Parution: décembre 2000

Mot du récipiendaire du Prix de l'oeuvre scientifique 2000


de l'Association des médecins
de langue française du Canada,
le docteur Otto Kuchel

Monsieur le président,
Monsieur le directeur général,
Membres du conseil d'administration,
Distingués invités,
Chers amis,

Je suis très touché de l'honneur exceptionnel que l'Association des médecins de langue française du Canada me fait en m'accordant son Prix de l'oeuvre scientifique 2000.

Pour qu'un médecin puisse se consacrer à la recherche et demeurer fidèle aux exigences croissantes de sa profession, il faut d'abord qu'il bénéficie d'un climat familial serein et que les membres de sa famille soient prêts à consentir à beaucoup de sacrifices. C'est pourquoi je tiens tout d'abord à rendre hommage à mon épouse Gabrielle et à mes enfants George, Marie et Suzanne ainsi qu'à leurs conjoints pour leur amour, leur patience et leur soutien durant toutes ces années.

Le Dr Otto Kuchel

Un milieu de travail propice n'est pas de moindre importance, et c'est en ce sens que j'aimerais ici rendre hommage au fondateur de l'Institut de recherches cliniques de Montréal, le Dr Jacques Genest, qui a créé un tel milieu en cette institution d'avant-garde et unique au monde. Le temps qui m'est alloué ne me permet pas d'énumérer tous ceux qui m'ont aidé : collègues médecins ou scientifiques, infirmières, techniciennes, secrétaires, fellows en recherche, stagiaires au postdoctorat, étudiants, consultants éditoriaux et, bien sûr, tous les volontaires et les patients qui ont accepté de participer aux recherches. Je les remercie sincèrement.

Je n'ai pas vécu, au cours du dernier demi-siècle, une vie "ordinaire". Quitter un pays où sévissait la guerre froide pour le monde occidental fut pour moi, Européen tombé sous l'empire communiste, semblable - symboliquement - à un atterrissage sur la lune. Mon libre choix d'un milieu où régnait l'indépendance intellectuelle et académique a été possible grâce à l'accueil que m'a réservé ce milieu et je souhaite exprimer ma reconnaissance à la direction de l'IRCM, de l'Hôtel-Dieu de Montréal, de l'Université de Montréal et de l'Université McGill, du Collège des médecins du Québec et des multiples organismes subventionnaires qui m'ont soutenu pour m'avoir accordé leur confiance.

Venant d'un autre coin du monde, les quelque trente ans que j'ai consacrés à ce deuxième volet de ma carrière m'ont permis de connaître et d'admirer beaucoup de choses. J'ai pu apprécier l'excellence du corps médical de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et particulièrement son service infirmier, oeuvrant dans la pure tradition de Jeanne Mance, dont l'Hôtel-Dieu était le berceau. J'admire tous ceux et celles qui ont lutté pour la survie de l'Hôtel-Dieu, qui se sont acharnés pour l'amélioration des services de santé, tous ceux et celles qui se consacrent bénévolement aux fondations et aux organismes de santé. Tout comme j'admire actuellement ceux et celles qui se battent pour la survie de l'hôpital Montfort.

Malgré les progrès vertigineux de la médecine moderne, pour que les relations médecin-patient soient bénéfiques, il faut idéalement pouvoir s'exprimer dans la langue du patient. J'ai moi-même vécu cette situation, considérant la clientèle multiethnique de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et j'ai pu constater combien était facilité alors le rétablissement moral et physique du patient.

Après avoir ainsi fait quelque peu état de mon passé assez bouleversant, je ne saurais terminer sans souligner aussi le côté positif des dernières décennies. L'analogie lunaire à laquelle j'ai fait allusion plus tôt faisait référence à la réalisation de Neil Armstrong. Je suis heureux de constater aussi parmi les changements amorcés en cette fin de siècle une "accalmie" de la guerre froide, une certaine éclaircie en Europe centrale et de l'Est.

Sur cette note optimiste, permettez-moi d'exprimer ma gratitude envers l'Association des médecins de langue française du Canada pour avoir invité mes amis et amies, de même que ma famille, à cette soirée magnifique.]