| Le Dr Pierre Comtois |
Parution: avril 2001
|
|
Médecin de famille et fier de l'être |
|
|
|
|
|
Le Dr Pierre Comtois est "un gars ben ordinaire" comme dirait Robert Charlebois. Ordinaire? Bien, on verra. Il a le courage de ses opinions et son franc-parler, même s'il se dit parfois "politiquement incorrect". Il est homme de gros bon sens et de terrain. Il fait preuve de réalisme et il a une vision de la médecine affinée par l'expérience. Il formule des solutions inédites, ce qui est remarquable en cette période où les décideurs gouvernementaux se tirent les cheveux sur la tête et semblent empêtrés dans des ronces dont ils ont la plus grande difficulté à s'extirper. |
![]() Le Dr Pierre Comtois |
Habitué à se battre pour la médecine en région, il fonce et il fait preuve de persévérance : sa plus grande qualité. Il est déterminé à faire valoir son point de vue et à obtenir des gains. Il aime relever des défis. Il est le défenseur de ses patients, de sa communauté et de sa profession. Le Dr Comtois est un médecin de famille à l'ancienne, servie à la moderne. Ses patients peuvent le rejoindre chez lui. Son numéro de téléphone se retrouve dans le bottin. Il fait des visites à domicile. Il est aussi un crack et un pionnier en informatique. Il est médecin expert en médecine du travail et connaît du succès en tant que gestionnaire. Neuvième d'une famille de dix enfants, le Dr Comtois est issu d'un milieu ouvrier. L'entraide et la débrouillardise, il connaît. Il est également père de deux petits garçons de huit et dix ans. Son épouse enseigne à la polyvalente de Mont-Laurier. La famille s'est élargie depuis qu'il est en médecine. À Mont-Laurier, les médecins ont une pratique de groupe et l'esprit collégial y est très fort. Le Dr Comtois a constaté très tôt à quel point l'entraide est présente en région. À son tour, il apporte aujourd'hui son soutien aux nouveaux venus.
Un défi à relever
Une fois son baccalauréat en biologie à l'Université de Montréal terminé, le Dr Comtois est entré en médecine, en 1980. Pour lui, la médecine représentait un défi à relever. À la fin de ses études, un stage optionnel à l'extérieur du pays était offert aux étudiants et c'est ainsi qu'il s'est rendu au Mali, en Afrique. Dépaysement total, admet-il : "Cela nous fait réfléchir sur ce qui est réellement important dans la vie. Le bonheur ne se retrouve pas nécessairement dans l'abondance ni dans la richesse. On peut être heureux avec peu."
C'est en grande partie à l'hôpital de Verdun que le Dr Comtois a fait son internat. Déjà alors, il planifiait d'exercer sa profession en région. Natif de Bois-des-Filion, il aime la campagne, l'espace et le grand air. Il voulait travailler dans la région éloignée la plus proche de Montréal, qui se trouve à être Mont-Laurier. Ferme-Neuve, où il réside, est située à 17 kilomètres de Mont-Laurier. Il est rattaché au CHCR Antoine-Labelle, division de Mont-Laurier, et son bureau privé est situé à Ferme-Neuve. Il a été copropriétaire et cofondateur de Gestimed, une firme de services médicolégaux. C'est là qu'il s'est familiarisé avec l'informatique. Il pratique maintenant en solo et il est très fier de sa nouvelle clinique.
Le Dr Comtois a fondé une autre compagnie - Médinove -, dont il est le directeur médical, à Des Ruisseaux. Fondée en mai 1999, Médinove offre à ses clients, de façon novatrice et personnalisée, des services de médecine du travail de qualité. Le Dr Comtois a commencé à s'intéresser à la médecine du travail vers les années 1990. La demande s'est fait ressentir progressivement. Dans le cadre de son travail, il conseille plusieurs entreprises. Soucieux de parfaire ses connaissances dans ce domaine, il suit présentement des cours en médecine d'expertise et assurance à l'Université de Montréal, formation qui s'échelonne sur deux ans.
La situation à Mont-Laurier
Mont-Laurier compte une trentaine de médecins qui n'ont ménagé aucun effort pour s'assurer du bon fonctionnement de leur hôpital. À tour de rôle, ils ont accepté des postes administratifs. Le Dr Comtois en est actuellement le chef du département de médecine. L'hôpital organise entre autres une campagne de financement de 500 000 $ pour acheter un scanner. Le CHCR Antoine-Labelle est né d'une fusion récente entre l'hôpital de Mont-Laurier et celui de L'Annonciation, sis à une centaine de kilomètres. L'hôpital de Mont-Laurier compte aujourd'hui environ 60 lits comparativement à 80 il y a quelques années. La pénurie en effectifs médicaux a fait et continue de faire des ravages là comme ailleurs. La situation est précaire en anesthésie, en chirurgie et en radiologie, des spécialités essentielles à la vie de l'hôpital. Les médecins de la région sont habitués de composer avec la précarité.
