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Parution: juin 2002
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Le but de cette réunion intime était, surtout, d'étendre les bonnes relations de confraternité tout en fournissant à ses participants l'occasion d'étudier certaines questions de science pratique et quelques projets d'une importance vitale pour l'avenir de la profession médicale française, en ce pays.
Cent cinquante médecins répondirent à cet appel, et ils apportèrent le zèle le plus louable et le plus vif intérêt pour l'étude et la solution des questions qui leur furent soumises.
La bonne entente, la cordiale sympathie, l'enthousiasme même, que l'on vit se refléter entre tous les assistants, durant cette convention, de même que les travaux utiles et sérieux qui y furent présentés, témoignèrent hautement que les idées et les projets qui peuvent servir à rendre plus étroits les liens de la solidarité professionnelle, en même temps qu'à promouvoir le développement de l'éducation scientifique, trouvent un écho facile et généreux parmi tous les membres de notre profession. L'exemple d'un pareil ralliement était, certes, bien propre à inspirer la plus grande confiance en l'avenir et ne pouvait guère manquer de faire naître dans l'esprit de ses promoteurs des aspirations encore plus élevées.

Aussi, pour mieux couronner cette oeuvre de bonne confraternité et d'émulation scientifique, tous éprouvèrent-ils le besoin, avant de se séparer, d'élargir le cadre de cette manifestation et de la faire concourir à combler une lacune depuis longtemps ressentie parmi les médecins canadiens-français.
Il sembla qu'il y avait à faire un pas de plus pour caractériser une époque dans l'histoire du développement de la médecine française au Canada, et en assurer l'évolution normale et continue vers le progrès. Tous eurent à coeur de grouper les énergies et de les faire converger vers le but louable et légitime de mettre en meilleur relief la valeur de notre éducation scientifique et d'acquérir à notre profession l'influence sociale et la prépondérance qu'elle a droit d'ambitionner sur cette terre du Canada que nos ancêtres ont ouverte à la civilisation.
Une proposition fut soumise, séance tenante, à la considération de l'assemblée à l'effet de jeter les bases d'une association non seulement de la Puissance du Canada, mais de toute l'Amérique du Nord également; l'orateur faisait remarquer, pour justifier un titre aussi vaste, qu'il ne fallait pas oublier, dans ce grand ralliement professionnel, un nombre important de médecins de notre nationalité qui se sont répandus dans les centres de la grande République voisine, où l'émigration des nôtres s'est implantée d'une manière durable depuis plusieurs années, et où des groupes nombreux d'une population qui partage notre origine s'y développent désormais comme dans une seconde patrie. Ces médecins, la plupart diplômés de nos universités, et toujours fidèles au souvenir de la patrie canadienne, aiment à continuer les relations intimes et les traditions scientifiques qui les unissaient à leurs confrères du Canada au beau temps de leurs études.
Nous ne pouvions pas, non plus, oublier un groupe important de médecins de même origine, dans cette province soeur des États-Unis, la Louisiane, dont l'éducation, puisée aux mêmes sources du haut enseignement français, semble devoir établir entre nous les liens d'une solidarité que nous aimerions à rendre de plus en plus étroite. Nous avons cru pouvoir nous flatter de l'espoir, également, que ce même mouvement ne manquerait pas de rallier un bon nombre d'autres médecins distingués, d'origine purement française, qui ont quitté le sol de la vieille France où ils avaient reçu leur éducation première, pour venir se fixer et exercer leur art professionnel sur cette nouvelle terre de la Liberté. Tous doivent avoir l'orgueil de leur race; et aucun ne saurait rester indifférent à cette oeuvre de ralliement et du perfectionnement de l'éducation de la famille médicale française dont les divers groupes disséminés sur la surface de ce vaste continent, ne cessent de lutter avec persévérance pour conserver la langue et les nobles traditions de leur commune mère-patrie.
L'objet fondamental de cette association internationale sera donc de réunir, dans une confraternité plus intime et comme dans un centre d'action plus favorable aux études et à l'avancement professionnel de tous, les médecins de même origine et de langue française, sur ce continent.
Pour arriver à la réalisation de ce but, qui intéresse notre avenir à plus d'un point de vue, cette association aura pour mission :
Il n'est pas besoin d'appuyer pour démontrer l'utilité de ces congrès pour la masse des médecins, et les avantages que tous peuvent retirer de l'existence des sociétés médicales; il est bien reconnu, en effet, que ce sont là les deux plus puissants leviers pour favoriser l'émulation et l'essor dans les études et maintenir le niveau de l'éducation à la hauteur de tous les progrès.
Ce projet parut conforme aux désirs de tous; aussi fut-il chaleureusement applaudi et accepté à l'unanimité. Pour lui donner une forme plus tangible, un comité composé des principaux représentants des Sociétés médicales de Québec et de Montréal fut choisi, séance tenante, pour en étudier les détails et le mettre à exécution, avant l'année 1902.
