| Le Dr Michèle Pilotte |
Parution: juillet 2001
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Médecin vétérinaire et omnipraticienne |
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Le Dr Michèle Pilotte est la seule femme au Québec qui exerce à la fois la médecine vétérinaire et humaine. Elle a débuté sa pratique en médecine vétérinaire cinq ans avant de poursuivre sa formation en médecine humaine. Elle est propriétaire de l'Hôpital vétérinaire pour oiseaux et animaux exotiques Rive-Sud. Au Québec, seulement deux cliniques s'occupent exclusivement d'oiseaux et d'animaux exotiques. Le Dr Pilotte est également l'auteure de huit livres traitant du pinson, du cochon d'Inde, du perroquet et du lézard, entre autres. Elle est membre de l'Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie, a donné des conférences, écrit des articles dans des magazines et des revues, est devenue une sommité en matière d'animaux exotiques et d'oiseaux au Québec. Elle a aussi été vétérinaire consultante pour la SPCA et le Biodôme. Le Dr Pilotte demeure à Farnham avec son mari, où elle a aménagé un havre de paix. Elle partage son coin de paradis avec des oies, des chèvres, des poules, un chat, un chien, des poissons, un perroquet et des cockatiels. À sa clinique, elle possède un gros iguane. "C'est l'un des beaux iguanes au Québec", dit-elle. |
![]() Le Dr Michèle Pilotte |
En plus du travail à sa clinique vétérinaire, le Dr Pilotte est médecin à Urgences-Santé, une occupation qui la passionne également. "Nous portons secours à des personnes qui nécessitent des soins médicaux urgents et où un médecin peut faire la différence entre la vie et la mort", dit-elle. Arrêts cardiaques, traumatismes sévères, intoxications, détresse respiratoire grave, autant de situations qui font partie du quotidien du Dr Pilotte. "Nous sommes aussi appelés dans le cas de suicides, de meurtres. Il y a beaucoup de misère et de pauvreté dans la région de Montréal. Quand on se rend à domicile, on constate à quel point certains endroits sont insalubres, combien la santé des occupants est compromise. On rencontre des gens qui souvent veulent qu'on les laisse à eux-mêmes."
Un rêve d'enfance
Michèle Pilotte n'est pas devenue vétérinaire par hasard. Depuis sa tendre enfance, elle rêvait de soigner les animaux exotiques. Ses parents étaient très ouverts à l'accueil de grenouilles, souris, chats, chiens et lapins, au grand plaisir de leur fille. "J'adore les animaux", dit-elle. Le Dr Pilotte voulait être vétérinaire dans la jungle et y traiter les lions, les singes... Avec le temps, elle s'est rendu compte cependant qu'être vétérinaire dans la jungle, ce n'était pas comme à la télévision. Il ne s'agissait pas d'enlever l'écharde de la patte du lion, mais bien plutôt de médecine préventive, de parasitologie, de médecine de groupe.
De là, le Dr Pilotte a pensé opter pour les soins aux animaux exotiques dans les jardins zoologiques. C'était son deuxième choix. À l'époque, il n'y avait au Québec qu'un seul jardin zoologique, qui comptait un vétérinaire, il a d'abord fallu convaincre les examinateurs, lors de l'entrevue, qu'elle était une candidate intéressante, même s'il n'y avait qu'un seul poste disponible en jardin zoologique. Elle a su faire valoir son point de vue, selon lequel il y avait un marché prometteur puisque plusieurs personnes avaient des animaux exotiques à la maison, mais qu'il n'y avait pas vraiment de vétérinaire spécialisé en ce sens.
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"Je me suis dit que si elle aimait traiter les oiseaux, alors peut-être qu'elle serait intéressée à soigner également les animaux exotiques." - Dr Michèle Pilotte |
C'est ainsi qu'elle a entrepris sa formation à l'École vétérinaire de Saint-Hyacinthe. Elle se souvient qu'à l'époque, un seul cours durant la dernière année de médecine vétérinaire traitait des animaux exotiques. "Il fallait se former soi-même", dit-elle. Elle a donc lu beaucoup sur le sujet et s'est rendue aux États-Unis, entre autres à New York, pour y acquérir des connaissances dans ce domaine.
