| Le Dr Serge Bernard Bergeron |
Parution: juillet 2001
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La multidisciplinarité pour une approche globale |
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"L'humanisme en médecine, c'est très important pour moi", souligne le Dr Serge Bernard Bergeron. C'est cette qualité du coeur qui l'a mené à la gériatrie, par volonté d'améliorer la qualité de vie des personnes âgées. "Même avec une santé fragile, dit-il, on peut profiter de la vie." Le Dr Bergeron a beaucoup d'affinités avec les personnes âgées, peut-être, dit-il, "grâce à la relation privilégiée que j'ai eue avec mes grands-parents maternels." Dès sa première année de résidence en médecine familiale, le Dr Serge Bernard Bergeron est tombé en amour avec la gériatrie au cours d'un stage en réadaptation gériatrique à l'hôpital d'Youville, avec le Dr Marcel Arcand, qu'il considère comme son père spirituel. Il a par la suite fait un stage électif en gériatrie, avec le Dr Jacques Allard. |
![]() Le Dr Serge Bernard Bergeron |
La gériatrie pour l'humanisme, mais aussi pour le travail d'équipe et l'interdisciplinarité. Le Dr Bergeron dit à ce sujet : "Je citerai le Dr Manon Chevalier, gériatre à l'hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec, qui disait qu'elle avait besoin de la multidisciplinarité et que les gériatres devaient faire partie d'équipes interdisciplinaires pour être pleinement efficaces. Je dirais que pour moi, c'est la même chose."
Le Dr Bergeron a été un élément moteur de la restructuration de la gériatrie dans chacun des établissements où il a oeuvré. Il a favorisé la solidarité, l'entraide, la communication, l'amour des personnes âgées aussi, elles qu'il a voulu réintégrer au coeur du processus de soins, avec leur histoire de vie, leur liens sociaux, leurs valeurs, leur affectivité, leurs droits et leurs choix ultimes face à la vie et à la mort. "Le patient fait partie de l'équipe au même titre que les intervenants de la santé", dit-il.
Le Dr Bergeron a contribué largement à la constitution d'un réseau de services "ouverts" centrés sur l'idée de dépasser les barrières entre les différentes disciplines dans le but d'améliorer la qualité de vie des aînés, de les aider à retrouver ou à maintenir le plus possible leur autonomie. Il a tenté d'élaborer de nouveaux consensus organisationnels et professionnels, autant à l'Hôtel-Dieu de Roberval que dans les centres d'accueil où il a travaillé. Il a voulu favoriser l'émergence d'un milieu intégrateur où famille, personnel, administration et communauté se donnent la main pour une cause commune : la personne âgée. Ses outils étaient la globalité, la multidisciplinarité et la continuité.
Il a mis sur pied des équipes motivées qui possédaient les capacités, les connaissances et les attitudes appropriées et spécifiques aux soins en médecine gériatrique. Il voulait qu'une communication véritable s'établisse entre tous les membres de l'équipe utilisant un plan de soins, afin d'améliorer l'efficacité des interventions. Dans cette perspective, la famille constitue une aide indispensable. C'est ce que le Dr Bergeron appelle une approche globale. Elle correspond à son désir profond de reconnaître la personne âgée comme une personne dont on doit respecter l'intégrité et l'autonomie, une personne insérée dans un contexte familial, communautaire et social.
Une vocation qui se précise
Le Dr Bergeron, natif de Roberval, est entré à la faculté de médecine de Sherbrooke en 1980. Il y a vingt ans, l'Université de Sherbrooke était déjà renommée pour sa nouvelle approche par programmes, bien qu'il n'y ait pas eu encore d'enseignement par petits groupes. Ce nouvel environnement lui a plu rapidement. Il a cependant trouvé difficile l'atmosphère de compétition dans laquelle il s'est trouvé plongé, ses compagnons de cours étant pratiquement tous des premiers de classe. "Je n'étais plus premier de classe. J'étais dans la moyenne, dit-il. C'était un petit peu difficile. J'ai dû faire un deuil."
En plus de ses études, le Dr Bergeron travaillait comme préposé, l'été, au Centre psychiatrique de Roberval. Il a d'ailleurs songé un moment à se diriger en psychiatrie. Il y a acquis de l'expérience. Muni de ses économies, cet emploi lui a permis de s'acheter une auto. Auparavant, le Dr Bergeron avait été pompiste dans une station-service et instructeur de baseball, sur une base bénévole. Le Dr Bergeron est un grand sportif qui aime le hockey, le baseball, le ski alpin, le vélo et la planche à voile.