Une circonstance mémorable, pour cette même date, se présentait, qui ne pouvait manquer d'impressionner les esprits et d'indiquer l'orientation à donner à cette nouvelle association, dès son point de départ : c'était le cinquantenaire de la fondation de l'Université Laval, la première université française en Amérique, l'Alma Mater vénérée de la plupart des médecins canadiens-français et la haute institution qui a mérité d'être désignée comme l'un des plus solides remparts de notre nationalité.
Il sembla à tous que faire coïncider le premier pas de cette association avec un événement aussi important dans l'histoire de l'enseignement supérieur au Canada, c'était marquer, au seuil de sa carrière, l'esprit qui devait y présider et les traditions sur lesquelles elle devait s'appuyer pour se développer et grandir d'une manière conforme aux aspirations de la profession et aux destinées que nous ambitionnons pour notre race, dans ce pays où les deux grandes nationalités, qui y sont réunies dans la fidélité au même drapeau, peuvent se développer chacune dans leur sphère, selon des privilèges nettement garantis par la constitution politique qui nous régit. C'est pourquoi il fut décidé sur le champ, et d'un commun accord, que le premier congrès de la nouvelle association aurait lieu en 1902, à la date des fêtes des noces d'or de l'Université Laval, à Québec même, le siège de fondation de cette Université, et la vieille capitale toujours française de cette ancienne province que l'on se plaît bien souvent à désigner sous le nom de Nouvelle-France.
Tous admettront, nous en avons la confiance, que l'on ne pouvait pas, à la vérité, rêver une circonstance plus favorable pour donner la première sanction à cette oeuvre de ralliement et d'émulation vers le progrès, qui marquera une étape dans le développement de notre profession. Nous croyons de plus être l'écho du sentiment général en affirmant que l'endroit choisi si spontanément, comme siège du premier congrès, ne pouvait qu'ajouter à son intérêt scientifique. En effet, non seulement notre vieille cité de Champlain a été le berceau de notre nationalité, le foyer d'origine de cette première université française, en Amérique, mais c'est aussi la ville la plus riche en souvenir de notre histoire et en reliques d'un passé engagé dans des luttes mémorables; elle reste encore aux yeux de tous la source la plus féconde d'où s'inspire le patriotisme, car chaque pierre y rappelle pour ainsi dire, les gloires, les héroïsmes d'autrefois.
D'ailleurs, si l'on en doit juger par les nombreuses et ferventes adhésions qui ont déjà accueilli ce projet dans les principaux centres du pays, nous serions en droit d'affirmer qu'il répondait à une nécessité depuis longtemps ressentie. Nous en trouverions une autre preuve non moins convaincante dans le mouvement, déjà très étendu, d'organisation des sociétés médicales de districts, qui ont pris naissance depuis l'origine de ce projet et qui toutes, presque sans exception, ont inscrit comme premier article dans leur programme, la coopération à cette oeuvre d'intérêt scientifique et national tout à la fois, d'où ressortiront pour l'avenir l'influence et le prestige de notre profession.
Nous avons bien, il est vrai, l'Association Médicale du Canada qui est ouverte aux médecins des différentes nationalités dans le Dominion. Mais comme nos confrères de langue anglaise en constituent maintenant la très grande majorité, la différence de langage ne permet plus au grand nombre parmi les médecins de notre origine, de suivre avec profit les travaux qui leur sont offerts dans les congrès de cette association, dont nous apprécions cependant toute la valeur.
C'est là, il faut bien l'avouer, la principale, pour ne pas dire l'unique raison qui explique l'abstention des nôtres et qui a fait sentir, chez la plupart, depuis longtemps, le besoin de fonder une association distincte, mieux adaptée à leurs besoins et à leurs aptitudes, qui aurait sa vitalité propre, et dans laquelle rien ne nuirait à leur avancement et à la libre expansion du savoir et du talent.
« La science n'a pas de patrie », comme on l'a dit avec raison; elle ne doit pas être limitée par les frontières d'un pays; mais, il faut bien l'admettre, la langue qui en est l'expression établit une grande différence pour la facilité de sa diffusion, pour le travail des études journalières et pour le profit que la masse des praticiens peut retirer de ses manifestations les plus larges au sein des congrès professionnels. Voilà pourquoi notre association des médecins de langue française aura sa raison d'être. Mais elle ne sera pas une menace de briser l'harmonie que nous aimerions à conserver avec nos confrères de langue anglaise, non plus qu'une scission qui nous aura été inspirée par un sentiment de pur nationalisme; elle ne sera que l'expression légitime d'une nécessité depuis longtemps ressentie pour favoriser le développement de notre éducation scientifique. Et nous avons la confiance, au contraire, que cette association, qui n'aura qu'un même but, deviendra plutôt l'occasion d'égards réciproques entre les associations identiques, de nationalités différentes, et qu'il n'y aura d'autres sujets de rivalité et de lutte dans le but qu'elles poursuivent, que l'émulation pour l'avancement scientifique et le bien de l'humanité souffrante. N'est-ce pas là l'objet commun qui doit rattacher tous ceux qui ont embrassé la noble profession de la médecine?
