Le Dr Richard Jacob
Parution: juillet 2001

Une feuille de route exceptionnelle
Par Danielle Lapointe


Ce dont le Dr Jacob est le plus fier, c'est de sa carrière comme omnipraticien et de sa vie familiale, entouré de son épouse et de ses enfants. Les engagements qu'il a pris au sein de diverses associations médicales lui ont également apporté beaucoup de satisfaction. Le Dr Jacob affiche une feuille de route impressionnante, autant en ce qui concerne sa carrière comme médecin de famille que son engagement indéfectible envers sa profession, qu'il adore. À travers le train-train de la vie quotidienne, la vie simple, ordinaire, le Dr Jacob a fait l'expérience du tragique, de la joie, de la souffrance, de la mort et de la vie. Il a toujours eu comme philosophie de répondre le plus humainement et le plus professionnellement possible aux besoins des gens qui le consultaient. Le Dr Richard Jacob a un passé caractérisé par un travail soutenu. Il est hautement respecté et estimé de ses patients et de ses confrères.

Homme d'action et gestionnaire aguerri, le Dr Jacob s'est investi à fond dans diverses associations médicales au Québec. Il a notamment assumé la présidence de l'Association médicale du Québec et il est actuellement trésorier de l'Association des médecins de langue française du Canada. On peut dire que le Dr Jacob n'a jamais eu peur de l'engagement, sous quelque forme que ce soit. Il a d'ailleurs été honoré comme membre honoraire de l'Association médicale canadienne au mois d'août 1996, à Victoria en Colombie-Britannique pour services rendus à la profession à travers l'ensemble du Canada.


Le Dr Richard Jacob

Le Dr Jacob a connu son épouse alors qu'il était jeune étudiant en médecine. Il est marié depuis 1955, donc depuis plus de quarante ans. "Je n'ai jamais regretté mon choix, assure-t-il. J'ai une épouse adorable. Vu mes occupations nombreuses, la responsabilité de l'éducation des enfants a pour beaucoup reposé sur ses épaules. Elle a été une mère de famille exceptionnelle et a toujours manifesté un dévouement sans bornes." Le premier enfant de la famille, qui en compte trois - un garçon et deux filles -, est né en juillet 1959, un an après l'arrivée du couple à Cap-de-la-Madeleine. Le Dr Jacob a également trois petits-fils. Il a trouvé merveilleux de découvrir la joie de choyer ses petits-enfants. L'aîné de ses enfants est comptable agréé et copropriétaire de Gesti-Parc, une compagnie de gestion de stationnements comme ceux de la Place Ville-Marie, du Casino et de l'hôtel Intercontinental. Sa fille cadette s'est spécialisée en marketing. Elle travaille pour l'Institut de graphisme du Québec. La benjamine est bachelière en administration et oeuvre depuis dix ans à titre de représentante en pharmacie.

Un jeune étudiant politisé

Le Dr Richard Jacob a débuté son cours de médecine à l'Université Laval en 1953. Dans la famille du Dr Jacob, on s'est toujours intéressé, de près ou de loin, à la politique. Il n'est donc pas étonnant d'apprendre que déjà, en 1956, alors qu'il était tout jeune étudiant, le Dr Jacob a participé à la campagne électorale de Maurice Bellemarre, se baladant dans les différentes paroisses du comté de Champlain pour haranguer les foules en faveur de l'Union nationale. C'est M. Bellemarre qui est à l'origine de la construction de l'hôpital Cloutier, réalisation dont il était très fier. Le Dr Jacob a également été président de l'Association des étudiants adeptes de l'Union nationale du comté de Champlain à Québec.

Pendant son internat rotatoire, en 1957-58, à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, le Dr Jacob s'est souvent demandé s'il devait exercer la médecine générale ou opter pour une spécialité. Il a été attiré momentanément par la psychiatrie, tenté de suivre les traces du Dr Pion, un psychiatre qui oeuvrait à l'hôpital de l'Enfant-Jésus et dont il admirait la compétence et l'empathie. "Le Dr Pion abordait la psychiatrie avec un sens de l'humour que j'appréciais. Il y avait dans son approche une touche toute particulière qui aidait au traitement et à la réhabilitation des patients. J'ai appris beaucoup à son contact. Mais, j'ai tout de même choisi de m'en tenir à mon idée première et de pratiquer la médecine générale", dit le Dr Jacob.

