| Le Dr Maurice Poulin |
Parution: août 2001
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Un homme d'ACTION |
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Maladies infectieuses, santé environnementale, santé au travail, immunisations, hémovigilance, hépatite C, sida, verglas : voilà des dossiers de première importance au ministère de la Santé et des Services sociaux auxquels le Dr Maurice Poulin a été associé de près. Au Ministère, le Dr Poulin assumait la responsabilité de plusieurs comités et supervisait deux équipes d'une trentaine de personnes chacune. L'image que l'on retient du Dr Poulin, à la lumière des témoignages de gens avec qui il a travaillé, en est une de respect et de reconnaissance. "Maurice Poulin n'aime pas le quotidien "plat et uniforme". Il est un homme d'action. Avec lui, plus ça brasse, plus c'est stimulant. C'est lors de négociations serrées qu'il démontre ses vives qualités de stratège; il trouve toujours comment renverser la vapeur à son avantage", nous a-t-il confié. En plus d'être un patron à l'écoute de ses employés, le Dr Poulin était un "gars de projets". |
![]() Le Dr Maurice Poulin |
C'est lui qui a mis en place, avec tous les membres de son équipe, le système québécois d'hémovigilance, qui fait aujourd'hui partie intégrante d'Héma-Québec. C'est lui aussi qui, lors de l'opération amiante, a su convaincre les interlocuteurs du ministère de l'Éducation du bien-fondé d'une intervention préventive au niveau des quelque 3 000 écoles du Québec. La réorganisation et la consolidation des unités de recherche en services et soins sur le sida a également canalisé ses énergies. La table des UHRESS, qui guide l'action nationale sur le sida, a vu le jour grâce à son implication dans ce dossier. Il a aussi contribué à insuffler un dynamisme nouveau au ministère de la Santé et des Services sociaux pour tout ce qui touche aux maladies infectieuses. Il a assumé la responsabilité du volumineux dossier de l'hépatite C et de l'indemnisation des victimes. Non seulement s'est-il préoccupé d'indemniser les victimes, mais également a-t-il voulu rejoindre les personnes qui avaient été contaminées afin qu'elles puissent se faire traiter.
Dans le domaine de l'agriculture, il a eu à gérer les dossiers de l'industrie porcine. "Il faut se réveiller, dit-il, parce qu'actuellement les sols en sont rendus à leur capacité limite d'absorption de certaines substances produites par l'industrie porcine. L'industrie s'est prise en main, mais il faut faire davantage. Les réserves en eau potable dans certaines régions sont menacées." Un autre dossier sur lequel le Dr Poulin s'est penché conjointement avec le ministère de l'Agriculture est celui de la qualité des oeufs. En ce qui concerne la transmission de la salmonellose par les oeufs, le Dr Poulin a réussi à convaincre le MAPAQ que la situation était alarmante et nécessitait des correctifs vigoureux. Il a d'ailleurs reçu des félicitations publiques de la part du président de la Fédération des producteurs d'oeufs du Québec et du ministre de l'Agriculture pour son action dans ce dossier. Ses recommandations ont été prises en considération. Le Dr Poulin considère qu'actuellement, au Québec, nous avons ce qu'il y a de mieux en terme de surveillance de la qualité des oeufs.
Le Dr Poulin, natif de Trois-Rivières, est un négociateur hors pair et un gestionnaire d'expérience à l'écoute des gens. Pour lui, il est important d'accorder de l'attention à la qualité de vie des gens qui relèvent de lui tout en s'assurant de la qualité des services offerts. Le Dr Poulin a su privilégier des valeurs comme la solidarité et l'excellence, et a misé sur une gestion basée sur l'intégrité et la responsabilité. Même quand la lourdeur de ses tâches était écrasante, le Dr Poulin savait donner son 100 %. Sous sa gouverne, les gens étaient mus par la volonté fondamentale d'atteindre les objectifs fixés. Il a préconisé une approche harmonieuse, tant sur le plan humain, social, technique, économique que culturel.
