Le Dr Alexandre Prat
Parution: mai 2001

Reconnaissance de l'excellence de la recherche en neuroimmunologie au Québec
Par Danielle Lapointe


Le Dr Alexandre Prat a reçu l'an dernier le prestigieux prix Mitchell de l'Académie américaine de neurologie, qui regroupe plus de 16 000 membres. C'était la première fois qu'un jeune chercheur canadien recevait ce prix. "Il fallait bien que quelqu'un en particulier reçoive le prix, dit le Dr Prat, mais il s'agit véritablement d'une collaboration entre des chercheurs en recherche fondamentale et clinique, regroupés en plusieurs équipes : celle du Dr Jack P. Antel à l'Institut neurologique de Montréal (Université McGill), celle du Dr Pierre Duquette à l'hôpital Notre-Dame du CHUM et celle du Dr Réjean Couture à l'Université de Montréal."


Le Dr Alexandre Prat

Le prix Mitchell couronnait cette fois des travaux de recherche sur le rôle de la barrière hématoencéphalique combinant et intégrant les dernières connaissances issues de l'immunologie, de la chimie organique, de la synthèse des peptides (plus particulièrement celle des neuropeptides) ainsi que les résultats d'études pharmacologiques. Cette recherche est parrainée par la Société de la sclérose en plaques du Canada.

"On m'a remis le prix parce que j'ai assuré la coordination des efforts de tous et chacun", mentionne le Dr Prat. En vérité, il est question ici d'un jeune brillant chercheur qui représente la relève et une valeur sûre pour l'avenir de la médecine et de la recherche fondamentale plus précisément. Il est soutenu et porté en avant par des chercheurs émérites qui nourrissent un projet ambitieux dont la portée sociale est immense : mieux comprendre les mécanismes d'action qui entrent en jeu dans la sclérose en plaques, afin éventuellement de mettre au point des protocoles thérapeutiques efficaces.

Ils ne sont pas si nombreux ceux qui osent s'aventurer sur les falaises escarpées de la recherche fondamentale. Il faut avoir le goût prégnant des cimes réputées inaccessibles. Le Dr Prat est un chercheur en communications intercellulaires et un explorateur de l'infiniment petit. Il tente d'élucider les mécanismes responsables des phénomènes inflammatoires et vasculaires observés chez les personnes atteintes de la sclérose en plaques.

Le Dr Prat et ses collègues étudient plus spécifiquement la rupture de la barrière hématoencéphalique, qui permet aux cellules du système immunitaire de détruire la myéline et d'attaquer le système nerveux central (cerveau, cervelet et moelle épinière). Les chercheurs qui s'intéressent à ce projet tentent de mieux comprendre comment tout cela se déroule, pour pouvoir ensuite mettre au point des moyens d'empêcher les cellules immunitaires du sang de traverser la barrière hématoencéphalique ou encore de favoriser le transport d'agonistes, tels que des peptides naturels ou synthétiques, ayant une action thérapeutique sur les centres cérébraux lésés. Parmi ces peptides, le Dr Prat consacre son attention à la bradykinine, dont l'action sur les cellules endothéliales et sur la perméabilité de la barrière hématoencéphalique l'intéresse au plus haut point.

La sclérose en "taches"

Au 19e siècle, on parle de "sclérose en taches" ou "en îles". C'est en 1866 que le terme de sclérose en plaques fut utilisé pour la première fois, par A. Vulpain. Et il aura fallu attendre jusqu'en 1868 pour en avoir une description claire et précise, réalisée par le Dr Jean-Martin Charcot. La sclérose en plaques, une affection démyélisante, touche plus de 2 millions de personnes à travers le monde, dont les 2/3 sont des femmes. Elle débute le plus souvent chez les personnes âgées entre 20 et 40 ans. Elle est la maladie la plus répandue chez les jeunes adultes au Canada, pays où son incidence est l'une des plus élevées au monde. Les atteintes résultant de la sclérose en plaques sont variées et graves : des troubles de l'équilibre, de la vue, de l'élocution, une fatigabilité extrême, des engourdissements, de l'incontinence, de la paralysie et même la mort.