À la fin de son internat, donc, après un court stage à l'Hôpital de Sorel, le Dr Jacob s'est définitivement orienté vers l'omnipratique. Il quitta Sorel pour ouvrir son cabinet (en septembre 1958) dans un tout nouveau et modeste quartier de Cap-de-la-Madeleine. Il travaillait aussi aux hôpitaux Cloutier, Saint-Joseph et Sainte-Marie de Trois-Rivières. Il passait donc beaucoup de temps sur la route. Chaque jour, il entreprenait la tournée de ses patients répartis dans ces trois hôpitaux. Comme médecin de famille, le Dr Jacob a oeuvré dans sa communauté pendant plus de quarante ans. Ses patients pouvaient le rejoindre à toute heure du jour et de la nuit. Il a vraiment aimé rendre service à la population et a toujours eu une relation privilégiée avec ses patients. Les valeurs qui imprègnent la vie du Dr Jacob sont le respect de soi, le respect des autres, l'authenticité, la confiance mutuelle et la générosité. Bien qu'on ait tendance à l'oublier, ces valeurs sont aussi encore très largement répandues au sein de la profession médicale.

La gériatrie

Après plus de trente ans à l'hôpital Cloutier, le Dr Jacob s'est joint, en 1984, à l'équipe de l'hôpital Cooke à Trois-Rivières. Ce centre hospitalier de 250 lits a progressivement délaissé l'omnipratique pour se consacrer davantage aux soins gériatriques. Par le fait même, le Dr Jacob s'est familiarisé avec cette nouvelle clientèle. Jusqu'en 1996, il a rendu visite aux résidents du foyer Joseph-Denis à Trois-Rivières, du centre d'accueil Père Frédérique et du centre Luc-Désilet à Cap-de-la-Madeleine, ainsi que du centre Louis-Denoncourt à Trois-Rivières. Pour le Dr Jacob, il était primordial d'adopter une approche qui valorisait la personne âgée et lui permettait d'exploiter au maximum son potentiel malgré les sévices du vieillissement. Sa lutte en gériatrie en a été une pour la qualité de vie des aînés. Il a été très vigilant afin de ne pas perdre de vue les besoins fondamentaux des personnes qu'il traitait. Il veillait à créer un climat thérapeutique qui redonnait aux gens un maximum d'autonomie fonctionnelle et psychologique. Il savait offrir de l'espoir et du respect à ses patients âgés. Il s'est battu contre la tendance à l'exclusion qui marginalise ces derniers. Son discours en était un de service et de créativité pour assurer la qualité de vie en gériatrie.

Le Dr Jacob croit à la nécessité de la formation médicale continue, que ce soit en gériatrie ou dans toute autre discipline. Il a participé à l'organisation de plusieurs activités en ce sens. Il s'intéresse aussi tout particulièrement à la recherche sur les maladies du vieillissement. "Beaucoup a été fait, dit-il. Mais beaucoup demeure encore à faire." La gériatrie lui tient à coeur, aujourd'hui plus que jamais.

Homme d'engagement, le Dr Jacob a participé, en 1980, à la fondation d'Albatros, un organisme qui a pour but d'offrir des soins palliatifs aux gens en phase terminale. L'idée avait été lancée par une ursuline, Soeur Pearl Berg. Un bâtiment a été érigé à cette seule fin et depuis, la population a accès à des soins palliatifs, grâce à une souscription populaire régionale. Des cours sont aussi donnés aux gens qui veulent accompagner les patients en phase terminale.

Dédié à sa profession

Au début des années 1960, le Dr Jacob s'est intéressé à l'Association médicale de la Mauricie. Puis, il a participé à la fondation de la FMOQ, dont il a été secrétaire de l'exécutif régional. Tout en étant d'accord pour que les médecins se regroupent et militent sur le plan syndical, le Dr Jacob avait de la difficulté à accepter que l'on puisse dissocier la profession en créant un organisme pour les omnipraticiens et un autre pour les médecins spécialistes. Dans les années 1980, l'Association médicale du Québec (AMQ) a voulu regrouper la profession sous un seul et même chapiteau. Le Dr Jacob était membre de l'AMQ depuis 1975 (il en a été le trésorier de 1987 à 1989). Il avait toujours à l'esprit ce schisme entre les médecins omnipraticiens et spécialistes. Ce défi d'unifier la profession l'a intéressé, et c'est ainsi qu'il a accepté la présidence de l'AMQ et de poursuivre le travail de réunification entrepris par les Drs Marcien Fournier, Georges Hooper et Jean Guertin.

Il a été président de l'AMQ de 1989 à 1991. L'objectif visé était que l'AMQ devienne le seul organisme représentatif auprès du gouvernement pour négocier les ententes avec les médecins, comme c'est le cas dans les autres provinces. Le groupe de médecins qui voulait réaliser l'unification de la profession était convaincu que la seule formule valable était celle d'une association unique, démocratique, offrant une représentation géographique et un statut d'égal à égal à tous ses membres. On voulait en arriver à cette réunification afin de redonner aux médecins leur pouvoir de décision, de favoriser leur autonomie tout en les assurant de revenus équivalents à ceux des médecins des autres provinces.

