| Le Dr Marcien Fournier |
Parution: mai 2001
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Le pathologiste : d'abord un diagnosticien |
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Certainement, le chef du service d'anatomie pathologique et de cytologie de l'hôpital Laval, à Sainte-Foy, le Dr Marcien Fournier, est d'une mouture autre. Malgré une spécialité qui peut sembler un peu morne à d'aucuns, le Dr Fournier a su y trouver son mode d'expression. "J'ai des opinions et je n'hésite pas à les exprimer. Je suis même un peu politicien sur les bords." Cette déclaration n'est pas un lapsus : à une époque, un parti politique provincial cherchait sérieusement à le recruter. La tentation était forte, dit-il, de se lancer dans cette arène, mais le moment peu opportun, en raison de sa jeune famille. Aussi a-t-il trouvé d'autres tribunes pour mettre à profit son sens de l'organisation et faire valoir ses idées, notamment l'Association médicale canadienne, l'Association des pathologistes du Québec, l'École de technologie médicale de Rimouski (comme cofondateur), le comité de rédaction de L'Économiste médical, etc. |
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Le Dr Marcien Fournier
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Pour en revenir à l'image des anatomopathologistes, le Dr Fournier vous dira que la pratique des autopsies correspond à moins de 1% de son travail et qu'il n'y a rien de morbide dans l'étude des tissus humains. "Au contraire, c'est passionnant! À force de regarder comment c'est fait, on peut apprendre comment ça fonctionne et contribuer à l'amélioration des traitements. Avec l'évolution des techniques d'investigation, le pathologiste est devenu un diagnosticien avant tout plutôt qu'un contrôleur : il participe donc aux discussions sur tous les cas graves dans un hôpital. Enfin, sa clientèle directe est particulière puisqu'elle se compose de cliniciens. Tout cela fait que l'anatomopathologie n'est pas une discipline comme les autres."
Le Dr Fournier est intarissable sur sa spécialité, où il dit avoir trouvé la nourriture scientifique qui l'intéressait et l'occasion de réaliser ses aspirations humanitaires et sociales. Cette passion, qui perdure toujours, il l'attribue au Dr Carlton Auger, "grand patron et mentor" qui a su allumer sa flamme. "J'ai parfois l'impression que les éducateurs de ce calibre, les professeurs charismatiques se font plus rares de nos jours... je trouve en fait que l'enseignement aux futurs médecins est devenu trop sectorisé, didactique, technique. On veut tout connaître, mais on a oublié le plaisir d'apprendre."
De variété et de région
Dès la fin de sa résidence, Marcien Fournier part, sous le patronage de l'ACDI, enseigner la pathologie et l'histologie à l'Université Mohamed V, à Rabat au Maroc. À son retour au pays débutera un cycle d'une dizaine d'années (1967-77) où il cumulera des fonctions diverses auprès d'hôpitaux du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord : principalement comme directeur des laboratoires cliniques, responsable du service de consultation en anatomopathologie et consultant en hématologie clinique à l'hôpital Saint-Joseph de Rimouski, où il a également occupé le poste de président du conseil d'administration. Également comme conseiller médical pour des entreprises privées (Iron Ore, Québec Cartier Mining) et comme consultant en pathologie pour les hôpitaux de Port-Cartier, Shefferville et Gagnon. Est-il besoin de dire qu'il s'est frotté un peu partout à l'administration hospitalière, CMDP et conseils d'administration y compris, en plus de présider la section Bas-Saint-Laurent de l'Association médicale du Québec (1969-73) et d'être témoin de l'instauration du premier CRSSS (Bas-Saint-Laurent - Gaspésie)?
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"La médecine au service de l'administration et non l'inverse, on sait ce que ça donne..." - Dr Marcien Fournier |
Durant la même période, il a aussi agi à titre de coroner et médecin légiste dans le district judiciaire de Rimouski et les districts adjacents. "Ces fonctions m'ont permis de vivre une expérience extraordinaire et troublante à la fois... Quoi qu'il en soit, dans une région en plein essor, il faut être polyvalent - être disponible - pour répondre à diverses demandes de la société. Non seulement pour survivre, mais pour s'intégrer. Moi, cette diversité d'engagements, de lieux et de gens me plaisait."
