enfants comme une grande soeur.
Après Tokyo, ce fut Londres, qu'elle a beaucoup aimée, ville somptueuse dans sa sobriété, chargée de l'émotion du passé, flegmatique. Elle avait alors 16 ans et réfléchissait à son avenir. N'étant pas encore prête pour la médecine, elle a décidé d'entreprendre un baccalauréat en physiologie et pharmacologie. Ensuite, elle a voulu revenir au Québec pour y faire une formation en médecine. Elle a été admise à la faculté de médecine de l'Université Laval, à Québec. Elle croyait ne pas avoir une autre adaptation à vivre. Mais il y avait déjà six ans qu'elle n'avait pas mis les pieds au Québec. « Je pense que ça a été la plus grosse adaptation de toute ma vie, mentionne le Dr Mailhot. J'avais étudié en anglais. J'avais beaucoup voyagé. Il y avait un grand écart entre mon cheminement et celui de la majorité des autres étudiants québécois qui, en partant, étaient plus jeunes que moi. La première question qu'une étudiante m'a posée a été : "Quelle est ta moyenne?" Abasourdie, je me suis dit : "Il y a de la compétition ici." »
Elle se rend au Vietnam
Les trois premières années, elle s'est consacrée principalement à ses études. Lors d'un stage au service des maladies infectieuses à Hanoi, au Vietnam, elle a pu constater à quel point ces populations sont démunies sur le plan médical. Les soins étaient donnés sous un simple toit, à l'extérieur. Chaque lit disponible accueillait deux personnes. Un jour, l'herbe entre les huttes qui logeaient les patients a été rasée. Des milliers de rats ont déguerpi dans toutes les directions. « J'ai tout de suite pensé combien nous sommes chanceux au Québec, et qu'il est dommage qu'on ne le réalise pas. Les Québécois ont cette chance incroyable d'avoir accès à un système de santé public. Ailleurs dans le monde, il n'est pas rare que la population n'ait pas accès aux soins ni aux médicaments, faute d'argent. Face à cette mère éplorée dont le fils s'était évanoui et à qui on avait refusé les soins requis, j'ai ressenti une telle impuissance... »
Elle ne craint pas l'engagement
Le Dr Mailhot poursuit actuellement sa résidence à l'hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec. Elle a pris l'initiative d'organiser l'activité pédagogique intitulée « le retour sur la garde », qui a lieu tous les mardis midi. Cette heure est consacrée aux résidents, qui discutent en groupe des diverses difficultés rencontrées lors de leur garde. « C'est un temps où ils exposent leurs "bons coups" et leurs "moins bons coups" pour pouvoir améliorer leur approche. Le but est de faire de l'enseignement entre résidents et de ne pas juger ni critiquer les collègues. » Le Dr Mailhot, qui organise ces dîners-conférences, doit s'assurer qu'un résident ou une résidente y présente son vécu professionnel et faire en sorte que ces rencontres aient lieu dans le respect de la confidentialité des patients et des résidents qui font les présentations. Le Dr Mailhot croit beaucoup à l'éducation médicale continue et à l'entraide académique.
Elle est également représentante des résidents en médecine familiale de première et de deuxième année à l'Université Laval auprès du Collège des médecins de famille du Canada. Deux réunions ont lieu chaque année, à Toronto, qui regroupent les représentants de seize facultés de médecine au Canada. Trente-deux résidents se rencontrent et comparent les approches et les différents programmes de résidence existant dans toutes les provinces du Canada. « Quand on regarde ailleurs, dit le Dr Mailhot, on se console. Nous avons une excellente faculté de médecine à l'Université Laval. »
Lors de cette rencontre semestrielle, constatation a été faite que la pénurie de médecins de famille sévissait non seulement au Québec, mais dans tout le Canada. « Il est d'autant plus important de trouver le moyen d'encourager les étudiants à choisir la médecine de famille, mentionne le Dr Mailhot. Nous nous apprêtons à faire un sondage auprès des résidents afin de mieux cerner le problème et de déterminer les actions à prendre pour contrer ce phénomène. »
Une réflexion de vie
À la veille de passer ses examens en médecine familiale au printemps dernier, le Dr Mailhot a appris que son père, qui n'a que 53 ans, était atteint du cancer de la moelle osseuse. Confrontée à cette tragique réalité, elle a écrit un texte de trente pages intitulé Une réflexion sur le médecin, thérapeute de sa famille, ou ce que devrait être la position du médecin face à la maladie de ses proches. Cette rédaction à caractère éthique lui a valu le prix Nadine Saint-Pierre, remis par le Collège québécois des médecins de famille. « J'ai l'impression, souligne le Dr Mailhot, qu'on ne réalise pas vraiment ce qu'est la maladie ni jusqu'à quel point l'entourage peut en être affecté jusqu'au moment où un être cher est atteint. Je vivais beaucoup dans le futur à travers mes multiples projets, et j'avais oublié de m'arrêter pour vivre le moment présent. Pendant que je chemine d'un projet à l'autre, la vie file. Maintenant, tout de suite, qu'est-ce qui se passe? On risque d'oublier l'essentiel à travers tout ça.
« Souvent, on définit son bonheur par les succès que l'on remporte, ce que l'on accomplit. La maladie de mon père m'a permis de comprendre que je veux me définir non pas seulement par ce que j'accomplis, mais également par ce que je suis. » Alors qu'elle était au début de l'adolescence, Mélissa avait déjà perdu son jeune frère, qui s'est noyé dans la piscine familiale. Très jeune, elle a été amenée à réfléchir profondément sur le sens de la vie. La spiritualité est devenue importante pour elle. « Je commence à vraiment prendre conscience qu'au-delà de la vision matérialiste de la vie, il faut entretenir une dimension spirituelle pour se réaliser vraiment », dit-elle. Elle se dit à la recherche de l'équilibre physique, émotif, mental et aussi spirituel, qu'elle perçoit comme un moyen d'accéder à de vastes horizons, au sens profond de la vie et au sens véritable de l'engagement en médecine.]