Le Dr François Parent
Parution: juin 2001

Pour une restructuration hospitalière réussie
Par Marie Henrichon


Lorsque le Dr François Parent retrouve sa ville natale pour s'y installer, en 1992, les questions administratives sont encore bien loin de ses préoccupations. En fait, il revient à Trois-Rivières un peu par accident : sa femme obtient un poste d'enseignante à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Et puis, toute sa famille l'attend là-bas. À ce moment, il ne se doute pas que la région 04 allait devenir, en terme de ratio-population, la moins bien pourvue de la province, ni qu'il allait s'investir de plein gré dans le processus de réaménagement à Trois-Rivières (fusion des centres hospitaliers Sainte-Marie et Saint-Joseph). Quelques années plus tard en effet, le voilà élu officier du CMDP du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières (CHRTR) issu de cette fusion, après avoir été membre du comité de redéploiement des services. "Je pense que mon implication antérieure au sein de l'urgence a été appréciée et que j'ai été élu un peu pour ça", commente modestement le Dr Parent. Au moment de développer le projet de redéploiement, il établit quatre priorités : la sécurité des usagers, la qualité des soins, la performance clinique et la satisfaction du personnel. Depuis, l'équipe tente de tout faire en ce sens. De façon générale, malgré les tensions et les conflits qu'a suscités l'annonce d'une fusion intégrale, le Dr Parent estime que les choses vont bien. Son baromètre, c'est l'urgence. "Je pense que l'urgence est le reflet de tout l'hôpital. Lorsque l'urgence fonctionne bien, c'est que tout roule dans l'hôpital." En matière d'urgence, bien qu'il n'ait que 35 ans, le Dr Parent sait de quoi il parle. Son expérience dans ce domaine débute en 1991 à l'hôpital du Haut-Richelieu et se poursuit au centre hospitalier Sainte-Marie dès son arrivée à Trois-Rivières, où il devient chef du service d'urgence en 1994.


Le Dr François Parent

Au coeur de l'urgence

Aujourd'hui chef du service d'urgence au CHRTR, le Dr Parent constate l'évolution de son secteur depuis les dernières années : "Je pense que c'est un domaine en essor, et même une spécialité médicale. Avec la condensation des urgences, ça devient de plus en plus pointu et les standards ne sont pas les mêmes qu'auparavant. Il ne s'agit plus d'un domaine complètement intégré qui relève de la médecine générale. Les médecins entreprennent maintenant une vraie carrière d'urgentologue. Ils ne se contentent plus de rester à l'urgence deux ou trois ans, le temps de se construire une clientèle puis de pratiquer en bureau privé, comme c'était le cas il y a dix ou quinze ans." D'ailleurs, dans les urgences régionales comme dans celles des grands centres, on ne rencontre plus beaucoup de médecins dont la pratique soit polyvalente. "Nous avons besoin de médecins prêts à faire uniquement de la médecine lourde, invasive et interventionniste, capables de prendre rapidement des décisions."

Le Dr Parent est fier d'avoir sans cesse envie de rencontrer chacun de ses patients, malgré la pression et le débit de l'urgence. "Autant le contact est rapide à l'urgence, autant c'est presque un devoir pour moi que d'établir la liaison. C'est la meilleure des autocritiques à avoir pour ma conscience professionnelle. De plus, je sais que si j'ai communiqué avec cette personne-là, c'est par la même occasion ma meilleure protection légale. Si une intervention échoue, le patient saura que j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir." Le Dr Parent apprécie l'intensité de la relation d'aide qui s'installe en secourant des gens qui en ont vraiment besoin, tout en gardant un intérêt médical. L'urgentiste estime que peu d'emplois peuvent être aussi gratifiants que le sien. Malgré son horaire de travail qui oscille entre 60 et 70 heures par semaine (périodes de garde, sans rendez-vous, implication médico-administrative), le Dr Parent ne se décourage pas. "La médecine d'urgence est terriblement exigeante, fatigante et stressante. Mais je n'ai jamais l'impression de perdre mon temps. Aucune routine ni monotonie ne peut s'installer. Les situations sont diversifiées et imprévisibles."

Rester dans l'action

Comme pour plusieurs médecins d'urgence, le sport représente une précieuse soupape de stress, tant physique que mentale, pour le Dr Parent. Aussitôt libre, à l'heure du midi, il s'empresse de rejoindre son groupe de course à pied. Outre cette activité, qu'il pratique depuis douze ans, le Dr Parent est aussi amateur de plein air, tout comme son épouse. Au programme de leur voyage de noces figurait d'ailleurs la randonnée pédestre dans les Rocheuses. Depuis, deux petites frimousses se sont ajoutées... et c'est avec leurs jeunes enfants, Marc-Olivier et Anne-Sophie, que le couple sillonne les pistes cyclables, tant à vélo qu'en patins à roues alignées.

