| Le Dr Huguette Bélanger |
Parution: juillet 2000
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Elle incarne ce "oui" au monde que John Lennon découvrit dans le haut d'une oeuvre de Yoko Ono |
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Malgré son intérêt pour la neurologie, sa résidence en médecine interne et sa formation en psychothérapie au Center for Feeling Therapy de Los Angeles (1977-81), Huguette Bélanger se définit comme omnipraticienne à 100% - avec, en toile de fond, une âme de missionnaire. "Mon mari et moi voulions pratiquer en Afrique, là où on a vraiment besoin de nous. Mais un médecin de Gaspé qui se retrouvait seul sur place nous a convaincus de nous joindre à lui. Une fois là-bas, loin d'accomplir une "mission", j'ai eu l'impression de ne jamais travailler tellement les activités à l'hôpital, en planning et au cégep étaient agréables. Il faut dire que, sans enfants encore, nous avions la disponibilité et la flexibilité pour nous donner à fond. En début de parcours professionnel, nous avons profité d'une belle école de la vie!" |
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Le Dr Huguette Bélanger
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Le Dr Bélanger travaillera ensuite treize ans au CLSC de Longueuil-Ouest, où elle sera aussi chef du département de médecine, présidente du CMDP et responsable de la formation médicale continue. En 1984, elle commence à travailler au CRSSS de la Montérégie avec l'idée, dit-elle en riant, de traduire en clair le langage des administrateurs et des médecins... Un brin rêveuse? "Idéaliste, oui! Mais j'ai toujours pensé que si chacun faisait au mieux ce qu'il a à faire chaque jour, ça porterait fruit, même si le résultat arrive dix ans plus tard ou ailleurs qu'à la destination prévue."
Puis, elle fait le saut en pratique privée, à Richelieu. Des années qui vont suivre (1989-96), elle retient le plaisir de la médecine familiale et peu d'enthousiasme pour l'administration d'un bureau. Quand la Direction régionale de la santé publique de la Montérégie la sollicite comme médecin-conseil (1995) et que s'y ajoute en 1996 le programme de dépistage du cancer du sein, un problème de dos lui signale alors qu'elle en fait trop. Pour calmer le jeu, elle décide donc de limiter sa pratique à la ménopause, à raison de un jour/semaine à la polyclinique médicale de Chambly. "Ça a été difficile de délaisser la médecine de famille; mais, ma clientèle étant aujourd'hui restreinte à un secteur précis, je trouve beaucoup moins compliqué de me tenir à jour, et c'est un avantage pour une personne très exigeante comme moi."
L'exigence d'agir plutôt que de discuter indéfiniment, de s'efforcer de faire le mieux possible et même parfois de ne rien faire. "C'est le principe de la médecine qui dit de "ne pas nuire". Mais quand j'entre au travail, on me dit que ça paraît! Par contre, ce qui m'anime et tempère mon côté exigeant, c'est que j'aime beaucoup travailler en équipe, avec les gens." C'est d'ailleurs l'une des raisons qui l'ont fait opter pour la médecine et résister au conseil qu'on lui avait donné à sa première entrevue à la Faculté, à savoir "devenir travailleuse sociale, Madame".
Femmes médecins et santé des femmes
Mises bout à bout, les étapes de sa carrière dessinent une orientation de plus en plus nette au fil du temps. À preuve : mise sur pied du Centre de planning des naissances Bas-Saint-Laurent - Gaspésie (1973-74) et formation en contraception et MTS; quinze années de conférences à différents groupes de femmes sur l'auto-examen des seins, la ménopause, le cancer du col de l'utérus, etc.; mandat de consultante auprès du Conseil du statut de la femme (1976-80); entrée (1984) au comité sur la condition féminine du MSSS; de 1984 à 1993, direction scientifique des congrès de gynécologie pour la FMOQ; élaboration du livre La santé des femmes, paru en 1994; participation - notamment comme présidente - au comité des femmes médecins du CMQ puis au comité des femmes professionnelles du CIQ; formation sur la ménopause et le cancer du sein un peu partout dans la Montérégie depuis trois ans. Bien que sa "clientèle de femmes" ne relève pas d'un choix délibéré, le Dr Bélanger sait qu'elle projette l'image d'une féministe.
