| M. Jean-Paul Marsan |
Parution: août 2000
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Qui a dit que la petite enfance laisse une marque indélébile? |
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"Mon père était pharmacien pour la chaîne Leduc, établie au début du siècle, avant d'être recruté par Ayerst, dont il est devenu le premier employé au Canada. Puis, il a travaillé comme directeur des ventes chez Ciba pendant une vingtaine d'années. Et enfin, il a fondé sa propre compagnie : J.M. Marsan & Compagnie ltée. J'ai donc été élevé parmi les échantillons de médicaments! J'ai toujours su que je serais pharmacien et que je ferais carrière dans l'industrie." Ainsi parle Jean-Paul Marsan, celui qui est effectivement devenu l'un des pères de la pharmacie moderne au Québec. |
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M. Jean-Paul Marsan
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Baccalauréat en pharmacie, stages dans des officines de Montréal et obtention d'une licence en pharmacie du Collège des pharmaciens du Québec (1959) se suivent sans anicroche : Jean-Paul Marsan est prêt à faire ses armes et à grimper les échelons dans l'entreprise familiale. Il y sera successivement représentant médical, directeur des ventes, membre du conseil d'administration, directeur du marketing et directeur général. En 1971, la compagnie est acquise par International Chemical and Nuclear, où M. Marsan devient directeur du marketing pour le marché canadien.
"Mon père avait 70 ans, et il voulait se retirer. Je n'avais pas l'argent pour reprendre moi-même l'entreprise, alors je l'ai aidé à la vendre, mais ça m'a fait mal au coeur... et je me suis mis en tête de démarrer ma propre compagnie." Ce qu'il réussit en 1974, sous le nom de Pharbec inc. En trois ans à peine, il développe un volume d'affaires assez intéressant pour que son fabricant et fournisseur de médicaments, les Laboratoires Nordic, lui fasse une offre d'achat. "Nordic produisait alors des médicaments en recherche très prometteurs. Quand je me suis joint à cette société, je suis entré dans le meilleur des mondes." Il y occupera les postes de directeur du marketing, de directeur national des ventes et de directeur des affaires corporatives.
Ce dernier titre professionnel, il le conservera dans la nouvelle société Marion Merrell Dow Canada, issue de la fusion de Laboratoires Nordic avec Merrell Dow Pharmaceuticals (1991), puis au sein de Hoechst Marion Roussel Canada, après une autre fusion avec Hoechst Roussel Canada (1995). Depuis 1998, M. Marsan était conseiller spécial du président au sein de cette entreprise qui - en douteriez-vous? - a fusionné avec Rhône Poulenc Rorer sous la raison sociale Aventis Pharma à la mi-décembre 1999.
"Les fusions, c'est dans l'ordre des choses. Le monde se globalise de plus en plus, comme on l'a vu dans l'industrie des cosmétiques, l'agro-alimentaire, les firmes comptables... Mais le milieu pharmaceutique est encore très fragmenté : la compagnie qui a la plus grosse part de marché actuellement détient tout au plus 6% ou 7% du marché mondial, comparativement à 65% dans le domaine de l'aéronautique. Alors, les fusions, ce n'est pas fini! On dirait que ça vient par vagues... "
Et qui dit fusion, dit rationalisation. Parce que la recherche, on le sait, coûte cher et demande beaucoup de temps. "Pour une société pharmaceutique, la recherche constitue l'oxygène et le nerf de la guerre. Il faut constamment découvrir des médicaments innovateurs avant que les brevets viennent à échéance et que les produits génériques arrivent sur le marché. C'est la loi des affaires."
Et les affaires de la profession?
Toujours intéressé au milieu dans lequel il évolue, M. Marsan a fondé et présidé pendant quelque temps l'Association des fabricants du Québec de produits pharmaceutiques, et l'Association professionnelle des pharmaciens d'industrie du Québec. "Dans les années 1960 et 70, il fallait s'unir pour faire des représentations auprès du gouvernement, qui était en train d'instituer l'assurance-médicaments et l'assurance-maladie." Il a en outre siégé aux conseils d'administration du programme d'agrément des représentants en pharmacie du Canada, de l'Association des grossistes en médicaments du Canada et de la section Affaires gouvernementales et professionnelles de l'ACIM (Association canadienne de l'industrie du médicament, maintenant appelée Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada).