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"Maurice Poulin n'aime pas le quotidien "plat et uniforme". Il est un homme d'action. Avec lui, plus ça brasse, plus c'est stimulant. C'est lors de négociations serrées qu'il démontre ses vives qualités de stratège; il trouve toujours comment renverser la vapeur à son avantage." |
Son passage à la Protection de la santé publique ne sera pas passé inaperçu non plus. Le Dr Poulin y a été très apprécié. À preuve, ce message de ses collègues : "Jamais auparavant, un directeur de la Protection de la santé publique n'avait eu à combiner la direction des équipes du Comité québécois de coordination sur le sida à Montréal, de maladies infectieuses/santé au travail/santé environnementale à Québec, de l'hémovigilance et de l'hépatite C. Pourtant, le Dr Poulin a su garder un sens de l'humour rassurant, accumulant les succès, négociant les virages serré, conservant son calme et faisant confiance à son monde. Il est certain que sa présence nous manquera, mais de beaux souvenirs nous rappelleront le plaisir que nous avons eu à travailler avec lui." C'est parce que sa santé ne lui permettait pas de rester que le Dr Poulin a dû quitter, à regret, son emploi au Ministère, emploi qui lui plaisait beaucoup. Il dit être fier d'avoir été choisi pour assumer les responsabilités qui ont été les siennes et d'avoir pu relever ce grand et beau défi.
La médecine... pour venir en aide
Depuis toujours, le Dr Poulin a cette qualité du coeur qui le porte à aider les gens. Mais c'est à 16 ans que son choix de la médecine s'est manifesté. À cet âge, il a dû être hospitalisé à la suite d'un accident de hockey ayant causé une fracture de la colonne cervicale. Son séjour à l'hôpital a duré 40 jours; il a ainsi eu l'occasion d'observer attentivement le travail des médecins, et c'et de là qu'est né son désir de devenir médecin, pour venir en aide aux gens. Après son cours classique, il a donc entrepris sa démarche pour s'inscrire en médecine, à l'Université Laval, où il a été accepté. Il a ensuite fait son internat (en médecine générale) à l'hôpital de Chicoutimi. "Je n'ai jamais autant étudié de ma vie", dit-il. Il travaillait les fins de semaine et l'été à l'hôpital Saint-Joseph de Trois-Rivières comme téléphoniste, aide infirmier, conducteur d'ascenseur. Ses stages se sont déroulés à l'hôpital Laval, à l'Hôtel-Dieu de Québec, à l'hôpital du Saint-Sacrement et au CHUQ, pavillon Saint-François d'Assise. Pour un temps, la cardiologie l'a vivement intéressé, mais il a finalement opté pour la médecine générale.
En 1969, le Dr Poulin débutait sa pratique à l'hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières, où il a exercé sa profession jusqu'en 1981. Le Dr Poulin privilégiait la pratique hospitalière. Il aimait travailler à l'urgence et aux soins intensifs parce qu'il aimait relever des défis et acquérir sans cesse de nouvelles connaissances. Il a également ouvert une clinique médicale, avec quatre collègues. Fait peu commun à l'époque, les gains étaient répartis également entre les quatre médecins. Par la suite, au fil des années, plusieurs spécialistes se sont ajoutés à l'équipe en place à l'hôpital Sainte-Marie. Les défis à relever se sont amenuisés d'autant et le Dr Poulin s'est vu peu à peu confiné dans la routine. C'est ce qui l'a incité à vouloir apporter du changement dans sa vie professionnelle. Dans un premier temps, il a accepté un mandat d'un mois à la Baie James durant l'été, et il a beaucoup aimé cette expérience. Il y est retourné avec sa famille durant le temps des Fêtes. Ce fut l'occasion pour lui de vivre l'hiver intensément.
