| Le Dr Natalie Le Sage |
Parution: octobre 2001
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Du dynamisme à revendre |
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Peu de femmes sont urgentologues au Québec. Et parmi celles-ci, plus rares encore sont celles qui se spécialisent, en épidémiologie entre autres, comme c'est le cas du Dr Natalie Le Sage, qui complète actuellement un doctorat dans cette discipline. Chargée d'enseignement en médecine d'urgence à l'Université Laval à Québec et chercheuse clinicienne, le Dr Le Sage a été médecin escorte pour E.V.A.Q. ("l'avion-ambulance" du Québec) pendant sept ans. Elle a ainsi parcouru les quatre coins du Québec, une expérience qu'elle a beaucoup appréciée. Ce qu'elle fait, à l'évidence, elle l'entreprend avec passion. Cette femme médecin qui exerce depuis douze ans paraît encore toute jeune et nous accueille avec un sourire dans la voix, des yeux pétillants et une gentillesse rare. Natalie Le Sage a débuté ses études à la faculté de médecine de l'Université Laval, à Québec, en 1983. Son choix a été dicté par l'attrait de l'aspect scientifique et humain de la médecine. Issue d'une famille de musiciens, le Dr Le Sage a d'abord poursuivi une formation professionnelle en piano et en écriture musicale au Conservatoire de musique de Québec. Ses parents l'ont toujours beaucoup encouragée tout au long de ses études. Ce qui a fait pencher la balance en faveur de la médecine, c'est que l'avenir semblait plus prometteur de ce côté. On sait que la vie d'artiste n'est pas toujours rose. Les premières années en médecine ont été consacrées à l'étude et à la musique, qu'elle a dû mettre quelque peu en veilleuse alors qu'elle entreprenait son apprentissage clinique. À l'externat, elle a découvert la médecine d'urgence, qui correspondait à ce qu'elle recherchait. Dès le départ, elle s'est sentie à l'aise dans une salle d'urgence. Elle a complété deux ans de résidence en médecine familiale, après quoi elle a entrepris une troisième année en médecine d'urgence. |
![]() Le Dr Natalie Le Sage |
Natalie Le Sage a poursuivi sa formation principalement au Québec. Toutefois, elle a eu l'occasion de séjourner aux États-Unis pour un stage clinique au Denver General Hospital, University of Colorado Health Sciences Center, en 1990. Elle avait également complété un stage d'été en recherche au Center for Disease Control, à Atlanta en Georgie, en 1985. "C'est un autre monde, dit-elle. Les traumas par balles et par armes blanches y sont quotidiens alors que dans la ville de Québec, on reçoit beaucoup plus rarement ce genre de blessés. Ça m'a permis d'être en contact avec la traumatologie lourde et agressive, de voir ce qui se fait ailleurs, de connaître autre chose, car il n'y a jamais une seule vérité ou une seule dimension à un problème. Aux États-Unis, on pratique une médecine très, très défensive ayant constamment à l'esprit l'aspect médicolégal. De ce fait, il arrive que le médecin prescrive un nombre affolant d'examens à ses patients. La qualité des soins est comparable à la nôtre, malgré quelques différences qui ne sont pas toujours d'ordre médical. Ils disposent cependant de structures et d'équipements que nous n'avons pas."
Natalie Le Sage a débuté en médecine d'urgence à un moment où ce champ de spécialisation était en pleine effervescence. Depuis deux ans maintenant, la médecine d'urgence est reconnue comme spécialité par le Collège des médecins du Québec. Cette reconnaissance, selon le Dr Le Sage, est de nature à promouvoir la qualité de l'exercice professionnel. Elle ne croit pas pour autant qu'il faille des urgentologues dans toutes les urgences du Québec. "Il faut des urgentologues dans les urgences à haut débit, pour gérer les départements, pour développer l'enseignement, les structures universitaires et la recherche. Toutefois, il faudra que subsiste une collaboration étroite et respectueuse entre tous les médecins d'urgence, spécialistes ou non.
"Pour la formation des résidents également, la reconnaissance de la médecine d'urgence est bénéfique. Le but, c'est de permettre une structure mieux établie. Les quatre universités ont commencé à offrir un programme de cinq ans en médecine d'urgence, ajoute le Dr Le Sage. Les finissants de ce programme vont se retrouver majoritairement dans les milieux universitaires et feront bénéficier le milieu de leurs connaissances. Actuellement, une cinquantaine de médecins ont reçu leur certificat de spécialiste du Collège des médecins du Québec; ils oeuvrent principalement dans les centres hospitaliers universitaires."
Sa pratique à l'hôpital de l'Enfant-Jésus
Natalie Le Sage pratique actuellement à l'hôpital de l'Enfant-Jésus du Centre hospitalier affilié à l'Université Laval (C.H.A.), qui compte une urgence à haut débit et un centre de traumatologie. Comment le Dr Le Sage perçoit-elle les difficultés de la pratique professionnelle dans une salle d'urgence? "En médecine d'urgence, ce sont les horaires qui sont les plus astreignants, mentionne-t-elle. On travaille sur trois quarts de travail, et souvent les fins de semaine et les jours fériés. On peut aussi bien travailler le lundi soir, le mardi matin, entrer à nouveau dans la nuit de mercredi à jeudi, etc. D'une part, les gens autour de nous (en particulier la famille) vivent
le jour. De plus, les cours se donnent en général le matin et les réunions se tiennent aussi le jour. Même si on termine à minuit la veille, même si on a travaillé toute la nuit, on se doit de participer à plusieurs de ces activités. C'est exigeant physiquement." Natalie Le Sage est mariée et son conjoint est aussi médecin. Elle a deux fils, âgés de 8 ans et de 5 ans et demi, qui comptent grandement pour elle. "Ça prend beaucoup d'organisation et un conjoint très compréhensif, dit-elle. Sinon, ce serait impossible."
