| Marie-Ève Arsenault |
Parution: mai 2001
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L'avenir de la médecine est entre bonnes mains |
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Marie-Ève Arsenault ne craint pas de s'engager sur le plan humain, social et professionnel. Elle a d'ailleurs été récipiendaire du Prix d'implication sociale remis par l'AMLFC, en 1998. L'humanisme en médecine et l'engagement sont importants. Elle espère ne jamais oublier son choix d'être médecin d'abord et avant tout pour les patients. "Lorsqu'on est confronté aux multiples contraintes hospitalières, dit-elle, on peut en venir à perdre de vue cet objectif, parce que c'est difficile actuellement." |
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Marie-Ève Arsenault
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Pendant ses quatre années de formation à l'Université de Sherbrooke, elle a été présidente de sa classe - composée majoritairement de filles - et a occupé un poste à l'Association des étudiants de la faculté de médecine. Elle a pu constater que les préoccupations majeures des étudiants sont d'obtenir une formation de qualité, d'être évalués justement et que leurs professeurs soient passionnés et engagés dans l'enseignement de la médecine. Il est également important pour eux d'avoir accès à des ressources d'entraide.
Marie-Ève Arsenault fait aujourd'hui partie d'un groupe d'entraide pour les étudiants en difficulté, que ce soit au niveau scolaire ou de leur vie personnelle. Ce groupe est formé d'une quinzaine d'étudiants disponibles en tout temps et de professeurs. Dès la première année, plusieurs étudiants font appel au groupe d'entraide. Déjà, le fait de se retrouver principalement entre premiers de classe crée un stress certain. De plus, pour certains, il s'agit d'un véritable dépaysement. Ils ont dû quitter leur région natale, leur famille et leurs amis. Ils doivent tout reconstruire en quelque sorte; c'est une adaptation à tous les niveaux. Et puis, le programme d'études à l'Université de Sherbrooke permettant de gérer son temps, beaucoup étudient de façon compulsive et s'épuisent ainsi. Les premiers examens également sont difficiles puisque l'étudiant ne sait pas à quoi s'attendre. Le groupe d'entraide dispose d'une liste de professionnels disponibles qui peuvent aider les étudiants selon leurs besoins lorsqu'une aide plus soutenue est requise.
Le groupe d'entraide organise des conférences sur des sujets divers et variés. Parmi les thèmes déjà abordés : Comment allier carrière et famille, Gestion de stress, Étudiants en médecine et dépression. D'autres activités sont aussi organisées, telles que des pièces de théâtre, des concerts, des dégustations de vins et fromages, des parades de mode, etc. Marie-Ève Arsenault a toujours mis la main à la pâte pour la réalisation de ces événements. Étant musicienne, elle a entre autres collaboré étroitement au concert de la Faculté en 1998. Elle a aussi exposé des photographies lors des vernissages de la Faculté en 1998 et en 1999, et fut l'animatrice du spectacle Les Lauriers, une rétrospective de l'année 1997.
À la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke a été mis sur pied un programme de parrainage entre étudiants (parrain-filleul). Chaque étudiant de première année est jumelé avec un étudiant de deuxième année. "Pour ma part, j'appelais ma filleule à la veille de ses examens pour l'encourager, mentionne Marie-Ève Arsenault. Je lui prêtais mes notes de cours. J'organisais des soupers avec elle pour discuter de son vécu académique. Chaque parrain a la responsabilité de bien s'occuper de son filleul."
Malgré les difficultés rencontrées, il est plutôt rare qu'un étudiant en médecine mette un terme à sa formation. "C'est difficile d'abandonner la médecine, soutient Marie-Ève Arsenault. Il y a tellement de pression de la part de tous et chacun à l'encontre d'un abandon en médecine, que ceux qui y songent n'y donnent pas suite, et ce, même si pour certains, ce pourrait être la meilleure solution. Pourtant, si quelqu'un veut vraiment abandonner la médecine, il peut le faire. Ce n'est pas un contrat à vie. Il a le droit d'abandonner. La médecine n'est pas faite pour tout le monde. Mais le plus souvent, les étudiants vont poursuivre leur formation.
