| Mot du président |
Parution: septembre 2002
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De génération en génération, les sociétés se sont progressivement édifiées. Toujours, nous disent les démographes, elles ont obéi aux règles d'une démographie relativement équilibrée entre les âges des citoyens, une démographie en forme de pyramide, où les jeunes forment l'assise. Au Québec, il y eut, bien sûr, la revanche des berceaux, dont les effets furent atténués par une mortalité infantile impressionnante. Par la suite, grâce à l'amélioration des conditions de vie et des soins de santé, et à des découvertes permettant un contrôle des naissances ô combien plus efficace, les règles du jeu changèrent. Alors, pour la première fois, les sociétés - occidentales surtout - virent la pyramide des âges s'inverser plus ou moins rapidement jusqu'à devenir tronquée. Le Québec passa, sans grande transition, d'une société dominée par la natalité à une société où les gens de l'âge d'or en grand nombre modifièrent les règles connues. |
Au même moment, la famille a connu un profond éclatement. Le temps où plusieurs générations se retrouvaient sous un même toit a fondu comme neige au soleil. L'État s'est déclaré « Providence », tandis que la valeur des individus s'est mesurée à l'aune du rendement et de la capacité à produire.
De plus en plus nombreux et âgés...
La problématique du grand âge pour le plus grand nombre a alors pris une dimension à la fois personnelle et collective, existentielle et philosophique. Le vieillissement est devenu dès lors la partie de soi que l'on refuse parce qu'elle risque de se muer en épreuve de souffrance. C'est ainsi qu'est apparu le leitmotiv : mieux vaut rester jeune. Depuis, beaucoup d'appelés échouent au test de jouvence et doivent composer avec des maux physiques, des malaises psychiques et des drames émotifs.
Nos invités décrivent ce qu'est l'accompagnement d'une personne qui en est à cette délicate étape de l'existence. Ils insistent pour identifier cette démarche d'amour, de compréhension, d'émotion et de dévouement. Ces termes, un peu passés de mode, rebutent et éloignent la relève. Les candidats aux études gériatriques sont loin d'être légion et cette discipline, comme tant d'autres, se retrouve en grave pénurie de ressources. Pourtant, pour la plupart des personnes âgées, un mot, une présence suffisent à atténuer leur isolement.
Le système
Pour ceux et celles dont la condition physique ou psychique est plus problématique, il arrive trop souvent que leur évaluation ainsi que l'accès à des ressources se muent en une sorte de cauchemar, devant se plier aux structures existantes, qui devraient pourtant être au service du citoyen. Cliniques inaccessibles, rentabilité budgétaire, marginalisation des personnes âgées et regroupement dans des ghettos, voilà - selon nos invités - les ingrédients qui conduisent au désarroi, à la désespérance et, pour beaucoup trop - hélas -, au désir d'en finir, de se donner la mort. Que de leçons à retenir de ces entrevues où des experts nous disent combien il est essentiel de ne pas se couper de l'être humain malgré ce corps qui se paralyse, cet esprit qui se vide, ces affects qui partent à la dérive ! Jamais la communication ne devrait être rompue.
Les étudiants en médecine doivent mieux apprendre cette discipline et l'ensemble des forces médicales doit acquérir les capacités, les connaissances et les attitudes appropriées aux soins en médecine gériatrique et psychogériatrique. Il faut saluer les enseignements et les découvertes des équipes de recherche, encourager les efforts qui visent à améliorer le diagnostic et le traitement plus spécifique liés à l'âge, dont les limites reculent sans cesse.
La maximisation de l'autonomie, de la qualité de vie par le maintien à domicile, de la valorisation du potentiel des aînés doit devenir le mot d'ordre visant à réduire l'écart entre la réalité vécue et les services offerts tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Ces tendres paroles de Brel
Prévention, intervention précoce, réadaptation et réinsertion sont les pièces maîtresses de l'indispensable collaboration entre les générations. Concertation, régularité et permanence doivent guider l'aide apportée à nos aînés et répondre, bien sûr, à la dimension biologique, mais aussi aux dimensions psychologique et sociale.
Bien souvent, une société se démarque par l'accueil qu'elle réserve à ses personnes âgées ; l'accessibilité aux services de santé et sociaux est une de ses principales manifestations. Cette brève évocation du parcours de notre évolution ou de notre révolution - pas nécessairement tranquille - en regard des personnes âgées évoque dans mes pensées les magnifiques paroles, si émouvantes, de Jacques Brel à l'égard des plus vieux :
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« Vous le verrez peut-être, |
Jean Léveillé, MD