Il a complété sa résidence en médecine familiale à Sherbrooke. Durant ses stages, il a choisi d'aller en région, ce qui lui a aussi permis de voir du pays. Il s'est initié à la gynécologie-obstétrique à Ville-Marie, au Témiscamingue. Il a fait un stage de plusieurs mois à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Arthabaska, et un autre à Drummondville. Il s'est également rendu à Moncton, au Nouveau-Brunswick, ainsi qu'à Saint-Léonard d'Aston, un tout petit village situé entre Drummondville et Trois-Rivières. "Chacun de ces endroits avait son cachet particulier", dit-il. Le Dr Bergeron a d'ailleurs songé à retourner pratiquer la médecine au Nouveau-Brunswick, il y a trois ans.
En région
Quand il a débuté sa carrière, en 1986, à l'Hôtel-Dieu de Roberval (qui comprend une centaine de lits de courte durée et autant de longue durée), le Dr Bergeron avait un profil de pratique en médecine générale comprenant l'obstétrique, l'urgence et les soins intensifs. À son arrivée, oeuvraient à cet hôpital autant d'omnipraticiens que de spécialistes. Le Dr Bergeron a également ouvert un bureau dans une clinique médicale, à Saint-Félicien, une ville de 9 000 habitants, située à 22 kilomètres de Roberval. Il y a pratiqué en solo pendant quatre ans, puis en groupe pendant deux ans. Les médecins qui s'étaient joints à lui ont ensuite déménagé leurs pénates dans une autre clinique nouvellement construite. Seul un collègue spécialisé en urgence et lui-même ont continué à pratiquer à la clinique qu'il a fondée.
Dès sa deuxième année de pratique, le Dr Bergeron a commencé à se joindre à des équipes interdisciplinaires, entre autres au Foyer de la paix de Saint-Félicien, un centre d'accueil pour une quarantaine de résidents. "Nous avons mis sur pied la première équipe gériatrique interdisciplinaire du secteur avec le soutien du directeur général du centre d'accueil, qui à l'époque était M. Claude Théberge. Cette équipe comprenait entre autres une infirmière, un pharmacien, une thérapeute en réadaptation physique, une éducatrice spécialisée et un éducateur." Participer à la mise sur pied de cette équipe l'a enthousiasmé.
L'interdisciplinarité
À l'Hôtel-Dieu de Roberval, en 1990, quatre lits pilotes avaient été réservés pour de la réadaptation gériatrique. Quelques années plus tard, l'hôpital comptait 24 lits en gériatrie. Une unité de gériatrie a été créée en 1993, dirigée par les Drs Sylvie Audet et Serge Bernard Bergeron. Ici encore, le Dr Bergeron a instauré une dynamique d'interdisciplinarité. Quelques années plus tard, à la suite de coupures budgétaires, il ne restait que 18 lits. Par la suite, les centres d'accueil de la région se sont fusionnés avec l'Hôtel-Dieu de Roberval.
"Dans ce nouveau contexte, il devenait de plus en plus difficile de maintenir un climat d'interdisciplinarité. De plus, des programmes axés sur le maintien de l'autonomie des personnes âgées nécessitent davantage de ressources, qu'il s'agisse de personnel ou d'argent. Il arrive alors, malheureusement, que l'on soit tenté de s'en tenir à un modèle traditionnel de soins aux personnes âgées, où on ne favorise pas nécessairement une action concertée des différents intervenants, préférant suivre les lignes directrices de l'organisation concernée. Peu ou pas de priorité établie, donc, le patient âgé faisant l'objet d'examens divers mais isolés, prescrits séparément par les membres de divers services. Le patient se voit confiné au rôle de "malade chronique"."
Le Dr Bergeron a été président du CMDP en 1997-98. Il a cherché à renforcer les valeurs de l'interdisciplinarité en diffusant de l'information et en favorisant la formation du personnel, entre autres par la tenue d'un colloque de deux jours en gériatrie qui a connu un grand succès. Il a aussi mis sur pied un stage en unité éloignée pour les résidents en médecine familiale à Roberval, et il en a été le coordonnateur pendant deux ans. Il a été membre du comité de bioéthique de l'Hôtel-Dieu de Roberval et est membre du comité régional de bioéthique du Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis 1992.