Puis, en 1977, s'est présentée l'occasion d'une nouvelle expérience, celle du milieu universitaire [d'abord à l'Hôtel-Dieu de Québec et très rapidement par la suite à l'hôpital Laval, à son poste actuel]. Depuis, le Dr Fournier s'est en quelque sorte spécialisé en pathologie pulmonaire, comme en font foi les nombreux articles, présentations en formation médicale continue et protocoles de recherche qui jalonnent sa carrière. "Le poumon s'est offert à moi! Mais j'ai aussi des intérêts particuliers en pathologie tumorale, médicale et environnementale."
L'instrumentation : cuisine et paradoxe
La pathologie, on le sait, est une discipline d'observation méticuleuse. "Les patients ne nous parlent pas, nos instruments et nos lames non plus. Le médecin pathologiste doit donc être capable de voir en un instant s'il y a quelque chose d'anormal dans un champ microscopique et en tirer les bonnes déductions, c'est-à-dire reconstruire la vision de l'ensemble. L'appareillage ne fait que préparer le tissu à cette étude." Cette rigueur objective peut-elle déteindre sur la vie privée? "On me dit assez bon observateur, bien évidemment, je ne dis pas tout ce que je vois... Par exemple, devant un coucher de soleil, le pathologiste s'intéressera aux séquences du phénomène et aux nuances des couleurs - il a un réflexe analytique." Plus la technique devient spécialisée, poursuit le Dr Fournier, plus les humains lui font confiance, et ce, jusqu'au point de dépendance parfois aveugle. En médecine, dit-il, il faut toujours garder une bonne dose de subjectivité, particulièrement en anatomopathologie où, en plus d'agir comme un ingénieur, il faut penser comme un architecte.
Quant aux dossiers médicaux informatisés, pour documenter l'histoire clinique médicale complète d'un individu, le Dr Fournier y voit une méthode d'archivage très intéressante, à condition que l'individu en question en garde le contrôle et que son histoire ne soit pas utilisée à toutes les sauces... Quand nous aurons connu les perfectionnements technologiques en cascade que l'on nous annonce, croit-il, nous verrons le retour à des valeurs fondamentales véhiculées dans la philosophie classique. Se disant lui-même amateur (sans être connaisseur) d'art et de belles-lettres, le Dr Fournier lance cette boutade : "Si j'avais été riche dans ma jeunesse, je serais devenu chercheur ou poète. Il est maintenant trop tard pour faire de la recherche, mais il me reste la poésie."
Le Dr Fournier a toujours apporté une attention particulière à l'usage de la langue française, tant en médecine que dans la vie courante. Et il a institué le comité du bilinguisme au sein de l'Association médicale canadienne, quand il en était le président (1989-90). "Il est important de maintenir le visage français dans l'expression scientifique, tout en composant avec le leadership - et les subventions - que représentent les publications en langue anglaise. La culture, c'est une chose; la médecine et la science répondent à des exigences différentes."
Humaniste dans sa curiosité de tous les aspects de la vie humaine, du plus personnel au plus général, le Dr Fournier déplore que les médecins n'aient plus, comme autrefois, "un peu de temps libre pour s'engager socialement. Aujourd'hui, on est tellement pris par la profession..." Cet homme, qui n'a jamais compté les heures de travail, est aussi un amant de la nature qui passe le plus de temps possible à l'extérieur, à moins que ne se présente la combinaison fromage-porto devant un bon feu de foyer...
"Depuis quelques années, je me réserve davantage de pauses pour le conditionnement physique, surtout en jouant au tennis le matin. Et le plus souvent possible, je marche pour me rendre à l'hôpital (un aller-retour de 7 km). Comme tout le monde, le médecin doit prendre son avancement en âge au sérieux; on ne peut plus courir au même rythme - au sens propre et figuré. Il faut changer des choses, être moins bousculé. Il est vrai qu'avec l'expérience, les tâches prennent moins de temps; mais c'est justement lorsqu'un pathologiste a beaucoup d'expérience qu'il reçoit de plus en plus de demandes de ses confrères."
