| Le Dr Lynda Hudon |
Parution: août 2001
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Un rêve devenu réalité |
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"Il faut aller à la poursuite de ses rêves. Il faut se rendre jusqu'au bout, faire ce que l'on aime. À partir de cela, dit le Dr Lynda Hudon, je pense que nous serons des gens heureux, ce qui se reflétera dans notre façon d'aborder la vie et de pratiquer la médecine." Le Dr Hudon est heureuse de son choix de vie et adore ce qu'elle fait. Sa pratique en obstétrique-gynécologie l'amène souvent à travailler la nuit puisque ses patientes accouchent à ce moment. Mais cette réalité ne l'a jamais arrêtée et c'est le sourire aux lèvres qu'elle se rend à l'hôpital. À la fin de sa résidence, le Dr Hudon a pris la décision de poursuivre une formation surspécialisée en périnatalogie à Houston, au Texas. Elle s'est rendue aux États-Unis avec son conjoint, qui est urologue-oncologue et qui complétait également un fellowship. "De nombreuses raisons nous poussent à entreprendre une telle formation. Il y a la recherche de l'excellence, l'envie de savoir ce qui se passe dans un autre milieu, un autre pays, une autre culture, le désir de participer à l'évolution de la médecine." |
![]() Le Dr Lynda Hudon |
Le Dr Hudon est donc partie à la conquête de ce rêve et est allée étudier au Baylor College of Medicine, une prestigieuse institution. "Cette surspécialisation a été formatrice à tous les niveaux, dit-elle, pas seulement sur le plan professionnel." Ses progrès en anglais ont été immenses. Houston est une ville cosmopolite qui compte quatre millions d'habitants, dont une forte proportion vient du Mexique. "Les gens sont sympathiques, accueillants. L'hospitalité des gens du Sud ne peut être comprise que si on y a déjà goûté, dit le Dr Hudon. J'ai été accueillie avec chaleur. Tout de suite, j'ai été reconnue comme faisant partie du groupe. Je me suis vraiment sentie chez moi parmi eux."
Plusieurs hôpitaux sont affiliés au Baylor College of Medicine, certains du secteur privé et d'autres du secteur public. Le Dr Hudon a donc eu l'occasion de s'initier à ces deux volets de la médecine aux États-Unis, à la médecine à deux vitesses comme on l'appelle communément. "La différence entre la médecine des riches et celle des pauvres est notable. Il ne m'a pas été facile de vivre cette dualité, moi qui ai connu notre système de santé universel."
Confrontée à la réalité américaine
De fait, des problèmes de conscience ont surgi assez rapidement. "Parfois, je recevais des patients à l'hôpital public qui auraient eu besoin de soins spécialisés. Mais il était hors de question qu'ils puissent y avoir accès compte tenu de leur statut social, dit le Dr Hudon. Il n'y avait rien à faire. J'ai reçu en consultation une femme enceinte portant un enfant atteint d'une malformation cardiaque. Comme elle ne disposait pas d'assurance, elle ne pouvait être admise dans un centre hospitalier où son enfant aurait pu bénéficier d'une chirurgie cardiaque. Cet aspect de la pratique médicale aux États-Unis a été très confrontant pour moi.
"Là-bas, poursuit le Dr Hudon, il est inutile de penser à attendrir un directeur d'hôpital. Car pour lui, en bout de ligne, la considération financière fait force de loi. Dans les hôpitaux américains, l'aspect financier est primordial. Au Québec, il ne l'est peut-être pas assez si l'on considère le déficit auquel le réseau de la santé doit faire face. Le juste milieu, l'équilibre, voilà ce que l'on devrait chercher à atteindre selon moi. Aux États-Unis, j'ai été appelée à prendre conscience du fait qu'il y a certes une technologie de pointe extraordinaire, que les fonds de recherche sont quasi illimités, mais que tout cela n'est réalité que pour une partie de la population seulement. Et que les laissés-pour-compte sont nombreux. Je n'ai pas envie de pratiquer ce genre de médecine. Cela me dérange profondément. J'ai choisi la médecine pour soigner les gens, pour allier science et humanisme. La médecine teintée de capitalisme ne m'attire pas du tout."
De nombreuses restrictions tissent le système de santé américain, contrôlé par les compagnies d'assurances, dont la philosophie est axée sur le seul profit. Au royaume du capitalisme, celles-ci règnent en maîtres et imposent leurs diktats. Au Québec, on ne procédera pas de la sorte. Si une patiente enceinte dont le diabète est momentanément hors de contrôle doit être hospitalisée, elle le sera, sans hésitation. Tandis qu'aux États-Unis, si une patiente se retrouve dans la même situation mais qu'elle n'a pas d'assurance, alors deux choix s'offrent à elle : ou bien elle se fait hospitaliser et elle en assume le coût, ou bien elle ne se fait pas soigner. "Comme la majorité des gens n'ont pas l'argent requis, ils se privent de soins nécessaires. D'une certaine façon, malgré l'abondance de moyens qui a cours aux États-Unis, les médecins ne peuvent y pratiquer une médecine sans frontières. Là comme ailleurs, ils se trouvent à être confrontés à des limites; dans ce cas-ci, celles imposées par les compagnies d'assurances."
