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Parution: août 2002
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Le Dr Christine Colin au coeur de l'action (Deuxième partie) |
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Le Dr Colin a participé à l'amélioration de la santé de la population québécoise et à la lutte contre l'exclusion et la marginalisation des couches les plus démunies de la société en matière de santé. Durant ces années au Ministère, elle a contribué à mieux positionner la santé publique sur l'échiquier de la santé au Québec et a eu à coeur de faire avancer plus particulièrement le dossier de la promotion de la santé, de la prévention, de l'intersectorialité ainsi que les projets liés à la petite enfance, à la périnatalité et aux inégalités. Ainsi, le Dr Colin et ses collaborateurs ont mis sur pied et ont donné son essor au programme « Naître égaux, grandir en santé », programme auquel elle participe toujours d'ailleurs. « Naître égaux, grandir en santé » représente une prio- rité régionale et nationale de santé publique. « Ce programme a fait ses preuves. Il mobilise différents partenaires en santé et s'adresse aux familles les plus exclues de notre société. Il permet de rejoindre les femmes enceintes qui vivent une grande pauvreté. Selon une approche globale, une intervenante privilégiée - le plus souvent une infirmière -, soutenue par une équipe multidisciplinaire, crée une relation de confiance avec la future mère et lui propose différentes avenues pour améliorer ses conditions de vie ainsi que sa santé et celle de son nouveau-né. |
![]() Le Dr Christine Colin |
« L'évaluation démontre que les femmes reçoivent ainsi plus d'informations, ont davantage de soutien social et d'aide matérielle, et améliorent leurs habitudes alimentaires. La santé physique et mentale des mères est améliorée : on note moins d'anémie postnatale et moins de symptômes dépressifs postnataux. Cela ne suffit toutefois pas à réduire la prématurité ni le retard de croissance intra-utérine. On note cependant une amélioration de l'alimentation des nouveau-nés, qui sont davantage allaités ou, quand ils ne le sont pas, qui reçoivent deux fois plus de préparations pour nourrissons au lieu du lait de vache. De plus, les femmes et les intervenantes sont satisfaites du programme, dont l'évaluation se poursuit en période postnatale. »
Comme sous-ministre adjointe, le Dr Colin a connu les années de grandes compressions budgétaires. « Ce fut terrible, c'est vrai. Mais il fallait agir rapidement et de façon aussi drastique, car autrement, nous nous serions dirigés tout droit vers le point de rupture qui aurait mené à un système à deux vitesses. La survie du système de santé pu- blic en dépendait. »
Le Dr Colin se souvient du travail d'équipe réalisé au Ministère au cours de cette période difficile. Il s'est alors installé au sein de l'ensemble de la direction ministérielle un fort esprit d'équipe. « Il fallait vraiment se serrer les coudes, dit le Dr Colin. Le fait que nous soyons restés centrés sur les intérêts de la population - au-delà des intérêts particuliers - nous a permis de sauvegarder certains programmes. Dans un contexte où, habituellement, la compétition est vive entre les Directions, il n'était pas si facile de penser en termes de consensus. Mais nous avons su dépasser le stade de la compétition. Je comprends combien il a été difficile pour le réseau de la santé d'assumer toutes ces compressions budgétaires, mais cela a été tout aussi difficile de prendre ces décisions au sein du Ministère, car nous étions conscients de l'ampleur des conséquences de ces changements budgétaires. »
C'est à regret et pour des raisons familiales que le Dr Colin a quitté ses fonctions à la Direction de la santé publique. « J'ai voulu être plus présente pour mes enfants », dit-elle. Je vivais à Montréal et je travaillais à Québec. Or, Marc devait quitter pour Ottawa. Ma famille est très importante pour moi. Il est clair que les enfants ne pouvaient demeurer seuls à Montréal. Je me devais donc de prendre cette difficile décision. Mais j'avais aussi l'impression d'avoir fait le tour du jardin. Au ministère de la Santé, il faut savoir que la durée de vie médiane d'un sous-ministre est de dix-huit mois. J'ai vu passer beaucoup de collègues en cinq ans! »
Le Secrétariat à l'adoption internationale
De retour à Montréal, le Dr Colin s'est vu offrir de diriger le Secrétariat à l'adoption internationale du Québec. Elle a accepté, bien sûr. « Il s'agissait d'enfants, et qui plus est, d'enfants en milieu défavorisé. Il y avait aussi des enjeux internationaux - auxquels j'étais bien préparée -, très intéressants, mentionne le Dr Colin. De plus, ce Secrétariat avait subi des coupures budgétaires énormes. Des gens compétents étaient partis. Il y avait donc également le défi de remettre l'organisme sur pied. »
Pendant deux ans et demi, le Dr Colin s'est consacrée à la cause de l'adoption internationale. Elle garde d'heureux souvenirs des gens avec qui elle a collaboré et des projets qu'elle et son équipe ont réalisés. « J'ai eu le grand plaisir et privilège, souligne-t-elle, de mener une mission en Chine, à l'invitation du gouvernement chinois. Le Québec a été le premier à être invité officiellement pour un tel projet. Nous avons été accueillis très chaleureusement. L'expertise que j'avais acquise au Ministère m'a beaucoup aidée. »
Outre la Chine, le Dr Colin s'est aussi rendue - alors qu'elle était en poste au Ministère - en Thaïlande, en Roumanie, au Pérou et au Vietnam. Elle a aussi été membre de la délégation canadienne à l'assemblée annuelle de l'Organisation mondiale de la santé en 1997.
