Le Dr Robert Mailhot
Parution: mai 2002

Un médecin poète
par Danielle Lapointe


Le Dr Robert Mailhot évolue à la fois dans le concret, l'immédiat et aussi dans l'abstrait, le transcendant. À la connaissance scientifique, il allie l'une des plus monumentales expressions de la beauté : la poésie. En effet, le Dr Mailhot est à la fois médecin et poète. Avec la sensibilité qui est la sienne, il a écrit D'aube et de torpeur, édité aux Écrits de la Haute Terre. Quête de présence, simplicité, dépouillement, mélancolie et souvenirs sont la trame de ce beau recueil de poèmes.

Rien, en soi, ne prédisposait Robert Mailhot à la médecine. Dans sa famille, aucun parent qui lui serve de modèle. Côté affinité, ce sont les mots (la poésie) qui l'ont séduit dès son plus jeune âge. Malgré tout, la découverte de l'univers scientifique le passionnait. Et c'est ce qui l'a amené à opter pour la médecine. Il a choisi l'Université de Sherbrooke, entre autres parce que l'Estrie lui rappelait Pierrefonds, avec ses grands espaces verts, où il a passé toute son enfance.


Le Dr Robert Mailhot

La médecine

Robert Mailhot débute sa formation en médecine en 1995. « L'enseignement à la Faculté de l'Université de Sherbrooke était tel que je me l'étais imaginé, dit-il. Cet apprentissage m'a plu dès le départ. Tout de suite, j'ai su que j'étais à ma place. Approfondir mes connaissances scientifiques, me plonger dans les livres jusqu'aux petites heures du matin, aller au bout de moi-même : voilà ce dont j'avais rêvé, et voilà ce que je vivais. »

Puis, viennent les stages et la mise en pratique des connaissances acquises durant les trois premières années de formation. « C'était une forme d'accomplissement, dit-il, une nouvelle étape à franchir, un nouveau processus d'apprentissage, le processus d'apprentissage clinique. J'attendais avec impatience cette opportunité d'oeuvrer sur le terrain. » Robert Mailhot se familiarise alors avec les différentes disciplines médicales et chirurgicales.

Dès son entrée à la Faculté, Robert Mailhot avait en tête d'entreprendre une formation en chirurgie. Les autres spécialités ne l'attiraient pas particulièrement. Il a adoré son stage dans cette discipline.

La chirurgie

« Il faut que la chirurgie soit une véritable passion si l'on veut y être heureux et s'y réaliser. Il faut être prêt à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider le patient. La chirurgie exige que l'on soit très méticuleux et consciencieux. Il faut être assidu et discipliné aussi, surtout en ce qui a trait à la formation compte tenu de nos horaires chargés. La chirurgie est un univers merveilleux aux myriades de constellations.

« L'aspect humain est également très important dans cette spécialité. Souvent, les patients que nous allons opérer vivent la chirurgie comme une situation de crise. Certains se verront confirmer qu'ils ont le cancer. D'autres se verront être mutilés. Ceux-là, encore, sentent leur vie menacée... Il faut faire preuve de sensibilité, savoir les rassu- rer, mais surtout les écouter. Je dirais que le chirurgien, d'une part, doit faire preuve d'une grande maîtrise de lui-même en salle d'opération, allant même jusqu'à être imperturbable. Ce n'est pas le moment d'être émotif. Et que, d'autre part, lorsque vient le temps de prendre contact avec le patient, ce même chirurgien doit considérer les inquiétudes de celui-ci. Le chirurgien se doit alors d'être pleinement humain.

« Il est important de répondre aux questions du patient. Il faut faire preuve d'imagination et ne pas craindre d'illustrer nos explications à l'aide de dessins. Les patients ont des questions bien précises. Si on n'y répond pas spécifiquement, et ce, malgré que l'on ait pu exposer clairement l'ensemble de la situation, il demeurera des inquiétudes. C'est plus satisfaisant pour le patient et pour le médecin quand il y a une véritable communication de part et d'autre. Tout cela est fondamental, tant avant qu'après l'intervention chirurgicale. Les rencontres précédant l'intervention nous permettent de faire connaissance avec notre patient et de savoir ce qu'il ressent et ce qu'il veut. Après la chirurgie, une présence chaleureuse et une écoute attentive sont essentielles. Le choc de cette nouvelle réalité - selon la chirurgie réalisée - peut être difficile à assumer pour le patient, et ce, même s'il s'était bien préparé à celle-ci. La confirmation d'une tumeur maligne, d'un cancer, s'avère délicate. »

L'avenir

Le Dr Mailhot est aujourd'hui résident en troisième année en chirurgie. Il envisage sérieusement de se surspécialiser en chirurgie vasculaire. Il songe à parfaire sa formation dans les centres hospitaliers affiliés à l'Université de Montréal ou à l'Université McGill. Il n'exclut pas la possibilité d'aller étudier aux États-Unis. À l'heure actuelle, il évalue aussi la possibilité d'entreprendre une carrière universitaire. « C'est une décision importante, dit-il. Je veux être certain de pouvoir relever le défi si c'est ce que je choisis. » La recherche intéresse également le Dr Mailhot. « Ce serait une belle façon de contribuer à repousser les limites de la science et à participer à l'avancement de la médecine. »

La poésie, toujours

Malgré qu'il se consacre intensément à ses études médicales, Robert Mailhot n'en continue pas moins d'écrire de la poésie. Il a récemment été invité à présenter ses poèmes dans le cadre du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, l'événement poétique au Québec. « Ce fut pour moi une belle occasion de voir les choses différemment, peut-être de façon plus artistique. » Le Dr Mailhot décrit sa poésie comme étant chirurgicale, voire disséquée. « C'est une poésie très concentrée, dit-il, qui va directement au coeur du sujet. La poésie m'amène à puiser dans mes émotions, à m'en inspirer. Être ainsi en contact avec mes émotions m'aide grandement dans mes rapports avec mes patients. Je suis à même d'accueillir leurs émotions. »

Le Dr Mailhot est à écrire son prochain recueil de poèmes, à temps perdu, sans échéancier précis. « Je ne prévois pas publier avant la fin de ma formation », dit-il. Tous les médecins sont-ils artistes? « Être poète est peut-être ce qui me caractérise, mais je ne me sens pas différent des autres. Chacun, en médecine comme ailleurs, est unique. La pratique médicale me plaît beaucoup, mentionne le Dr Mailhot. Chirurgie et poésie me comblent. La poésie est un espace où ma créativité peut s'exprimer librement, alors que la chirurgie est une véritable passion. Les deux me sont indispensables. » ]