Jusqu'alors, l'AMQ s'était surtout fait connaître par le biais de divers programmes. La réunification avait pour objet de contrer le fonctionnarisme, de favoriser l'autogestion et l'autonomie dans un souci de qualité de la pratique. Au moment de se prononcer au sujet de la réunification, 66 % des médecins spécialistes ont voté pour, mais seulement 36 % des médecins omnipraticiens ont donné leur assentiment pour qu'elle ait lieu. Comme il fallait, selon l'article 19 de la loi sur l'assurance-maladie au Québec, que 50 % des médecins de chacun des deux groupes se prononcent en faveur de la réunification de la profession médicale pour pouvoir changer le mode de représentation, le projet a dû être abandonné. À la fin de son terme, le Dr Jacob s'est dit : "La démocratie a parlé. Je n'ai plus rien à offrir à l'AMQ."

Le Dr Jacob considère qu'il a vécu une expérience exceptionnelle et très enrichissante à la présidence de l'AMQ. "De plus, cela m'a permis de côtoyer des médecins à travers le Canada, avec qui j'ai développé des amitiés qui durent encore et que j'apprécie énormément." Ses divers contacts ont d'ailleurs été mis à contribution quand est venu le temps d'organiser le Colloque régionale de l'Ouest canadien de l'AMLFC, qui a eu lieu à Banff, en Alberta, en mars 2001. Figurent aussi parmi les collaborateurs à ce projet, les Drs Denis Vincent, de l'Alberta, et Lionel Lavoie, de la Saskatchewan.

La langue française occupe une place toute spéciale dans le coeur du Dr Jacob. Il la trouve belle, apprécie le fait qu'elle ait un rayonnement international et est fier que la médecine francophone soit aussi bien représentée. L'idée de tenir un colloque francophone en Alberta l'a particulièrement réjoui puisque c'était un pas de plus quant à la diffusion de la médecine francophone. "Je crois à la médecine francophone à travers le Canada, dit-il. Les médecins qui vivent dans les différentes provinces canadiennes tiennent à leur culture francophone."

À l'Association des médecins de langue française du Canada

Lorsqu'il a quitté la présidence de l'AMQ, le Dr Jacob, qui était membre de l'Association des médecins de langue française du Canada depuis 1965, a accepté de relever un nouveau défi. Le Dr Claude Thibeault, alors vice-président de l'AMLFC, lui a proposé en 1992 de devenir membre du conseil d'administration de l'Association, proposition qu'il a acceptée. Il a pu constater à quel point l'AMLFC est active en formation médicale continue, et cela lui plaît tout spécialement. Il est heureux aussi de voir combien l'AMLFC est reconnue jusque sur la scène internationale et qu'elle a sa place au sein de la francophonie. Sa réputation en est une d'excellence. "Ce sont toutes ces choses qui confirment mon choix de l'AMLFC", dit-il.

Également, comme le souligne le Dr Jacob, les médecins qui sont membres de l'Association bénéficient de services exclusifs de qualité. "Pour moi, c'est un autre attrait de l'Association. Ce sont toutes ces raisons qui m'ont amené à m'impliquer toujours davantage au sein de l'AMLFC." Le Dr Jacob est trésorier de l'Association depuis 1996. "L'Association est en santé et continue de progresser, dit-il. Elle compte des membres de tous âges, allant des étudiants en médecine aux médecins à la retraite, et de toutes disciplines, omnipraticiens comme spécialistes. L'Association fêtera son centenaire en 2002. Elle est la plus vieille association médicale en Amérique du Nord. Ce n'est pas rien... Il y a certainement de quoi être fier."

En 1996, le Dr Jacob optait pour une demi-retraite. Il a d'abord fait le suivi de ses dossiers et s'est assuré que ses patients ne soient pas laissés en plan. Il a reçu de ceux-ci plusieurs témoignages de reconnaissance et d'amitié ainsi que de nombreux remerciements. Il avait toutefois choisi de conserver sa pratique en médecine industrielle et dans le domaine de l'assurance-vie.

L'année dernière, un événement peu banal l'a ramené en pratique active. Une pénurie de médecins en gériatrie sévissait dans la région de Trois-Rivières. Quatre de ses collègues et lui-même ont été sollicités pour retourner dans le feu de l'action. Le Dr Jacob a accepté. L'hôpital Cooke avait alors pu ajouter 52 lits en gériatrie. Depuis, cet hôpital est devenu un centre hospitalier de soins de longue durée et porte le nom de Trifluvien. Il regroupe l'hôpital Cooke, le foyer Louis-Denoncourt, le foyer Joseph-Denis et le pavillon Bourget de l'hôpital Saint-Joseph. Actuellement, ce complexe compte 456 lits. Qu'a à dire le Dr Jacob au sujet de cette pénurie de médecins? "Ces dernières années, plusieurs médecins ont pris leur retraite ou encore ont réorienté leur carrière. Parallèlement à cette situation, les admissions ont été sévèrement contingentées aux facultés de médecine. Nous vivons les conséquences dramatiques de ces événements."]