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Parution: juillet 2001
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Le Dr Ginette Martin, une battante |
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C'est en 1983, au cours de ses études en sciences microbiologiques et biologiques à l'Université de Montréal, que Ginette Martin, originaire de Laval, choisira la médecine. Passionnée par l'étude de la cellule humaine, elle suit le conseil de ses professeurs et change de discipline. Quelques années plus tard, lors d'un stage en chirurgie, ce sera le véritable coup de foudre. Le Dr Martin entreprendra des études spécialisées en chirurgie générale dès 1989, toujours à l'Université de Montréal. "La chirurgie permet une approche globale avec un même patient. Le chirurgien peut poser un diagnostic (presque en première ligne), décider du traitement et l'appliquer, puis effectuer le suivi." |
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Le Dr Ginette Martin
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Après plusieurs stages en chirurgie, le Dr Martin poursuit sa formation sans tarder. Elle complète sa maîtrise à l'Université McGill en biostatistiques et épidémiologie. Elle obtient un certificat en oncologie chirurgicale (1997) et effectue deux stages en France (1996). "En France, je suis allée étudier principalement les pathologies du sarcome et du mélanome. J'ai adoré." Son implication en chirurgie oncologique débute dès l'année suivante, à son arrivée à l'hôpital Notre-Dame. Aujourd'hui, le Dr Martin s'occupe presque exclusivement de cancer du sein. Face à la prévalence de ce type de cancer, qui affecte une femme sur neuf, la chirurgienne ne baisse pas les bras. "Le cancer du sein, c'est le plus fréquent chez la femme, mais pas le plus mortel. Le plus mortel, c'est le cancer du poumon. Il y a certains cancers, dont celui du pancréas, pour lesquels les avancées de la médecine sont plus lentes à venir." Dans le domaine du cancer du sein, cependant, les progrès ont été importants. Il n'y a qu'à considérer les statistiques pour s'en convaincre. Il y a trente ans, l'ablation était complète et la majorité des femmes aux prises avec un cancer du sein en mouraient. Aujourd'hui, plus de la moitié (65 %) survivent et 70 % d'entre elles préservent leur sein. Le ganglion sentinelle est dorénavant le paramètre reconnu pour guider les chirurgiens lors de l'extraction du mélanome (tumeur maligne de la peau). "L'ancienne technique, qui consistait à enlever tous les ganglions situés près de la tumeur, présentait un taux de morbidité élevé", dit le Dr Martin. À partir de 1995, des expériences cliniques sont menées à travers le monde afin d'identifier et d'extraire un seul ganglion. Deux ans plus tard, un nouveau traitement chirurgical est utilisé. Depuis ce temps, il est possible, grâce à la médecine nucléaire, de bien identifier le ganglion à enlever et de n'ôter que celui-ci. Il s'agit du ganglion sentinelle. "La chirurgie en dessous de l'aisselle est douloureuse et peut laisser beaucoup de séquelles au niveau du bras. La majorité du temps, cependant, on réussit à faire une chirurgie conservatrice." L'approche en cancérologie est multidisciplinaire, puisqu'elle fait intervenir autant la chirurgie que la radiothérapie, la chimiothérapie et l'hormonothérapie. "C'est pourquoi j'ai étudié d'autres spécialités après la chirurgie. Je donne des traitements de chimiothérapie et d'hormonothérapie en plus de la chirurgie." Bref, une compétence diversifiée.
Assurer le progrès par la formation
Afin de suivre l'évolution des recherches et de tenir ses connaissances à jour, le Dr Martin, qui est membre de plusieurs grandes associations d'oncologie, assiste en moyenne à quatre ou cinq congrès par année. Cette femme résolue considère avec intérêt toutes les nouvelles avenues. "On privilégie souvent la chimiothérapie, mais je crois que l'on en a atteint les limites. Je pense que l'ère nouvelle s'oriente vers d'autres types de thérapies, plus axées sur les facteurs de croissance des tumeurs et les anticorps. "En charge de la recherche clinique en oncologie à l'hôpital Notre-Dame, le Dr Martin contribue, elle aussi, à l'avancée de cette science. C'est ici que ses études en biostatistiques et épidémiologie entrent en jeu. Car, c'est avec des statisticiens et des épidémiologistes qu'on planifie des études cliniques, précise la chirurgienne.
