| Le Dr Richard Boulé |
Parution: novembre 2002
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En parallèle et en continuité |
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Richard Boulé exerce la médecine de famille depuis 1978, et il travaille depuis presque aussi longtemps dans le monde de l'enseignement. « En début de carrière, je ne rêvais pas d'enseigner. Je trouvais les professeurs beaucoup plus brillants que moi! Mais j'en ai eu le goût assez tôt, quand j'ai commencé à pratiquer au CLSC de Lac Etchemin, en assurant la supervision d'internes et d'externes. » Chez le Dr Boulé, médecine familiale et enseignement sont demeurés inséparables depuis. Déjà, à la fin de son externat, il pensait « formation de qualité ». « On pouvait, à cette époque-là, s'inscrire à un programme de 12 mois en médecine de famille avant d'entrer en pratique (internat), ou prendre une année de formation supplémentaire. Moi, je trouvais qu'un an en milieu hospitalier ne me préparait pas à travailler en cabinet et à assurer le suivi des patients. » Le Dr Boulé entreprend donc en 1985, à demi-temps, la toute nouvelle maîtrise en pédagogie des sciences de la santé offerte à l'Université Laval. C'est ainsi qu'en 1988, quand la médecine de famille devient obligatoire pour les généralistes et que l'on prévoit avoir besoin de professeurs et de nouveaux milieux d'enseignement dans ce domaine, les quelques nouveaux « maîtres » en pédagogie sont vite recrutés par les réseaux universitaires pour la formation professorale, en raison de leur double bagage en médecine et en enseignement. Le Dr Boulé accepte l'offre de l'Université de Sherbrooke, où il devient professeur agrégé en 1994. |
![]() Le Dr Richard Boulé |
La formation professorale constitue dès lors un grand cheval de bataille. « Paradoxalement, il faut un diplôme universitaire en pédagogie pour enseigner au secondaire et au collégial, mais pas à l'université. Il suffit d'être un expert dans un domaine... C'est pour ça qu'on retrouve un bureau pédagogique dans les facultés de médecine, un bureau qui travaille à former les nouveaux professeurs, dont bon nombre sont des praticiens assurant un enseignement clinique à temps partiel. »
À ce propos, le Dr Boulé tient à souligner la contribution des médecins de sa communauté à la formation des étudiants en médecine et des résidents, un apport souvent bénévole. « Comment ne pas apprécier que des cliniciens acceptent de recevoir cette deuxième clientèle? Ils font très bien leur tâche, et ils participent aussi à la vie du département. On ne les remercie pas assez. Si nous n'avions pas leur contribution de mentor, de guide, de superviseur, nous ne formerions pas d'aussi bons médecins. »
Moins praticien...
Actuellement, le Dr Boulé exerce en clinique une douzaine d'heures par semaine, et il participe à la garde pour les soins à domicile de son unité de médecine familiale. Le reste de son emploi du temps appartient à tout ce qui concerne l'enseignement, et au premier titre à ses fonctions de professeur titulaire et de directeur du département de médecine de famille.
« Je n'ai pas du tout l'intention de diminuer davantage ma pratique médicale. Mes patients peuvent me joindre en début ou en fin de journée. Et je veux continuer de les suivre comme je le fais depuis 14 ans. Quand j'ai accepté le poste de chef de département, ça a été l'aboutissement d'une très longue réflexion... parce que je me suis toujours défini comme un homme de terrain, qui voit des patients et qui supervise des résidents. J'aime encore beaucoup ce terrain-là, d'ailleurs. Il a donc fallu que je fasse un deuil. »
Il semble que les fils du Dr Boulé (24 ans et 22 ans) aient contribué à mettre fin aux questions insidieuses de l'examen de conscience (rester confortablement installé dans ma pratique, ou me lancer dans quelque chose de bien moins sûr?). « Je les voyais faire des choix professionnels et des choix de vie sans se reposer sur une sécurité d'emploi. J'ai finalement conclu que j'étais encore assez jeune, à 47 ans, pour relever un gros défi. Ce qui a aussi confirmé ma décision, c'est l'occasion de gérer un département qui fonctionne bien et une équipe que j'adore. Reste que je fais probablement deux fois plus de clinique que mes prédécesseurs. » En outre, l'équipe avait besoin qu'il demeure superviseur clinique, et le Dr Boulé se félicite d'avoir gardé cette tâche. « D'une part, j'aime bien, et d'autre part, ça me permet de m'évader des problèmes de gestion. »
Il possède tout de même du bon sang d'administrateur - un mot qui sonne trop bureaucrate à ses oreilles et qu'il définit plutôt comme « quelqu'un en relation avec d'autres professionnels et qui les aide dans leur carrière ». Son travail, explique le Dr Boulé, en est un d'analyse, d'orientation et d'établissement de priorités d'ordre clinique, de recherche et d'enseignement, le tout enrobé d'une approche démocratique et de collaboration. « Par exemple, depuis un certain temps, les groupes de médecins de famille figurent en bonne place à l'ordre du jour des réunions de l'exécutif départemental. »
Oui aux GMF
La partie du CLSC (fusionné) de la région sherbrookoise qui reçoit des résidents de deuxième année est engagée dans l'un des premiers projets de regroupement de médecins de famille à avoir été acceptés. Une unité extérieure, à Saint-Léonard d'Aston, s'y prépare également. Des projets d'organisation des soins de première ligne - et donc de GMF - sont aussi en cours d'élaboration dans les unités de médecine familiale de l'Estrie, de la Montérégie, de Chicoutimi et du Nouveau-Brunswick.