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"La différence entre la médecine des riches et celle des pauvres est notable. Il ne m'a pas été facile de vivre cette dualité, moi qui ai connu notre système de santé universel." - Dr Lynda Hudon |
Un autre aspect de la médecine américaine qui porte à réfléchir selon le Dr Hudon, c'est la crainte des poursuites. Les médecins sont constamment sur la défensive à ce sujet." C'en est rendu à tel point que les médecins en sont réduits à poser des actes médicaux en fonction du risque d'être poursuivis. La médecine américaine a quelque chose de cet arrière-goût médicolégal, ce qui entraîne éventuellement une surconsommation des soins."
Compte tenu de tout cela, le Dr Hudon a décidé de revenir au Québec. "J'ai eu des offres intéressantes, mais j'ai préféré pratiquer ici et cette décision est multifactorielle. D'une part, la culture américaine ne sera jamais la culture québécoise. Et puis, la médecine québécoise, considérant son contexte d'universalité des soins, m'apparaît supérieure à la médecine américaine. Je ne me voyais pas me consacrer uniquement à une clientèle privée et je ne me voyais pas non plus comme un simple fournisseur de services. Malheureusement, le plus souvent, la relation patient-médecin aux États-Unis est une relation client-fournisseur, un client qui vous achète un service en fonction des clauses de sa police d'assurance. Certains patients, parce que leur programme d'assurance le leur permet, vont même aller jusqu'à demander à recevoir des traitements qui ne sont pas nécessairement requis. Dans plusieurs cas, on note une surconsommation d'examens, de soins et de médicaments. Pour moi, il était hors de question de pratiquer ce genre de médecine."
Les études médicales coûtent extrêmement cher aux États-Unis. Le plus souvent, les gens qui étudient en médecine sont issus de familles aisées. Bien entendu, plus l'université est prestigieuse, plus la facture est élevée. Le Dr Hudon se dit redevable au Québec de la possibilité qui lui a été offerte de poursuivre des études médicales en sol américain. "Je suis revenue munie de toutes ces connaissances que je vais mettre à contribution pour le bien-être des Québécois et des Québécoises. L'appartenance à la communauté est importante pour moi et je suis heureuse de pouvoir rendre une partie de ce qui m'a été donné."
Au début, le Dr Hudon a vraiment été tentée de demeurer aux États-Unis. Mais au fil de sa formation, elle en est venue à mieux connaître le système de santé américain et son choix a finalement été autre. "Monétairement, j'avoue que c'est tentant. Mais la médecine, c'est tellement plus que le seul aspect monétaire. Il est certain que revenir au Québec n'est pas nécessairement la voie de la facilité, surtout dans le domaine de la recherche. Cependant, c'est la voie la plus logique et la plus valorisante en ce qui me concerne."
Pendant les trois années qu'elle a passées au Baylor College of Medicine, le Dr Hudon a consacré 50 % de son temps à la recherche fondamentale sur l'alloimmunisation érythrocytaire. Elle a développé une expertise en diagnostic prénatal et en échographie, plus particulièrement en Doppler. Trois années qu'elle juge très productives et enrichissantes. Durant son fellowship, le Dr Hudon a non seulement appris à pratiquer la médecine autrement, mais également à participer à son évolution. "Cette formation m'aura permis de demeurer à jour sur le plan académique et aussi de contribuer à faire avancer les choses plutôt que de me contenter de lire ce que les autres publient, dit-elle. Participer à des congrès internationaux, y présenter nos résultats de recherche, les discuter avec des collègues dont les travaux sont reconnus est très stimulant. Ça nous incite à vouloir aller plus loin." Les champs d'intérêt particuliers du Dr Hudon sont ceux de l'alloimmunisation, des problèmes reliés aux anticorps et du diagnostic prénatal.
Le retour
Avant son départ pour les États-Unis, le Dr Hudon avait été recrutée par l'hôpital Sainte-Justine. C'est à cet établissement qu'elle est revenue. Les adolescentes y sont une clientèle prévalente. Les femmes dont la grossesse est compliquée y sont référées de partout au Québec. Le Dr Hudon traite beaucoup de clientes qui présentent des problèmes d'anticorps ou pour lesquelles on a diagnostiqué des anomalies congénitales chez le foetus.
