| Le Dr Nathalie Michaud |
Parution: octobre 2000
|
|
"Dans un an, j'en aurai plus à dire sur le système de santé américain!" |
|
|
|
|
|
Le portrait sera sans doute piquant, truffé d'exemples concrets et de questions de fond, parce que celle qui le livrera adore discuter avec les gens et ne manque ni de sens de l'observation ni de franc-parler! Nathalie M. Michaud est originaire d'Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Le M. tient pour Marie et servait à la différencier des autres filles de la classe portant le même prénom. Mais il n'aura pas fallu longtemps pour que cette Nathalie-là se fasse remarquer par ses excellents résultats scolaires. En 1989, par exemple, elle raflait coup sur coup quatre distinctions prestigieuses : la Bourse des gouverneurs de l'Université de Moncton (15 000 $), la Bourse du Club Rotary et le Youth Merit Award du Club Rotary international pour son engagement dans des activités paprascolaires, ainsi que la Médaille du gouverneur général du Canada. Un succès qui se poursuivra d'ailleurs au collège puisqu'elle en sortira première de sa promotion. |
![]() |
|
Le Dr Nathalie Michaud
|
"J'étais fière, bien sûr! Par la suite, à la faculté de médecine, j'ai fait face à une concurrence plus forte - nous étions tous des petits chefs... Mais je m'en suis bien tirée quand même." Elle savait depuis le premier cycle d'études secondaires qu'elle ferait tout pour devenir médecin. Le désir d'aider les autres et la communauté en général, raconte Nathalie Michaud, lui a été insufflé par sa mère, une femme particulièrement dévouée pour sa famille et son entourage. Les parents Michaud encourageaient d'ailleurs leurs enfants à faire des études supérieures. Le goût de la réussite et le travail ont fait le reste. "Et puis, j'ai toujours aimé les sciences. Je voulais comprendre le fonctionnement du corps humain, de l'être humain dans son ensemble, en fait. Ça, c'est un sujet de connaissances illimité! À cet égard, la médecine offre une expérience merveilleuse et des responsabilités également très spéciales."
On la retrouve en 1995, diplôme de l'Université de Sherbrooke en poche, débutant sa résidence en médecine de famille. Si elle décide alors d'exercer au Québec, c'est que son colocataire, "par hasard" devenu amoureux et mari depuis, se destinait quant à lui à l'immunologie - une profession qui pouvait plus difficilement s'épanouir dans sa province natale. Nathalie Michaud et Normand Després se sont connus dans le cadre du volet sciences et entrepreneurship du programme Shad Valley, auquel Nathalie a participé d'abord comme étudiante, puis en tant que monitrice et enfin comme gestionnaire.
Tout au long de sa formation et même après, elle a toujours couru un comité ou un autre (études médicales postdoctorales, affaires pédagogiques auprès de la FMRQ, médecine de famille durant la résidence, Association des médecins résident(e)s de Sherbrooke et comité d'éthique). "Pour le plaisir d'organiser les choses, souligne-t-elle, mais surtout pour savoir ce qui se passe et être partie prenante de certaines décisions : je pense qu'il faut dire son mot quand c'est le temps. Et s'engager, avoir des intérêts en dehors de la médecine, en visant des progrès "concrets" par l'action." Elle refusera toutefois une offre de l'Université de Sherbrooke de pratiquer et enseigner aux jeunes recrues de l'unité de médecine familiale de la Faculté, "parce que je ne m'étais pas encore frottée à la réalité".
Le Dr Michaud ajoute que ses activités paramédicales lui ont donné confiance en ses moyens en début de pratique. Elle pourrait même envisager d'assumer davantage de responsabilités médico-administratives, mais pas à court terme. "J'exerce depuis à peine trois ans. Et puis, j'ai maintenant un fils, Antoine, né en juin 1999. Je veux d'abord prendre le temps de bien maîtriser ma profession."
CLSC et système de santé
C'est au CLSC La Presqu'Île (Vaudreuil-Dorion) qu'elle a débuté, en plus de consacrer une journée par semaine à la pratique en clinique privée. Nathalie Michaud dit avoir "magasiné" son milieu de travail. Elle explique sa préférence pour une région intermédiaire par la diversité des clientèles et des cas, le travail en équipe multidisciplinaire, l'autonomie et la valorisation dans la communauté. "On dénigre beaucoup les CLSC, mais pour quelqu'un qui veut s'y impliquer vraiment, il y a de belles choses à faire."