Un jeune homme déterminé

Le Dr Alexandre Prat a débuté ses études de médecine à la Faculté de l'Université de Montréal en 1990. Il avait complété auparavant un baccalauréat en biochimie parce qu'il a toujours voulu faire de la recherche et qu'il avait d'abord été refusé en médecine. Il aime le raisonnement scientifique et les sciences du vivant. Il n'a jamais pensé à des professions comme le droit ou l'ingénierie. Sa décision était prise dès le début. Il n'en a été que plus heureux quand il a finalement été accepté à la faculté de médecine. "La médecine permet d'acquérir une bonne base de connaissances en biologie et en physiologie humaines, dit-il, ce que l'on ne retrouve pas nécessairement en biologie générale ni en biochimie. La médecine m'a permis d'approfondir mes connaissances."


"La médecine permet d'acquérir une bonne base de connaissances en biologie et en physiologie humaines, ce que l'on ne retrouve pas nécessairement en biologie générale ni en biochimie. La médecine m'a permis d'approfondir mes connaissances."
- Dr Alexandre Prat

Le Dr Prat considère que le parcours en dents de scie qu'il a connu lui aura finalement été bénéfique et qu'il en ressort gagnant. Il est plus déterminé que jamais à atteindre ses objectifs. Compte tenu de sa formation en biochimie, plusieurs cours lui ont été crédités. Il a alors pris la décision d'entreprendre une maîtrise en physiologie en même temps qu'il complétait ses deux premières années de médecine, ce qui n'est pas commun.

C'est dans le cadre de sa maîtrise que le Dr Réjean Couture lui a fait découvrir l'univers captivant de la physiologie du cerveau, qui le passionne tant aujourd'hui. Il choisit par la suite de faire sa résidence en neurologie à l'hôpital Notre-Dame où il rencontre son deuxième père spirituel, le Dr Pierre Duquette, qui, lui, l'a intéressé à la sclérose en plaques.

C'est à ce moment que le Dr Prat décide de s'inscrire au doctorat avant même d'avoir terminé sa résidence, une autre initiative peu ordinaire. Le Dr Duquette lui présente alors le Dr Jack P. Antel, de l'Institut neurologique de Montréal, dont les recherches portent justement sur la sclérose en plaques. À l'heure actuelle, le Dr Prat en est à compléter son doctorat sur cette pathologie. Au mois de septembre, il retournera à l'hôpital Notre-Dame afin de poursuivre sa résidence. Il laisse la porte ouverte à toute formation additionnelle, mais comme il le dit : "J'ai déjà à mon actif un baccalauréat et une maîtrise, auxquels s'ajouteront très bientôt un doctorat et mon diplôme de médecin." Et il n'a que 31 ans.

Où en est-on rendu dans la recherche sur la sclérose en plaques? Le Dr Prat souligne qu'il y a encore beaucoup à apprendre au sujet de cette maladie. Son étiologie demeure à ce jour inconnue. De façon générale, il est considéré que la sclérose en plaques est causée par une combinaison de certains facteurs tels qu'une attaque virale, un système immunitaire déficient ou une susceptibilité génétique. "L'aspect psychologique, ajoute le Dr Prat, pourrait éventuellement influencer le déroulement de la maladie, mais ne semble pas être en cause quant à son déclenchement." Les chercheurs sont actuellement sur la piste d'un virus qui - stimulé peut-être par un autre facteur environnemental - pourrait jouer en quelque sorte le rôle de détonateur chez un individu génétiquement prédisposé. Ils tentent d'identifier précisément les gènes en cause et leurs rôles respectifs. Les facteurs environnementaux constituent un autre axe de recherche.]