Le Dr André Cantin
Parution: avril 2002

La recherche, une partie importante de sa vie, mais...
par Danielle Lapointe


Ce sont les Drs Gérard Plante et Raymond Bégin qui ont initié le Dr André Cantin à la recherche médicale et qui l'on amené à y prendre goût. Aujourd'hui, le Dr Cantin est pneumologue et il est un chercheur réputé qui jouit de la reconnaissance de la communauté scientifique internationale. Il a plusieurs publications à son actif et a présenté nombre de conférences au Canada, aux États-Unis et en Europe. Le Dr Cantin s'est vu remettre la médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada pour ses travaux sur la fibrose kystique. Il a également reçu le prix Armand-Frappier. Membre du comité scientifique du Conseil de recherche médicale du Canada, il est aussi professeur titulaire à l'Université de Sherbrooke et supervise les thèses de maîtrise et de doctorat de plusieurs étudiants.

Depuis vingt ans qu'il oeuvre dans le domaine de la recherche, le Dr Cantin en connaît intimement tous les rouages et subtilités. « Actuellement, dit-il, la tendance est à la formation de consortiums et au regroupement des projets. Les fonds sont alloués en ce sens. Les chercheurs doivent s'intégrer à des équipes de recherche. Cela comporte de nombreux avantages, mais il faut être vigilant à ne pas uniformiser la recherche. Celle-ci est d'abord et avant tout une affaire d'individus. Il faut accepter d'évoluer et de ne plus travailler seul, mais il ne faut pas aller trop loin dans cette direction. Il doit encore y avoir de la place pour supporter les individus dans leur démarche scientifique et favoriser l'émergence d'idées nouvelles. Il y a un équilibre à préserver. »


Le Dr André Cantin

Le nombre décroissant de jeunes chercheurs au Québec inquiète le Dr Cantin. « Il faut que la recherche figure au programme des milieux d'enseignement universitaire, parce que c'est là que tout se joue. La recherche clinique et la recherche fondamentale sont de moins en moins populaires auprès des jeunes médecins, et c'est dommage », déplore le Dr Cantin. Au National Institute of Health (aux Etats-Unis), où le Dr Cantin a parfait sa formation, la recherche est considérée différemment. En fait, le sarrau de médecin et le sarrau de chercheur sont indissociables. « Au Québec, nous n'avons pas cette façon d'inculquer l'esprit de recherche aux étudiants en médecine, constate le Dr Cantin. Nous sommes confrontés à un grand défi, puisque si l'étudiant est peu ou pas exposé au monde de la recherche durant sa formation en médecine, il aura de la difficulté à y faire carrière parce qu'il ne saura comment s'y prendre. C'est ainsi que des carrières pourtant prometteuses ne verront même pas le jour. » Malheureusement, le pourcentage de médecins intéressés par la recherche est en chute libre au Québec.

De la biologie à la médecine

Tout jeune, le Dr Cantin aimait beaucoup la biologie. Il voulait tout connaître des phénomènes de la vie. Son père était pharmacien et les rayons de la bibliothèque regorgeaient de littérature scientifique. Ce fut son premier modèle. Au secondaire, il en a eu d'autres : des professeurs qui se passionnaient pour la biologie et qui savaient intéresser également leurs élèves. La biologie moléculaire était alors une science jeune et pleine de promesses. Si le Dr Cantin a choisi la médecine, c'est qu'il voulait non seulement acquérir des connaissances dans une discipline qui l'attirait, mais aussi aider les gens.

Natif de Montréal, c'est à Québec que le Dr Cantin a passé son enfance. Comme son frère et sa sœur fréquentaient déjà l'école anglaise (la petite famille avait séjourné à l'extérieur du Québec avant de s'établir dans la capitale), André Cantin a suivi le pas. Étant jeune, il a eu l'opportunité de voyager beaucoup : au Canada (Manitoba), aux États-Unis et en Allemagne, notamment, ce qui l'a enrichi à bien des égards. Sa formation universitaire (débutée en 1974) s'est déroulée en français, à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, qu'il a choisie pour sa philosophie d'enseignement. L'Estrie lui plaisait tout particulièrement.

La première année d'études médicales s'est bien déroulée. Au cours de la deuxième année, le Dr Cantin a constaté qu'il avait sous-estimé l'importance du volume de matière à mémoriser. Aujourd'hui, il enseigne à la Faculté de Sherbrooke et il sait combien ses étudiants travaillent fort. L'Université de Sherbrooke se caractérise par cette volonté d'exposer l'étudiant très tôt durant sa formation à la réalité de la pratique médicale. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Dr Cantin a choisi d'y enseigner. Lorsqu'il était étudiant, le Dr Cantin a participé au journal de la Faculté, tant par ses caricatures que par les articles qu'il a écrits.