« Les chefs de départements de médecine familiale se sont nettement prononcés en faveur des GMF, dans l'esprit de la Commission Clair. Il faut que les patients du Québec aient accès à des soins de première ligne et à un suivi de la part de leur équipe de médecins de famille qui se seront organisés pour offrir ces services-là. Le regroupement est également nécessaire parce qu'on ne peut plus s'attendre, en 2002, à trouver un médecin qui fasse de l'hôpital, de l'urgence, de l'obstétrique, du bureau et des soins à domicile en plus d'assurer une charge d'enseignement! Un groupe, par contre, peut couvrir l'ensemble de ces aspects. Et nous sommes convaincus que cette formule permettrait de combler deux valeurs prédominantes chez les jeunes médecins : une meilleure qualité de vie, et la qualité de l'exercice professionnel, c'est-à-dire la possibilité de pratiquer dans les champs qu'ils préfèrent. »
Si l'organisation de la pratique ne présente pas le modèle de GMF comme étant stimulant au point de vue professionnel, affirme le Dr Boulé, l'échec sera douloureux. Le travail en cours vise donc à préciser ce modèle pour que les médecins évoluent dans un cadre gratifiant, rendent un service continu et de qualité aux patients et répondent aux urgences sans y sacrifier leur vie personnelle et familiale - tout en étant bien rémunérés.
Mais ce n'est pas simple quand les considérations juridiques et budgétaires, les liens avec les établissements de santé (CLSC) et le travail des autres professionnels entrent tous en jeu, dans le contexte de questionnement qu'est la réouverture des chartes par l'Office des professions. S'il n'y avait que les médecins en cause, dit le Dr Boulé, les choses se concrétiseraient sans doute assez rapidement. « Notre espoir, à la Direction régionale de médecine générale, c'est que la plupart des cliniques finissent par se structurer en
GMF pour qu'on puisse offrir aux Sherbrookois un service identique à la grandeur de la ville. Le principe même des GMF ne sera pas remis en question, parce qu'il correspond à la médecine de famille qu'on enseigne et qu'on pratique, mais il reste encore bien des mises au point à faire pour savoir où on en est et où on s'en va. »
Ça s'apprend
Le mardi, en alternance, le Dr Boulé enseigne aux étudiants de première et de deuxième année la communication et l'examen physique. « Deux thèmes très proches, si l'on considère l'examen physique comme un point ultime de communication par le toucher. Cette partie de la formation d'un médecin a pris de l'importance depuis que l'on a apporté des changements au curriculum, à Sherbrooke, mais bien des médecins en pratique actuellement n'ont jamais entendu parler de communication pendant leur formation, à tout le moins ceux de mon âge. »
Certains ont peut-être suivi un atelier sur la communication médecin-patient que le Dr Boulé donne dans les cliniques médicales qui en font la demande. « Nous avons en fait conçu, avec le Collège québécois des médecins de famille, des ateliers de 90 minutes sur la communication - Question d'attente, question d'entente - dans le cadre de la formation médicale continue. »
Depuis quelques années, et dans la suite logique des choses pour un communicateur-né, l'enseignement de la communication a gagné du terrain dans la formation des médecins à Sherbrooke et dans la grille horaire du Dr Boulé. « J'ai commencé ma maîtrise sur le sujet suivant : comment donner du feedback à un résident. J'abordais les règles de la communication avec un apprenant. Puis, ce thème d'intérêt s'est élargi à la communication, la relation avec un patient, la psychothérapie - au départ, tout ça était amalgamé. Mais des collègues et moi avons fini par dégager des règles de communication qui nous permettent, comme médecins, d'aller chercher un diagnostic de qualité en facilitant l'expression du patient sur ce qui l'inquiète, ce qu'il ressent de sa maladie et ce qu'il attend de nous, ainsi que de planifier un suivi thérapeutique en accord avec ce patient. Ce sont des clés liées à la compétence clinique et scientifique. » Il en a découlé un ensemble de procédures de communication définies par rapport à des attitudes.
Le Dr Boulé oppose un démenti à cette croyance selon laquelle le sens de la communication, on l'a ou on ne l'a pas. « C'est sûr qu'il y a des gens plus empathiques, plus écoutants que d'autres. Ceux-là adapteront probablement les procédures avec plus d'aisance. Mais ceux qui s'intéressent peut-être davantage au côté scientifique ou aux algorithmes peuvent apprendre les principes et procédures de la communication : comment commencer une entrevue, comment porter attention au patient, comment utiliser le non-verbal, comment annoncer une mauvaise nouvelle, etc. »
On ne sera pas surpris d'apprendre que lors de son récent congé sabbatique (1998-99), le Dr Boulé ait voulu se perfectionner en communication-animation et en relation médecin-patient, tout en agissant comme personne-ressource en formation professorale à l'Université catholique de Louvain (Belgique). Ni que depuis deux ans, il participe à un projet de formation professorale en santé à la faculté de médecine d'Angers (France), ou encore qu'il se soit joint à des médecins belges, français, suisses et québécois qui se réunissent une semaine par année pour animer des ateliers sur l'enseignement de la relation médecin-patient.
« À la fin de mon mandat (d'un deuxième en fait), j'aurai environ 55 ans, j'aimerais prendre une autre année sabbatique pour du ressourcement et finir ma carrière comme médecin clinicien et enseignant. Revenir, justement, à mes sources. Ça m'énergise de voir des patients et de travailler avec des résidents. » D'ici là, cet ardent défenseur de la continuité des choses - dans les soins aux patients, l'enseignement auprès des étudiants, les liens avec les collègues - entend bien préserver aussi sa vie personnelle. « Mes amis et ma conjointe me ramènent à l'ordre quand j'ai moins de temps à leur consacrer, ou quand je néglige mon entraînement physique. Je ne me laisserai pas engloutir par mon travail, même si je l'aime. »]