Outre sa pratique médicale, le Dr Hudon se consacre aussi à l'enseignement. Ainsi, elle est professeure adjointe de clinique à Sainte-Justine où elle enseigne aux résidents. "Notre tâche, en milieu universitaire, dit-elle, consiste aussi à donner de la formation aux plus jeunes (prégradués, externes, résidents). J'apprends beaucoup de cette expérience. Je dois toujours être à la fine pointe des connaissances, continuer à me perfectionner. Les résidents me poussent à me dépasser, à exprimer clairement ce que j'enseigne. Je dois me documenter afin de me tenir au courant de ce qu'il y a de nouveau en médecine. Je suis en surspécialité, précise le Dr Hudon. Les étudiants s'attendent à ce que je sois à l'avant-garde et que je leur enseigne les techniques de pointe dans ma spécialité."
Le Dr Hudon a également l'intention de poursuivre ses travaux de recherche dans le domaine de l'alloimmunisation érythrocytaire chez les mères et du Doppler. On retrouve 14 gynécologues-obstétriciens à l'hôpital Sainte-Justine formés à travers le monde et le Dr Hudon est très fière de faire partie de cette équipe dynamique qui n'a rien à envier aux meilleures équipes américaines.
En ce qui concerne l'avenir, le Dr Hudon pense que l'on tendra à utiliser des techniques de moins en moins invasives et à être moins interventionnistes. Elle croit également que l'on se dirige vers une médecine qui sera basée sur l'évidence et la rigueur scientifique. "L'obstétrique-gynécologie devient de plus en plus scientifique, dit-elle. Ceci est fantastique puisque nous pourrons ainsi mieux desservir nos patientes. Ce n'est pas parce que la technologie est disponible qu'il faut nécessairement l'utiliser. Il faut en user de façon judicieuse." Le Dr Hudon considère que le médecin doit baser son jugement sur l'évidence scientifique. "Il faut tenter de minimiser en médecine ce qui est aléatoire. Il faut être le plus rigoureux possible au point de vue scientifique."
Un rêve
D'autres intérêts colorent la vie du Dr Hudon : la lecture, l'écriture, la peinture, le cinéma et les sports. Mais la médecine occupe une place à part. Originaire du Saguenay, le Dr Hudon n'a pas hésité à s'expatrier pour réaliser son rêve de devenir médecin. Elle a débuté ses études médicales à l'Université de Montréal en 1986 et ses études en gynécologie-obstétrique en 1991. Elle s'est ensuite rendue à Houston afin de se spécialiser en périnatalogie.
Période d'apprentissage très intense et d'adaptation à un nouveau milieu de vie, la formation médicale a nécessité une ouverture certaine de la part du Dr Hudon. "Devenir médecin exige beaucoup d'efforts à tous points de vue, pas uniquement au niveau des connaissances, dit-elle. La médecine, c'est aussi l'art de la communication afin de poser le bon diagnostic. Il faut savoir raisonner, poser des jugements. C'est la partie la plus difficile de la formation en médecine. Beaucoup de gens sont capables de mémoriser facilement la matière enseignée. Là où ça devient plus corsé, c'est lorsque vient le temps, à l'externat, de faire preuve d'un bon jugement clinique, de maîtriser l'art d'interagir avec les gens. La relation médecin-patient représente un réel défi.
"Le Dr Hudon a la conviction que le médecin doit être à l'écoute de son patient et savoir communiquer avec ce dernier d'égal à égal. "Les grands mots et les grandes phrases ne nous permettent pas d'atteindre notre but, dit-elle. Le médecin doit être capable de mettre le patient à l'aise. La relation de confiance est importante."
Elle a fait sa résidence en obstétrique à l'Université de Montréal et a complété des stages dans des hôpitaux affiliés : Maisonneuve-Rosemont, Notre-Dame, Saint-Luc et Sainte-Justine. Elle s'est également rendue en région. "La pratique médicale en région est très différente de celle des grands centres urbains. On y retrouve une tout autre dynamique communautaire. Après quelques semaines seulement, les gens nous reconnaissaient dans la rue. En région, les médecins travaillent très fort. À Matane, par exemple, il n'y avait pas de gynécologue. Ce sont les omnipraticiens et les chirurgiens (césariennes...) qui se partageaient la pratique gynécologique. Les conditions ne sont pas faciles; par contre, il y a une vocation réelle pour la médecine."
C'est son stage en obstétrique-gynécologie qui a été déterminant pour le Dr Hudon dans son choix de carrière. C'est là qu'elle a ressenti son coup de foudre pour l'obstétrique. Elle a alors décidé que c'était ce qu'elle voulait faire chaque jour de sa vie. Elle trouvait cette pratique absolument fantastique et émouvante. "C'est la vie que l'on accueille dans ses mains! dit-elle. Les émotions sont intenses lorsqu'un enfant vient au monde. L'aspect humain de cette pratique m'attirait beaucoup. L'aspect médical est intéressant également, dit-elle. C'est une spécialité qui est presque complète en soi. On couvre une variété de problèmes et on traite des patientes de tous âges, les femmes enceintes, ménopausées, les femmes infertiles... On voit se dérouler le cycle de la vie!"]