| Le Dr Manon Denis |
Parution: novembre 2001
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Deux amours : la médecine et le français |
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Le Dr Manon Denis est Franco-Ontarienne. La reconnaissance de la langue française, c'est sa cause. Elle a été active, entre autres, au Bureau des affaires francophones de la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa de même que dans le dossier de l'hôpital Montfort. L'Université d'Ottawa est la seule université à offrir une formation médicale en français, hormis les universités québécoises. Malgré un départ frileux avec une formation restreinte en français, la situation s'est grandement améliorée et aujourd'hui, on offre une formation médicale complète en français à l'Université d'Ottawa. Manon Denis est née dans un petit village, Saint-Isidore, situé à l'est d'Ottawa et majoritairement composé de Franco-Ontariens. On compte environ 500 000 Franco-Ontariens, principalement dans l'est et le nord-est de la province. |
![]() Le Dr Manon Denis |
Le français à l'université
Depuis le primaire, Manon Denis a fait toutes ses études en français, et ce, jusqu'au niveau universitaire. Quand elle a débuté son cours de médecine à l'Université d'Ottawa, en 1993, elle s'est vite rendu compte cependant qu'en réalité, les cours étaient donnés presque exclusivement en anglais. Loin de se décourager ou de faire un constat d'impuissance, dès sa première année à la Faculté, elle s'est jointe au comité de francisation de l'institution pour tenter de faire changer les choses. Après seulement quelques mois, elle en assumait la coprésidence.
C'est en 1992 que la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa ajoutait une composante francophone à son programme de premier cycle dans le but de devenir la seule école de médecine bilingue au Canada. En 1994, le gouvernement de l'Ontario décidait de ne plus accorder de subventions aux étudiants franco-ontariens souhaitant étudier la médecine au Québec puisque l'Université d'Ottawa avait désormais le mandat de former les médecins qui seraient appelés à servir éventuellement la population francophone de l'Ontario. Il est très difficile depuis pour un étudiant ontarien d'être admis dans une faculté de médecine au Québec.
Puis, en 1995, un nouveau vice-doyen responsable des Affaires francophones est embauché, le Dr Pierre Jean, qui rédige un plan d'action de cinq ans visant à améliorer le programme d'études médicales en français à l'Université d'Ottawa. Une équipe de direction - composée du Dr Jean, de cinq médecins francophones, de deux étudiants, de deux membres de la communauté et d'une gérante de projets - a alors assumé le mandat de mettre ce programme sur pied. La première étape a consisté à faire un inventaire des besoins de la population franco-ontarienne en matière de soins de santé. Une étude a alors été commandée. Elle a été menée par Manon Denis, boursière du doyen et Stéphanie Ferrand, boursière d'EFPO (Educating Future Physicians for Ontario). Parallèlement, le Dr Denis se consacrait à ses études médicales, qui étaient également exigeantes.
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"L'hôpital Montfort est le seul endroit où les soins sont offerts complètement en français, d'où son importance pour les Franco-Ontariens." - Dr Manon Denis |
Les besoins identifiés étaient immenses. L'étude a permis de déterminer qu'une connaissance approfondie de la langue du patient est l'un des outils les plus puissants que le médecin possède pour établir un rapport de confiance et d'échange avec celui-ci. Les domaines les plus fréquemment mentionnés quant à l'importance de la langue de communication furent les situations d'urgence, la médecine familiale, les services offerts aux enfants ou aux personnes âgées ainsi que le domaine de la santé mentale. Dans cette étude, on établissait qu'il existait un besoin important de médecins francophones en Ontario et que la formation médicale en français était nécessaire. Plusieurs étudiants en médecine ont souligné qu'il leur était très difficile d'étudier en français quand tout le matériel didactique recommandé était en anglais et que seules leurs sessions d'apprentissage par problèmes se déroulaient en français. L'effort de bilinguisme s'avérait en être un de traduction constante.
À l'hôpital Montfort
Le Dr Denis a fait son premier stage à l'hôpital Montfort, qui est l'un des seuls milieux à l'extérieur du Québec où les étudiants en médecine peuvent faire leur apprentissage en français. Le seul autre stage qu'elle a pu faire en français fut le tout dernier, en psychiatrie. Il a également eu lieu à l'hôpital Montfort. Tous ses autres stages, réalisés à l'Hôpital général d'Ottawa, se sont déroulés en anglais.
Alors que le Dr Denis en était à la toute fin de sa quatrième année de médecine, l'annonce a été faite (en février) de la fermeture éventuelle de l'hôpital Montfort. "Ce fut comme un coup de massue, souligne-t-elle. Nous avions débuté un processus de francisation à l'université, organisé des stages en français au niveau de la troisième et de la quatrième année à l'hôpital." C'tait une semaine avant qu'elle ne débute son stage en psychiatrie. Elle a vécu cette douloureuse expérience avec beaucoup d'intensité. "Nous nous sommes battus sans bon sens, dit-elle. Pour moi, ça a été très difficile. Toutefois, il était réconfortant de constater que toute la population nous appuyait et se battait avec nous. Nous nous sommes dit que nous allions continuer à survivre comme Franco-Ontariens. Lors du rassemblement pour la survie de l'hôpital Montfort, il y avait environ 10 000 personnes. Cela a représenté une victoire incroyable."
Qu'on ait voulu fermer l'hôpital Montfort semble inconcevable. Plusieurs théories circulent. "Je pense que la Commission ne comprenait rien à ce qui se passe vraiment et que c'est pour cela que ses membres ont pris la décision de fermer l'hôpital, mentionne le Dr Denis. Beaucoup d'anglophones ne comprennent pas à quel point il est important de pouvoir être servis dans notre langue. La plupart des Franco-Ontariens parlent l'anglais en plus du français. Cependant, quand on se retrouve dans une situation d'urgence, les mots ne sortent pas facilement. Même si on parle anglais tous les jours, ces choses-là, on veut pouvoir les exprimer dans notre langue maternelle.