Il est ensuite passé d'une extrême à l'autre, acceptant un mandat de deux ans aux îles Comores (dans l'océan Indien), situées tout près de l'Afrique du Nord. Il oeuvrait alors pour le Centre de coopération internationale de l'Université Laval, qui gère des projets subventionnés par l'ACDI un peu partout en Afrique. Parti en éclaireur au mois de mai, il y est retourné en compagnie de son épouse et de ses deux filles. L'une d'elles a fait une formation universitaire en psychologie tandis que l'autre a à son actif une maîtrise en anthropologie et est présentement au doctorat en santé communautaire.
Aux îles Comores
Le mandat qui avait été confié à l'équipe en place était de mettre sur pied un réseau structuré de soins de santé primaires aux Comores. Ce fut le début de la carrière de gestionnaire du Dr Poulin. Il y a assumé la responsabilité d'un centre de santé qui comptait une trentaine de lits d'hospitalisation, une salle d'accouchement et une clinique externe en plus de gérer les dispensaires du sud de la Grande Comore. Le Dr Poulin était le seul médecin sur ce territoire qui comptait quelque 50 000 habitants, venant en partie de Madagascar.
Le Dr Poulin s'est adapté rapidement à son nouvel environnement. Sans ressources technologiques et démuni sur le plan matériel - ayant même de la difficulté à se procurer des vaccins - il s'est engagé, pour atteindre ses objectifs, dans la voie de la prévention et de l'éducation sanitaire. "Autant prévenir, se disait-il, puisque nous n'avons que peu de moyens pour agir." Là-bas, le diagnostic reposait principalement sur l'utilisation du stéthoscope : pas de méthodes diagnostiques modernes ni de radiographies ou autres.
Le Dr Poulin s'est entouré d'intervenants qu'il formait et qui donnaient des soins de base à la population tout en faisant de l'éducation sanitaire. Pour sa part, le Dr Poulin traitait les personnes atteintes des affections les plus sévères et assurait la coordination de l'ensemble des intervenants en santé. Il a constaté à quel point les programmes de vaccination étaient utiles pour combattre différentes maladies dans les îles. C'est de cette façon qu'a été éradiquée la polio et qu'ont diminué de façon marquée les complications de la rougeole. Aux îles Comores, le Dr Poulin a agi comme catalyseur d'intérêt autour de programmes de santé spécifiques, notamment celui de la vaccination. Il a également mis l'accent sur la prévention et il a assuré l'implantation de multiples mesures sanitaires, concernant entre autres l'eau et l'alimentation. Il a été appelé à comprendre et à évaluer rapidement, de façon réaliste, les situations auxquelles il devait faire face afin de pouvoir offrir des solutions réalisables dans ce contexte de grand dénuement et de pauvreté extrême, où une partie de la population souffrait de malnutrition. Cette expérience de vie a été déterminante pour son avenir en santé communautaire. Sa vision de la médecine s'y est modifiée progressivement, mais inéluctablement.
Durant ces années, il a pu être davantage présent auprès de ses deux filles, car son domicile était situé dans la cour de l'hôpital. Ce séjour aux îles Comores a aussi permis au Dr Poulin de voyager beaucoup. Il a visité la Grèce, la France, la Tanzanie et le Kenya. Il a participé à des safaris. Il s'est rendu en Afrique du Sud de même qu'à l'île Maurice. De son passage aux îles Comores, il a tiré la conviction qu'au Québec, les gens sont privilégiés à tous points de vue. Tout au cours de ces années, il a changé profondément. Il est sorti grandi de son séjour aux Comores et il y a découvert sa vocation pour la santé communautaire.
Une carrière en santé publique
À son retour au Québec, en 1983, le Dr Poulin a accepté un poste de coordonnateur en maladies infectieuses au département de santé communautaire de l'hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières. À la même époque, il entreprenait une maîtrise en santé communautaire. Le Dr Poulin a oeuvré à Sainte-Marie de 1983 à 1988 avec des partenaires de divers milieux, du secteur privé comme du secteur public, et s'est intéressé à de nombreux dossiers jugés prioritaires par le DSC. Au cours de cette période, il a touché à la santé environnementale. Des protocoles régionaux d'immunisation ont été développés et les données ont été informatisées, ce qui était très avant-gardiste à l'époque.