Si le choix du Dr Parent s'arrête sur la médecine alors qu'il est collégien, c'est parce qu'elle lui offre de combiner les intérêts et les différentes compétences qu'il croit avoir. L'étudiant ne se sera pas trompé : son penchant athlétique y est certainement pour quelque chose lorsqu'il entreprend l'expérience de la médecine sportive entre 1991 et 1994. Son attirance pour ce type de pratique s'est manifestée dès sa résidence à la Cité de la santé de Laval, où il estime avoir eu d'excellents stages durant sa formation en physiatrie et en orthopédie. Les pathologies musculosquelettiques et la clientèle ciblée l'enchantent. "L'attitude des patients y est pour beaucoup. Le client est très motivé à guérir et fait tout ce qu'il peut pour y arriver. Il répond très bien aux propositions qu'on lui fait." Le défi principal en santé, c'est d'en faire la promotion en quelque sorte, que ce soit par le biais de conférences et de publications ou directement en première ligne. Et ce, peu importe la clientèle. À l'hôpital, il s'agit de "poser un diagnostic et de l'expliquer au patient, de lui proposer un traitement médicamenteux s'il y a lieu, et de l'inviter à changer son comportement en matière de santé lorsque requis." Un tel défi ne peut être relevé seul. Il s'agit d'un véritable travail d'équipe. "Et en médecine d'urgence, dit le Dr Parent, les membres les plus importants de l'équipe sont, en premier lieu, les infirmières. Le meilleur des médecins d'urgence ne peut rien faire si les infirmières ne savent pas appliquer les ordonnances médicales. Le partenariat est donc indispensable. La médecine d'urgence en est une d'action; elle est pointue, axée sur les priorités. Et en ce sens, une formation adéquate et complète est primordiale. Que l'on pense seulement au triage des patients. Entre autres..."

Le dada de la formation

C'est ainsi que le Dr Parent a développé des cours de formation intensive en ATLS et en ACLS avec des infirmières afin d'enseigner la théorie, réviser certains concepts et faire des mises en situation. Ces cours peuvent porter sur la façon de procéder à une première entrevue, sur l'examen physique sommaire, le dépistage des symptômes, etc. "Curieusement, aucun médecin n'a montré d'intérêt à suivre cette même formation, alors que je trouve que ce serait très pertinent..." Les prochaines conférences risquent donc, encore une fois, d'être destinées aux seules infirmières. Par contre, d'autres centres hospitaliers s'intéressent à la formation offerte par le Dr Parent pour leur personnel infirmier. Ainsi en est-il de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Si le Dr Parent est heureux de collaborer aux programmes de formation continue, il l'est tout autant quant à sa propre formation. En 1996, il obtient sa certification de compétence spéciale en médecine d'urgence du Collège des médecins de famille du Canada, plusieurs années après avoir profité d'une clause grand-père au moment de sa résidence. "Je me suis aperçu que des médecins nouvellement recrutés avaient des connaissances que je ne possédais pas. Je me suis dit que c'était le temps de me mettre à jour." Après cinq ans de pratique, donc, il décide de troquer à mi-temps le sarrau pour les bancs d'école. "Ça a été la plus belle expérience de ma vie en ce qui concerne ma scolarité, et c'était la première fois que j'étudiais avec autant d'avidité." Le Dr Parent profite de l'occasion pour encourager ses collègues à poursuivre leur formation.

Tirer parti de l'expertise

Si son expérience administrative est positive jusqu'ici, le Dr Parent ne croit pas être en mesure toutefois de devenir gestionnaire dans le système de santé. Au moment de la fusion, alors que l'équipe doit procéder à l'affectation du personnel, il appréhende la difficulté de tirer parti de l'expertise tout en priorisant la liste syndicale. "Dans le contexte actuel, c'est la convention collective qui prime sur la compétence et la qualité des soins. Nous sommes obligés d'affecter des infirmières très, très compétentes à des postes autres que l'urgence et qu'elles n'affectionnent pas nécessairement. Les gestionnaires sont confrontés à de tels choix. Personnellement, j'en suis incapable. J'ai des idéaux quant à l'organisation et à la qualité des soins, et je trouve qu'il ne faut pas être fanatiques en ce domaine mais plutôt pragmatiques. Malgré cela, je ne suis pas contre tout ce qui est d'ordre syndical." À la suite de la fusion des C.H. Sainte-Marie et Saint-Joseph et de la fermeture d'hôpitaux périphériques, l'urgence temporaire du pavillon Saint-Joseph a demandé plusieurs réaménagements. Et le Dr Parent a fait face au défi. Au total, le nombre de patients a augmenté de 30 % et le personnel fait face à un achalandage de 300 % supérieur à ce qu'il a connu auparavant. Bien sûr, les bouleversements ont engendré des insatisfactions. "Il y a une question d'habitude aussi. Par exemple, Saint-Joseph, qui avait surtout une clientèle gériatrique, se retrouve maintenant avec un centre régional de traumatologie. La plupart des employés n'avaient jamais fait de traumatologie de leur vie et ça a été un stress majeur que de recréer une culture. Il y a des médecins qui avaient quinze ans d'expérience qui n'ont pas voulu se recycler. D'autres étaient tout simplement brûlés. C'est comme ça qu'on s'est retrouvé en pénurie." Bien que les effectifs soient toujours incomplets, le service de garde fonctionne à plein rendement grâce au dépannage. Mais les problèmes de Shawinigan menacent cette fragile stabilité. "S'ils ferment l'hôpital, ce sera impossible pour nous de faire face à la demande", dit le Dr Parent. Son équipe a bien d'autres chats à fouetter. Actuellement en pleine période de transition, elle doit en effet rebâtir les effectifs et développer les expertises, autant chez les médecins que les infirmières et le personnel paramédical. Il faut également veiller à créer un concept de travail qui soit transposable en termes d'organisation et de locaux, de telle sorte que tout continue d'être fonctionnel lorsque viendra le temps d'emménager au pavillon Sainte-Marie, une fois les travaux de rénovation complétés. Ce qui est prévu pour 2003. La surface de l'urgence aura alors plus que doublé. "J'espère qu'après 2003, ce sera plus calme et plus facile. C'est très exigeant actuellement." De nature optimiste cependant, c'est droit devant que regarde le Dr Parent.]