Doyenne de la faculté des sciences infirmières
Le Dr Colin allait bientôt être appelée à relever un autre grand défi. La faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal recherchait une doyenne. Il n'y avait alors pas d'infirmières disponibles pour cette fonction, et le comité de sélection a estimé que le Dr Colin représentait une candidate intéressante. « On m'a dit que le profil dégagé pour la future doyenne correspondait au mien : quelqu'un qui avait une vision d'ensemble du système de santé, qui cultivait une approche globale de la santé, démontrait une bonne capacité de gestion, un intérêt pour l'enseignement et la recherche, pour l'international et pour la clinique. »
De prime abord, le Dr Colin a tenu à émettre des réserves quant à la possibilité d'occuper le poste. « Je n'étais peut-être pas la bonne personne puisque je suis médecin. N'était-ce pas là un obstacle insurmontable? On m'a demandé d'y réfléchir quand même, dit-elle. J'ai consulté. Des personnes de la profession infirmière considéraient que cela était possible. Finalement, j'ai décidé de plonger. Le défi était majeur, probablement plus encore qu'à la Direction générale de la Santé publique, car je savais que dans le milieu médical, plusieurs ne souhaitaient pas qu'un médecin soit à la tête de la faculté des sciences infirmières. C'était donc tout un défi. »
Elle s'est jointe à ce corps professoral qu'elle estime compétent et engagé, fière d'assumer le poste de doyenne d'une faculté porteuse d'avenir et très dynamique. Elle affirme pouvoir compter sur une équipe de direction exceptionnelle, dont font partie le Dr Jacinthe Pépin, vice-doyenne aux études et le Dr Raymond Grenier, secrétaire de la faculté. Le programme de baccalauréat en sciences infirmières compte, à l'heure actuelle, plus de mille étudiants. « Je veux contribuer au développement de cette faculté, dit le Dr Colin, pour qu'elle réponde aux besoins des étudiants des années 2000, pour que les professeurs également puissent y travailler dans des conditions valorisantes et que la recherche s'y développe.
« Ce qu'il faut construire, un peu à l'instar de ce qui se fait en Ontario et aux États-Unis, ce sont des formules gagnants/gagnants. Les infirmières ne veulent pas devenir des médecins, mais par ailleurs, elles veulent être reconnues à leur juste valeur. Elles doivent être considérées comme des collaboratrices et respectées en tant que telles. » Pour que les infirmières puissent aller de l'avant, le Dr Colin croit que la formation universitaire doit être favorisée ainsi que la recherche en sciences infirmières. Des programmes conjoints cégep/université sont mis sur pied actuellement afin de favoriser la formation universitaire d'un plus grand nombre d'infirmières. On intègre différents aspects de la formation de façon à ce qu'après cinq ans de formation post-secondaire, l'infirmière puisse être titulaire d'un baccalauréat. On espère accueillir les premières cohortes d'étudiants et d'étudiantes en 2002. « Nous visons donc la concrétisation de ce projet à court terme, précise le Dr Colin. Il ne faut pas sous-estimer les changements d'attitude que cela représente de la part des personnes et des institutions engagées dans une telle collaboration. »
Un autre dossier à l'ordre du jour est celui de la révision du programme de maîtrise pour mettre l'accent sur la pratique clinique avancée. Actuellement, les cliniciennes spécialisées se retrouvent peu souvent au chevet du patient. Elles s'occupent surtout de planification, de développement, de conseil et d'éducation. « On veut que cette expertise soit accessible à tous et qu'elle soit intégrée aux soins. Il faut donc repenser la formation en conséquence », soutient le Dr Colin.