Les jeunes médecins
Différents facteurs contribuent à cette précarité. Ainsi, il n'est pas facile de recruter de jeunes médecins à Mont-Laurier. Ils ont des valeurs différentes de celles de leurs prédécesseurs et ne voient pas les choses de la même manière. "Quand nous avons débuté en médecine, nous avions une autre attitude, souligne le Dr Comtois. Nous n'hésitions pas à varier notre pratique et nous acceptions de travailler de nombreuses heures. J'ai souvent été de garde 24 heures à l'urgence. Les jeunes médecins sont plus sélectifs quant à leur pratique. Ils diront non plus facilement. Leurs règles de conduite sont mieux établies.
"Des médecins touche-à-tout et très disponibles, il y en a encore, mais de moins en moins. Ceux qui sortent tout juste de l'université ont déjà choisi la pratique médicale qu'ils désirent et ils nous diront, par exemple, qu'ils veulent bien faire de la médecine d'urgence mais pas de l'obstétrique. D'autres refuseront de travailler les fins de semaine. Leur pratique est balisée de nombreuses conditions, qu'ils ont eux-mêmes déterminées. Peut-être agissent-ils ainsi parce que leur formation est différente? Ils sont mieux formés que nous ne l'étions, plus spécialisés. Mais dans la réalité, la pratique médicale dans un centre hospitalier exige une certaine polyvalence. Si les jeunes médecins ne veulent traiter que 20 patients par jour alors qu'il y en a 30, qui s'occupera des 10 autres?
"D'un côté, la quantité de soins requis par la population ne cesse d'augmenter et de l'autre, les jeunes médecins définissent clairement les limites au-delà desquelles la pratique médicale ne leur convient plus. Cette même situation a cours également dans les CLSC. Plusieurs médecins ne travaillent que 37 heures par semaine alors qu'à notre époque, on parlait plutôt de 60 heures, dit le Dr Comtois. De plus, la profession se féminise. Il est légitime que les femmes médecins puissent s'absenter pendant une année ou deux pour se consacrer à leur nouveau-né. Il est important de dire que les jeunes médecins ne sont pas moins dévoués; ils ont une autre façon de faire. Et c'est très bien ainsi. Sauf qu'en pratique, cela non seulement ne résout pas nos problèmes d'effectifs en région, mais les accentue. Nous sommes enfermés dans un cercle vicieux. Il devient de plus en plus difficile d'atteindre une masse critique de médecins. Alors, celui qui oeuvre à l'hôpital est trop souvent de garde. La situation qui est la nôtre - en obstétrique-gynécologie plus particulièrement - est critique." Le Dr Comtois n'a jamais travaillé moins de 50 heures par semaine, et cela n'inclut pas les heures où il était de garde.
Si la tendance se maintient, la pénurie d'effectifs médicaux s'amplifiera dans les centres hospitaliers comme celui de Mont-Laurier. La population de médecins à Mont-Laurier vieillit rapidement. À 42 ans, le Dr Comtois fait partie des "jeunes" médecins de sa région. "Nos médecins de 50 ans et plus, pour la plupart, ne pratiquent plus à l'hôpital. Ils sont pourtant parmi ceux qui ont davantage d'expertise et leur collaboration serait très prisée. Mais ils n'en peuvent plus. Ils sont brûlés. Ils se sont dévoués pendant vingt, trente ans... Puis vient un temps où ils quittent. C'est un peu cet avenir que refusent les jeunes médecins. On le voit bien, le problème comprend le manque de nouvelles ressources, certes, mais aussi la perte des ressources en place. Et puis, à l'hôpital même, les médecins ne sont plus considérés comme les maîtres d'oeuvre. On les a dépossédés de leurs responsabilités et de leurs privilèges, soutient le Dr Comtois. Pourtant, ce sont eux qui soignent les gens et est-ce que ce n'est pas là justement la raison d'être des centres hospitaliers? Aujourd'hui, ce sont les impératifs monétaires qui priment. C'est le monde à l'envers. La gestion des hôpitaux est orientée uniquement en fonction des coûts. En ne mettant que l'aspect financier au premier plan, on perd de vue la vraie nécessité de la médecine. Il n'est pas étonnant que les médecins se désintéressent de la gestion proprement dite." Ainsi en fut-il à l'hôpital de Mont-Laurier, où pendant quelques années aucun médecin n'a accepté le poste de directeur des services professionnels, qui est resté vacant tout ce temps. C'est le Dr Pierre Gfeller qui a finalement accepté de relever le défi, avec brio.