"Il est vrai qu'au début, on ne sait pas vraiment dans quoi on s'engage. On se retrouve en médecine parce que l'on a obtenu de bonnes notes, qu'on aime les sciences et qu'on veut aider les gens. Quand nous sommes sur le terrain, ou bien nous avons un coup de coeur pour cette profession ou bien nous sommes tentés de remettre certaines choses en question. Pour la plupart des étudiants, tout se déroule pour le mieux; mais ils ne sont pas toujours conscients de tous les enjeux reliés à cet engagement."
À Sherbrooke, dès la première année, les étudiants participent à un stage d'immersion clinique qui leur fait mieux connaître la réalité médicale. Pendant trois semaines, ils suivent des médecins dans leur pratique afin de se familiariser avec la profession. "On ne peut être médecin seulement de 9 h à 17 h chaque jour. On est médecin 24 heures par jour, 7 jours par semaine et 365 jours par année, pour toute la vie. Pour ma part, j'aime beaucoup la médecine et j'accepte ce contrat même s'il y a des contraintes hospitalières, des tours de garde, etc." dit Marie-Ève Arsenault. Comme tous les étudiants de sa génération, elle attache de l'importance à la qualité de vie. Cependant, elle n'évalue pas nécessairement sa qualité de vie en fonction du nombre d'heures travaillées. Pour elle, la qualité de vie, c'est pratiquer la médecine qu'elle aime. Elle veut aussi se réserver du temps pour sa vie personnelle, d'autant qu'elle projette un jour de fonder une famille.
Marie-Ève Arsenault ne s'illusionne pas. Elle a pu constater quel est le climat en milieu hospitalier. Elle sait la difficulté qu'ont souvent les médecins à faire admettre leurs patients à l'hôpital et toutes les frustrations que cela entraîne. "Je m'en rends compte, dit-elle, et il est certain que plusieurs médecins sont fatigués de devoir se battre pour pouvoir soigner leurs patients. Il n'en demeure pas moins que les médecins que je côtoie ont encore le feu sacré et que malgré une situation qui n'est pas idéale dans les hôpitaux, j'ai confiance en l'avenir." Un avenir incertain toutefois, qui préoccupe les étudiants en médecine. "Les futurs médecins aimeraient se retrouver dans un milieu épanouissant quand ils exerceront la médecine. Au coeur du débat se retrouve le patient, dit Marie-Ève Arsenault. Personnellement, j'aimerais travailler dans un milieu où je ne me sentirai pas freinée constamment dans ma démarche pour offrir des soins. Je n'en suis pas encore rendue à la désillusion, mais il y a des choses inacceptables et il ne faut pas hésiter à les dénoncer."
Santé Sans Frontière
L'engagement, pour Marie-Ève Arsenault, se traduit aussi par sa participation à Santé Sans Frontière (SSF), un organisme qui chapeaute tous les stages en santé internationale et communautaire pour les étudiants en médecine à travers le Québec. Elle a reçu à deux reprises une bourse de 200 $ de la Fondation Jules et Paul-Émile Léger pour la réalisation de stages internationaux. Santé Sans Frontière a été créé sur l'initiative d'un groupe d'étudiants de l'Université de Sherbrooke. Un étudiant en médecine intéressé à faire un stage à l'étranger peut s'adresser à Santé Sans Frontière, qui l'aidera dans sa démarche, le guidera pour le financement de son voyage, le mettra en contact avec des médecins et des organismes qui l'accueilleront dans différents pays et lui faciliteront la vie, lui fournira tous les renseignements nécessaires pour son premier contact avec les gens d'une autre culture, d'un autre pays. Santé Sans Frontière organise aussi des levées de fonds et différentes activités pendant l'année, telles que des goûters internationaux, des conférences données par des médecins qui ont fait des stages à l'étranger. De plus, un colloque en santé internationale est tenu annuellement.
