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Parution: juillet 2002
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Le Dr Christine Colin au coeur de l'action (Première partie) |
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Depuis sa plus tendre enfance, Christine Colin s'est engagée dans une démarche qui s'est appuyée sur la recherche d'une structure signifiante dans la vie, sur un profond humanisme et sur le sens de la justice - très important pour elle. Pour le Dr Christine Colin, le savoir être nourrit le savoir faire. Elle parle d'ouverture aux autres, d'altruisme et d'empathie. L'être signifie aussi le coeur, et donc la générosité ainsi que la passion. Le savoir être allié au savoir faire a toujours représenté, pour le Dr Colin, le catalyseur par excellence pour se réaliser. Christine Colin est native de Charmes, mais a grandi à Nancy, entre Paris et Strasbourg, dans l'est de la France. Déjà, à l'école primaire, elle ressentait un sentiment d'injustice face aux inégalités sociales. Dès son entrée à la faculté de médecine, elle a milité dans des mouvements de lutte contre la pauvreté, contre l'exclusion et le rejet sous toutes ses formes. Elle devient membre des chantiers d'Emmaüs et de ATD Quart Monde (Aide à toute détresse - Quart Monde), mouvement international qu'elle a d'ailleurs contribué à implanter au Canada, et dont elle a assumé la présidence pendant plusieurs années. |
![]() Le Dr Christine Colin |
Lauréate de l'Université de Nancy, Christine Colin a été récipiendaire, en 1992, du Prix des médecins de coeur et d'action, pour la catégorie « médecin en CLSC et DSC », décerné par l'Association des médecins de langue française du Canada et le Groupe L'Actualité médicale. Elle a également reçu la médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada, décernée par le gouverneur général du Canada. Elle a en outre été honorée par la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain pour distinction professionnelle, inscrite au Tableau d'experts pour la prévention des accidents de l'Organisation mondiale de la Santé, récipiendaire du Certificat du mérite de l'Association canadienne de santé publique et récipiendaire du trophée Agora du Club des ambassadeurs de la Société du Palais des congrès de Montréal.
Au cours des quinze dernières années, le Dr Colin a siégé à différents comités : le comité de travail interprofessionnel sur l'aide sociale et la santé, le comité de travail provincial sur la prévention de l'insuffisance de poids à la naissance, le comité organisateur du colloque Les inégalités sociales et la santé : Comment agir?. Elle a été membre du conseil d'administration d'Enquête santé Québec. Elle a initié et dirigé le projet « Naître égaux, grandir en santé », a présidé le comité provincial Famille-Enfance-Jeunesse des DSC du Québec, a été membre du comité promoteur et du comité de liaison de Vivre Montréal en santé, membre du comité de travail du ministère de la Santé et des Services sociaux sur la préparation de la politique de périnatalité, membre du Carrefour de recherche sur la faim et la pauvreté, représentante des chefs de DSC au comité conjoint sur l'organisation régionale de la santé publique en préparation de la réforme de 1993. Elle a été également membre-fondateur du comité de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, qui a maintenant lieu le 17 octobre, chaque année, de même qu'elle a été membre du Centre collaborateur OMS pour la promotion de la sécurité et la prévention des traumatismes. Au Ministère, elle a notamment présidé le comité de concertation de la santé publique et a été membre du conseil d'administration de la CSST. Elle est maintenant membre du conseil scientifique de l'École nationale de santé publique, en France, présidente du conseil scientifique de la Fondation OLO, membre du conseil d'administration du CHUM et membre du conseil d'administration du centre hospitalier universitaire Mère-Enfant Sainte-Justine. Elle siège également à plusieurs autres comités nationaux et internationaux.
En ce qui concerne l'enseignement, en plus d'avoir donné plusieurs cours en santé publique, le Dr Colin a été directrice, pendant sept ans, du programme de résidence en santé communautaire au département de médecine sociale et préventive de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, membre du comité en santé communautaire du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, après y avoir été professeur de clinique. Elle est devenue professeure agrégée en santé publique à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Elle est - depuis septembre 2000 - doyenne de la faculté des sciences infirmières de cette même université.
La faculté de médecine
Christine Colin est entrée à la faculté de médecine de l'Université de Nancy, en France, en 1969, à l'âge précoce de 17 ans. Son frère, tout comme elle, est devenu médecin et l'a suivie sur les bancs de l'université. Il est aujourd'hui gastroentérologue et pratique en France. Pour sa part, en première année de médecine, Christine Colin s'est retrouvée face à une véritable marée humaine : 1 200 étudiants envahissaient l'amphithéâtre où se donnaient les cours, souvent dans un chahut indescriptible. La compétition était féroce : dès la deuxième année, la cohorte n'était plus que de 250 étudiants. Christine Colin s'est brièvement intéressée à la chirurgie et à la médecine générale pour ensuite s'orienter définitivement (en quatrième année) vers la santé publique et la médecine préventive (toujours avec le souci de réduire les inégalités, en santé cette fois-ci). Autant la recherche épidémiologique que la planification sanitaire l'attiraient fortement.
Elle poursuit sa résidence au centre hospitalier régional de Metz-Thionville. Outre sa formation médicale et son expérience des relations avec les patients, elle y approfondit son engagement par rapport à la réduction des inégalités en santé et renforce ses liens avec ATD Quart Monde. Elle poursuit des études spécialisées en médecine préventive, santé publique et hygiène, ainsi que des études en médecine du travail et prépare sa thèse de doctorat en médecine.
