Le Dr Isabelle Le Corre
Parution: juin 2002

La qualité, toujours
par Danielle Lapointe


Le Dr Isabelle Le Corre se caractérise par son ouverture aux autres. Elle ne rate pas une occasion d'échanger, d'informer, d'écouter. Il se dégage d'elle un véritable charisme. Elle est une femme de dialogue et de concertation. Elle s'attache aux gens. Audacieuse, elle ne craint pas de sortir des sentiers battus et de s'engager dans l'action. Elle croit que dans la vie, mieux vaut prévenir que guérir. Son souci principal dans tous les aspects de sa pratique et de sa vie en est un de qualité continue. Elle est motivée par l'excellence. Elle n'hésite pas à s'interroger sur la qualité des services rendus, sur celle des soins et des équipements disponibles, sur la qualité de vie des personnes qui oeuvrent dans l'hôpital, à tous les niveaux. Son parcours professionnel et son parcours de vie sont parsemés de réflexions qualitatives. En ce qui la concerne, il est évident que l'humanisme prime sur la technologie. Elle préconise une approche harmonieuse, à la fois humaine, sociale, technique, économique et culturelle pour atteindre des objectifs de qualité. Comme microbiologiste à l'hôpital Charles-LeMoyne, elle a amplement l'occasion de mettre en pratique sa philosophie de vie.


Le Dr Isabelle Le Corre

« La particularité de la microbiologie, dit le Dr Le Corre, c'est qu'elle se retrouve partout en médecine, que tous les spécialistes peuvent avoir recours aux microbiologistes pour bien soigner leurs patients. » L'équipe de microbiologistes à l'hôpital Charles-LeMoyne, ce sont « deux gars, deux filles » qui s'entendent très bien et se serrent les coudes. « Nous avons beaucoup de plaisir à travailler ensemble, soutient le Dr Le Corre. Nous ne voulons pas perdre cela. » Ses trois collègues et elle-même sont responsables, entre autres, du bon fonctionnement des laboratoires.

La médecine pour la recherche

Isabelle Le Corre a été une enfant désirée et aimée. Ce n'est qu'au début de la quarantaine que sa mère est devenue enceinte. Élevée dans un milieu ouvrier, très simplement, elle a eu une très belle enfance. Seule ombre, son père est décédé alors qu'elle n'avait que 13 ans. Elle demeure avec sa mère dans le quartier Ahuntsic, qu'elle quittera, une fois adulte, pour s'établir à Longueuil.

Isabelle n'a pas opté à prime abord pour la médecine. Elle pensait plutôt à une carrière d'ingénieure. Après consultation d'un professionnel en orientation, elle opte toutefois pour la biologie. Elle entreprend un baccalauréat avec une concentration en microbiologie, passionnée qu'elle est de tout connaître sur l'infiniment petit. Elle se prépare ensuite à entreprendre une maîtrise à l'institut Armand-Frappier. Un ami plus âgé lui donne alors un conseil qui va changer sa vie : « Si tu veux faire de la recherche, je te conseille d'entreprendre d'abord une formation en médecine. Au Québec, il est très difficile d'obtenir des fonds de recherche si l'on n'est pas médecin. »

Isabelle n'avait jamais réfléchi à cet aspect des choses. Elle s'est informée et a appris qu'elle pourrait se spécialiser en microbiologie. On est en 1980 et elle a 21 ans. Elle est admise à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. « Ça a été une révélation, dit-elle. Je ne savais pas si j'allais aimer l'aspect clinique de la médecine, mais la théorie me plaisait beaucoup. » À l'université, elle a noué de belles amitiés.

Ses stages ont confirmé son choix de la médecine. En troisième année de résidence, elle rencontre celui qui sera son mari et qui étudie, pour l'heure, à la faculté de droit.

À l'hôpital Charles-LeMoyne

À l'époque, le Dr Laurent Delorme était le seul microbiologiste à l'hôpital Charles-LeMoyne. Ils sont quatre aujourd'hui. Le Dr Le Corre avait visé juste. Peu après son arrivée, l'hôpital Charles-LeMoyne est devenu un hôpital universitaire affilié à l'Université de Sherbrooke. Ensuite, il est devenu un centre important de traumatologie. Dernièrement, il a été reconnu centre régional en oncologie. Et un programme de greffe de moelle osseuse a été accepté. Tout cela représente autant de défis stimulants pour les microbiologistes de l'hôpital.

En plus de ses activités en microbiologie, Isabelle Le Corre a une pratique clinique. Sa clientèle se compose de p ersonnes séropositives et de sidéens. Là encore, la qualité de vie, celle de ses patients, la préoccupe. Elle a le souci d'y contribuer dans toute la mesure du possible.

