| Le Dr Raymond Carignan |
Parution: juin 2001
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Médecin dans l'âme |
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Le Dr Raymond Carignan a relevé un double défi au cours de sa carrière professionnelle, celui d'être médecin et l'un des administrateurs les plus connus du réseau de la santé. Un administrateur parmi les plus en demande aussi pour tenter de dénouer des impasses importantes dans les différentes institutions du réseau. Il a été sous-ministre adjoint à la Direction générale de la santé de 1986 à 1988, directeur de la santé communautaire et des politiques de santé en 1984-1985 et directeur de l'organisation en 1985-86. Il a été délégué par le Ministère au CLSC Normand Béthune, au centre hospitalier Saint-Sauveur de Val-d'Or, à l'hôpital Louis-H. Lafontaine, au centre hospitalier Mgr Ross de Gaspé, au centre hospitalier Des Vallées de l'Outaouais, au centre hospitalier Rouyn-Noranda et au CHUM. Il a dû mettre un terme à ce dernier mandat pour des raisons de santé. Il est actuellement directeur général de l'Institut de cardiologie de Montréal. En plus de son doctorat en médecine, le Dr Carignan a terminé un baccalauréat en arts, une maîtrise en administration hospitalière et a obtenu un certificat de spécialiste en santé communautaire. |
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Le Dr Raymond Carignan
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Tout au long de sa fructueuse carrière, le Dr Carignan a assumé de nombreuses responsabilités. Il a entre autres été président de l'Association des médecins omnipraticiens des Laurentides, président fondateur du conseil d'administration du Conseil régional de la santé et des services sociaux (CRSSS) de la région Laurentides-Lanaudière, président de l'Association de directeurs de départements de santé communautaire, président fondateur de la Table de concertation des établissements de santé et des services sociaux de Laval, représentant du ministère de la Santé et des Services sociaux au Comité consultatif fédéral-provincial en affaires internationales de santé et à différentes assemblées régionales et générales de l'Organisation mondiale de la santé, représentant du ministère de la Santé et des Services sociaux aux conférences interprovinciales des sous-ministres et des ministres de la santé.
Il a également été consultant de l'Organisation mondiale de la santé au Portugal, vice-président du conseil d'administration de la Régie de l'assurance-maladie du Québec, membre du Comité national sur la responsabilité et l'indemnisation dans le secteur des soins de santé, représentant du Québec au comité de restructuration de l'Association médicale canadienne, président du congrès 1995 de l'Association des hôpitaux du Québec. Depuis trois ans, il assume la présidence de l'Association des directeurs généraux des services de santé et des services sociaux du Québec. Au-delà de cette impressionnante feuille de route, le Dr Carignan est toujours demeuré profondément humain et un médecin dans l'âme.
La médecine, une vocation
Issu de Saint-Polycarpe, un milieu rural, le jeune Raymond Carignan a fait son cours classique au séminaire de Valleyfield. Il voulait devenir prêtre ou missionnaire. Il avait également pensé au notariat. Il a finalement opté pour la médecine.
Entré à la faculté de médecine de l'Université de Montréal en 1956, il a obtenu son diplôme en 1961. Il a ensuite débuté sa pratique médicale à Repentigny, à l'hôpital Le Gardeur. Le Dr Carignan est entré en fonction au mois de juillet et le 1er décembre, l'hôpital ouvrait officiellement ses portes. Au départ, il n'y avait que cinq omnipraticiens, chacun assumant certaines fonctions médico-administratives. Le Dr Carignan travaillait en collaboration avec le Dr Robert Lussier (aujourd'hui décédé), le fondateur de l'hôpital Le Gardeur.
À Repentigny, le Dr Carignan a trouvé réponse à ce qu'il voulait faire, une médecine très proche des gens. À cette époque, le médecin de famille se rendait fréquemment à domicile pour y effectuer des visites. En 1968, d'ailleurs, le jour même de Noël - c'est le Dr Carignan qui recevait sa famille cette année-là -, il a dû faire 25 visites à domicile pour cause d'épidémie de grippe. Le Dr Lussier lui disait souvent qu'ils étaient chanceux d'être devenus médecins et qu'ils se devaient de rendre à la société ce qui leur avait été donné. L'engagement social était important.
Le Dr Carignan a quatre enfants : une fille et trois garçons. Le quatrième enfant souffre de trisomie 21. "Quand notre enfant est handicapé, on se pose des questions. Cet enfant est arrivé au moment où je m'interrogeais déjà sur le sens de ma vie. Indépendamment de notre responsabilité à cet égard, lorsqu'un tel événement se produit, c'est un peu un symbole de notre limite à la perfection. Cette épreuve nous oblige, qu'on le veuille ou non, à un peu d'humilité." C'est à cette période de sa vie que le Dr Carignan a choisi d'entreprendre une démarche d'analyse transactionnelle, qui s'est poursuivie pendant plus de dix ans. "Cette démarche m'a beaucoup aidé dans tous les aspects de ma vie, personnels et professionnels. Le fait d'admettre que chaque personne est différente de l'autre, c'est déterminant pour toute forme de communication. On comprend alors qu'une autre personne a le droit de penser différemment et que c'est sain. Ce n'est plus nécessairement confrontant."