C'est d'abord la médecine familiale qui a intéressé le Dr Cantin. Mais une fois son internat terminé, il a opté pour la médecine interne. C'est lors d'un stage en néphrologie qu'il a eu le privilège de rencontrer le Dr Gérard Plante. Cet homme savait véritablement communiquer aux étudiants sa passion pour la recherche. La Conférence Gérard Plante a été nommée en son honneur, se voulant un hommage à l'importance de son action auprès des étudiants en médecine.

Ce fut une révélation pour le Dr Cantin de constater que l'exercice de la médecine pouvait s'enrichir d'une démarche de recherche qui lui permettrait de faire progresser la médecine. Le Dr Cantin a eu la chance d'être encouragé et supporté dans cette voie qui lui plaisait beaucoup. Sans cela, dit-il, il n'aurait peut-être pas franchi le pont. Depuis, il a fait plusieurs présentations au Club de recherche clinique de Québec, fondé par le Dr Jacques Genest. Lors d'un stage en pneumologie, il a eu l'opportunité de collaborer avec le Dr Raymond Bégin, qui menait alors un projet de recherche sur la détection précoce de l'amiantose. À l'époque, il y avait seulement deux pneumologues à Sherbrooke, soit le Dr Bégin et le Dr Boileau. Le Dr Cantin s'est initié au dépistage précoce de l'amiantose, aux bronchopathies chez les travailleurs de l'amiante d'Asbestos et à la scintigraphie pulmonaire au gallium 67. En 1982, il publiait, avec les Drs Bégin et Boileau, des travaux sur l'hétérogénéité de la cellularité du lavage bronchoalvéolaire dans la sarcoïdose au grade 3.

La formation américaine

Ayant collaboré à des travaux de recherche avec le Dr Bégin, le Dr Cantin a pu obtenir une bourse de l'Institut de la recherche en santé et sécurité du travail, ce qui lui a permis de se rendre aux Etats-Unis (accompagné de sa jeune épouse) pour y compléter un fellowship. Il s'intéressait aux pneumopathies intersticielles. C'est au National Institute of Health, à Bethesda au Maryland, qu'il s'est inscrit. L'hôpital clinique comptait 14 étages et les médecins s'y consacraient entièrement à la recherche clinique et fondamentale. On y retrouvait également d'importantes cliniques externes. Sur les murs de l'hôpital figuraient les photographies de nombreux médecins détenteurs d'un prix Nobel, dont plusieurs oeuvraient encore au sein de cette institution. La perspective de travailler avec tous ces éminents chercheurs a littéralement séduit le Dr Cantin.


"Il faut que la recherche figure au programme des milieux d'enseignement universitaire, parce que c'est là que tout se joue."
- Dr André Cantin

Comme les Américains ont cette propension à vouloir recruter les éléments les plus prometteurs, on a fait des offres alléchantes au Dr Cantin. Offres qu'il a refusées cependant, car il avait déjà pris des engagements à Sherbrooke et voulait les tenir. Il voulait également relever le défi de mettre sur pied son propre laboratoire. Un poste de professeur adjoint à l'Université de Sherbrooke l'attendait à son retour. En 1985, il n'y avait pas de contrainte à ce niveau, contrairement à aujourd'hui.

Le Dr Bégin lui a facilité la tâche. Dans un premier temps, il s'est joint au laboratoire du Dr Cantin et y a apporté des équipements nécessaires à la bonne marche des projets qu'on y menait. « Il n'était pas facile alors de monter un laboratoire de recherche, dit le Dr Cantin, et c'est encore plus difficile de nos jours, parce que les coffres des facultés de médecine sont vides. »

Participer à des projets de recherche aux États-Unis a fait grandir la passion du Dr Cantin pour la recherche. Son séjour en terre américaine lui a également permis de publier des articles, ce qui est important quand on veut percer dans une carrière en recherche. « Et il faut que ça arrive tôt, soutient le Dr Cantin. Les gens sous-estiment l'importance pour un stagiaire au niveau postdoctoral de publier des travaux dans les meilleures publications. Il ne faut pas attendre d'être devenu professeur adjoint. Cela permet de faciliter l'obtention de subventions. Les jeunes étudiants en médecine, dit le Dr Cantin, ont une notion très théorique de la recherche. Personnellement, c'est grâce aux médecins chercheurs qui m'ont pris sous leur aile que j'ai pu atteindre mes objectifs. J'ai eu la chance de bénéficier d'un plan de pratique clinique – qui est toujours en vigueur à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke – selon lequel les médecins versaient une partie de leur salaire dans un fonds commun pour aider les médecins chercheurs. Le FRSQ accorde bien une bourse d'établissement, poursuit le Dr Cantin, mais cela est insuffisant. Grâce à cette bourse cependant, j'ai pu acheter certains équipements qui correspondent à 20 à 25 % de tout le matériel dont j'avais besoin. J'ai vite été happé par la course au financement, une course qui consomme beaucoup de temps et d'efforts, ce qui en laisse d'autant moins pour la recherche elle-même. »

