Le Dr Suzanne Lemire
Parution: août 2000

Et la récipiendaire dit : "Ce sont deux grands honneurs qui rejaillissent sur l'AMLFC!"
Par Sylvie Poulin


Au mois d'octobre 1998, l'American College of Gastroenterology décernait au Dr Suzanne Lemire le titre de Master, pour sa contribution remarquable et son leadership dans les sphères de l'enseignement et de la médecine clinique en gastroentérologie. Le Dr Lemire devenait ainsi la première femme à obtenir cette prestigieuse distinction, qui n'avait auparavant été accordée qu'à un seul autre Canadien, et à seulement 50 des 7 000 membres de l'American College. Fellow depuis 1976, elle s'y était distinguée en tant que gouverneur pour la province de Québec, de 1989 à 1996.

Le Dr Suzanne Lemire

Un mois plus tard, elle recevait le prix André-Viallet d'excellence en gastroentérologie, de l'Association des gastroentérologues du Québec (AGEQ). Ce prix est remis à un gastroentérologue membre de l'AGEQ qui s'est particulièrement distingué par l'ensemble de son travail scientifique.

Une première boucle, mais le parcours est en ligne droite

Originaire de la ville de Québec, Suzanne a fait ses études de médecine à l'Université Laval, puis une résidence en médecine interne à l'hôpital de l'Enfant-Jésus (devenu le pavillon Enfant-Jésus du CHA - Centre hospitalier affilié universitaire de Québec). Son choix professionnel, le Dr Lemire l'attribue en partie à l'influence de ses deux soeurs aînées, dont l'une est cardiologue et l'autre anesthésiste. Quant à son orientation en gastroentérologie, elle l'explique par la diversité de cette spécialité qui allie soins aux patients, techniques et enseignement. Il n'y a pas de "routine" en gastroentérologie. Dans les années 1960, c'était encore une jeune spécialité mais elle était en pleine effervescence, et les découvertes se succédaient rapidement. Son avenir était prometteur. Le Dr Lemire avait bien jugé la situation puisque aujourd'hui, la qualité de la gastroentérologie pratiquée au Canada se compare avantageusement avec ce qui se fait à l'étranger. "En participant à des congrès internationaux, on prend la mesure de l'avancement d'une discipline; et ici, nous sommes à la fine pointe, observe-t-elle. Nous n'avons pas fini de voir des percées scientifiques en gastroentérologie. Des moyens d'investigation de plus en plus sophistiqués ainsi que des traitements raffinés deviennent régulièrement disponibles grâce aux efforts et à l'enthousiasme des chercheurs.

"J'ai eu le privilège exceptionnel d'être acceptée comme fellow en gastroentérologie au John's Hopkins Hospital de Baltimore." Pour cette jeune étudiante, c'était le début d'une longue aventure. Il aura d'abord fallu maîtriser la langue, ce qui n'était pas évident pour une francophone qui avait appris l'anglais en travaillant au bureau d'information touristique du Québec dans le cadre des emplois d'étudiants. "Les sujets de conversation y étaient bien loin de ceux dont j'avais besoin à Baltimore.

"Le programme de formation en gastroentérologie était structuré de façon très rigoureuse et m'a permis de toucher à tous les aspects de la spécialité, soit : clinique, recherche, techniques et enseignement. C'est une base qui m'a servie tout au long de ma carrière et j'en conserve un merveilleux souvenir. Nos professeurs étaient ceux qui écrivaient les chapitres des volumes de gastroentérologie. Leur simplicité était un véritable modèle pour nous tous."

Le Dr Lemire a fait par la suite un stage d'un an en hépatologie, à titre de résidente étrangère faisant fonction d'interne, au service d'hépatologie de l'hôpital Saint-Antoine de Paris, que dirigeait le Pr Jacques Caroli.

Tout feu tout flamme

Elle revient à Québec en 1967 et retrouve ses deux familles : la "naturelle" et celle de l'hôpital où elle avait fait ses débuts. Aujourd'hui professeure titulaire de clinique à la faculté de médecine de l'Université Laval, le Dr Lemire est depuis ce temps en pratique active au pavillon Enfant-Jésus du CHA, où elle a été membre et/ou présidente de divers comités et, il faut le noter, chef du service de gastroentérologie, de 1973 à 1998.

En plus des activités cliniques et d'enseignement, son curriculum vitae nous révèle un nombre imposant d'organismes auxquels elle contribue. Pendant plus de vingt-cinq ans, elle a été conseillère médicale pour la Fondation canadienne des maladies inflammatoires intestinales, en plus de faire partie de divers comités de cette Fondation au plan national. C'est un domaine d'intérêt qui lui est particulièrement cher. Son implication en éducation médicale continue lui a permis d'avoir à son actif la production de documents vidéo d'enseignement et plus de cent communications et publications. Sans oublier sa contribution à plusieurs comités scientifiques organisateurs de conférences nationales et internationales.

Oui, ils sont nombreux les omnipraticiens de la province à avoir entendu le Dr Lemire parler de maladies inflammatoires intestinales, de pathologies de l'oesophage, d'ulcères peptiques, de gastrites, etc., dans le cadre de programmes de formation médicale continue. "L'enseignement médical continu m'a permis de reprendre et de garder le contact avec nos anciens résidents et collègues, ce qui est un aspect très agréable de la médecine."

Le Dr Lemire a joué un rôle actif au sein de plusieurs comités de l'American College of Gastroenterology et de l'Association canadienne de gastroentérologie. Concernant cette dernière association, elle a présidé le comité des finances pendant sept ans et a été l'organisatrice locale des congrès à Québec à plusieurs reprises, avant d'accéder à la présidence en 1992. Elle est également membre fondateur de la Fondation canadienne des maladies digestives.

Elle a par ailleurs eu le privilège de présider des sessions lors de congrès à Hong Kong et en Australie en plus d'être conférencière dans les pays de l'Est. Le Dr Lemire adore voyager. "À certains moments, il est possible de joindre l'utile à l'agréable et de combiner voyages et congrès. J'ai toutefois une prédilection pour la France et les Îles-de-la-Madeleine!" Les longues randonnées pédestres, la lecture de biographies et plus récemment l'ornithologie sont ses loisirs préférés.

Le Dr Lemire pose sur sa carrière un regard reconnaissant : "Si c'était à refaire, je ne changerais rien du tout. Si je pouvais repasser par toutes les étapes du parcours, je n'en manquerais aucune. J'ai été privilégiée dans ma formation médicale, j'ai vécu des expériences très enrichissantes au cours des années et j'ai surtout l'avantage d'avoir des collègues extraordinaires dont le soutien et le dynamisme sont exceptionnels."

Enfin, mais il faudrait dire en outre puisque sa vitesse de croisière n'a pas changé, le Dr Lemire peut encore nous réserver des surprises.]