"L'hôpital Montfort est le seul endroit où les soins sont offerts complètement en français, d'où son importance pour les Franco-Ontariens, poursuit le Dr Denis. Dans des hôpitaux comme celui d'Ottawa, certains intervenants s'expriment aussi parfois en français. Cependant, aussitôt que l'on retrouve un anglophone au sein de l'Équipe, tout se passe en anglais, parce que si cet intervenant ne comprend pas, cela peut représenter des risques pour le patient. Donc, toutes les notes au dossier dans les hôpitaux de l'Ontario, à l'exception de l'hôpital Montfort, sont consignées en anglais. Jusqu'à tout récemment, il pouvait même arriver qu'un médecin de Montfort formé en anglais consigne ses notes en anglais dans le dossier du patient. Maintenant, avec le nouveau programme, la plupart des médecins le font en français."
Les gens de Montfort n'ont pas encore gagné la bataille, mais ils ont tout de même remporté une manche importante. La décision de la Commission de fermer l'hôpital a été reportée devant les tribunaux. Un moratoire a été prononcé en attendant qu'une décision soit rendue. Devant la Cour divisionnaire de l'Ontario, les gens de l'hôpital Montfort ont gagné leur cause. Cependant, le gouvernement ontarien a décidé d'aller en appel. La cause sera entendue en février ou en mars. "Pour l'enseignement en français, souligne le Dr Denis, il est essentiel que l'hôpital Montfort demeure un hôpital universitaire. Pour la communauté franco-ontarienne, il est également primordial de pouvoir compter sur des services médicaux offerts en français. Si jamais nous perdons notre cause en Cour d'appel, nous nous adresserons à la Cour suprême. Nous considérons que c'est important." Malgré les difficultés vécues, l'hôpital Montfort a reçu des fonds du gouvernement fédéral pour devenir le Centre national de formation des médecins en français.
Le Dr Denis a complété sa résidence en médecine familiale à Montfort alors qu'il y régnait un climat d'incertitude quant à son statut. Elle a beaucoup aimé sa résidence, qui s'est déroulée davantage dans un milieu communautaire qu'universitaire. Elle a pu faire une partie de celle-ci dans un petit village, Embrun, situé dans l'est ontarien et desservi par les médecins de l'hôpital. C'était beaucoup moins hiérarchique, plus convivial. Pendant tout ce temps, la bataille de Montfort se poursuivait. Le Dr Denis se partageait entre sa résidence et la défense du français. C'est surtout auprès des instances universitaires qu'elle s'est impliquée afin de les convaincre du bien-fondé des programmes d'enseignement en français.
Le Dr Denis a obtenu son diplôme de médecine familiale en 1999. Elle fait maintenant partie du groupe de médecins de l'hôpital Montfort. Elle pratique également la médecine à Saint-Isidore, son village natal, et dans les villages environnants. Elle s'est jointe au médecin en place, auquel elle s'est associée, et ils ont acheté ensemble un nouvel édifice. Le village compte 1 500 personnes. La présence du Dr Denis ne passe pas inaperçue dans cette région qui ne comptait quasiment pas de femmes médecins.
La pratique du Dr Denis comprend sa clientèle à son cabinet privé et ses activités à l'hôpital Montfort, l'accouchement de ses patientes de Saint-Isidore à l'hôpital Montfort. De plus, elle travaille pour le Bureau des affaires francophones de l'Université d'Ottawa. Outre cela, elle enseigne aux étudiants en médecine à l'hôpital Montfort. Dix-huit étudiants y font leur formation en français. L'année prochaine, l'institution en recevra 24 et l'année suivante, de 32 à 40. La majorité d'entre eux sont des francophones de l'Ontario. D'autres font partie du programme national mis sur pied par le gouvernement fédéral. Ils viennent de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Nouveau-Brunswick... "C'est très excitant, dit le Dr Denis. D'une part, j'enseigne et d'autre part, je participe à la mise sur pied du programme." Comme le programme est contingenté à Montfort, l'année prochaine le Dr Denis commencera aussi à enseigner en français à Hawkesbury.
Elle adore sa pratique privée à Saint-Isidore. Établir un contact avec ces gens de tout âge, connaître leur milieu familial et leur environnement est important pour elle. "Je viens d'un petit village, dit-elle. J'aime bien connaître mes patients. Ma clientèle compte souvent des familles entières : parents, enfants, grands-parents, oncles, tantes et cousins."
Elle aime également beaucoup sa pratique à l'hôpital Montfort. Elle considère qu'elle y est vraiment à sa place. La médecine familiale lui offre des défis stimulants. Tous les jours, elle pratique à Saint-Isidore et se rend à l'hôpital Montfort, situé à 75 kilomètres de là. Donc, beaucoup de déplacements. Pour le Dr Denis, cela fait partie des services à rendre à sa communauté. Le Dr Denis demeure à Ottawa. Cela lui facilite la tâche quand elle doit procéder à des accouchements ou effectuer des gardes à l'hôpital. Elle espère se marier un jour et avoir des enfants. Elle croit qu'en médecine, il y a place pour les femmes qui veulent fonder une famille. Elle sait cependant qu'elle devra faire des choix et adopter une pratique professionnelle qui lui laisse du temps pour sa vie personnelle.
Le Dr Denis et l'Association des médecins de langue française du Canada ont établi des liens par le biais du Bureau des affaires francophones de la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa. L'Association apporte son appui à la cause de l'hôpital Montfort et à la promotion du français à l'extérieur du Québec. L'AMLFC et le Dr Denis ont certainement des intérêts en commun.]