Un troisième dossier auquel le Dr Colin accorde beaucoup d'importance est celui de la recherche. « La recherche en sciences infirmières est jeune, mais de plus en plus reconnue et subventionnée par les organismes de recherche. Elle peut et doit contribuer à générer des connaissances essentielles pour l'amélioration des soins et de la santé de la population. À titre d'exemple, nous avons obtenu une subvention importante de plusieurs millions de dollars, dit le Dr Colin, de la Fondation canadienne de recherche sur les services sociaux et de santé afin de créer un centre de recherche, un projet en partenariat dirigé par l'Université de Montréal, en collaboration avec l'Université Laval et l'Université McGill. Le but de ce centre est de permettre la formation en recherche appliquée de personnes qui pourront faire davantage le pont entre la recherche et la gestion des services infirmiers. Un projet enthousiasmant, dit le Dr Colin. Sont associés à ce projet des partenaires du milieu qui nous appuient à plusieurs niveaux, notamment sur le plan financier. Nos premières étudiantes entrent cette année au programme de doctorat. C'est une nouvelle orientation pour la faculté. »
La faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal est la seule fa-culté qui offre un doctorat en sciences infirmières dans la communauté francophone internationale. On y retrouve aussi la première chaire de recherche en soins infirmiers au Canada. « Des étudiants en provenance de plusieurs pays poursuivent leurs études à la faculté, dit le Dr Colin, tandis que nos étudiants font des stages à l'étranger. De plus, nous collaborons avec plusieurs facultés à l'extérieur du Canada. »
En tant que doyenne de la faculté des sciences infirmières, le Dr Colin participe à toutes les discussions au CHUM sur la profession infirmière. « On réfléchit à ce que sera ce nouvel hôpital en termes de soins, de services, d'enseignement, de recherche et d'évaluation des technologies. On souhaite évidemment que la recherche en sciences infirmières soit davantage intégrée et puisse finalement se développer au sein du centre de recherche du nouveau CHUM. Ceci, afin que les in-firmières soient bien préparées à oeuvrer dans le système de santé de demain.
« Nous voulons des infirmières qui ont la tête et le coeur bien faits, dit le Dr Colin. Les connaissances acquises doivent se situer à différents niveaux, autant biomédical que psychosocial, et doivent pouvoir être appliquées dans différents contextes, toujours en tenant compte de la globalité de la personne. Ce que l'on attend d'une infirmière qui obtient un baccalauréat, c'est qu'elle ait une vision globale du système, qu'elle exerce son jugement clinique, qu'elle développe la faculté de prendre des décisions et qu'elle travaille en intersectorialité et en interdisciplinarité tout en adoptant une attitude de caring envers ses patients et ses collègues. On doit mieux former les infirmières afin qu'elles puissent aussi animer et coordonner des équipes de soins. On mise sur le faire et sur l'être, deux savoirs essentiels en formation infirmière. »
Une passionnée
La santé publique a constitué une voie d'action privilégiée pour le Dr Colin, et ce, à tous points de vue : pratique clinique, enseignement et recherche. Son lieu d'intervention comprend autant la prévention, la promotion de la santé que la pratique, en lien avec d'autres disciplines comme les sciences sociales et politiques. Parmi ses centres d'intérêt : la périnatalité, les inégalités sociales en santé, les conséquences de la pauvreté sur la santé des femmes et des familles au Québec, l'environnement et la santé des populations, la faim dans Montréal, la prévention des traumatismes et de la violence, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein, la lutte contre le VIH et les MTS. Soucieuse de partager ses connaissances et ses recherches, le Dr Colin a écrit plusieurs livres et articles scientifiques. Excellente communicatrice, elle a prononcé plus de 150 conférences et a participé à de nombreuses émissions de radio ou de télévision.
À la faculté des sciences infirmières, comme en adoption internationale et à la Direction générale de la Santé publique, le Dr Colin est animée par des valeurs profondes : le sens de la justice sociale, le respect des autres au-delà des différences, la conviction que chacun peut développer ses compétences, et encore plus lorsqu'on se regroupe en équipes. Elle estime avoir eu beaucoup de chance tout au long de son parcours professionnel, étant entourée de collaborateurs exceptionnels. Elle y trouve, aujourd'hui comme hier, efficacité et plaisir. Comme le passé est garant de l'avenir, nul doute que les défis qui l'attendent seront encore extrêmement stimulants et qu'elle trouvera beaucoup de satisfaction à les relever. ]