Des recherches sur la fibrose kystique

Les travaux de recherche du Dr Cantin ont porté sur les maladies inflammatoires pulmonaires, la fibrose pulmonaire et la fibrose kystique. Depuis une vingtaine d'années, les personnes atteintes de fibrose kystique atteignent l'âge adulte alors qu'auparavant, ce n'était pas le cas. Le Dr Cantin a accepté de devenir le directeur de la clinique adulte de fibrose kystique de l'Université de Sherbrooke. « Aujourd'hui, souligne-t-il, la fibrose kystique est bien davantage une maladie d'adultes que d'enfants. Nous menons de front plusieurs programmes de recherche fondamentale et clinique. » Un programme de la Fondation canadienne de recherche appliquée, le programme SPARX, regroupe plusieurs hôpitaux au Canada, dont le CHUS. Le programme de cinq ans se termine et les résultats sont très fructueux.

« On assiste à des percées extraordinaires depuis quelques années dans le domaine de la recherche sur la fibrose kystique », s'enthousiasme le Dr Cantin. Il croit que la biologie moléculaire et le génie génétique constituent des alliés puissants qui permettront de combattre cette maladie. « Mais, souligne-t-il, il faut éviter de se limiter à l'ADN. Il ne faut pas perdre de vue l'entièreté de la personne; sinon, on passe à côté. Il faut intégrer tous les aspects pour espérer trouver des solutions viables. Quand on a découvert le gène défectueux qui prédisposait à la fibrose kystique, on pensait pouvoir mettre au point rapidement des traitements efficaces contre la maladie. Douze ans plus tard, on se rend compte à quel point c'est complexe. La biologie moléculaire ne constitue pas la réponse à tout. Il faut vraiment considérer la cellule, l'organe, tout l'organisme. Je pense qu'un jour, on arrivera à guérir cette maladie. Mais ce sera beaucoup plus long que prévu. En attendant, il faut développer des médicaments qui permettront de prolonger la vie des gens, laquelle a beaucoup été améliorée au cours des dernières années. Ce ne sera pas un seul moyen qui permettra de résoudre l'équation, ce sera le fruit d'un ensemble de recherches réalisées par plusieurs groupes. »

Depuis quatre ans, le Dr Cantin préside le conseil scientifique médical de la Fondation canadienne de la fibrose kystique. Il est amené à évaluer le potentiel de différents projets de recherche. La Fondation accorde son support monétaire à 33 cliniques à travers le Canada qui offrent des soins aux gens atteints de la fibrose kystique. Elle subventionne différents projets de recherche dans les universités canadiennes (7 millions $ par année).

Bien que le Dr Cantin aimerait consacrer la majeure partie de ses activités à la recherche, il est contraint, à l'heure actuelle, de mettre l'accent sur sa pratique clinique. Ceci est dû au fait que la région de Sherbrooke a connu elle aussi la fusion de ses établissements hospitaliers. Tout est aujourd'hui regroupé en un seul réseau de soins dans la région. Le CHUS et l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke ont été fusionnés. L'hôpital Saint-Vincent et le Sherbrooke Hospital ont fermé leurs portes, tout comme de nombreux petits hôpitaux de la région. Les patients qu'ils desservaient ont donc afflué vers la ville de Sherbrooke. Les médecins du réseau unifié ont vu leur tâche s'alourdir d'autant. Le Dr Cantin et plusieurs de ses collègues ont dû mettre en veilleuse des activités de recherche pour soigner leurs concitoyens, ce qui constituait certes une priorité. « Je suis bien conscient que l'on n'est pas toujours maître de son destin, dit le Dr Cantin. Idéalement, cependant, j'espère pouvoir continuer à apporter ma contribution en recherche. J'aime bien l'enseignement et la clinique, mais la recherche est ce qui me motive le plus. »

Quoi qu'il affirme avec coeur que sa plus grande passion, ce sont sa femme et ses enfants. « C'est le bonheur total, dit le Dr Cantin. Je travaille environ 60 heures par semaine, mais tous mes moments libres sont consacrés à ma famille. Ils sont ma plus belle découverte! »]