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"J'ai été élevé parmi les échantillons de médicaments! J'ai toujours su que je serais pharmacien et que je ferais carrière dans l'industrie." |
Et il est toujours resté activement présent à son alma mater : après avoir été président de sa faculté, il a occupé un poste de directeur à l'Association des diplômés de l'Université de Montréal et organisé les fêtes marquant le 75e anniversaire de fondation de la faculté de pharmacie. Jusqu'à il y a peu, il y enseignait également le système légal et réglementaire fédéral et provincial en matière de pratique de pharmacie. Son expertise particulière dans ce domaine, ses conférences sur la carrière de pharmacien et son engagement auprès de ses pairs ont été maintes fois reconnus au fil des ans. En juillet 1999, par exemple, il était nommé membre à vie de l'Association pharmaceutique canadienne, pour son dévouement à l'amélioration de la profession et des conditions de travail des étudiants en pharmacie.
Monsieur Marsan siège par ailleurs à plusieurs conseils d'administration : celui de l'Orchestre symphonique de Montréal, de l'Opéra de Montréal, de Laval Technopole, de la Fondation de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et de la Fondation de l'Institut de recherches cliniques de Montréal. On s'arrache littéralement cet homme d'affaires et de coeur, qui a collaboré également à l'organisation de la soirée d'honneur (juin 2000) soulignant le travail exceptionnel d'un chercheur du domaine pharmaceutique et au cours de laquelle a été remis le prix Galien à la compagnie pharmaceutique ayant mis au point le médicament le plus novateur de l'année.
Autres temps, autres moeurs
"À mes débuts, dans les années 1950, le pharmacien composait encore des onguents, des élixirs, des pâtes, etc. Puis, avec la mise au point d'une pléiade de produits par l'industrie pharmaceutique, il a adopté un rôle de personne-ressource et de communicateur sur l'utilisation adéquate des médicaments. Et depuis le virage ambulatoire, le pharmacien communautaire devient peu à peu un préparateur... " Monsieur Marsan en sait quelque chose : au sortir de l'hôpital après une chirurgie au genou, à l'automne dernier, il a dû soigner à domicile une importante infection qui s'était développée dans la plaie et autour de la prothèse. D'où venaient les doses d'antibiotiques injectables qu'il s'est administrées pendant des semaines? Eh oui, de la pharmacie du quartier. Le pharmacien est aujourd'hui appelé à s'occuper davantage de techniques pharmaceutiques et de délivrance de médicaments, autrefois du ressort de l'hôpital.
Les relations entre pharmaciens et médecins changent, elles aussi. "Les deux groupes se sont ignorés pendant longtemps. Mais on voit maintenant, surtout dans les hôpitaux universitaires, des pharmaciens qui accompagnent les médecins auprès des malades. Il faut dire que la grille de médicaments est beaucoup plus vaste et complexe qu'elle ne l'était auparavant, et que l'expertise du spécialiste en pharmacie est plus précieuse et mieux reconnue par les autres professionnels de la santé."
Monsieur André de Sève, directeur général de l'AMLFC, dit de M. Marsan qu'il est "un ami de longue date de l'Association". C'est que depuis une quarantaine d'années, M. Marsan a participé régulièrement - au nom de la compagnie familiale puis d'autres employeurs - aux congrès et aux sessions de formation continue de l'AMLFC. "Quand j'ai fait mes études en pharmacie, précise-t-il, l'éducation continue, ça n'existait pas. Il faut souligner que l'Association a fait oeuvre de pionnier en FMC."
Plusieurs d'entre vous l'ont probablement déjà rencontré. Sinon, ça ne saurait tarder. Parce que cette figure publique n'entend pas raccrocher ses échantillons de sitôt!]