Peu désireuse de diviser sa pratique, et malgré le plaisir de traiter et de communiquer avec les jeunes, le Dr Michaud avoue un intérêt particulier pour les personnes âgées qui l'a menée à se joindre au comité régional de coordination des soins palliatifs et à domicile de la région. "Les soins palliatifs, c'est plus que la connaissance de dix médicaments. Il y a là une dimension personnelle et spirituelle très nourrissante, tant pour le médecin que pour son patient. Ne pas soigner seulement le corps, ça devrait être la norme dans toutes les branches médicales... On peut l'enseigner, le perfectionner, mais je pense qu'il faut au départ avoir des aptitudes en ce sens pour être vraiment médecin."
La pénurie d'effectifs, remarque le Dr Michaud, se fait sentir dans les CLSC comme ailleurs : "La rémunération y est pour quelque chose, mais il manque de spécialistes, notamment en psychiatrie, ce qui aiderait sans doute à désengorger les hôpitaux. Les CLSC ont en outre une réputation non méritée de "Médecine à un patient à l'heure", ce qui n'était certainement pas le cas à La Presqu'Île!" Et du côté de l'organisation des soins? "Le CMDP est là; les médecins doivent s'y impliquer. Il y a aussi une mentalité à changer : les gens ne sont pas habitués à consulter en CLSC. Les heures d'ouverture ne sont certes pas favorables aux patients, ajoute le Dr Michaud, mais comment offrir l'option sans rendez-vous, le soir, dans un CLSC qui ne compte que deux ou trois médecins? On en revient à la pénurie d'effectifs...
"Je ne sais pas si les jeunes médecins réalisent l'ampleur du dysfonctionnement du système de santé. En ayant participé à divers comités, j'ai maintenant une certaine vision des ratés du système, politiques entre autres... Après un an de pratique, le tout feu tout flamme devient parfois amertume. Et les jeunes médecins ne sont pas plus revendicateurs que leurs prédécesseurs. Ce qui me frappe le plus, c'est le manque d'unité du corps médical, toutes catégories confondues. Chacun défend les intérêts de sa clinique, de son patelin, de son bureau. Comme groupe, je nous trouve égoïstes. Que l'ensemble de la société soit individualiste ne justifie pas notre passivité ou notre cocooning."
L'avenir droit devant... aux États-Unis?
"Nous avons eu une année assez mouvementée en 1999. D'abord, mon mari a été opéré d'une hernie (syndrome de la queue de cheval) en mars, puis une deuxième fois en juin. J'ai accouché le même mois, par césarienne - les deux parents en convalescence! - et nous sommes déménagés aux États-Unis en octobre." C'est qu'au cours de la convalescence de Normand Després, un ancien employeur (Bayer) lui a offert un poste d'envergure internationale en recherche immunologique sur les marqueurs des maladies cardiovasculaires. D'où le départ chez nos voisins du sud.
"Nous avions rêvé de passer une année ou deux en Europe ou aux États-Unis, pour l'expérience de vivre et de travailler ailleurs. L'occasion s'est présentée, et c'était une offre que nous aurions été fous de refuser. On nous a accueillis à bras ouverts, on a fait toutes les démarches pour nous (conditions financières, aide au logement, ordinateur fourni à Nathalie pour faciliter un examen préalable au travail, etc.)." En 2001, les Michaud-Després décideront si l'avenir est assez prometteur là-bas pour qu'ils y restent, ou s'ils reviendront au Québec.
Quant à sa propre carrière, cette fois axée sur les soins hospitaliers, le Dr Michaud entend lui laisser suivre son cours, "pour voir". Début février 2000, elle prenait contact avec le système de santé américain en allant - comme observatrice - à la clinique qui doit l'employer dès l'arrivée de son visa de travail, et à l'hôpital auquel la clinique est associée. À vingt minutes de la maison. Le nouveau milieu de vie ne pose pas de barrière de langue au Dr Michaud, bilingue depuis toujours. Et l'idée de ne pas travailler avant le printemps tombait bien : elle était encore en congé de maternité (prolongé) et en congé sans solde de deux ans du CLSC.]