Qu'en est-il de la relation d'aide à l'urgence? "Souvent, on doit établir un contact très rapidement avec les patients, dit-elle. Ce n'est pas comme le médecin de famille qui revoit son patient à plusieurs reprises et qui crée un lien. Là, en trente secondes, il faut que ce soit fait correctement parce que sinon, la confiance ne peut s'établir adéquatement entre le patient et le médecin. Le temps joue contre nous à la salle d'urgence, car plusieurs événements arrivent en même temps. On ne peut malheureusement pas prendre une demi-heure pour annoncer un décès, mais il y a quand même une façon de faire ces choses-là humainement, de bien les faire."
Pour le Dr Le Sage, l'un des éléments importants de stress à l'urgence relève de l'aspect administratif : les files d'attente dans le corridor, le manque d'équipement, etc. "Nous sommes responsables d'offrir les meilleurs soins possible et d'aller jusqu'au bout de notre compétence pour y arriver. Mais tout le côté administratif ne relève pas de nous et nous n'avons aucun contrôle sur la situation."
Le Dr Le Sage admet que les conditions pour tout ce qui touche à l'équipement dans les salles d'urgence se sont beaucoup détériorés depuis dix ans. "Dans la salle d'urgence où je travaille, rien n'a changé physiquement ou très peu, dit-elle, alors que le nombre d'ambulances a plus que doublé au cours des cinq dernières années, compte tenu de la fermeture de plusieurs salles d'urgence de la ville. Les urgences ambulatoires également sont plus lourdes. Les "petits" cas sont devenus de "gros" cas. Les gens se présentent à l'urgence avec des problèmes complexes. Il y a le vieillissement de la population, mais aussi un alourdissement des problèmes de santé. Les locaux et l'équipement ne sont pas toujours adaptés à cette réalité qui évolue. On met du temps à remplacer des équipements vieillots."
L'enseignement et la recherche
Progressivement, Natalie Le Sage s'est engagée dans l'enseignement et la recherche. Elle est chargée d'enseignement à la faculté de médecine de l'Université Laval, au département de médecine familiale, section médecine d'urgence, depuis 1990. Elle est membre du comité de programme de formation spécialisée en médecine d'urgence à la faculté de médecine de cette même université. Elle est également impliquée dans la formation continue des infirmières de l'urgence concernant le triage.
Côté recherche, le Dr Le Sage est chercheuse clinicienne en médecine d'urgence et traumatologie au département d'urgence de l'hôpital de l'Enfant-Jésus du C.H.A. et est responsable de la recherche clinique au sein de la section médecine d'urgence du département de médecine familiale de la faculté de médecine de l'Université Laval. Elle est également membre de plusieurs comités au sein de l'hôpital de l'Enfant-Jésus : comité de l'évaluation des décès évitables en traumatologie, comité de l'évaluation de la qualité de l'acte médical et comité d'éthique de la recherche. Elle compte de nombreuses communications scientifiques à son actif de même que des publications.
Le Dr Le Sage consacre beaucoup de temps actuellement à développer la recherche en médecine d'urgence. "Cette recherche est encore très jeune, dit-elle. Quelques personnes tentent de créer des liens et d'établir un réseau, ce qui demande du temps et de l'énergie." Elle souligne également que les médecins qui font de la recherche clinique à mi-temps n'ont pas la tâche facile. "Pour ma part, je suis privilégiée puisque le centre de recherche du C.H.A. m'accorde un soutien financier et que j'ai obtenu diverses subventions. Beaucoup de chercheurs cliniciens ne savent pas trop où se situer. Les bourses de recherche sont davantage accordées à ceux qui veulent faire de la recherche à temps plein. Je ne vois pas l'avenir d'une façon claire à cause de cette incertitude. Je sais que je vais continuer, mais je ne sais pas trop dans quelle structure." Elle n'envisage pas à ce stade-ci de se consacrer à la recherche à plein temps. Il y a beaucoup d'incertitude aussi à cause, entre autres, des remaniements qui sont intervenus au niveau universitaire. Les fusions ont fissuré quelque peu certains centres de recherche. Le centre de recherche du C.H.A. a été touché par ces processus de fusion et certains axes de recherche ont été transférés ailleurs.
Pour l'instant, le Dr Le Sage poursuit ses activités de recherche et sa formation de doctorat en épidémiologie. Les avenues de recherche qui seront développées contribueront, croit-elle, à raffiner les méthodes diagnostiques et thérapeutiques, et pourront permettre de trouver des solutions concrètes à différents problèmes vécus à l'urgence. À son avis, la salle d'urgence doit constituer un axe prioritaire en termes d'investissements, puisqu'elle représente une importante porte d'entrée des soins au Québec. "Malgré toute ma passion pour la médecine d'urgence, ajoute-t-elle, le plus important pour moi est de conserver un équilibre harmonieux entre ma famille et ma profession."]