En plus de sa pratique à l'hôpital et en centre d'accueil, le Dr Bergeron avait sa pratique privée et il se rendait à domicile afin de traiter une clientèle gériatrique. Il était également appelé à traiter des autochtones : les Montagnais de Pointe-Bleue et les Attikameks. "Leur culture est différente de la nôtre, dit le Dr Bergeron. Les Montagnais habitent près de Roberval alors que les Attikameks demeurent au réservoir Gouin, dans la forêt. J'ai beaucoup aimé les contacts chaleureux que j'ai eus avec les Amérindiens. J'y ai développé de belles relations. Je me souviens tout particulièrement d'une grand-mère amérindienne de Pointe-Bleue dont je me suis occupé jusqu'à sa mort. Peut-être que j'y retrouvais l'image de la sagesse amérindienne."
Un virage majeur
En 1999, les services de réadaptation du complexe hospitalier de la Sagamie, à Chicoutimi, ont déménagé à Jonquière. Le Dr Bergeron a appris que le centre régional de réadaptation en déficience physique ouvrait ses portes dans cette ville et qu'un médecin était requis pour le programme de neurotraumatologie et la réadaptation en déficience motrice adulte. L'occasion était belle de relever un nouveau défi en réadaptation cette fois. Le Dr Bergeron a eu le poste. "Ce fut un virage important, dit-il, mais j'avais envie de relever un nouveau défi depuis au moins trois ans. J'étais déçu de ne pouvoir pratiquer une aussi bonne médecine que je le souhaitais. Les personnes autour de moi manifestaient de la bonne volonté, mais on manquait de moyens et je me suis senti limité." Le centre de réadaptation ne dessert toutefois pas la clientèle gériatrique, laquelle est accueillie aux hôpitaux de Jonquière et de La Baie.
Le Dr Bergeron se dit très heureux à Jonquière. Il s'est joint à une équipe interdisciplinaire très dynamique qui vise l'excellence à tous les niveaux malgré qu'elle ait une immense surcharge de travail. Ceci le comble sur le plan professionnel. Il faut dire qu'à son changement d'orientation professionnelle s'est ajouté un élément très important dans sa vie. Il a une fille de deux ans qui lui apporte de grandes joies.
Des médecins quittent la région
Le Dr Bergeron n'a pas été le seul à quitter Roberval. On assiste dans la région à un exode de médecins. "Il y a seulement trois ans, les effectifs médicaux étaient complets dans le secteur de Roberval et de Saint-Félicien, dit le Dr Bergeron. Actuellement, Saint-Félicien se retrouve dans une situation de crise. Pourtant, les médias sont muets à ce sujet. Les gens de Saint-Félicien peuvent difficilement obtenir une consultation avec un médecin. Des patients sont complètement orphelins. Ils doivent se rendre à la clinique sans rendez-vous pour une consultation. Quatre, cinq médecins ont quitté la ville ou sont partis à la retraite."
Y a-t-il un hôpital de trop au Saguenay - Lac-Saint-Jean? Le Dr Bergeron répond : "Chaque milieu a commencé à craindre pour son hôpital. À l'époque où j'étais à Roberval, des gens pensaient qu'il pouvait s'en trouver un de trop parmi les hôpitaux de Dolbeau, de Roberval et d'Alma. Le couperet aurait pu tomber sur n'importe lequel de ces trois hôpitaux. Les hôpitaux de La Baie, de Chicoutimi et de Jonquière sont situés à proximité l'un de l'autre, ce qui représente également un dilemme. À l'heure actuelle, cependant, le débat change de ton et le mouvement est en train de se renverser. Une tentative de fusion entre les hôpitaux de Chicoutimi et de Jonquière a avorté. On "défusionne". Le directeur général par intérim, Claude Desjardins, a remis un rapport où il en arrivait à la conclusion que la fusion de ces deux hôpitaux représentait une mission impossible, que les cultures des deux hôpitaux étaient trop différentes et qu'il fallait revenir en arrière avec un directeur général et un conseil d'administration pour chaque hôpital." À Jonquière, l'hôpital se remet peu à peu de la crise vécue il y a deux ans où sa survie même était en jeu. Les hôpitaux de Jonquière et de Chicoutimi avaient alors eu un conflit ouvert et de graves problèmes d'effectifs médicaux.]