"Je croyais qu'en CLSC, je ferais de la médecine familiale. Mais je ne voyais pas d'enfants, et très peu d'hommes. Ma clientèle se composait de femmes démunies ou victimes de violence et de filles qui consultaient en clinique jeunesse. J'ai retrouvé des hommes seulement en pratique privée, en 1988. Comme femme médecin, je revendique surtout que chaque personne puisse se réaliser dans la profession. Au comité du CMQ (1989-96), nous étions d'abord préoccupées par les conditions de travail : il n'y avait pas encore de congé de maternité! Nos autres dossiers portaient sur la santé des femmes en général : planning des naissances, interruption de grossesse, mutilations sexuelles et inconduite sexuelle des médecins envers les patientes. Mais pour le reste, vive la différence! En 1990, il n'existait encore aucun textbook sur la santé au féminin; on trouvait à peine quelques articles dans les revues médicales. La recherche était basée sur des hommes et on extrapolait ensuite les résultats sur la population féminine. C'est ce qui m'a décidée à m'impliquer dans la réalisation du livre La santé des femmes, une aventure laborieuse et un travail de moine. C'est un peu la même chose pour la ménopause : les directions de santé publique n'en parlent pas. Pourtant, pour la majorité, c'est presque la moitié de la vie des femmes qui se poursuit après la ménopause, et les fractures par ostéoporose coûtent déjà une fortune. Est-ce qu'on voit ce qui s'en vient dans trente ans? Ça n'a pas de sens de ne pas s'en occuper aujourd'hui."
AMLFC: Et l'hormonothérapie?
Le Dr Bélanger: Moi, je ne vends pas de pilules, je donne de l'information. Recourir aux hormones ou agir sur ses habitudes de vie, c'est à chaque femme d'en décider.
Les femmes sont-elles plus responsables de leur santé qu'avant?
Le Dr Bélanger : J'ai l'impression qu'on a la clientèle qui nous convient... Les patientes qui veulent un médecin plus directif que moi, je les perds probablement. Mon approche, c'est d'expliquer, suggérer des lectures, laisser réfléchir et discuter. Je crois d'ailleurs qu'un bon médecin doit être un bon communicateur. Il faut in-for-mer pour que le patient prenne sa santé en charge en toute connaissance de cause."
Quant au Programme québécois de dépistage du cancer du sein...
Le Dr Bélanger : Il fonctionne à plein régime depuis bientôt deux ans. Compte tenu de son envergure, du temps nécessaire pour amener des changements de pratique et de l'énorme travail préalable et à venir, ça va relativement bien. La collaboration est là.
Des médecins et du système de santé
Le Dr Bélanger dit rencontrer partout dans le réseau de la Montérégie des professionnels de la santé dynamiques, soucieux de faire rouler les choses le mieux possible malgré les difficultés. Et aussi des médecins débordés, fatigués de se battre contre le système. "J'ai beaucoup de respect et de sympathie pour ceux qui reçoivent des gens à longueur de journée, qui n'ont pas de contrôle sur le volume de patients. Ce n'est pas facile." Mais, résolument partisane du aide-toi et le ciel t'aidera, le Dr Bélanger est d'avis que la profession médicale n'a pas d'autre choix que de reprendre un certain leadership. "Les médecins ont abandonné l'organisation des services parce qu'ils avaient trop à faire sur le terrain. Toujours est-il qu'au Québec, on s'est mis à gérer les urgences et on a laissé les places de décision à des administrateurs sans vision à long terme ni "contenu" de nature médicale. Avec pour résultat que les médecins ont de plus en plus de bâtons dans les roues et que c'est démotivant. N'oublions pas que l'administration est une fonction de soutien et que la collégialité habituelle des médecins remplacerait avantageusement la pauvre relation médecins-administrateurs actuelle. Je verrais même qu'un médecin qui gère bien son département puisse garder les surplus de son enveloppe budgétaire. Tous les médecins n'ont pas la bosse de l'administration, c'est vrai. N'empêche que lorsqu'on leur coupe des ressources et qu'on s'attend à ce qu'ils établissent des priorités et donc des listes d'attente en conséquence, on leur demande en fait d'agir en administrateurs."
