Parution: août 2002

Centenaire de l'AMLFC
Extrait des Mémoires du 1er Congrès de l'AMLFAN


Enfin le Président Général inaugure le Congrès dans les termes suivants :

Messieurs :

C'est un très grand honneur pour moi d'être appelé à présider ce premier Congrès des médecins de langue française en Amérique, je suis particulièrement heureux d'avoir à vous souhaiter, au nom de tous mes confrères de Québec la plus cordiale bienvenue.

C'est un précieux avantage qui ne saurait manquer d'être apprécié par tous les membres de cette Association, que celui d'être admis à tenir nos séances dans l'enceinte de cette Université Laval, en qui nous saluons le premier foyer du haut enseignement français dans ce pays et à laquelle nos sympathies et notre vénération étaient d'avance acquises.

Nous sommes infiniment honorés de la présence de Monseigneur le Recteur de cette Université, ainsi que des membres les plus éminents dans les professions qui forment le Conseil supérieur de cette grande institution. Que Monseigneur le Recteur et Messieurs les Professeurs veuillent bien nous permettre de leur témoigner notre plus profonde gratitude pour cette faveur insigne qui ajoute à notre congrès son plus haut cachet de distinction et de solennité.

C'était bien là la marque d'appréciation la plus encourageante que nous pouvions espérer pour la tâche délicate que nous avons entreprise. Cette oeuvre, qui nous a été inspirée par le désir de travailler au prestige et à l'honneur de notre profession, par l'ambition de contribuer dans la mesure de nos forces aux progrès de la science et à l'essor des études, nous est apparue comme le corollaire de l'oeuvre de haute éducation que l'Université Laval poursuit avec tant de dévouement et de succès depuis sa fondation.

Je serai votre fidèle interprète en offrant le témoignage de notre vive reconnaissance au représentant officiel du gouvernement de la province de Québec, l'honorable M. Turgeon, qui a bien voulu nous faire l'honneur, comme ministre de l'Instruction publique, de venir présider à l'ouverture de ce Congrès. L'intérêt particulier que cet homme éminent a toujours manifesté, durant sa carrière politique, pour toutes les questions de la haute éducation, la position élevée qu'il occupe et qui le rattache si intimement à l'oeuvre de l'instruction publique dans cette province, assuraient d'avance à notre Association toute sa sympathie et son encouragement. Mais sa présence, qui nous a donné l'occasion d'entendre ses éloquentes paroles, de même que son prestige personnel et les brillantes qualités d'esprit que tous lui reconnaissent, ne pouvaient manquer d'ajouter à cette première séance de notre Congrès un éclat et un intérêt bien propres à en promouvoir le succès.

Je serai également l'écho des sentiments de tous les membres présents de cette Association, en offrant à M. le maire suppléant de Québec tous nos remerciements pour les souhaits de cordiale bienvenue qu'il nous a adressés au nom de la ville qu'il représente si dignement. Cette démarche et cette délicate attention de la part des autorités civiques nous est une nouvelle preuve de l'intérêt que l'on porte toujours, dans cette vieille cité de Champlain, à tous les progrès dans la haute culture intellectuelle et à toutes les institutions qui ont pour but de travailler au bien-être social et humanitaire.

La présence au milieu de nous des représentants officiels de la France et des Etats-Unis nous honore à plus d'un titre et est bien propre à ajouter à l'éclat et à la solennité de ce Congrès. Nous sommes particulièrement touchés de ces marques de sympathie et de cette extrême condescendance de la part des gouvernements de ces deux pays, déjà unis par une longue amitié et auxquels l'élément franco-américain se trouve rattaché par des liens si étroits.

Nous saluons avec plaisir les représentants les plus autorisés de la médecine française et de la profession médicale anglaise de cette province, qui ont bien voulu nous faire l'honneur de s'associer à nos humbles travaux. Cette marque d'intérêt et de bienveillante sympathie nous réjouit au plus haut point et elle nous est d'un précieux encouragement. Non seulement le concours de ces savants distingués ajoutera beaucoup à l'intérêt scientifique de notre Congrès, mais leur présence servira, sans doute, à resserrer les liens qui nous unissent déjà à la grande école française, où nous puisons principalement notre enseignement, et à l'école anglaise de cette province, avec laquelle nous aimons à conserver les relations de la meilleure courtoisie.

Les organisateurs de ce Congrès ne pouvaient, à la vérité, espérer de plus heureux auspices pour donner la première sanction à l'oeuvre de progrès scientifique que l'Association des médecins de langue française s'est fait un but de réaliser.

Cette oeuvre, que vous connaissez déjà, consistera surtout à promouvoir les intérêts de la science et l'avancement professionnel, tout en servant à établir des relations plus intimes entre tous les médecins de notre langue sur ce continent.

