| Mot du président |
Parution: octobre 2002
|
![]() |
![]() |
Dans la vie, il faut trimer. C'est du moins ce que les générations ont enseigné les unes aux autres pendant longtemps. La moindre activité, qu'il s'agisse de s'alimenter ou de construire son gîte, nécessitait des efforts physiques souvent qualifiés de surhumains. Petit à petit, des outils de plus en plus ingénieux et performants se sont multipliés pour faciliter de nombreuses tâches, souvent pénibles. Les obstacles à une production de masse se sont amenuisés avec l'avènement de l'ère industrielle et ce que l'on a appelé « les loisirs ». Même l'effort intellectuel s'est considérablement transformé. Les fonctions se sont diversifiées, complexifiées et spécialisées. Les rôles ont été ajustés et l'individu a vu sa dépendance croître au fur et à mesure que le progrès le remplaçait. |
Quand loisirs riment avec bouffe
Est-il surprenant, dès lors, de retrouver ce même individu physiquement passif devant l'écran de son téléviseur ou de son ordinateur ? Le sportif amateur d'hier est devenu un spectateur qui fait la vague, applaudit et qui, bientôt, huera si les gourous de l'ambiance le lui ordonnent. De plus, il semble que la moindre activité doive être accompagnée de nourriture, que certains qualifient de malbouffe. Il faut dire que les réclames - qui s'adressent surtout aux jeunes - nous invitant à croquer toutes sortes de friandises appétissantes pullulent à l'écran. Est-il concevable, aujourd'hui, de penser aller au cinéma, d'assister à un match de football ou, tout simplement, d'écouter la télévision sans avoir avec soi son « panier de calories » ?
Choisir la santé demande de la discipline, une conscientisation honnête et d'être conséquent. On peut se réjouir que la cigarette soit maintenant honnie. On peut s'interroger, par contre, sur la mode du jour qui réclame à hauts cris le remplacement de cette fumée nocive par une autre, dont on refuse d'envisager la forte teneur en goudron et autres composantes sous prétexte qu'elle est naturelle. La santé est un choix individuel et de société. C'est notre attitude à tous qui doit être repensée ainsi que notre propension à la consommation, quel qu'en soit le prix. Prenons pour exemple notre attrait pour les voitures aux allures sportives, puissantes et dévoreuses d'énergie. Au diable le smog... et tant mieux si le facteur vent transporte les émanations ailleurs !
Une autre alarme
Devant ces comportements, nos trois invités sonnent l'alarme et ils nous incitent à un profond bouleversement individuel, puis collectif. La généralisation d'un comportement sédentaire est considérée comme un déterminant majeur du développement de pathologies chroniques, au premier rang desquelles figurent les maladies cardiovasculaires, l'obésité et certaines perturbations métaboliques.
Chez les adultes et, maintenant, chez les jeunes du Québec - comme dans tous les pays industrialisés -, les maladies du système cardiovasculaire font des ravages de plus en plus importants. L'activité physique est un facteur essentiel de l'état de santé des individus. Elle est prévention par excellence.
L'exercice conditionne les principales fonctions vitales, qu'elles soient circulatoires, perceptives, sensorimotrices, respiratoires, digestives, métaboliques ou sexuelles. Affirmer que c'est le meilleur des remèdes n'est pas une figure de style. Il est de la responsabilité de tous et de chacun d'acquérir les connaissances et les comportements nécessaires pour arriver à créer des conditions de vie personnelles propices au maintien ou au rétablissement de la santé. Nous-mêmes, médecins, pourrions tirer le plus grand bénéfice de cette adhésion au credo de l'activité physique et à de saines habitudes de vie, en particulier en matière alimentaire. Mais nous entrons ici dans le domaine des valeurs culturelles et des croyances. Les médecins sont certes des acteurs importants qui peuvent aider les gens à se responsabiliser et à envisager un changement de comportement. Cependant, comme le cadre social s'y prête peu, la tâche n'est pas facile.
L'enjeu de la santé n'est pas seulement lié à l'équilibre budgétaire et au contrôle des dépenses. Encore faut-il faire la promotion de la santé. Quand on regarde la place qui est faite à la publicité sur de saines habitudes de vie comparativement à celle qui est accordée aux publicités sur la restauration rapide, comme l'a souligné justement le Dr Juneau, on est édifié. Serions-nous déboussolés au point de ne pouvoir lire nos revues et journaux ou regarder nos émissions télévisuelles préférées sans ce continuel lessivage de nos volontés fragiles ?
L'obésité est-elle seulement physique ?
L'État n'aura jamais les moyens de nos ambitions et les décisions prises en haut lieu ne peuvent remplacer celles qui relèvent de chacun d'entre nous. Après bien des illusions, nous réalisons que l'État providence a ses limites, au même titre que toutes les autres structures. Pourquoi sans cesse tout exiger d'un État qui est lui-même en pleine crise d'obésité ? Pourquoi attendre d'incessantes réformes au lieu de se décider à véritablement se prendre en main individuellement, surtout dans un domaine aussi personnel ?
Voilà l'essence d'un message qui a été enseigné de génération en génération : dans la vie, il vaut la peine de trimer. Peut-être devrions-nous y songer davantage...]
Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC