Le Dr Guy Sylvestre
Parution: novembre 2001

La jouvence, pourquoi pas?
Par Danielle Lapointe


Le Dr Guy Sylvestre est dermatologue. Il s'est spécialisé en médecine esthétique, dans une optique de prévention du vieillissement et de traitement (quand le mal est fait). Rien de douloureux, rien d'agressif, tout se fait en douceur, sans complication, sans angoisse, sans souffrance. Pour le Dr Guy Sylvestre, le vieillissement est tout simplement pathologique et il estime que l'on peut arriver à prévenir cette maladie. "Quand je traite les gens pour les défendre du vieillissement, dit-il, je ne vois pas cela comme étant simplement esthétique, mais plutôt comme le traitement d'une maladie. Si notre coeur vieillit et qu'on s'en occupe, c'est légitime. Si notre peau vieillit et qu'on s'en occupe, c'est considéré comme vain. On croit qu'il s'agit d'orgueil. Pourtant, notre corps véhicule notre image, ce que nous sommes. Il existe de nos jours une dictature de l'image contre laquelle il faut se défendre. Les techniques douces que je pratique aident à conserver un air de jeunesse et de santé. La jouvence, pourquoi pas?


Le Dr Guy Sylvestre

"Réussir un beau collagène, souligne le Dr Sylvestre, c'est un art, une sculpture. Le médecin et l'artiste en moi se réconcilient par le biais de la dermatologie esthétique. Nous recevons de plus en plus de demandes dans le domaine de l'esthétique non chirurgicale et nous pourrons y répondre de mieux en mieux au niveau technologique avec des moyens plus performants et encore plus doux. L'avenir prendra la forme de lasers pour stimuler le collagène naturel du corps plutôt que d'injecter un collagène extérieur à l'organisme. L'avenir, c'est la prévention. On ne laissera même pas les rides apparaître. Les crèmes, on les utilisera dès le début de la trentaine."

Une science et un art

Le Dr Sylvestre n'a pas 30 000 patients; il a 30 000 amis. "Le cheminement vers une guérison se fait à deux, dit-il. On conseille, on écoute, on suggère et il faut que l'autre ait confiance en nous. Ce lien humain, un lien artistique même à cause de la sensibilité que cela exige." Pour le Dr Sylvestre, la médecine est tout autant un art qu'une science. "Je vois l'art en médecine comme étant cette communication intuitive que l'on a avec des gens, souligne-t-il. C'est l'échange d'une personne traitante avec une personne souffrante. C'est l'art d'être attentif aux propos de l'autre, ce qui nous permet de comprendre le pourquoi. L'ulcère d'estomac ne surgit pas spontanément des méandres d'un organe. Les épisodes de haute pression, l'urticaire, la poussée acnéique subite chez la femme de 37 ans ont leur histoire. L'âme de la personne ressort à travers le langage corporel et verbal. Une personne qui souffre nous raconte la genèse de sa pathologie. Établir les liens entre le vécu d'une personne et la pathologie dont elle souffre est essentiel. Un vrai médecin ne traite pas seulement des symptômes. S'il ne comprend pas, il ne pourra guérir. C'est l'aspect art. Prescription du médecin : des vacances absolument ou un arrêt de travail. Il faut enlever des pressions excessives. Ce n'est pas juste la crème qui guérit. La crème réduit le symptôme.

"Je prends le temps qu'il faut pour comprendre les gens qui me consultent, poursuit le Dr Sylvestre. Les échéanciers de rendez-vous où on veut nous imposer un rythme trépidant ne fonctionnent pas avec moi. Quand je recevais les gens à mon bureau de consultation en dermatologie, j'avais toujours deux heures de retard. C'était ma marque de commerce. Tous mes patients, à mes yeux, étaient des gens importants et je leur accordais du temps jusqu'à ce que je comprenne. Aujourd'hui, je reçois moins de patients et je gagne moins d'argent. Et puis après... Pourquoi pratiquer la médecine, si ce n'est pour aider? Être médecin, c'est aimer les gens en fait. Il faut donc se laisser du temps pour l'exprimer. Quand j'étais en dermatologie conventionnelle, une file d'attente longiligne se déroulait jusqu'au fond de la salle. Les gens se plaignaient plus ou moins parce qu'ils savaient qu'une fois dans le bureau, ils auraient une qualité d'entrevue. Ils étaient prêts à attendre parce qu'ils avaient compris ma façon de faire."

Une dimension artistique

Son âme d'artiste, Guy Sylvestre a voulu l'exprimer dès sa tendre jeunesse. De 1957 à 1962, il a suivi des cours de diction et d'art dramatique, en compagnie de ses deux soeurs, chez Mme Jean-Louis Audet, personnage légendaire, décédée depuis. Il a joué dans plusieurs pièces, dont L'homme, la bête et la vertu, avec Béatrice Picard, au théâtre de La Poudrière. Au théâtre, il a joué dans Topaze, de Marcel Pagnol. À la télévision, on a pu le voir dans La Pension Velder, Domino, Première - un télé-théâtre, Ouragan, Toi et Moi, Quelles nouvelles, etc. Il trouvait fascinant et passionnant de jouer des rôles, de donner vie à des personnages, de s'en imprégner et de les faire connaître à la hauteur d'un texte que l'on doit soutenir. "Le théâtre, c'est arriver à émouvoir l'auditoire par son jeu et le texte de l'auteur, dit-il. J'ai côtoyé de grands acteurs québécois. Je les ai vus à l'oeuvre. J'ai assisté à des répétitions, observé comment des metteurs en scène dirigeaient leur équipe." Il a côtoyé Émile Genest, Monique Lepage, Paul Hébert et d'autres. Ces grands comédiens étaient pour lui source d'inspiration.

Alors qu'il avait 13 ans, sa mère est décédée, ce qui a suscité chez lui une réflexion profonde sur la souffrance et la mort. "La souffrance, c'est quelque chose qui ne doit pas exister. Quand tu as 13 ans et que tu entends ta mère crier parce qu'elle a mal et que tu ne l'as jamais entendue crier de toute ta vie, c'est qu'elle souffre beaucoup. Je pense que le médecin doit faire face à la réalité de la mort et y faire face adéquatement en offrant aux gens tous les soins disponibles afin qu'ils ne souffrent pas", soutient-il.

L'heure des choix

Guy Sylvestre a complété son cours classique chez les Franciscains, à qui il est redevable de l'héritage qu'ils lui ont légué. "Plus que la simple matière qu'ils avaient à nous transmettre, ils nous préparaient à jouer notre rôle dans la société, dit-il. Ils nous inculquaient des valeurs importantes." La question qui se posait à Guy Sylvestre à l'époque était : "Est-ce que je me sens suffisamment confiant pour choisir une carrière dans un domaine comme celui des arts?" Il n'y a jamais rien d'acquis dans les arts de la scène. Son père lui répétait depuis qu'il était tout jeune : "Guy, choisis une profession libérale. Sois ton propre patron."

Il choisit donc la médecine, mais pas la chirurgie ni le travail hospitalier avec la technologie, les aiguilles, les sérums. Il a débuté ses études médicales en 1967, l'année de l'Expo. Cette même année, son père, âgé de 53 ans, décédait d'un infarctus. Son premier enfant est arrivé cette année-là également.

Il a commencé à la même époque à faire de la photographie avec une caméra 35 mm que son père lui avait laissée. "Cette immortalité de l'image qui joue un tour au passage du temps me fascinait. Clic, et le temps est arrêté pour toujours. Cela préserve des jalons de notre existence ou des images de notre nature québécoise si magnifique. L'image nous renvoie la beauté. Une image d'un enfant est si émouvante." Au lieu de sortir le soir après une journée de cours à l'université, il se consacrait à son violon d'Ingres. Il avait besoin d'exprimer sa dimension artistique. "Je pense que les êtres humains peuvent être très polyvalents. Ils ont une palette extrêmement vaste d'intérêts auxquels ils peuvent consacrer du temps et réussir."