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"Les futurs médecins aimeraient se retrouver dans un milieu épanouissant quand ils exerceront la médecine. Au coeur du débat se retrouve le patient." - Marie-Ève Arsenault |
Entre sa première et sa deuxième année de médecine, Marie-Ève Arsenault s'est rendue en Inde et entre sa deuxième et troisième année, elle s'est rendue au Pérou. En Inde (dans le sud), son contact était un cardiologue de la ville de Pondichéry. Six étudiants participaient à ce voyage. Ils ont fait un stage d'environ un mois dans de gros hôpitaux privés de soins tertiaires et également secondaires, ainsi que dans des hôpitaux de ville, privés et publics. Ils se sont rendus dans de petits centres de santé, dans des villages perdus. Ils se sont initiés à la diversité des soins de santé offerts dans ce pays.
À la suite de son stage d'un mois, Marie-Ève Arsenault a prolongé son séjour en Inde d'un autre mois. "Nous étions partis avec l'idée d'aller aider un peu, dit-elle. Mais six Québécois pour un milliard d'Indiens... Ce sont plutôt les Indiens qui nous ont apporté beaucoup." Marie-Ève Arsenault continue de correspondre régulièrement avec la famille qui l'a accueillie là-bas. "Ici, nous avons nos petits problèmes, dit-elle, qui sont de vrais problèmes quand même; mais là-bas, c'est la vraie misère. Des millions de personnes vivent dans la rue, complètement démunies. On revient ici en ayant l'esprit plus ouvert et on est plus tolérant et respectueux envers les autres cultures. Veux, veux pas, ce stage m'a obligée à faire un exercice d'introspection sur mes propres valeurs. Là-bas, la spiritualité est omniprésente et se vit au quotidien. Les Hindous nous demandent en quoi nous croyons, quel est le sens de la famille pour nous. Je me suis sentie dépourvue spirituellement. En Inde, ils croient au cycle de la réincarnation. Le médecin est vu davantage comme un accompagnateur et il n'est pas pris pour acquis qu'il va nécessairement changer le cours de la maladie. Ici, nous adoptons plutôt une attitude d'acharnement thérapeutique, plus particulièrement aux soins intensifs dans les hôpitaux. Là-bas, qu'un patient aille mal ou bien, il est considéré qu'il vit son karma, issu de ses vies antérieures. Chacun vit son karma. On peut dire : "C'est bien fataliste." Mais il est certain que l'on gagne à réfléchir sur ces valeurs culturelles."
Au Pérou, Marie-Ève Arsenault a vécu une autre expérience marquante. Elle a travaillé pendant un mois dans les Andes, dans de petits centres de santé éloignés de toute civilisation, dans un petit village à 3 500 mètres d'altitude. Les routes sont souvent impraticables dans ces montagnes. Il n'y a qu'une seule auto pour tout le village. C'est parmi les Quechua, habitants des Andes et descendants des Incas, qu'elle s'est retrouvée. Elle y a appris l'espagnol... et à se débrouiller avec le strict minimum. Le plus souvent, il n'y avait pour toute nourriture que des pommes de terre ou du maïs. De plus, il y faisait froid. Elle devait marcher pendant deux heures pour faire le tour des maisons dispersées de cette localité sise à quatre heures de route de Cuzco. Encore aujourd'hui, les habitants de cette région ont une réticence certaine à l'égard des médecins étrangers. C'est au chaman que les villageois s'adressent. Le médecin doit donc oeuvrer en collaboration avec lui. Les principaux problèmes de santé, dont meurent plusieurs enfants, sont la malnutrition, la pneumonie, la diarrhée et la déshydratation. La pauvreté, le climat ingrat, l'infertilité des terres, l'eau impropre à la consommation, les conditions d'hygiène déficientes et l'absence d'installations sanitaires en sont les multiples causes. Ce voyage a permis à Marie-Ève Arsenault d'élargir son ouverture d'esprit et d'augmenter sa tolérance. Elle y a acquis une vision plus large de la médecine. Elle aimerait maintenant se rendre en Afrique pour y faire un stage en maladies infectieuses.