Les promoteurs de cette Association ont eu la conviction que le meilleur moyen d'atteindre cette fin, serait d'organiser des congrès de médecine, destinés à rallier tous les médecins de notre origine sur le terrain commun où les place naturellement l'intérêt général et supérieur de cette profession. Ces congrès, qui pourraient se tenir alternativement dans les principaux centres de population française en Amérique, fourniraient une agréable occasion aux différents groupes de la grande famille médicale franco-américaine, de se rencontrer dans une intime et cordiale fraternité, d'échanger leurs vues et leurs idées dans la langue qui leur est chère, et de tirer ainsi meilleur profit de la mise en commun de leurs recherches et de leurs travaux scientifiques.

Tous ont été unanimes, également, à reconnaître que, vu l'isolement dans lequel vivent la plupart de nos praticiens, l'un des plus sûrs moyens de donner plus de force et de cohésion à notre profession, de créer l'émulation générale pour les études, serait de promouvoir la fondation de sociétés médicales dans tous les districts où peuvent se rencontrer des groupes de médecins zélés pour la science et ayant à coeur leur avancement. L'existence de ces sociétés médicales a été entrevue comme un corollaire de notre Association générale, et comme l'une des conditions les plus propres à assurer sa vitalité et son avenir. Tel était le double but que laissait entrevoir le projet de cette association des médecins de langue française, qui vous a d'abord été soumis.

Je suis heureux de vous faire connaître, en cette circonstance, l'accueil favorable que ce projet a reçu de toute la profession médicale franco-américaine. De toutes parts sont venus des retours empressés, approuvant l'opportunité d'un pareil mouvement et exaltant le but de cette association comme le plus conforme aux aspirations de tous et répondant à une nécessité depuis longtemps ressentie. Les lettres d'adhésions nombreuses et ferventes qui ont été adressées à notre secrétaire général, réflètent un même sentiment chez tous les médecins d'origine française de ce continent; c'est que, dans ces pays mixtes où nous vivons, de tels moyens de concentration et de ralliement sont devenus plus que désirables pour mettre en relief la valeur de notre éducation et assurer à notre profession médicale française le respect et l'appréciation de tous. Nous avons reçu, en même temps, de précieux encouragements et l'expression de chaleureuses sympathies de la part de savants éminents de la vieille France et de plusieurs organes accrédités que l'Association qui nous réunit aujourd'hui dans ce premier congrès est née d'une même communauté d'idées, d'un même désir d'avancement scientifique, et d'une même ambition de travailler à l'honneur et au prestige de notre profession médicale franco-américaine.

Permettez-moi de vous dire, au nom des organisateurs de ce Congrès, que vous avez généreusement répondu à l'appel qui vous a été fait. Votre présence en aussi grand nombre le témoigne déjà hautement; mais nous en avons une autre preuve dans le nombre et l'importance des travaux qui nous ont été offerts et qui seront soumis à votre appréciation.

Ce n'est pas sans une certaine hésitation, cependant, que nous avions pris l'initiative d'un tel mouvement. Nous ne pouvions pas nous faire illusion sur les difficultés nombreuses que nous aurions à surmonter, et nous avions conscience, également, de certaines lacunes qui existent encore dans notre organisation professionnelle. Nous avions à nous rappe- ler que nous ne sommes tous, pour ainsi dire, assimilés qu'au rôle de praticiens; qu'il n'existe pas, dans nos milieux d'enseignement ou dans nos services hospitaliers, de carrières ouvertes qui permettraient à des hommes spécialement doués de se consacrer exclusivement à des études expérimentales, à ces recherches ou à ces travaux de laboratoires d'où découlent les progrès les plus marquants dans les sciences. Nous ne pouvions nous empê- cher de tenir compte également du fait que les institutions qui concourent à l'oeuvre de l'enseignement médical français dans ce pays, ne relèvent que de l'initiative privée, et que les ressources mises à leur disposition sont, par suite, assez limitées; elles ne reçoivent pas, ici, des autorités publiques, comme dans d'autres pays, on doit le dire avec regret, un appui matériel qui leur permette de donner la plus grande expansion à leurs oeuvres. Il n'est donc pas surprenant que ce projet de congrès scientifique ait pu paraître prématuré à plusieurs d'entre nous.

Mais nous avions la conscience, d'un autre côté, des progrès considérables qui se sont réalisés depuis quelques années dans nos principaux milieux : la fondation de journaux de médecine, le mouvement d'organisation des sociétés médicales, qui ont créé partout une émulation louable pour les études et les travaux scientifiques; nous savions aussi quelles généreuses tentatives se font actuellement pour la réorganisation et le perfectionnement de l'enseignement pratique et hospitalier de la médecine dans notre pays. Il nous était possible d'entrevoir, aussi, que, dans quelques années, toutes les lacunes seraient comblées et que nous pourrions alors marcher d'égal avec les autres nations dans la voie du progrès scientifique.