Aux études théoriques a succédé la formation clinique. "Là, j'étais plus effrayé émotionnellement, un peu timide devant les gens, dit-il, parce que je voulais être d'un respect total, ne voulais pas les brusquer, voulais respecter leur intimité. Déjà, je poursuivais cet objectif d'une approche douce." Ce qu'il retient de ses stages cliniques, c'est qu'il n'arrivait pas à s'identifier aux différentes spécialités avec lesquelles il se familiarisait. Tout ce qui était chirurgical ne l'attirait pas. Ni même la cardiologie ou la pneumologie. Au départ, il s'orientait vers la psychiatrie. Il en entrevoyait davantage l'aspect psychanalytique. Finalement, il a été déçu. "J'étais sous la supervision d'un médecin qui s'occupait de psychopathes, dont certains étaient extrêmement violents, explique-t-il. On leur administrait des neuroleptiques pour qu'ils se tiennent tranquilles, mais on ne les guérissait pas. Les camisoles chimiques qui étaient utilisées m'ont fait perdre le goût de la psychiatrie."

Le Dr Sylvestre opte finalement pour la dermatologie et il choisit l'Hôtel-Dieu de Montréal pour sa résidence, qu'il débute en 1972. "Je connaissais ce milieu parce que mon oncle, un pionnier de la dermatologie à Montréal, Victor Panaccio, y avait pratiqué cette spécialité. J'ai aimé côtoyer les médecins de cette institution. On y retrouve une érudition extraordinaire, un savoir d'une qualité exceptionnelle et des médecins humains. Trois postes seulement étaient disponibles en dermatologie et je me compte chanceux d'avoir été choisi. Le Dr Jean-Mario Giroux a été mon père spirituel. Étant orphelin, cet attachement bienveillant a été important pour moi. Mon souci esthétique se manifestait également dans mon apprentissage de la dermatologie. Je voulais améliorer l'apparence des gens qui souffraient d'acné, de psoriasis."

En 1975, la petite famille s'enrichissait d'un deuxième enfant. En 1976, le Dr Sylvestre terminait sa spécialisation. "Je me suis préparé à mes examens de spécialité avec encore plus de motivation. Par un beau vendredi après-midi de septembre, je me suis présenté à l'examen, qui se déroulait de 13 h à 16 h. Les étudiants devaient répondre à quatre questions à développement. Si on ne réussissait pas, on devait recommencer. J'ai étudié de mai à septembre, 16 heures par jour. Notre avenir se jouait en un après-midi. Je me suis dit : "Si jamais je deviens patron, je suggérerai d'évaluer les gens à tous les six mois, plutôt que de leur imposer un gros boom à la fin.""

Médecine et photographie

Le Dr Sylvestre voulait s'installer à Sherbrooke, mais cela n'a pas eu lieu. Un collègue, le Dr Michel Perras, qui travaillait à la clinique Ahuntsic avait besoin d'aide. En février 1976, le Dr Sylvestre décide d'accepter son offre. Sa passion pour la photographie devait bientôt se manifester de façon concrète à travers ses activités médicales. Il ouvre sa compagnie de photographie en 1979, trois ans après le début de sa pratique, sous la raison sociale Imagine. Son beau-frère, qui exerçait la dentisterie, était à l'époque, lui aussi, passionné de photographie et est devenu son associé. Dans La Presse, on avait publié un article les concernant qui s'intitulait : "Quand la dentisterie et la dermatologie se mettent à la photographie professionnelle." Une journée par semaine était consacrée à la photographie. Le hall d'entrée du Centre hospitalier de Verdun ainsi que La Maison du Québec, située à la Place Ville-Marie, le ministère de la Justice, sur la rue Parthenais, la Maison Eaton, divers ministères provinciaux et fédéraux figurent parmi ses clients. La dermatologie devenant trop exigeante en terme de temps, le Dr Sylvestre a dû fermer boutique en 1989.