Selon le Dr Martin, s'il est possible aujourd'hui de vaincre le cancer du sein, c'est dû en bonne partie aux diagnostics plus précoces. "Auparavant, la tumeur en était déjà à un stade avancé lorsque les gens venaient nous consulter. Tandis que maintenant, avec la détection précoce, il nous est possible de sauver au-delà de 90 % des femmes atteintes d'un cancer du sein." On comprend dès lors l'importance de sensibiliser le public à l'auto-examen des seins, de procéder à des mammographies, de faire des examens complémentaires. Au chapitre de l'information, le Dr Martin estime que le sujet est bien médiatisé et que l'implantation du programme québécois de dépistage a de bonnes chances de porter fruit. Le Dr Martin est membre du comité du Colloque en santé du sein, qui a lieu en octobre, mois du cancer. Elle participe aussi à l'organisation d'activités de sensibilisation des femmes à l'auto-examen des seins et autres questions ayant trait à la prévention du cancer du sein. Elle s'implique dans la formation médicale continue et donne des conférences sur les nouveaux traitements chirurgicaux, plus spécifiquement sur la technique du ganglion sentinelle. Le partage des connaissances est pour elle une priorité qui dépasse les frontières. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que la cancérologue enseigne aux étudiants de première et de deuxième année de médecine ainsi qu'aux stagiaires.
De la prévention à l'intervention
Le Dr Martin apprécie particulièrement avoir le temps d'établir un véritable contact avec ses patientes. "En chirurgie générale, dit-elle, on opère un patient que l'on a reçu à l'urgence, on le revoit quelques jours après l'opération et puis, souvent, c'est tout. Tandis que mes patientes, je vais les revoir tout au long de leur vie. Certaines d'entre elles me réfèrent leurs filles, leurs soeurs..." Quand elle doit annoncer à une femme qu'elle a un cancer du sein, le Dr Martin l'aide à affronter cette épreuve positivement. "Quand je vois quelqu'un, j'aime avoir quelque chose à lui offrir. Je suis un peu la lueur d'espoir." Bien sûr, chaque patiente réagit différemment. En fait, le Dr Martin distingue deux populations de personnes atteintes du cancer : "Il y a des femmes, qui sont habituellement plus âgées, qui voient ça un peu comme un événement dans leur vie. Elles s'en remettent plus complètement au médecin. L'autre population est davantage constituée de jeunes femmes professionnelles qui se prennent en main. Elles vont chercher de l'information, en particulier sur Internet, et me reviennent avec des questions. C'est une clientèle très stimulante." Et qu'en est-il des hommes? "Les hommes croient qu'ils n'ont pas de seins. Ils sont beaucoup moins vigilants", remarque le Dr Martin.
Malgré que la guérison soit de plus en plus fréquente, il n'en demeure pas moins que plusieurs facteurs de causalité et de rechute relèvent encore du mystère. Ainsi, par exemple, on sait qu'une personne qui a déjà eu un cancer, même si elle est guérie, est plus à risque qu'une autre d'en être atteinte, à nouveau, qu'il soit semblable ou d'un autre type. "Ce risque diminue au fur et à mesure que s'éloigne l'épisode de cancer. Après cinq ans, le risque est très faible. Mais il est toujours là, toute la vie." Les recherches épidémiologiques révèlent que les femmes asiatiques sont moins touchées que les femmes nord-américaines par le cancer du sein. Plusieurs facteurs sont en cause, estime le Dr Martin. Notre mode de vie, notre alimentation... Tout tourne autour des hormones. Ainsi, plus le temps d'exposition aux hormones est élevé (menstruations précoces et ménopause tardive), plus le risque est grand. L'âge de la grossesse semble aussi influer (lorsque la femme n'a pas d'enfant ou que la grossesse est tardive). "C'est pourquoi les femmes de milieux socioéconomiques plus aisés sont plus susceptibles de développer un cancer. Souvent, elles retardent leur première grossesse afin de poursuivre leurs études ou leur carrière." Les facteurs héréditaires semblent aussi déterminants. Bien sûr, plusieurs causes, autres qu'hormonales, ont été identifiées en cancérologie. En guise d'exemple, le mélanome, tumeur cancéreuse dont la prévalence a le plus augmenté ces dernières années, est directement associé à l'exposition aux rayons solaires.
