| Le Dr Georges Bélanger |
Parution: mai 2000
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Plus haut, plus loin |
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Le Dr Georges Bélanger dit souvent : "La médecine n'est pas une science, c'est un art. On soulage souvent, on guérit rarement, mais on écoute tout le temps." C'est ce qui manque aujourd'hui selon lui. "On n'écoute plus. Les médecins et les autres intervenants de la santé n'ont plus toujours le temps ni la patience de s'asseoir et d'écouter le patient." Pourtant, la clé du succès en médecine, assure-t-il, c'est justement de prendre le temps qu'il faut pour comprendre. C'est ce qu'il a toujours fait et c'est ce à quoi il a toujours cru aussi. "En écoutant, dit-il, on apprend beaucoup. C'est ce qui résume ma vie de médecin." Le Dr Bélanger croit aussi au travail d'équipe et il a toujours exercé une forme de leadership charismatique. Il a été un chef de file de la profession médicale et un rassembleur. Il n'a jamais été avare de son temps pour faire avancer les nombreuses causes qu'il a servies et il a toujours manifesté une détermination à toute épreuve pour atteindre ses objectifs. Son leitmotiv, pourrait-on dire, est amour et respect pour la profession et les gens. Il entretient une vision humaniste, sociale et communautaire de la médecine qui déborde largement l'aspect purement scientifique. |
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Le Dr Georges Bélanger
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On peut définir le Dr Georges Bélanger comme un grand neurochirurgien, engagé à titre de fondateur ou de cofondateur auprès de nombreuses associations tant professionnelles que caritatives ou communautaires, amateur d'opéra, de cuisine fine, de bon vin et de grands espaces. Il est aussi père de famille, un des plus beaux fleurons de son blason. Rassembleur là aussi, il s'est toujours assuré la collaboration de sa famille, à commencer par Colette, son épouse et collaboratrice depuis plus de trente ans, sans qui, affirme-t-il, tout cela n'aurait pas été possible. De ses quatre enfants, Jean, l'aîné, est le maître d'oeuvre en informatique. Louise, polyvalente entre tous et disponible pour tous, a longtemps travaillé à la clinique du Dr Bélanger et elle est aujourd'hui associée dans la compagnie de son conjoint en plus de veiller à l'éducation de leurs trois enfants. Quant à Stéphanie, elle a entrepris un doctorat en littérature française à l'Université de Toronto après un double baccalauréat en neuropsychologie et en littérature française à l'Université McGill où elle a aussi fait sa maîtrise. Enfin, Marie-Georges achève une maîtrise en philosophie à l'Université Laval et prévoit faire un doctorat sur l'instauration de programmes de philosophie dès la petite enfance.
En plus de se consacrer à sa famille, le Dr Georges Bélanger a beaucoup accompli dans sa vie pour ses patients, pour ses pairs et pour ses concitoyens. Les témoignages de reconnaissance et les titres honorifiques qu'il a reçus sont évocateurs de la passion qui l'anime, de son désir de servir sa communauté, de la contribution immense dont lui sont redevables la profession médicale et ses concitoyens, et de l'abnégation dont il a toujours su faire preuve. Il a reçu, entre autres, en 1993, la médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada, conférée par le gouverneur général du Canada, en reconnaissance d'une contribution significative au Canada et au bien-être de ses compatriotes et de sa communauté.
Il a été intronisé citoyen honoraire de la Ville de Verdun en 1992, en reconnaissance de la haute estime que lui portent les citoyens de cette ville. Il a été nommé membre émérite de la Société des médecins experts du Québec en 1998. La Fondation hospitalière de Verdun lui a livré un témoignage de reconnaissance pour son extraordinaire contribution au développement de la fondation et de l'hôpital en 1998. Il a également été élu président honoraire à vie par les membres du conseil d'administration du Fonds des professionnels et du groupe FPQ pour son dévouement, sa générosité, sa vision et pour l'ensemble de son oeuvre. Si les médecins et autres spécialistes peuvent compter sur un fonds de retraite qui leur garantit une sécurité financière, c'est grâce au côté visionnaire de son fondateur, le Dr Georges Bélanger.