À 65 ans, dit le Dr Fournier, la perspective de la retraite est drôlement proche. Toujours aussi occupé, il aimerait tirer progressivement sa révérence. "Ni lâcher tout d'un coup, ni continuer éternellement. La charge de travail m'apparaît de plus en plus lourde en vieillissant. Je crois que le plus difficile, c'est de prendre des décisions, de trancher. Avec la maturité et l'expérience, on est plus à même d'apprécier la complexité des choses, de nuancer. Alors qu'étant plus jeune, on est plus catégorique, on a tendance à tout voir en noir et blanc. Personnellement, je ne crois pas à la perfection de ceux qui ne connaissent jamais d'accrocs, qui ont une fiche de route de 100%. Si ces gens existent, on devrait leur suggérer de travailler ensemble pour s'assurer qu'ils se comprennent bien entre eux... Moi, je roule à plus ou moins 85 %, et je suis heureux comme ça."
La médecine au service de l'administration et non l'inverse, on sait ce que ça donne..."
À l'instar d'autres spécialités médicales, l'anatomopathologie au Québec vit un manque d'effectifs flagrant. Et cela va s'aggraver dans les années à venir : d'ici quatre ou cinq ans, le déficit sera au moins de 30 à 40 spécialistes. Cela se traduit par une surcharge de travail pour les quelque 150 anatomopathologistes en poste à l'heure actuelle. Il ne faut pas oublier, souligne le Dr Fournier, que la loi médicale exige que tout tissu humain - mort ou vif - soit analysé par un pathologiste. Les étudiants ne se bousculent pas aux portes de la spécialité...
"Il y a effectivement de la morosité dans l'air. Mais étant plutôt de nature optimiste, je crois que chaque événement peut nous apprendre quelque chose. La vraie question est de savoir comment gérer les événements. Ainsi, devra-t-on diminuer le champ d'activité de l'anatomopathologie pour cause de manque de spécialiste? Aurons-nous plutôt besoin d'assistants (sans responsabilités cliniques) pour nous aider? Faudrait-il recruter davantage à l'étranger? L'ingénierie technologique fera-t-elle suffisamment de progrès pour répondre aux besoins? Les avancées scientifiques sont prometteuses dans le sens où elles permettent de poser des diagnostics plus précis. Cependant, plus les analyses techniques sont "pointues", plus elles exigent, en général, de temps et d'argent..."
Chose certaine, au nombre de biopsies qui se pratiquent dans les hôpitaux, la nécessité des services de pathologie n'est pas près de s'éteindre. Mais encore faut-il en avoir la vocation. "Pour moi, c'est médecin d'abord! dit le Dr Fournier. Ce n'est plus l'horaire qui importe alors, mais bien le service aux confrères, à l'hôpital et à la société. Il ne faut pas blâmer la nouvelle génération de vouloir un horaire raisonnable. Toutefois, les jeunes médecins apprendront en cours de carrière qu'on ne peut pas toujours dire non à un supplément de travail. Il arrive qu'on ne puisse pas faire attendre un patient au lendemain. La pratique de la médecine se prête mal aux horaires réguliers, et c'est là qu'intervient la vocation." Toujours aussi passionné par sa profession, le Dr Fournier estime qu'une partie du malheur de notre système de santé réside dans ses structures, qui aboutissent à une mauvaise répartition de la tâche.
"Selon moi, la seule façon de résoudre le problème du financement et de la distribution des soins, c'est que les professionnels de tous les domaines et de tous les niveaux reprennent le leadership dans la prestation des soins de santé. Dans cet univers où la globalisation est en vedette, il faudrait peut-être se rappeler cette pensée d'Aristote : "Au-delà de 100 000 hommes, il n'y a pas de démocratie"."]