Parution: novembre 2001

Une équipe de chercheurs de Québec identifie un gène protégeant contre le cancer du sein


Une équipe de chercheurs québécois, dirigée par le Dr François Rousseau (membre de l'AMLFC), de l'unité de recherche en génétique humaine et moléculaire du centre de recherche de l'hôpital Saint-François d'Assise (CHUQ), a effectué une percée majeure dans le domaine du cancer du sein en identifiant un gène protégeant contre cette maladie. Cette découverte est rapportée dans l'édition d'août 2001 du prestigieux périodique scientifique Cancer Research, une publication de référence dans ce domaine.

Le gène identifié par l'équipe du Dr Rousseau est le AR, un gène codant pour le récepteur des androgènes. À l'instar des autres gènes, le AR fait partie du bagage génétique de tous les êtres humains, hommes et femmes. Cependant, ce gène peut présenter différentes formes, appelées variantes. Les chercheurs ont réussi à identifier certaines variantes de ce gène qui protègent davantage les femmes contre le cancer du sein. Environ 15 % des femmes présentent une forme du gène AR qui est associée à un risque moindre (50 %) de développer un cancer du sein.

Le Dr François Rousseau

"Ces résultats sont d'un grand intérêt parce qu'ils indiquent qu'un gène impliqué dans l'action des androgènes, une hormone d'une importance bien connue chez l'être humain, est un facteur important dans le risque de développer le cancer du sein chez la femme. Compte tenu que 85 % des femmes sont porteuses de la variante non protectrice du gène AR, cette découverte pourrait bénéficier à un très grand nombre d'entre elles, a expliqué le Dr Rousseau. Cette percée est d'autant plus importante qu'elle permet de mieux comprendre les cancers du sein sporadiques, c'est-à-dire non héréditaires." Les cancers du sein sporadiques représentent 90 % de tous les cancers du sein.

Les scientifiques ont déjà identifié certains gènes, notamment le BRCA et le BRCA2, qui jouent un rôle dans les cancers de type héréditaires. "Bien que ces résultats reposent sur un échantillon assez grand - plus de 700 femmes - , ils doivent être confirmés auprès d'un autre groupe de personnes", poursuit le Dr Rousseau.

Les travaux de recherche menant à cette découverte ont été effectués en collaboration avec d'autres chercheurs de la région, dont le Dr Jacques Brisson du groupe de recherche en santé des populations et centre des maladies du sein à l'hôpital du Saint-Sacrement (CHA), et le Dr Éric Dewailly du groupe de recherche en santé communautaire du CHUQ. Les recherches ont été subventionnées par l'Institut national du cancer du Canada, Santé Canada et le Réseau canadien des centres d'excellence sur les maladies génétiques.

Cette découverte fait partie d'une entente conclue en 1999 entre le CHUQ et la compagnie biopharmaceutique montréalaise SignalGene, qui détient les droits exclusifs de commercialisation de cette découverte. Le Dr Michael Dennis, président et chef de la direction de SignalGene, félicite les chercheurs et partenaires pour la publication de ces résultats dans un journal scientifique de renom. "Ceci confirme notre choix de l'approche génomique, en collaboration avec les milieux académique et hospitalier, afin d'élucider les facteurs génétiques impliqués dans les maladies reliées aux hormones stéroïdiennes telles que le cancer du sein. Notre équipe de conception de médicaments se penche également sur le développement de petites molécules de type SARM (selective androgen receptor modulators) qui pourraient un jour constituer de nouveaux traitements prophylactiques contre le cancer du sein."

Si ces travaux donnent les résultats escomptés, le Dr Rousseau estime qu'il serait possible de réduire jusqu'à 40 % le nombre de cas de cancer du sein. "Bien qu'il reste encore beaucoup d'étapes à franchir, cette découverte est très prometteuse, d'autant plus que nous en connaissons déjà beaucoup sur le fonctionnement de ce récepteur d'hormones stéroïdiennes mâles, ce qui accélère les travaux de recherche en génomique fonctionnelle", explique-t-il.]