L'attrait du Québec
À cette époque, le Dr Colin considère qu'il lui manque des outils de recherche et de planification en santé publique, et désire parfaire sa formation en ce sens. Alors qu'elle poursuit sa réflexion à ce sujet, elle découvre qu'il existe au Québec un nouveau système de santé publique, constitué de CLSC - qui intègrent les approches préventive et curative, médicale et sociale - et de DSC où les intervenants prennent en considération tous les facteurs (environnement, habitudes de vie, conditions de travail, revenus...) afin d'améliorer le niveau de santé et de bien-être de la population. Son choix est fait : c'est au Québec qu'elle viendra compléter sa formation. « On entendait tellement parler du système de santé communautaire du Québec que j'ai eu le goût de voir de plus près ce qu'il en était. »
Elle est admise au programme de maîtrise en santé communautaire de l'Université de Montréal en 1980. Elle ne devait rester que deux ans et repartir ensuite pour l'Europe. Mais... elle tombe follement amoureuse d'un professeur en sociologie, penseur brillant et reconnu, le Dr Marc Renaud. « C'est arrivé, dit-elle, et il fallait envisager de demeurer en terre québécoise. Ce que j'ai fait avec grand plaisir, d'autant que j'étais aussi tombée en amour avec le Québec. »
En 1982, elle est en troisième année de résidence en santé communautaire à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. En 1983, elle complète un internat rotatoire et passe ses examens du LMCC pour obtenir son permis de pratique au Québec. Entre-temps, elle donne naissance à Nicolas, son premier enfant, puis - quelques années plus tard - à Marie. En 1984, Christine Colin entreprend sa résidence IV en santé communautaire à l'hôpital Saint-Luc. Elle passe les examens du Collège des médecins du Québec et du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (en santé publique et en santé communautaire) en 1985. « J'ai débuté mes études de médecine en 1969, en France, souligne le Dr Colin, et je les ai terminées en 1985 (presque sans interruption), au Québec. Je peux vous dire que j'avais hâte de m'engager dans l'action. »
La périnatalité et la grossesse en milieu défavorisé sont des priorités pour le Dr Colin. C'était d'ailleurs l'objet de sa thèse de doctorat en médecine, présentée en France, en 1980. Inspirée par les Prs Jean-Pierre Deschamps, de l'Université de Nancy et Michel Manciaux, directeur du Centre international de l'enfance à Paris, Christine Colin a présenté une étude épidémiologique sur les conditions de la grossesse et de la naissance dans des quartiers défavorisés d'une ville de l'est de la France. Au Québec, son mémoire de maîtrise en santé communautaire a porté également sur la maternité en milieu défavorisé, sur le territoire du DSC Maisonneuve-Rosemont. Toujours présent, donc, cet engagement social.
Au coeur de l'action
En 1985, on retrouve le Dr Christine Colin au département de santé communautaire de l'hôpital Saint-Luc, avec le Dr Jean Robert, qui s'intéressait lui aussi aux milieux défavorisés. Le Dr Colin pratique au CLSC Centre-Sud. Pendant cette période (en 1987), elle est invitée à siéger au groupe de travail chargé de préparer un avis sur la grossesse en milieu défavorisé pour le ministère de la Santé et des Services sociaux. Puis, on lui propose de devenir chef de service au DSC Saint-Luc. Elle y sera un an. Elle devient ensuite chef du département de santé communautaire de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, le quatrième en importance au Québec. « Nous étions une belle équipe à Maisonneuve-Rosemont, dit le Dr Colin. Je garde un excellent souvenir de l'équipe de direction, de Claude Desjardins, qui était le directeur de l'hôpital et d'André Ducharme, directeur adjoint à l'époque. Quant à mes collègues de travail du DSC, ils ont tous marqué et enrichi ma vie professionnelle et je suis toujours en contact avec plusieurs d'entre eux. »
Le transfert des DSC vers les régies
Puis vient le temps où la santé communautaire « quitte » le milieu hospitalier et relève désormais des régies régionales. Le Dr Colin participait aux tables de discussion en tant que représentante de Montréal. Un poste de sous- ministre adjoint à la santé publique est créé, poste qui lui est offert et qu'elle accepte. « On reconnaissait enfin au Québec, officiellement, la réelle importance de la santé publique », dit-elle.
De 1993 à 1998, le Dr Colin a participé étroitement à la réforme de la santé publique. En tout premier lieu, il a fallu structurer la nouvelle Direction générale, mettre en place la nouvelle organisation régionale, en créant les Directions de santé publique au sein des régies régionales, et s'assurer d'une concertation et d'une coordination provinciales entre ces régies et la nouvelle Direction générale du Ministère. On a voulu répartir les ressources plus équitablement, amenuiser les disparités entre les régions pauvres et celles davantage nanties. Ce qui n'a été fait que très partiellement. Enfin, et cela a pris plusieurs années, il a fallu regrouper l'expertise, d'où la création de l'Institut national de santé publique.
« Ce dont je suis le plus fière comme sous-ministre adjointe, mentionne le Dr Colin, c'est d'avoir élaboré - avec toute une équipe - les priorités en santé publique pour 1997 à 2000. Le Québec a ainsi reconnu sept priorités : le développement et l'adaptation sociale des enfants et des jeunes, l'immunisation, le VIH-sida et les MTS, le dépistage du cancer du sein, le tabagisme, les traumatismes, et les toxicomanies. »
(à suivre...)]