| Le Dr Yves Lamontagne |
Parution: juin 2001
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Récipiendaire de la Médaille du mérite 2001 de l'AMLFC |
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Les distinctions honorifiques qu'il apprécie le plus, le Dr Yves Lamontagne peut les contempler tous les jours, suspendues aux murs de son bureau, au Collège des médecins du Québec, où elles tiennent compagnie à une d'Einstein : ce sont l'Ordre du Canada, reçu en 1988, et l'Ordre national du Québec, reçu en 1996. "Ce qui démontre bien que l'on n'est pas prophète dans son pays, souligne-t-il, puisque j'ai été décoré de l'Ordre national du Québec huit ans après avoir reçu la médaille de l'Ordre du Canada." Fait digne de mention, le Dr Lamontagne a reçu 23 prix et décorations honorifiques au Québec, au Canada et aux États-Unis, soulignant sa contribution exceptionnelle à la société, à sa communauté et à la médecine. Il a reçu, entre autres, le prix Heinz E. Lehmann d'excellence en psychiatrie, le Canadian Psychiatric Association Recognition Award, le Prix du 50e anniversaire de la Fondation du prêt d'honneur et le Warren Williams Award de l'Association américaine de psychiatrie, pour n'en nommer que quelques-uns. |
![]() Le Dr Yves Lamontagne |
Il recevra bientôt un autre prix, décerné cette fois par l'Association des médecins de langue française du Canada : la Médaille du mérite 2001, à laquelle s'ajoute la bourse Banque Nationale de l'excellence, d'une valeur de
Artiste, penseur, chercheur, communicateur, enseignant, administrateur le Dr Lamontagne est multiple. Il aime les montagnes, les hautes cimes, tout comme la mer, inspiratrice. Il place le sens de l'humour parmi les toutes premières qualités de l'existence humaine. Son esprit se plaît dans un espace où plusieurs dimensions s'interpénètrent. Le Dr Lamontagne recherche les idéaux qui le portent vers l'accomplissement. Il a voulu aller vers la connaissance, non pas abstraite et théorique, mais qui s'ancre dans la réalité et qui se caractérise par l'efficacité et l'atteinte de résultats concrets. Sa vie a été jalonnée des choix qu'il a faits. Il a vécu des ruptures qui marquent des étapes d'émancipation. Il est un homme de vision. Il est également un homme de communication. Communiquer, souvent, c'est écouter surtout. C'est peut-être ce qui l'a amené à choisir la psychiatrie.
La médecine ou le droit
Le Dr Lamontagne a d'abord hésité entre la médecine et le droit, et il s'est encore davantage posé la question quand il a coulé sa deuxième année de médecine à cause d'un échec par un point en neurologie. Heureusement, il y a eu le Dr Paul-Émile Charbonneau, chirurgien vasculaire à l'hôpital Saint-Luc. Parce qu'alors, le Dr Lamontagne n'était plus du tout certain de vouloir être médecin. C'est sans détour que le Dr Charbonneau s'est adressé à lui. "Premièrement, lui a-t-il dit, je pense que tu peux être un bon docteur. Deuxièmement, si tu as besoin d'argent, je vais te payer ton cours au complet et tu me remettras cet argent sans intérêt." Inutile de dire qu'Yves Lamontagne a compris l'essence du message. "Mets tes mitaines, mon Lamontagne. On s'en va par là." "Cet homme-là, dit le Dr Lamontagne, est arrivé au bon moment pour me dire les bonnes choses. Paul est décédé maintenant. Son fils, Martin, est devenu comme mon fils alors que son père me considérait comme son fils autrefois." Étrange retour des choses.
Yves Lamontagne voulait tout d'abord être chirurgien, à l'exemple du Dr Charbonneau. Mais la psychiatrie était une science jeune, largement inexplorée et combien fascinante pour un jeune avide de découverte. Cet appel s'est avéré irrésistible.
Alors qu'il était résident, un événement très important est venu marquer le parcours de vie du Dr Lamontagne. Il a rencontré, dans les corridors de l'hôpital Notre-Dame, en 1967, une jolie blonde, étudiante en histoire au Collège Sainte-Marie. Deux ans plus tard, Céline Lacerte devenait son épouse. Par la même occasion, il apprenait, à son grand ébahissement, qu'elle était de dix ans sa cadette, donc mineure à l'époque. Yves Lamontagne vit une histoire d'amour qui dure depuis trente-deux ans. Céline Lacerte a entrepris des études en droit à l'Université de Montréal, interrompues pendant son séjour à Londres où elle a fait du théâtre avec le Oval House Theater Group. Elle a joué avec le célèbre Pierce Brosnan, l'agent 007. Elle a été avocate en droit criminel, en pratique privée, pendant quinze ans et commissaire à la Commission Krever sur le sang contaminé. Céline Lacerte est juge à la Cour criminelle du Québec depuis 1995.
Après quinze ans de vie commune, en 1984, le couple Lamontagne accueille son premier enfant, Simon. Leur deuxième enfant, Miori, naîtra en 1987. Au sein de la famille, comme partout ailleurs, Yves Lamontagne a entretenu des visées mobilisatrices et des objectifs d'harmonisation. Il veut que chacun soit une personne qui compte au sein de la cellule familiale. D'ailleurs, le dernier livre qu'il a écrit, Et si le Québec, c'était la fierté, est dédié à son fils et à sa fille.
Sa femme et ses enfants sont ses alliés dans la vie, son oasis. Sa famille élargie, ce sont ses amis qui l'entourent et qui sont autant des professionnels de la santé que des gens d'affaires ou du milieu artistique. Sa mère, Yvette Larochelle, sorelloise d'origine, était musicienne tandis que son père, Léo-Paul Lamontagne, était comptable. La soeur du Dr Lamontagne, Claire, de deux ans sa cadette, est institutrice.
Le Dr Lamontagne et son épouse partagent des valeurs comme l'ouverture au monde et le sens des valeurs morales. Cette dernière l'a incité à s'enrôler dans une mission comme médecin auprès des enfants biafrais en Côte d'Ivoire, en 1970, alors qu'il était résident, et elle l'a accompagné. "Je n'avais pas d'argent à l'époque, souligne le Dr Lamontagne. Je n'avais que mes bras à offrir. Quand on vit une telle expérience, dit-il, plus jamais on ne se plaint de quoi que ce soit." Il a eu l'occasion de constater à quel point il y aurait lieu d'améliorer la gestion de l'aide humanitaire acheminée à ces peuples démunis. "Nous recevions des balançoires et de la pâte à dents pour les enfants alors que nous n'avions même pas de gouttes pour les oreilles ni d'antibiotiques."
Behavioriste
Le Dr Lamontagne a complété sa dernière année de résidence à l'Institute of Psychiatry de Londres, auprès du pape du behaviorisme, le Dr Isaac Marks, devenant ainsi le premier médecin francophone à se spécialiser en thérapie comportementale. C'est à lui que l'on doit l'implantation de la thérapie comportementale autant dans le milieu de la recherche que dans l'enseignement universitaire.
Le Dr Lamontagne a exercé la psychiatrie à l'hôpital Louis-H. Lafontaine pendant plus de vingt ans. Il a enseigné au département de psychiatrie de l'Université de Montréal et a été maître de thèse (maîtrise et doctorat) de 34 étudiants en sociologie, criminologie, psychologie et sciences cliniques. Il a également assumé la fonction de directeur du centre de recherche de l'hôpital Louis-H. Lafontaine. Il a été président fondateur de la Fondation québécoise des maladies mentales. Il a créé le centre Fernand-Séguin, dédié à la recherche en santé mentale. Le Dr Lamontagne explique pourquoi le centre a été nommé ainsi : Fernand Séguin avait voulu faire de la recherche en biochimie en 1947, alors qu'il travaillait à Saint-Jean-de-Dieu, et comme il n'avait pas de doctorat en médecine, la direction lui avait refusé cette opportunité. C'est alors qu'il a débuté sa carrière comme chroniqueur à la radio. Autre raison pour laquelle le Dr Lamontagne a fait ce choix : "Quand j'ai lancé la Fondation québécoise des maladies mentales, dit-il, deux personnes sont venues m'encourager au lancement officiel. Fernand Séguin a été mon premier président d'honneur. Camille Laurin était la deuxième personne qui avait cru bon de se déplacer afin de me manifester son appui." Une cause qui n'était pas populaire à l'époque, la maladie mentale.
D'importants défis
Le Dr Lamontagne a ce talent de faire fructifier ce qu'il touche et les preuves à l'appui sont nombreuses. Entre autres, il a été président de l'Association des psychiatres du Québec, de 1988 à 1998. Alors qu'il occupait ce poste, il a tenté de démythifier le rôle du psychiatre auprès de la population. Quand il a quitté l'Association, sa position sociale et financière était excellente.

Quand le Dr Lamontagne a été élu président du Collège des médecins du Québec, en 1998, il siégeait déjà depuis quatre ans au conseil d'administration. Il avait donc eu l'occasion de connaître les méandres de ce fleuve au long cours. Quand il est entré en fonction, sa vision de la gestion du Collège pouvait se résumer en trois mots : humanisme, transparence et ouverture. "Deux de mes slogans sont : "Small is beautiful" et "Keep it simple", dit-il. Le Dr Lamontagne veut faire du Collège un organisme qui peut s'affirmer dans une société en mutation et qui favorise l'excellence en médecine.
Il veut développer au Collège une philosophie de gestion humaine et sociale qui imprègne les aspects plus techniques et économiques. Il favorise l'émergence d'une pensée claire et structurée ainsi que d'une culture de l'excellence basée sur l'édification d'une vision d'entreprise limpide, bien définie, appuyée sur le consensus et la communication à tous les niveaux de l'organisation, sur l'engagement et la responsabilité. Il veut équiper les gens au Collège afin qu'ils puissent assumer un "leadership" puissant qui mobilise leur contribution créative. Le Dr Lamontagne veut fusionner le sens des affaires avec le sens de l'humain, seule véritable réponse aux nombreux enjeux qui confrontent le Collège. Il ne croit pas au fait de s'accrocher au pouvoir. Ainsi, sur sa proposition (dûment adoptée), aucun président élu au Collège ne pourra l'être pour plus de deux mandats. Et ce président ne pourra, une fois son mandat terminé, siéger au conseil d'administration. Pour ce qui est du Dr Lamontagne, il croit que d'autres défis enthousiasmants l'attendent et il n'est pas inquiet. "J'ai un bon curriculum vitae", dit-il. Il se dit un homme de court terme, qui vit dans le présent et dans l'action plutôt que de se complaire dans le passé ou le futur.
En plus de ses diplômes en médecine et en psychiatrie, le Dr Lamontagne détient un certificat de gestion d'hôpital et il est membre de l'Ordre des administrateurs agréés du Québec. Est-il devenu davantage un administrateur qu'un médecin aux commandes du Collège? "Je vous dirais que je suis un administrateur clinicien. Parfois, les gens nous arrivent avec des projets tous azimuts. Avant de s'emballer toutefois, il faut voir ce qu'il en est et commencer par le début." Le Dr Lamontagne est optimiste quant à l'avenir du Collège. Son inquiétude - et c'est la seule qu'il a au sujet du Collège -, c'est que l'aspect judiciaire y prend beaucoup de place, comme c'est le cas dans la société en général d'ailleurs. Or, le Dr Lamontagne est un homme de médiation. "Si c'était moins prononcé, dit-il, le Collège sauverait de l'argent et les médecins également."
La musique et l'écriture
On ne peut discourir sur le Dr Lamontagne sans évoquer son attirance pour la musique, l'écriture et les arts de la communication. On peut dire sans conteste que par la musique, l'écriture, la radio et la télévision, le Dr Lamontagne a manifesté qu'il était attiré par ce qui touche à la profondeur et à la subtilité. L'art n'est-il pas un moyen de communiquer avec tous les hommes de tous les pays, de toutes les races et de tous les temps?
La dimension artistique est plus qu'un passe-temps pour le Dr Lamontagne. Il est l'un des cofondateurs de la Fondation pour l'art thérapeutique et l'art brut du Québec. La musique et l'écriture font partie de sa nature profonde. "Toute intelligence tend à n'être qu'un chant", disait Suarès. Et Stravinski rappelait la définition d'un sage chinois : "La musique est ce qui unifie. Elle nous apparaît comme un élément de communication avec le prochain et avec l'être."
De 16 ans à 22 ans, le Dr Lamontagne a été chansonnier. Il a composé une cinquantaine de chansons à saveur sociale, humoristique et sentimentale. Au cours des cinq dernières années, il a enregistré deux disques compacts, La bande du Doc live et Le Doc au casino. Non seulement le Dr Lamontagne s'exprime-t-il par la musique, il le fait également par l'écriture. Dans ses Pensées, Pascal fait une réflexion qui pourrait bien s'appliquer aux 28 livres qu'a écrits le Dr Lamontagne : "Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s'attendait à voir un auteur, et on trouve un homme."
Parmi cette abondante littérature, y a-t-il un livre que préfère le Dr Lamontagne? "Les livres, dit-il, c'est comme des enfants. C'est toujours ton dernier-né qui est le plus beau." Ses 15 premiers livres étaient principalement d'ordre scientifique tandis que les derniers s'adressent davantage au grand public. Certains sont traduits en anglais, en espagnol et en lithuanien. Outre ses livres, le Dr Lamontagne a aussi rédigé 171 articles scientifiques publiés au Canada, aux États-Unis et en Europe, 33 abrégés et 24 chapitres de volumes.
Le Dr Lamontagne est membre de l'Union des artistes depuis 1973. Il a accordé près de 400 entrevues dans les journaux et magazines. Il a participé à plus de 500 émissions de télévision à titre d'annonceur, de chroniqueur ou d'expert. Ses diverses expériences dans le domaine des médias lui ont beaucoup apporté. Le Dr Lamontagne accorde une importance toute particulière à la vulgarisation scientifique. Il croit que pour se faire comprendre, il faut être accessible, simple et direct, et qu'il faut dire les choses sans faux-fuyant.
Sa carrière est jalonnée de prix prestigieux en communication. Il a reçu, entre autres, le Prix de la meilleure émission documentaire du Canadian Professional Television (1985), le Robert L. Robinson Award de l'American Psychiatric Association, le Prix média de l'Association des infirmières et infirmiers du Canada, le Prix des communications du Québec et le Certificat d'excellence comme communicateur émérite en santé du Groupe La Mutuelle et de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Le croirez-vous? Il est possible de percevoir quelque chose de l'enfant espiègle chez le Dr Lamontagne, malgré les vents et marées qu'il a dû traverser dans la vie. De la candeur dans le ton grave, l'amour de la nature, la capacité de s'émerveiller, de se surprendre, de s'amuser et de rire de bon coeur. Il a gardé de la jeunesse, la recherche inlassable de la vérité, l'idéalisme, la fougue et la passion. À la maturité - il aura bientôt 60 ans-, il est devenu philosophe. Des valeurs importantes pour lui : la justice, la bienveillance, la compassion, la générosité, le dévouement, le courage et l'authenticité. Il croit encore, en notre siècle perturbé, en des valeurs comme le vrai, le beau et le bien.]