"Nous n'avons pas les moyens de nos ambitions."
Lors de la création du CHUM, 38 chirurgiens généraux étaient en poste à l'Université de Montréal pour desservir les trois hôpitaux constituant le CHUM. Ils ne sont plus que 22. Le problème, encore une fois, est celui du recrutement, notamment dans le milieu universitaire. "Devenir chirurgien oncologue nécessite des études prolongées, l'obtention de fellowships. La formation est de plus en plus longue. Et puis, pour aller dans quel milieu? Les gens sont démoralisés." Le Dr Martin évoque, tour à tour, le manque d'organisation, les coupures budgétaires et le manque de personnel. "Les jeunes médecins aspirent à une qualité de vie et ils ont raison. Mais c'est difficile avec la charge de travail que l'on a actuellement." Aux prises avec un horaire hebdomadaire de 70 heures, la chirurgienne se dit découragée de la "structure", dont les failles représentent sa principale inquiétude face au cancer. Prenant pour exemple l'implantation du programme de dépistage, elle affirme que les méthodes sont nombreuses et que les choses progressent, mais que le processus décisionnel est défaillant. Les décisions sont prises au sommet sans processus systématique de consultation à la base. Membre du comité d'évaluation des délais en chirurgie oncologique à la Régie régionale, elle s'indigne qu'une multitude de rapports dorment sur les tablettes. "Ces comités consacrent beaucoup de temps à la rédaction de tels rapports. Est-ce que quelque chose découlera de nos travaux? On affirme que les délais sont inacceptables au Québec. Ce dossier va-t-il lui aussi rester sur une tablette?" Pour répondre à l'augmentation de débit, il faut le temps, le personnel et l'appareillage requis. En chirurgie oncologique, la pénurie d'effectifs rend la tâche impossible. "Nous sommes tellement surchargés de travail avec tous les nouveaux cas de cancer du sein. Nous n'avons pas les moyens de nos ambitions. Nous sommes donc obligés d'envoyer des patients se faire traiter aux États-Unis. Nous devons aussi faire venir des professionnels de l'extérieur." Même si, du jour au lendemain, on choisissait d'investir massivement en chirurgie oncologique, il serait un peu tard, selon le Dr Martin. C'est que le contingentement à la faculté de médecine aurait dû être pensé il y a cinq ans. Il faut du temps, souligne la chirurgienne, pour former un radio-oncologiste. "Ils ont acheté l'équipement, mais ça prend des techniciens spécialisés pour opérer ces machines-là. Nous ne serons pas prêts à recevoir tous ces patients avant six ans au moins."
Outre sa passion pour la chirurgie, le Dr Martin est amateur de vin rouge, particulièrement de bourgogne, et s'est constitué une petite collection d'une quarantaine de bouteilles. Elle aime beaucoup le sport aussi. Parmi ses activités préférées figurent la plongée sous-marine et le patin à roues alignées. C'est ainsi qu'elle a fait tout Paris sur roulettes et qu'elle a exploré la flore aquatique des Bahamas.
À l'occasion d'un stage en France, il y a quatre ans, le Dr Martin s'est interrogée sur son désir de pratiquer à l'étranger. Elle y avait apprécié le rythme de travail en milieu hospitalier. Avec humour, elle raconte candidement une petite anecdote pour illustrer son propos : "Je suis arrivée un matin, vers 8 h, et ils m'ont tous regardée comme si j'étais une extra-terrestre. Eux, ils prennent une ou deux heures pour dîner, alors que nous, on est coincés dans l'ascenseur avec notre sandwich et notre banane dans la poche de notre sarrau!" Le Dr Martin aurait sans doute pu envisager de s'installer à Paris. Mais elle estime que, hormis les horaires de travail, la qualité de vie est bien meilleure au Québec. L'avenir? Elle souhaiterait une conjoncture favorable pour réaliser son rêve d'avoir des enfants...]