Il a semblé au plus grand nombre qu'il valait mieux tirer profit de ce mouvement et qu'il ne fallait pas attendre d'en être rendu au plein épanouissement que l'avenir nous fait espérer, pour tenter l'oeuvre de ralliement et de concentration scientifique qui nous réunit aujourd'hui : il nous a paru, au contraire, que l'organisation de ces congrès, appuyés sur une coopération effective des sociétés médicales, serait précisément le moyen de hâter la réalisation des progrès et des perfectionnements que nous entrevoyons pour un avenir rapproché.

Si nous ne pouvons nous flatter de l'illusion que les premiers congrès de notre jeune Association auront pour effet de marquer un pas décisif dans la science, ou qu'ils seront l'occasion de communications retentissantes qui fassent écho dans le monde scientifique, nous pouvons, du moins, prédire sûrement, qu'ils accompliront une oeuvre utile pour la masse de nos praticiens, en faisant passer sous leurs yeux, pour ainsi dire, la synthèse des progrès les plus récents dans la science et l'art de la médecine.

Ces congrès périodiques, qui rapprocheront dans une même communauté d'idées tous les médecins de notre origine, serviront sans doute à détruire cet esprit d'individualisme dans lequel se confine trop souvent le médecin praticien et qui est aussi funeste à son avancement et au perfectionnement de son éducation que contraire au prestige et à l'influence de notre profession.

Pour ce qui est de l'appréciation anticipée de ce premier congrès auquel nous vous avons conviés, les nombreux travaux qui nous ont été adressés, et dont la plupart se rapportent aux sujets les plus d'actualité dans la médecine, nous permettent déjà d'affirmer qu'il aura un caractère scientifique propre à justifier toutes nos démarches. Et n'aurait-il eu d'autre avantage que celui d'avoir rassemblé dans un même esprit de confraternité, un nombre aussi imposant de médecins de notre nationalité, et de leur avoir donné l'occasion d'offrir un hommage de sympathie et de reconnaissance, digne des services rendus, à cette grande université nationale qui a contribué pour une si large part au développement de la médecine française au Canada, que cela en serait assez pour justifier ses promoteurs d'en avoir pris l'initiative et récompenser tous leurs efforts.

Il ne sera donc pas téméraire de dire que ce premier congrès des médecins de langue française, en Amérique, associé à la célébration des fêtes jubilaires de la première université française fondée sur ce continent, marquera une époque dans le développement de la médecine franco-américaine, comme les fêtes grandioses du cinquantenaire de Laval marqueront l'une des étapes les plus brillantes dans l'histoire de l'enseignement supérieur au Canada.

On voudra bien se rappeler que tous sont invités à apporter, dans l'analyse et la discussion des travaux qui seront soumis aux délibérations de ce congrès, le résultat de leurs observations personnelles et le concours de leurs lumières et de leur expérience.

Nul doute que de cet échange de vues et de cette mise en commun des recherches d'un chacun ressortiront des conclusions et des enseignements utiles à la masse des praticiens.

Outre ces travaux scientifiques, diver- ses questions, concernant les intérêts professionnels et la réorganisation de l'enseignement médical, seront encore soumises à votre considération. L'importance de l'étude de ces questions ne saurait échapper à votre attention, et nous avons la confiance que vous travaillerez, dans la mesure de vos forces, à la solution des différents problèmes qu'elles comportent et qui intéressent si vivement l'avenir de notre profession.

Les organisateurs de ce congrès n'ont pas voulu, non plus, négliger un autre côté d'intérêt pratique qui leur était offert : les expositions de produits pharmaceutiques, d'instrumentation chirurgicale ou autres, et de librairie médicale.

Nous devons à la bienveillante générosité des autorités de cette Université d'avoir la bâtisse complète de l'École de Médecine, pour ces exhibitions. Le Comité, chargé de cette organisation, a cru devoir faire aux exposants diverses suggestions afin que chaque installation soit ordonnée de manière à réaliser autant que possible une leçon de chose.

En parcourant ces diverses installations, vous verrez passer sous vos yeux, comme dans une synthèse, toutes les accomodations qui correspondent à une exigence dans la pratique, aux interventions d'urgence, et tout le matériel qui ajoute un complément ou réalise un perfectionnement dans les moyens de l'art de guérir. Nous ne saurions donc manquer de vous inviter à donner à cette exposition une part de votre attention, en dehors des séances du congrès.

En remerciant de nouveau les personnages distingués qui ont bien voulu venir rehausser de leur présence l'éclat et la solennité de l'ouverture de ce congrès, il ne me reste, Messieurs, qu'à vous exprimer mes meilleurs souhaits pour le succès de vos travaux et de vos délibérations. ]

Dr M. D. Brochu