Le Dr Élizabeth Racine
Parution: mai 2002

Une femme qui ne craint pas le défi
par Danielle Lapointe


Le premier choix de carrière d'Élizabeth Racine, la sixième d'une famille de huit enfants, a été l'activité sportive. Elle aimait plus particulièrement la raquette et le basket-ball. Elle a fait partie durant cinq ans de l'équipe universitaire de basket-ball Rouge et Or. Elle entreprend dans un premier temps un baccalauréat en sciences de l'activité physique. La vocation pour la médecine n'était pas encore au rendez-vous. Elle termine son bac et obtient un poste comme directrice adjointe aux sports scolaires dans la région de Québec. Elle décide durant l'année de retourner aux études. À la même époque, un ami médecin, le Dr Pierre Béliveau, physiatre, lui suggère d'entreprendre une formation en médecine. « Je pense qu'il y aurait des défis pour toi dans cette profession, lui avait-il dit. Je crois que tu as la personnalité qui convient. » L'idée a fait son chemin.


Le Dr Élizabeth Racine

En 1982, à 22 ans, Élizabeth s'inscrit à la faculté de médecine de l'Université Laval et y est admise. « Ce furent de belles années, dit-elle. Je suis entrée l'année où l'Université Laval a adopté une nouvel- le formule d'enseignement, celle de l'approche par programmes. » Élizabeth Racine a été présidente de classe et a participé à la mise en place de la nouvelle méthode d'apprentissage. Elle faisait aussi partie de l'équipe de basket-ball et continuait à s'entraîner tous les jours et à participer à des compétitions la fin de semaine, ce qui représentait tout un défi.

Un moment décisif dans sa vie

En octobre 1986, à la fin de son externat, le Dr Racine épouse un homme d'affaires de 26 ans son aîné, veuf et père de trois enfants âgés respectivement de 20, 18 et 14 ans. Elle-même dans la vingtaine, Élizabeth Racine s'engageait ainsi dans un parcours de vie peu conventionnel. Comme quoi elle n'avait pas peur des défis. « Il faut vivre son bonheur, dit-elle, et agir selon ce que l'on pense être bien pour nous. »

Après mûre réflexion, le Dr Racine choisit la médecine familiale - parce qu'elle ne veut pas se restreindre à une spécialité et parce qu'elle veut avoir du temps à consacrer à sa famille. Elle a alors 26 ans. En mars 1987, elle donne naissance à son premier enfant. Le second naît en mai 1988. « J'ai mis un peu plus de temps à compléter mon internat parce qu'à chaque naissance, j'ai pris quatre mois de congé. La période la plus difficile quant à mon horaire a été celle allant de mars 1987 à février 1989. Avec deux bébés, il m'a fallu être disciplinée. Le plus important pour moi, c'est vraiment ma vie personnelle, puis vient ma réussite professionnelle. Mon mari m'a toujours soutenue. Quand j'ai eu envie de tout abandonner et de retourner dans le milieu du sport, il m'a encouragée à poursuivre. J'étais presque arrivée au but. Aujourd'hui, je suis heureuse d'avoir persévéré. Tout le monde a mis la main à la pâte. Mon mari m'a épaulée et les enfants aînés m'ont aidée à prendre soin des plus jeunes; cela a tissé de beaux liens entre nous tous. Et je suis riche de cela. » Élizabeth Racine a été reçue médecin le 16 février 1989.

Les débuts en pratique active

Une fois son diplôme en main, le Dr Racine débute à temps partiel au point de service de Saint-Césaire du CLSC du Haut-Richelieu. Elle y travaillera pendant un an. « J'étais le seul médecin à Saint-Césaire, dit-elle. Ma pratique médicale était très variée : petite enfance, clinique jeunesse, gériatrie, soins à domicile... Et l'équipe était formidable! »


"Nous avons sauvé notre hôpital parce que la communauté et les soignants se sont mobilisés. Je peux vous dire que les gens, ici, sont très fiers de leur hôpital."
- Dr Élizabeth Racine

Elle décide ensuite de pratiquer à Bromont, là où elle habite. Les deux premières années, elle-même et son confrère se sont partagé la clientèle de la clinique. Puis, ce médecin ayant quitté, elle a assumé seule cette tâche pendant quelques mois. « Par la suite, mon conjoint et moi avons construit une petite clinique à Bromont, et j'y pratique toujours, dix ans plus tard. Un deuxième médecin s'est joint à moi. Il s'agit d'une clinique de médecine familiale chaleureuse. Les gens l'apprécient. »

Le Dr Racine aime beaucoup pratiquer la médecine à Bromont. « C'est un lieu de villégiature, dit-elle. Les gens, ici, peut-être du fait qu'ils sont près de la nature, sont moins stressés. Ils sont sensibles à l'importance de leur santé et apprécient les efforts que l'on déploie pour les aider. De plus, ils cherchent à améliorer leur qualité de vie. On peut faire de l'éducation auprès de ces patients, ce qui est stimulant. »