L'humanisme allié à la science
C'est cet été que Marie-Ève Arsenault obtiendra son diplôme et débutera sa résidence en médecine interne. Pourtant, avant d'opter pour la médecine, elle aura voulu tout faire, être avocate, journaliste, professeure, ambassadrice. C'est parce que la médecine allie science et contacts humains qu'elle l'a choisie.
Elle a été admise dans les quatre facultés de médecine, mais a opté pour l'Université de Sherbrooke parce qu'elle aime la région des Cantons de l'Est (qu'elle connaît bien puisqu'elle est native de Magog). Le fait qu'il y ait un programme d'apprentissage par problèmes à Sherbrooke a également contribué à ce choix. Les autres universités adoptent graduellement l'apprentissage par problèmes, mais Sherbrooke demeure quand même la seule faculté à offrir un programme basé presque exclusivement sur cette formule. Marie-Ève Arsenault aime aussi l'horaire qui comprend de nombreuses plages libres. "Nous avons environ cinq demi-journées de cours, dit-elle. Pour le reste, l'organisation de notre temps d'étude est laissée à nous-mêmes." Cela lui a permis de poursuivre ses activités parascolaires. À l'externat, cependant, l'horaire était beaucoup plus serré. On parle ici de semaines de 60 à 70 heures avec des stages en chirurgie ou en gynéco-obstétrique.
L'Université de Sherbrooke a fait preuve d'innovation en matière de formation médicale. Une initiative novatrice qui caractérise la philosophie de l'Université en matière de formation, c'est ce camp de sexologie d'une semaine offert aux étudiants et qui se tient à la fin de la deuxième année de médecine. Les étudiants sont accueillis dans un camp de vacances où des cours sont donnés sur tous les aspects de la sexualité. Des transsexuels, des personnes victimes de viols et autres, des psychologues, des travailleurs sociaux se rendent sur les lieux pour y donner des conférences. On y traite de la sexualité de l'enfant, de l'adolescent, de l'adulte, de la personne âgée. Il y a aussi des ateliers de discussion. Ce camp favorise l'ouverture d'esprit et la réflexion. Les futurs médecins, comme le souligne Marie-Ève Arsenault, seront ainsi mieux préparés à faire face à toutes situations dans leur pratique quotidienne.
Entre la médecine familiale et la médecine interne, Marie-Ève Arsenault a hésité assez longtemps. Finalement, son attrait pour la cardiologie et la pneumologie, de même que le fait que le médecin omnipraticien doivent souvent référer ses patients à un spécialiste ont fait pencher la balance du côté de la médecine interne, plus particulièrement de la médecine interne générale.
C'est toute la personne humaine qui importe à Marie-Ève Arsenault. Elle préconise une approche globale du patient, ce que lui permet la médecine interne générale. Cette spécialité ne lui laisse pas la possibilité de faire de l'obstétrique-gynécologie, mais cette pratique ne faisait pas partie de ses plus grands intérêts. Si jamais elle regrette sa décision, elle s'orientera alors vers la médecine de famille. "C'est sûr, dit-elle, que j'ai fait un choix qui n'est pas nécessairement parfait, mais il est satisfaisant."
Marie-Ève Arsenault se prépare à exercer la médecine en région, dans les Cantons de l'Est, ou même ailleurs, en Abitibi, à Sept-Îles ou encore en Gaspésie où elle a fait des stages. "Mais j'ai l'Estrie dans le coeur", dit-elle. Après un séjour plus ou moins long en région, il est possible qu'elle revienne dans un milieu universitaire parce qu'elle aimerait enseigner la médecine. Elle cultive également un intérêt pour la médecine internationale et les voyages.]