Un leadership basé sur l'écoute
L'une des forces du Dr Carignan est l'écoute. En médecine, d'abord, puis en administration. "Je n'ai jamais regretté d'avoir exercé un leadership basé sur l'écoute. Elle est primordiale pour poser un diagnostic précis ou encore pour solutionner un problème. Et il est rare que la meilleure solution soit celle que l'on considérait comme idéale. La meilleure solution en fait, c'est celle qui est acceptable pour les deux parties. Si on n'écoute pas, d'une part, on ne peut saisir tous les éléments de la problématique et, d'autre part, on n'entre pas dans un processus de solution. L'interlocuteur en face de nous doit également ressentir qu'on lui accorde de l'importance. Même si une personne ne peut tout dire, si elle constate qu'on la considère comme une personne et non pas juste comme un numéro, déjà on a fait un bon bout de chemin. Pour écouter, il faut aimer les gens. Il faut les considérer."
Une relation d'égal à égal
Peu importe le chapeau qu'il a porté - chef du département de santé communautaire, directeur des services professionnels ou directeur général (à la Cité de la santé de Laval), le Dr Carignan est toujours demeuré le même. "La cohérence, la transparence, être vrai, voilà ce qui est important pour moi." Et encore une fois, c'est sur l'écoute et le respect de la spécificité des autres qu'il a misé.
Comme directeur général ou comme directeur des services professionnels, le Dr Carignan a exercé un leadership d'orientation. Il se considère comme un agent de changement. "Un directeur général dans un hôpital n'est pas un directeur d'école en charge de professeurs. Les médecins sont responsables de leurs actes. Je n'ai donc jamais été leur directeur. Le CMDP relève du conseil d'administration et non du directeur général, ni du directeur des services professionnels. L'essentiel de la démarche administrative dans un hôpital consiste à établir une communication d'égal à égal. C'est un credo absolu. Aucun administrateur, aucun DSP ne porte la responsabilité du patient. C'est le médecin qui la porte. Alors, comment pourrais-je prétendre être son directeur? Mon rôle consiste davantage à discuter avec les médecins et à voir comment on peut offrir un environnement et des ressources qui permettent de donner des soins de qualité."
Que pense le Dr Carignan de la colère actuelle des médecins? "Pour toutes sortes de raisons, dit-il, les médecins sont déçus et frustrés. Ils n'ont pas l'impression d'être écoutés ni considérés. Je pense que les gestionnaires se doivent de reconnaître le travail des médecins. Ces derniers ne se sentent plus partie prenante du système de santé. Il faut écouter davantage le médecin, lui manifester de la confiance et faciliter son engagement. Il faut mobiliser les médecins, leur laisser l'espace pour s'impliquer vraiment et reconnaître leur importance."
La confiance à la base de toute démarche
"Quand survient un bris de confiance, il faut déployer beaucoup d'énergie pour amorcer un dialogue qui donne des résultats, souligne le Dr Carignan. Si on ne crée pas un climat de confiance, rien ne fonctionnera, même si la solution proposée est idéale. Respect et confiance sont deux valeurs fondamentales. À l'hôpital Louis-H. Lafontaine, au centre hospitalier Des Vallées de l'Outaouais, au CHUM, la méfiance était généralisée, surtout entre les médecins et l'administration. Nul projet dans ces trois hôpitaux n'aurait pu être mis de l'avant sans avoir établi au préalable les bases d'une confiance réciproque. Mais cela prend du temps et de la patience.
"De mon expérience au CHUM, j'ai été impressionné par la volonté des gens à faire avancer les choses. Dans les médias, on a insisté sur les éléments politiques, mais cela ne rendait pas justice à ce qui se passait réellement. C'était difficile, certes, mais il y avait quand même une volonté de trouver des solutions. Finalement, mon rôle en aura surtout été un de soutien, d'encouragement et de valorisation. J'ai cherché à redonner confiance aux médecins et aux autres professionnels de la santé. Le CHUM, pour moi, ça a été une expérience humaine intense."
La maladie, une autre étape
Si le Dr Carignan a laissé à d'autres la poursuite de ce mandat, c'est que sa santé n'était pas au mieux. En effet, il s'est découvert fortuitement un nodule à la thyroïde, nodule qui s'est avéré être une tumeur maligne. "J'étais tellement pris par mes occupations, qu'au départ je n'y ai pas tellement porté attention. J'avais tendance à me dire qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Finalement, j'ai dû subir une opération qui a duré quatre heures et demie. Ce n'est pas moi qui ai souffert là-dedans. C'est le Dr Robert Girard, un chirurgien extraordinaire. J'ai été à ce point occupé que je n'ai pas eu le temps de m'apitoyer sur mon sort. Ce n'est que plus tard, alors qu'un traitement m'a indisposé, que j'ai réalisé davantage de quoi il en retournait. Je me suis dit que c'était peut-être plus sérieux que je ne l'avais cru.
"J'ai eu des épreuves comme toue le monde. Mais c'est extraordinaire ce que la vie m'a apporté. Je me suis réalisé. Certes, il peut y avoir récidive de ma tumeur; toutefois, j'ai confiance. Si ça arrive, je composerai avec la situation. Pour le moment, cette pensée n'affecte pas ma qualité de vie, si ce n'est qu'elle renforce ma conviction que chaque journée est importante et que j'ai le choix de la vivre intensément. Cet événement m'a permis d'enraciner davantage mes valeurs et mes convictions religieuses, entre autres."
Le Dr Carignan continue donc de diriger la destinée de l'Institut de cardiologie de Montréal. "J'ai accepté d'oeuvrer à l'Institut parce qu'il est synonyme d'excellence, de dépassement de soi et de réalisation. Un milieu semblable représente une valeur inestimable pour notre société. Le respect et la confiance y sont privilégiés. Il faut préserver cette poursuite de l'excellence et ce souci de la qualité. Nous avons ce grand défi à relever dans le contexte actuel de bouleversement des valeurs."]