La pratique rêvée n'a pas été réalité dès les débuts. Les soins aux chiens et aux chats ont constitué le principal de sa pratique vétérinaire à sa sortie de l'École de Saint-Hyacinthe. Ce n'est que par la suite que le Dr Pilotte a eu connaissance qu'il y avait à Montréal une vétérinaire qui soignait uniquement les oiseaux. "Je me suis dit que si elle aimait traiter les oiseaux, alors peut-être qu'elle serait intéressée à soigner également les animaux exotiques." C'est de la sorte qu'a débuté la collaboration du Dr Pilotte avec le Dr Corinna Lupu, qui l'a embauchée et lui a transmis ses connaissances en médecine aviaire, tandis qu'elle développait son expertise en médecine vétérinaire exotique. "Il faut savoir qu'au Québec, souligne le Dr Pilotte, les animaux "exotiques" sont tous ceux pour lesquels les vétérinaires possèdent moins de connaissances : lapins, cochons d'Inde, furets, oiseaux et reptiles, qui comprennent les serpents, les tortues, les lézards, les crocodiles (qui sont interdits maintenant). Les araignées et les scorpions, dit-elle, on a décidé qu'on n'y touchait pas. Il n'y a pas beaucoup de traitements à offrir de toute façon et c'est un petit peu particulier. À mes débuts, les gens hébergeaient des singes, de grands félins (pumas, tigres), de gros alligators et des serpents venimeux. En 1990, Québec a voté une loi interdisant de garder chez soi ce genre d'animaux."
En 1987, le Dr Pilotte ouvrait sa propre clinique, dont elle est encore propriétaire. Les animaux exotiques les plus populaires dans les foyers québécois sont des oiseaux. Le Dr Pilotte prend aussi soin de petits animaux comme le lapin, le cochon d'Inde, le furet et le rat. "Ce sont surtout les adolescents qui affectionnent cet animal de compagnie, dit-elle. Le rat est un bon petit animal. Il est gentil et intelligent. Quand l'animal est malade, il faut consulter un vétérinaire qui connaît bien les maladies du rat." Les gens confieront plus volontiers qu'auparavant au vétérinaire leur oiseau ou leur animal exotique. Les animaux exotiques que l'on retrouve dans nos foyers, de plus en plus, naissent au Québec d'espèces en captivité, même les perroquets, les lézards et les serpents.
Un coût à la vie animale
En médecine vétérinaire, l'aspect financier est très étroitement lié à l'aspect clinique, et là, le bât blesse. "En médecine humaine, les gens ne sont pas habitués à défrayer des coûts, dit le Dr Pilotte. La majorité n'a donc aucune idée du montant que peut représenter une radiographie, une prise de sang ou une intervention chirurgicale. Les gens sont étonnés quand on les informe des coûts du traitement de leur animal. La médecine vétérinaire, c'est de la médecine, dit le Dr Pilotte. Nous établissons une histoire de cas, procédons à un examen physique, qui doit être rigoureux et précis parce que nous savons que peut-être les gens ne voudront pas investir pour des examens plus approfondis. Nous posons un diagnostic présomptif et informons ensuite les gens du traitement ou de l'intervention requis et des coûts qui en découlent." Cet aspect monétaire de la médecine vétérinaire a constitué pour le Dr Pilotte une déception qui s'est amplifiée au cours des années. Une autre déception en médecine vétérinaire, c'est l'obligation de procéder à beaucoup d'euthanasies parce que les propriétaires d'un animal estiment qu'il est trop onéreux de le faire traiter, alors que l'on sait pertinemment qu'il aurait de bonnes chances de guérison.
Nonobstant ces irritants, le Dr Pilotte adore la médecine vétérinaire. "Je pratique encore, dit-elle. Je suis propriétaire de ma clinique. Deux vétérinaires travaillent avec moi et ce sont eux qui m'apportent le soutien nécessaire à la poursuite des opérations. Je compte au sein de mon équipe des techniciens très compétents en santé animale. La clinique va bien. Je m'y rends une à deux journées par semaine. Ma pratique vétérinaire comprend de la consultation, un petit peu de chirurgie et l'administration. Je fais de la chirurgie et de l'orthopédie, ce qui ne m'est pas possible en médecine humaine puisque je ne suis pas spécialisée en chirurgie. En médecine vétérinaire, nous pratiquons la médecine de A à Z.
Un autre défi
C'est après cinq ans en médecine vétérinaire que le Dr Pilotte s'est demandé si elle ne devrait pas s'orienter vers la médecine humaine, où elle pourrait relever de nouveaux défis et ne serait pas toujours confrontée aussi directement aux contraintes pécuniaires de la pratique. Elle a posé sa candidature en médecine à l'Université de Montréal en 1990 et a obtenu son diplôme en 1997. La première année, elle avait l'avantage de déjà connaître tous les termes médicaux. La physiologie et l'anatomie lui étaient familières. De plus, l'étude de l'anatomie humaine a été d'autant plus facile pour elle quel le corps humain - sa structure et son fonctionnement - est le même pour tous. Tandis que chez les animaux, il y a beaucoup de différences. Par exemple, la vache a quatre estomacs, les chien en a un et la poule en a deux. La médecine vétérinaire peut donc varier d'un animal à l'autre.