La prévention des infections

Il y a deux ans, le Dr Charles Frenette passait au Dr Le Corre le flambeau de la présidence du comité de prévention des infections à l'hôpital Charles-LeMoyne. (Le Dr Frenette est aujourd'hui chef du département de microbiologie.) « Ce travail me passionne, dit le Dr Le Corre. L'hôpital jouit - dans l'ensemble du Québec - d'une solide réputation dans ce domaine. » Le Dr Le Corre a pour alliée une précieuse collaboratrice, Mme Monique Delorme, infirmière, qui fut pendant plusieurs années présidente de l'Association des professionnels pour la prévention des infections. En janvier 2000, une autre infirmière, Mme Suzanne Roy, s'est jointe à l'équipe à demi-temps. La prévention des infections, c'est l'affaire de tous, selon le Dr Le Corre. Celle du médecin, de l'infirmière, de l'infirmière auxiliaire, du préposé aux bénéficiaires, du préposé à l'entretien ménager et, bien sûr, du patient lui-même. Elle soutient que tout le personnel de l'hôpital se doit de relever le défi et être soutenu par les dirigeants de l'hôpital.

La prévention des infections devient prioritaire dans le contexte où la résistance des bactéries aux antibiotiques augmente de façon exponentielle. Tous les hôpitaux québécois se mobilisent afin de contrer ce phénomène. Le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline, le Streptococcus pneumoniæ résistant à la pénicilline, l'Enterococcus sp. résistant à la vancomycine, le Mycobacterium tuberculosis multirésistant : autant de pathogènes qui peuvent occasionner de sérieux problèmes aux patients ainsi qu'aux institutions hospitalières.

Comme l'explique le Dr Le Corre, ce qui est primordial dans la lutte aux infections, c'est la collaboration de tous, sans exception. Les procédures d'isolation doivent être respectées, les produits nettoyants doivent être efficaces, les antibiotiques prescrits doivent l'être lorsque nécessaire seulement. L'unité des soins intensifs, les salles de chirurgie sont des lieux de prédilection pour le foisonnement des bactéries. « La prévention des infections comporte des acti-vités de surveillance, certes, mais également de formation et d'éducation.

« La prévention des infections, c'est un travail de terrain. Il faut du personnel. Il faut former des gens, développer des compétences, recueillir les données, évaluer la situation et prendre les mesures nécessaires. Cela implique des coûts », dit le Dr Le Corre. Actuellement, des infirmières de toute la province suivent des cours en prévention des infections à l'hôpital Charles-LeMoyne, supervisées par Mme Monique Delorme.

Pour sa part, le Dr Le Corre enseigne la microbiologie aux infirmières en prévention des infections à l'Université de Sherbrooke. Elle assure également la supervision clinique des stages en microbiologie-infectiologie des résidents de l'Université de Sherbrooke.

L'évaluation de l'acte médical

Le Dr Le Corre est membre du Comité de l'évaluation de l'acte médical, dentaire et pharmaceutique de l'hôpital Charles-LeMoyne, comité qu'elle a présidé de 1994 à 1998. Depuis octobre 1997, elle est membre du sous-comité des erreurs de nature thérapeutique. À son avis, évaluer de façon rationnelle l'acte médical permet de s'assurer d'une médecine de qualité. « Oui, on travaille fort, dit-elle. Mais est-ce qu'on travaille bien? Est-ce que nos efforts vont dans la bonne direction? Il faut pouvoir répondre à cela. » Elle croit qu'il est important d'évaluer les interventions afin d'aider à la prise de décision. Une intervention peut être une technique, un médicament, un équipement diagnostique, une technologie, un traitement. Le Dr Le Corre n'a aucune objection à se remettre en question comme médecin. Elle sait que c'est une occasion unique d'améliorer la qualité de sa pratique. L'évaluation permet de mieux définir les priorités et de prendre des décisions éclairées.

Membre du comité de l'éducation médicale continue de l'Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec depuis janvier 1997, le Dr Le Corre participe à la réalisation du congrès annuel de l'Association et préside le jury qui sélectionne les microbiologistes les plus méritants pour la qualité de leur exercice professionnel. Elle est également membre du Comité provincial sur l'antibiothérapie, la surveillance et le contrôle de la résistance microbienne ainsi que du sous-comité sur l'utilisation des antibiotiques.

La famille

Mère de deux filles, âgées de 10 ans et de 8 ans, le Dr Le Corre s'emballe lorsqu'elle parle des joies familiales. « Mon mari et mes enfants sont ma priorité. Je ne trouve pas vraiment difficile d'être à la fois parent et médecin. Il faut dire que mon mari m'aide beaucoup. De plus, il se préoccupe constamment de me rendre la vie douce. Et son sens de l'organisation est hors pair. » En ce qui la concerne, vie familiale et vie professionnelle font bon ménage. Elle se dit prête à relever de nouveaux défis.]