À la base : le médecin de famille
Le milieu hospitalier vit une crise existentielle profonde à laquelle les gouvernements tentent tant bien que mal d'apporter des solutions. Le système vit très certainement une mutation des valeurs qui se répercute à tous les niveaux de soins. Entre autres, les urgences débordent. Les gens ont de la difficulté à se trouver un médecin de famille. (Il faut dire que des milliers de médecins de famille ont récemment pris leur retraite, encouragés en cela par les largesses gouvernementales.) Le réel problème de fond serait le fait que pour ce qui est de la pratique de la médecine familiale en cabinet privé, le système de santé à choisi de bifurquer : la polyvalence est de moins en moins à la mode.
"On ne nous écoute que d'une oreille, dit le Dr Comtois, parce que nous ne sommes que des omnipraticiens bien ordinaires. Ce n'est pas à coups de subventions dans les urgences et dans les centres ambulatoires que l'on solutionnera efficacement le problème. Ce qui est important, c'est ce qui se passe entre le médecin et son patient. Même si un patient consulte à l'urgence ou dans un centre sans rendez-vous, il retournera la plupart du temps consulter son médecin de famille par la suite - quand il a la chance d'en avoir un... L'expérience que j'en ai, c'est qu'un patient qui veut obtenir l'heure juste consulte son médecin de famille. C'est cette relation qui doit être privilégiée."
Mais où sont les médecins? Ils sont dans les urgences, dans les centres ambulatoires, dans les CLSC. "Les urgences sont continuellement sur la sellette, elles constituent un symptôme. On a mobilisé des ressources médicales dans les cliniques sans rendez-vous, à l'urgence ou ailleurs et ensuite ces ressources ne sont pas disponibles pour offrir des soins intégrés de médecine familiale. On confine les médecins dans des tâches administratives de toutes sortes et ils ne sont plus disponibles pour la médecine de famille. On offre à des patients de consommer des services médicaux qui ne sont pas intégrés. Le même patient qui consultait son médecin auparavant pour l'ensemble de ses bobos consultera aujourd'hui pour sa gorge au sans rendez-vous, pour son genou à l'urgence et il terminera en retournant chez son médecin de famille. Le médecin à l'urgence est pressé parce que ça fait 4 heures que les gens attendent. Il tourne encore plus les coins ronds et il n'a pas le choix. Au sans rendez-vous, il en voit six à l'heure au minimum. C'est l'enfer. C'est là que je dis, comme médecin omnipraticien, qu'à la campagne ou ailleurs, nous avons cette vision à faire connaître. Mais nous ne sommes pas écoutés parce que le courant de pensée présentement, c'est qu'il faut investir de l'argent dans les urgences, dans les centres ambulatoires, dans les CLSC. Et au bout du compte, on oublie l'essentiel en pourcentage de soins donnés : la relation médecin-patient."
Le médecin de famille, au centre des soins
Comme médecin de famille, le Dr Comtois prend tout le temps qu'il faut avec son patient. "Ça peut aller de 15 minutes à 1 ½ heure. C'est variable. Je connais chaque patient par son prénom. Je connais sa famille, ses enfants, ses antécédents. Mon patient me connaît et il m'a choisi. Il s'établit une relation humaine que l'on ne retrouve pas dans une clinique sans rendez-vous. Les décideurs ont l'air d'être bien loin de cette réalité. Ils ont une vision partielle de ce qui arrive."
Les décideurs, selon le Dr Comtois, devraient considérer "réellement" les médecins de famille. "Il faudrait que cette considération soit morale pour commencer, et de bonne foi, dit-il. Ce n'est pas ce qu'on ressent. Ce discours a l'air bien abstrait, mais c'est le plus important. Remarquez qu'on ne parle pas encore de sous. Ensuite, il faudrait qu'il y ait une volonté politique d'offrir des services personnalisés et intégrés, de cesser de miser sur le principe des économies de marché. L'urgence, ce n'est pas la place pour soigner les gens. À l'urgence, on ne devrait trouver que des cas d'urgence, pas des soins intégrés (qui n'y sont d'ailleurs pas offerts). Il faut le reconnaître. Les cliniques sans rendez-vous - avec les ressources limitées dont nous disposons - ne constituent pas nécessairement le meilleur secteur où investir. Au risque de me répéter, je rappelle que c'est dans la relation médecin-patient qu'il faudrait investir, une relation globale de soins."
Et la rémunération? "Avant d'aborder ce point, il faut préalablement miser sur une reconnaissance morale, réelle, pratique, active. On le voit, les patients qui font le suivi avec leur médecin de famille quant à leur santé se retrouvent beaucoup moins souvent à l'urgence. Je suis formel là-dessus. C'est quelque chose d'évident. Moins il y aura de médecins de famille "traditionnels", plus les gens iront à l'urgence et dans les cliniques sans rendez-vous, et plus le système sera engorgé. C'est un effet pervers. L'enveloppe budgétaire pour la rémunération des médecins est fermée. Les fonctionnaires n'ont rien compris. Ils se vantent d'investir des millions de dollars dans les urgences... Ce sont des politiques de catastrophe. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Ils n'ont même pas commencé à initier une solution véritable, pire, ils ont peut-être même empiré les choses."]