Parallèlement à ses études, le Dr Pilotte a continué à travailler à sa clinique, et ce, pendant les trois premières années. Tous les soirs, de 17 h à 20 h, tous les mercredis après-midi (consacrés à la chirurgie) et tous les samedis. Quand elle a débuté son internat, cependant, elle a dû mettre un terme à ce rythme effréné. Elle a alors engagé une vétérinaire à temps plein pour la remplacer. D'ailleurs, à la même période, elle a débuté en plus l'écriture de ses livres.
La polyvalence de la médecine familiale, voilà ce à quoi a aspiré, sans hésitation, le Dr Pilotte. Elle a fait sa résidence au centre hospitalier de Verdun, un établissement bien adapté à la formation en médecine familiale. "À Verdun, dit-elle, nous devions apprendre à devenir autonomes très rapidement." Le Dr Pilotte a aussi fait des stages au CLSC Saint-Hubert, situé à proximité de sa clinique. À cette occasion, elle s'est rendue à Maria, en Gaspésie. Encore aujourd'hui, une semaine par mois, elle se rend en région, comme à La Pocatière, Amqui, Chandler, Maniwaki, Matane, Sept-Îles. Outre cela, elle travaille à l'urgence de l'hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières et d'un centre tertiaire en traumatologie, à Asbestos.
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Le Dr Michèle Pilotte
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La médecine d'urgence
Le Dr Pilotte s'est intéressée progressivement à la médecine d'urgence. Elle aime l'action et la diversité qu'on y retrouve. Elle relève aujourd'hui le défi stimulant d'Urgences-Santé. "Il faut aimer ce type de pratique, dit-elle. Être médecin sur la route, c'est très particulier. C'est la course contre la montre dans les rues de la ville, sirènes et gyrophares en marche. Il ne faut pas être peureux non plus. Ça roule! Parfois, on se faufile entre deux voitures, et je ferme les yeux."
Au programme : arrêts cardiaques, détresse respiratoire grave, douleurs thoraciques avec transpiration, pertes de conscience, convulsions multiples, traumas par balles ou armes blanches, etc. Le Dr Pilotte est appelée à intervenir parfois dans des milieux difficiles. Dans les piqueries, par exemple. "Il y a beaucoup de problèmes de drogues à Montréal, et de plus en plus de drogues dures, souligne le Dr Pilotte. On assiste également à une hausse du nombre de gens qui se suicident, de tous âges. "L'an dernier, je me suis rendue sur les lieux d'un crime où le père avait poignardé sa femme et ses deux enfants. On se pose alors la question du pourquoi. Ces situations nous hantent par après."
Quelles sont les qualités requises pour être médecin à Urgences-Santé? "Je pense qu'il faut être calme, dit le Dr Pilotte, être prêt à faire face à n'importe quelle situation. Il arrive que nous recevions un appel pour une détresse respiratoire modérée et qu'une fois arrivés sur place, nous constations que le patient est en arrêt cardiaque. Nous ne savons jamais ce qui nous attend. Il faut développer une habileté technique également, savoir prendre des décisions rapidement et être capable de travailler en équipe avec les techniciens ambulanciers."
Le Dr Pilotte pense que la population pourrait aider à sauver des vies si elle était mieux formée en réanimation cardiorespiratoire. "C'est un gros problème, dit-elle. Très souvent, nous arrivons sur une scène et rien n'a été fait. Au Québec, nous détenons le record du plus faible taux de connaissance en réanimation cardiaque au sein de la population." Le Dr Pilotte croit également qu'un système de premier répondant, disponible partout au Québec, pourrait aider grandement à sauver des vies.
Membre du conseil des médecins et dentistes d'Urgences-Santé, le Dr Pilotte contribue aussi au recrutement. Environ 200 médecins travaillaient à Urgences-Santé en 1990, 78 en 1998 et seulement 69 en 1999. Urgences-Santé, selon le Dr Pilotte, est un organisme méconnu qui recèle de nombreuses possibilités pour un médecin, qu'il s'agisse d'offrir des services médicaux par téléphone, de s'assurer de la qualité des soins, de faire de la formation ou encore de la recherche. "La difficulté de recruter dépend au départ du manque généralisé de médecins ainsi que de la rémunération réduite (environ 50 % moins élevée à Urgences-Santé que dans certains autres secteurs)."
Actuellement, il y a un débat sur la pertinence de maintenir le réseau de médecins sur la route à Urgences-Santé. "Dans un contexte où il manque de médecins partout, souligne le Dr Pilotte, la question se pose." Un document de réflexion a été préparé sur le rôle des médecins à Urgences-Santé. "Nous croyons à la nécessité de ce réseau, poursuit le Dr Pilotte. Urgences-Santé peut devenir un centre majeur d'excellence en soins préhospitaliers. Nous occupons déjà la troisième place en Amérique du Nord dans cette discipline."]