AMLFC : On manque aussi d'effectifs médicaux.
Le Dr Bélanger : Oui. Sur papier, en 1984, les prévisions étaient bonnes. Mais on n'a pas tenu compte de toutes les variables en jeu dans la réalité. Par exemple, le vieillissement de la population n'a pas reçu assez d'attention à cette époque. Il faut peut-être aussi envisager des solutions alternatives de gestion et de prestation des soins. Et ça, ça demande de la créativité. En août dernier, on trouvait dans L'Actualité médicale un article sur le travail et les discussions d'équipe en présence du patient à la clinique Mayo. Je ne dis pas que les médecins doivent être responsables de tout, mais qu'ils ont un rôle à jouer. L'important est de savoir qui peut le mieux faire les choses, à quel moment et de quelle façon. Par exemple, j'ai rencontré d'anciens collègues il y a quelques mois - des gens dans la cinquantaine, de toutes disciplines. Je déplore qu'ils aient pris leur retraite si jeunes. Je les envie un peu, mais je me dis que nous aurions dû profiter plus longtemps de leur expérience et imaginer des retraites plus progressives. On a laissé s'échapper de l'or... et aujourd'hui, il nous manque un lien avec la relève. Le même paradoxe se retrouve au niveau des programmes pour les jeunes familles, entre la promotion de la natalité, les conditions de travail des parents et le système de garderies. Pour résumer, ce qui nous manque dans le système de santé, c'est un bon examen de conscience et une dose de gros bon sens.
Et sur ces bonnes paroles...
Après une période intensive de conférences à l'automne dernier, le Dr Huguette Bélanger dit refuser toute autre nouvelle activité. "J'apprends encore à respecter mes limites. Mais c'est difficile de passer outre une occasion incroyable de passer un message. Ainsi en est-il des émissions télévisées ACTI-MENU qui permettent de rejoindre un grand nombre de personnes. Chaque fois, je m'enthousiasme, je m'embarque et je réalise après coup que c'était trop. Il faut que je me raisonne... mais je ne m'écoute pas toujours." Le Dr Bélanger ne planifie pas de grand changement à court ou à moyen terme. Il y a des choses, dit-elle, qui arrivent et qui se prennent au vol. "Pour le moment, je veux voir diminuer la mortalité par cancer du sein, mais je n'ai pas d'objectifs précis pour ma carrière."
Son mandat actuel lui plaît. Cependant, elle pense qu'à un moment donné, il faut partir et laisser entrer du sang neuf. Se ressourcer. D'où l'idée de retourner étudier en philosophie, en histoire ou tout autre chose que la médecine, pour cultiver une ouverture d'esprit. "même si je n'ai pas l'impression d'avoir "manqué" quelque chose durant les études de médecine, j'avoue qu'elles sont comme un lavage de cerveau. On ne fait pas grand-chose d'autre pendant cinq ans. C'est exigeant, et c'est très bien comme ça. Je ne voudrais pas qu'on nivelle par le bas comme dans certaines facultés. La pression d'être parfait qui pèse sur les médecins, les pompiers et les policiers, je ne l'ai pas subie de l'extérieur, je l'avais déjà en moi. Je ne blâme donc personne pour ça. Le stress, j'en ai, mais j'ai aussi beaucoup de plaisir. Je serais incapable de faire des choses que je n'aime pas. Je crois que j'en tomberais malade, et ça ne m'est jamais arrivé."
La femme médecin missionnaire, exigeante et féminine-féministe ne manque pas de loisirs : les mots croisés (compliqués de préférence), la lecture (au moins six livres à la fois), les promenades (pour respirer), le vélo, la natation et le tennis (pour rire et pour bouger). L'hiver, elle rêve cependant d'être un ours qui ne se réveillerait qu'en mai. "Je déteste l'hiver, mais j'ai trouvé un truc : je fais le décompte à partir de novembre, et je me répète que les jours allongent à partir du 21 décembre."]
* Le DR Huguette Bélanger a été nommée Femme de mérite 1999 - section santé du YWCA - pour ses activités d'éducation et de promotion de la santé des femmes.