La médecine en milieu carcéral

Le Dr Racine a également vécu pendant près de deux ans une expérience peu commune. Elle a pratiqué sa profession à la prison fédérale à Cowansville. « Je voulais connaître ce milieu, dit-elle. Ça a été une très belle expérience au point de vue humain. L'équipe de nursing, là-bas, était très qualifiée. C'est un milieu particulier évidemment. Il faut apprendre à faire de bons examens physiques car certains détenus, parfois, peuvent simuler des malaises pour obtenir des bénéfices secondaires. Si on traite ces gens de façon honnête, il n'y a pas de problème. J'ai appris à aller à l'essentiel et à m'exprimer sans détour. J'ai aussi participé à la mise sur pied d'un programme de dépistage et de suivi du VIH, élaboré avec la collaboration de la clinique L'Actuel à Montréal. »

À l'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins

Depuis dix ans, le Dr Racine travaille aussi à l'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins, à Cowansville. Elle y a une pratique diversifiée : urgence, soins intensifs, soins hospitaliers, gériatrie et soins palliatifs. Seule l'obstétrique ne fait pas partie de sa pratique quotidienne. Elle y est même présidente du CMDP depuis deux ans. « J'ai toujours eu de bonnes relations avec mes collègues. De plus, mon expérience dans le milieu du sport m'a permis de travailler en équipe et d'apprendre à exercer mon leadership. Cela m'aide beaucoup. »

L'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins compte actuellement 85 lits ouverts (sur un total possible de 120 lits). Il a résisté à la vague des fermetures décrétées par le gouvernement il y a quelques années. « Nous avons un hôpital communautaire très dynamique, dit le Dr Racine. À l'origine, c'était un hôpital anglophone, qui dessert actuellement un vaste territoire récréo-touristique et rural d'environ 60 000 habitants, dont 35 % sont anglophones. Les gens qui travaillent à l'hôpital sont pour la majorité bilingues.

« L'hôpital est très performant, autant au niveau de la qualité des soins que de la rigueur administrative, dit le Dr Racine. Nous avons sauvé notre hôpital parce que la communauté et les soignants se sont mobilisés. Je peux vous dire que les gens, ici, sont très fiers de leur hôpital. Le sentiment d'appartenance est profond. Nous avons l'une des fondations hospitalières les plus performantes du Québec. »

À l'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins, les médecins ont su conserver l'esprit des hôpitaux d'autrefois. Tous les membres du personnel se dévouent pour leurs patients et il règne un bel esprit d'équipe en ces lieux. « Dans ce contexte, dit le Dr Racine, présider le CMDP est une tâche stimulante. »

L'hôpital compte environ une cinquantaine de médecins de famille, cinq pharmaciens et une trentaine de spécialistes. Un des principaux défis actuels est de consolider ces équipes de base, particulièrement en médecine d'urgence, en gynécologie-obstétrique et en médecine interne. « Nos deux atouts sont la qualité de vie et les relations humaines au travail, souligne le Dr Racine. C'est pourquoi les médecins qui s'installent ici y demeurent pendant des années.

« Un autre défi est de conserver notre statut de centre de traumatologie secondaire. Quand le programme de trauma provincial a été entériné, l'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins n'était pas dans les visées du gouvernement. La population a su se mobiliser afin de ne pas perdre les acquis. Nous avons été reconnus comme centre de trauma secondaire et nous comptons le rester », affirme le Dr Racine.

Une inforoute

L'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins peut faire l'envie de plusieurs. Il a été honoré par le Conseil du Trésor pour l'implantation de la gestion informatisée du consentement clinique. Le territoire tout entier est maintenant relié par informatique, et tous en sont satisfaits. Cet Intranet permet à l'hôpital, au CLSC et au CHSLD de la Pommeraie, ainsi qu'aux quinze cliniques médicales privées du territoire de Brôme-Missisquoi-Perkins, d'échanger des informations concernant les patients qui ont donné leur consentement en ce sens. « La prochaine étape sera éventuellement la mise en réseau de toutes les pharmacies de la région rattachées à l'hôpital », dit le Dr Racine.

Elle mentionne qu'il ne faut pas perdre de vue l'importance d'assurer la confidentialité des données dans ce processus et que, bien qu'utile, toute cette technologie ne remplacera jamais le bien-fondé d'une relation humaine entre un patient et son médecin. « Nous sommes faits pour vivre les uns en contact avec les autres et non cloîtrés dans la haute technologie », dit-elle.

Comme médecin et comme femme, le Dr Racine entrevoit l'avenir avec optimisme. Quand elle aura terminé son mandat comme prési-dente du CMDP à l'hôpital Brôme-Missisquoi-Perkins, elle songe à acquérir de nouvelles formations. « Je vais possiblement me perfectionner en soins palliatifs ou en médecine sportive. Je vais sûrement relever un nouveau défi, sans pour autant perdre de vue ma famille et mes amis, qui sont le sel et le bonheur de ma vie. » ]