Le Comité chargé de présider à cette organisation croit le moment très opportun de soumettre les propositions suivantes à chacun des médecins auxquels il adresse aujourd'hui cette première communication - certain d'avance que leur réponse ne contredira pas les sentiments exprimés à la convention médicale de Québec, en légitimant les motifs de la mise en avant d'un tel projet. Nous croyons qu'il suffira de poser ces questions pour les résoudre et raffermir une conviction qui nous semble devoir rallier facilement tous les esprits :
N'avons-nous pas eu à regretter, dans le passé, d'avoir été privés de la considération que nous aurions pu acquérir en nous unissant dans le travail et en nous mettant plus en évidence comme corps professionnel?
Le temps n'est-il pas venu pour la profession médicale française de ce pays, de s'affirmer, de faire sa marque dans la concurrence scientifique, afin d'être jugée plus à son mérite dans l'avenir?
Et n'est-ce pas le moyen d'une association autonome, qui sera pour tous un centre d'unité et d'action favorable à l'essor des études et au relèvement du niveau professionnel, que cette ambition légitime et patriotique pourra se réaliser le plus sûrement et avec le plus de profit?
Cette association générale sera comme un centre de fédération pour toutes les sociétés médicales de district auxquelles elle donnera une vive impulsion et d'où elle tirera en retour une partie de sa force et de sa vitalité.
Le médecin canadien-français, conscient de la force que donne l'union dans le travail, et profitant de ce champ nouveau ouvert à ses ambitions, ne sera plus destiné, désormais, à vivre dans cet isolement dont il a longtemps souffert et qui lui était si nuisible, tant au point de vue de l'avancement scientifique que de l'influence sociale et du prestige professionnel.
Par cette nouvelle organisation, qui condensera nos forces vives (nous pouvons l'affirmer sans trop de présomption), nous imposerons le respect à ceux-là même qui nous accusaient de rester inertes ou de ne les suivre que de loin dans la voie du progrès; et nous prendrons notre rang à l'égal des autres nationalités bien que, dans ce pays, nous n'ayions ni le nombre ni les avantages matériels en notre faveur. Nous aurons la conscience, également, que, tout en acquérant la compétence pour travailler plus efficacement au bien de l'humanité souffrante et à l'honneur de notre profession, nous apporterons notre part d'influence pour consolider l'unité de la race canadienne-française en Amérique; et cela sans qu'on ait besoin de mettre en doute notre loyauté envers les institutions britanniques, ni l'esprit de bonne confraternité que nous aime- rions toujours à conserver envers nos confrères de langue anglaise.
Le comité qui a accepté la tâche délicate de mûrir ce projet et de le mener à bonne fin a la confiance qu'il recevra les plus ferventes adhésions de tous les médecins de langue française auxquels il fait le plus chaleureux appel. Il ne se borne pas, cependant, à solliciter leur appui moral, mais un concours encore plus efficace, en invitant chacun à s'enrôler d'avance comme membre de la nouvelle association et à fournir sa part de travaux scientifiques pour le premier congrès de cette association, à Québec, en 1902.
Ce comité se flatte de l'espoir, malgré les difficultés de la tâche, que le succès couronnera ses efforts, car il connaît trop l'esprit de patriotisme et de solida-rité qui unit les membres de notre profession pour ne pas compter sûrement sur des adhésions fermes et sur un concours efficace. D'ailleurs, les circonstances particulières auxquelles nous avons fait allusion nous semblent devoir ajouter à ce mouvement une force et un essor qui seront une garantie de la réa-lisation des espérances que nous avons conçues, pour l'avenir.
Il ne sera pas besoin de rappeler aux médecins canadiens-français, surtout, qu'en apportant le concours de leur dévouement et de leur zèle le plus soutenus pour asseoir les bases de cette association, ils travailleront non seulement à leur propre avancement scientifique, au bien général de notre profession, mais ils auront acquis un nouveau titre à la reconnaissance de leurs concitoyens en faisant oeuvre du meilleur patriotisme. En effet, ils auront donné, ainsi, un noble exemple, pour les travailleurs intellectuels des générations futures, et ils pourront se rendre le témoignage d'avoir apporté une nouvelle pierre pour compléter l'édification de la nationalité canadienne-française.
Que chacun se rappelle cet axiome adopté par nos pères, au temps des grandes luttes pour la conquête des pri-vilèges et libertés qui ont assuré notre développement comme race distincte : « L'Union fait la force ». Que tous se pénètrent de l'esprit de cette autre devise qui a été l'inspiration des hautes intelligences et des vrais patriotes auxquels nous devons notre affermissement comme peuple : « Nos institutions, notre langue et nos lois ». Nous pourrons alors compter sur un élan généreux de toutes les bonnes volontés que rien ne viendra paralyser, et les obstacles seront facilement surmontés. Nous ajouterons qu'en unissant ainsi nos efforts pour travailler de concert à notre avancement scientifique et au succès d'une oeuvre qui intéresse en même temps l'avenir de la nationalité, nous aurons bien mérité de notre profession, de la Science et de la Patrie.]
Le Comité d'organisation