En 1987, le Dr Poulin était nommé directeur des services professionnels par intérim à l'hôpital Sainte-Marie, poste qu'il a occupé durant six mois. Malgré qu'il ait apprécié son expérience, il regrette de ne pas avoir eu le pouvoir de vraiment changer les choses. En 1988, il décide de retourner aux îles Comores pour un an. Ses enfants étaient âgés de 10 ans et 12 ans. Ce nouveau départ a été choisi unanimement par tous les membres de la famille. Par la suite, le Dr Poulin est revenu au département de santé communautaire de l'hôpital Sainte-Marie.
Outre ses fonctions au DSC de l'hôpital Sainte-Marie, le Dr Poulin a été coordonnateur en santé environnementale pour la région de Trois-Rivières, consultant pour la ville de Trois-Rivières, consultant à la Canadian International Paper de même que pour Hydro-Québec. Il a travaillé à développer le plan des mesures d'urgence en cas d'accident à la centrale de Gentilly. Au moment de la réunification et du transfert à la Régie régionale des trois départements de santé communautaire de la région de Trois-Rivières, en 1997, le Dr Poulin a été appelé à assumer la coordination régionale en santé environnementale.
Il s'est également rendu au Rwanda, en 1997, comme consultant. Le Canada voulait apporter son aide à la population rwandaise, sévèrement touchée par l'épidémie de sida. C'est dans le cadre de ce programme de coopération internationale que le Dr Poulin s'est rendu en ces lieux, pour y dresser l'inventaire des besoins des Rwandais. Il s'est également impliqué pendant trois ans dans le dossier du sida au Québec.
Au ministère de la Santé et des Services sociaux
En 1997, le Dr Poulin a assumé la direction de la protection de la santé publique, à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux. Il a aussi été nommé directeur du Centre québécois de coordination sur le sida. Le Dr Poulin a trouvé passionnant ce poste, assumant entre autres la création du comité d'hémovigilance. Enfin, il a assuré la coordination des hôpitaux universitaires pour tout ce qui touchait au volet sida.
Le Dr Poulin a collaboré à mettre sur pied le programme d'indemnisation pour les victimes de l'hépatite C, contaminés par le sang. Il a également veillé à ce que le budget octroyé pour l'immunisation contre l'hépatite C passe de 15 millions à 26 millions de dollars. Sous sa gouverne, de nouveaux programmes de vaccination contre l'hépatite A et l'hépatite B ont aussi été développés. En santé au travail, il se consacrait principalement aux relations avec la CSST et le réseau de la santé. Il a aussi été appelé à gérer certains aspects de la crise du verglas.
À l'Institut national de santé publique du Québec
Le Dr Poulin oeuvre actuellement à l'Institut national de santé publique du Québec, considéré comme une personne morale mandataire de l'État, dont la fonction principale est de soutenir le ministre de la Santé et des Services sociaux et les régies régionales dans l'exercice de leur mission de santé publique. Le Dr Poulin coordonne les équipes chargées de développer l'expertise requise pour tout ce qui a trait aux risques occupationnels, en particulier celles qui se penchent sur la sécurité des travailleuses enceintes ou qui allaitent.
Le Dr Poulin consacre les trois quarts de sa vie professionnelle à son travail à l'Institut. Pour le reste, il oeuvre surtout dans le domaine des pratiques préventives dans la région de Trois-Rivières. Parmi les travailleurs de la santé, il semble que ce soit le médecin omnipraticien qui ait le plus d'influence sur les changements de comportement des gens. Sachant cela, le Dr Poulin et les autres membres de l'équipe qui se préoccupe de santé publique veulent développer un partenariat avec les omnipraticiens afin de miser sur une médecine préventive. C'est un des projets que le Dr Poulin veut mener à terme à Trois-Rivières.]