La médecine esthétique et la photographie

Une autre passion commence à éclore au début des années 1980 : la médecine esthétique. Sa passion pour cette spécialisation a réellement débuté en 1982, au moment où les collagènes sont apparus sur le marché. Le Dr Sylvestre s'est enthousiasmé pour cette technique qui permet de faire disparaître les rides sans douleur. Il a été un des premiers à se rendre aux États-Unis pour y entreprendre une formation. "J'ai trouvé cela fascinant, dit-il, tellement simple et sans effets secondaires. Génial!" Selon le Dr Sylvestre, la médecine esthétique représente l'avenir. "Il n'y a plus de raison de laisser le vieillissement ravager notre peau, dit-il. Il y a la trétoïne qui prévient et traite le vieillissement, des crèmes performantes comme les AHA, ces acides qui agissent en douceur, exfolient et éliminent les cellules mortes, des mini-exfoliations et des exfoliations (peelings) qui tiennent lieu de remodelages (liftings). Plusieurs produits performants ont des effets rénovateurs." Les lasers - qui représentent à son avis un progrès technologique majeur - ont fait leur apparition sur le marché. Notons le laser jaune qui permet de traiter les vaisseaux sanguins dilatés, la couperose. "Ce laser permet d'effacer la plupart des taches cutanées de coloration rouge ou brune. Il existe des lasers pour l'épilation aussi, et tous ces autres lasers qui rajeunissent. En 1996 est arrivé le Botox, protéine botulinique qui induit la relaxation des muscles, permettant d'éliminer les froncements et les plissements du front et ceux responsables des pattes d'oies, atténuant les rides d'expression au niveau du front entre les sourcils et au niveau des yeux. D'autres collagènes se sont également ajoutés au fil des années. Il en existe qui ont un effet permanent." Le Dr Sylvestre consacre encore une journée et demie par semaine à la dermatologie conventionnelle. Éventuellement, il aimerait confier sa clientèle en dermatologie à un collègue de Moncton qui reviendra sous peu à Montréal.

Ce qui lui apporte la plus grande satisfaction, c'est le sourire et la joie qu'il procure à sa clientèle, c'est de rendre les gens heureux, de constater que leur qualité de vie s'améliore. Sa clientèle est à 85 % féminine. De plus en plus, des hommes le consultent également. Le Dr Sylvestre se dit aussi heureux de ne pas dépendre du gouvernement pour gagner sa vie. Il travaille hors-régie, la plupart du temps. "Cela me permet d'être libre et de bien vivre. Je n'ai pas de plafonnement." Il n'est affilié à aucun hôpital. "En 1973, j'étais affilié à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. J'aimais beaucoup cela, dit-il; l'atmosphère était bonne. Sauf qu'au fur et à mesure que passaient les années, nos privilèges d'hospitaliser sont devenus mythiques. Je voulais hospitaliser un patient qui souffrait d'un psoriasis généralisé ou d'un eczéma sévère et je ne pouvais obtenir de lit d'hospitalisation. Je me suis dit : "Qu'est-ce que je fais dans un hôpital, si je ne peux hospitaliser?" C'est ainsi que j'ai laissé le milieu hospitalier. Si un patient souffre d'une pathologie nécessitant une hospitalisation, je le réfère à Notre-Dame ou à l'Hôtel-Dieu où ils ont encore quelques lits d'hospitalisation en dermatologie. Ce sont les coupures budgétaires qui ont provoqué ce genre de situation. Quelques dermatologues exercent à Sacré-Coeur, mais ils ne peuvent hospitaliser. Pour ma part, je veux pratiquer ma profession à mon rythme sans me faire dicter quoi que ce soit. Je suis un dermatologue "libre" et heureux de l'être."

Le De Sylvestre est maintenant père de quatre filles qu'il adore. Martine a 33 ans. Elle est pharmacienne à Saint-Donat, amante de la nature comme son père. Catherine, qui a 25 ans, a un tempérament un peu différent, plus pratico-pratique. Elle est secrétaire de direction pour une entreprise de haute technologie. Chloé a 15 ans. Elle est au secondaire IV, au Collège international. Marie-Caroline a 8 ans. Ses quatre filles représentent la grande passion de sa vie. D'émouvantes photographies, étalées ici et là dans son bureau, témoignent de cette histoire d'amour inconditionnel. Ce bureau tout à fait spécial d'ailleurs est également parsemé d'objets d'art les plus inusités qui créent une ambiance à la fois chaleureuse, invitante et empreinte d'une certaine aura de mystère.]