Il mène actuellement un autre combat
Nous tracerons plus en détail la rétrospective de cette impressionnante feuille de route, mais en entrevue, à prime abord, il a été question de l'étape cruciale qu'il traverse actuellement : son combat contre la maladie. "C'est la première fois que j'accepte d'en parler publiquement", dit-il. Voilà que ce grand médecin qui a lutté sans coup férir contre la maladie des autres pendant toute sa vie doit maintenant combattre le Parkinson qui l'assaille, cette affection sournoise qui confronte la neurologie, et qu'il qualifiait - en boutade - de science contemplative. "Je n'ai jamais été malade de ma vie, dit-il. Quand cela arrive, ce n'est pas facile à accepter." Le Dr Bélanger a toutefois décidé de lutter et d'apprivoiser le Parkinson.
Très occupé au cours de toutes ces années, le Dr Bélanger s'accordait peu de temps pour réfléchir aux aspects plus spirituels de la vie, même si, avant de faire un choix de carrière, il avait hésité entre la prêtrise et la médecine. "Je suis neurochirurgien. Je ne pensais jamais que je serais atteint du Parkinson, que je savais diagnostiquer au premier coup d'oeil chez mes patients. J'ai pris ma retraite il y a deux ans, et en prenant ma retraite, j'ai hérité d'un autre travail à plein temps : mon Parkinson", dit-il face à l'inéluctable.
À l'heure actuelle, le Dr Bélanger n'éprouve cependant aucun sentiment de découragement. Au contraire, il canalise ses énergies pour la lutte. Il reçoit l'appui indéfectible de ses collègues et de sa famille, qui le soutiennent dans cette étape difficile de sa vie.
Le courage d'aborder le sujet de la mort
Cette conversation nous a amenés à traiter de la mort, qui accompagne le vécu du médecin tout au long de sa carrière professionnelle. Cette réalité a suscité de profondes réflexions chez le Dr Bélanger. "Ces gens-là, pour plusieurs, vivaient l'approche de leur mort avec une sérénité que l'on ne croit pas possible. J'admirais cette sérénité. Ils sont partis bien simplement, bien humblement. Ils semblaient même connaître une certaine forme de bonheur. Ils acceptaient bien leur mort et même, à l'occasion, l'anticipaient. Ils avaient certes atteint un niveau de spiritualité élevé. C'est peut-être cela l'état de grâce."
En ce qui concerne les cheminements de fin de vie, le Dr Bélanger ne voit pas la nécessité de prolonger les agonies. "S'il n'y a pas de qualité de vie, dit-il, il ne faut pas chercher à prolonger celle-ci à tout prix." Le Dr Bélanger croit également que le médecin doit user de psychologie et de tact au moment d'annoncer à un patient qu'il va mourir. "De toute façon, dit-il, généralement les gens savent qu'ils vont partir. Souvent, ce sont les familles qui vivent le plus difficilement cette réalité et non pas les patients eux-mêmes." Pour lui, ce qui est important dans la vie finalement, c'est d'aimer et de vouloir faire du bien aux autres. "La mort de mon patient, ce n'est pas un échec mais bien une délivrance, quand il n'y a plus d'autre issue. On ne devrait pas prolonger indûment la souffrance." Le médecin est appelé à ce moment-là à aider son patient en misant sur l'écoute et le dialogue. Le rôle d'accompagnement du médecin est peut-être le plus important pour ce qui est de son accomplissement comme médecin et en tant qu'être humain. Pour conclure cette discussion, le Dr Bélanger lance avec cet humour qui lui est propre : "La définition de la mort, c'est un manque de savoir-vivre!"
Les débuts
Cet humanisme profond qui caractérise le Dr Georges Bélanger s'est manifesté tout au long de sa carrière professionnelle. Il nous raconte pourquoi il a choisi la neurochirurgie. Quand il a terminé son cours de médecine en 1958, il voulait s'orienter vers la chirurgie et il a choisi la neurochirurgie parce que c'était la spécialité la plus difficile à l'époque. Il s'est dit : "Je vais me diriger vers la spécialité la plus difficile qui soit. Si je peux relever ce défi, je pourrai relever n'importe quel autre défi." Il a été emballé. Il n'a pas ménagé les efforts pour devenir un neurochirurgien hors pair. La neurochirurgie est devenue une passion pour lui, la passion de sa vie au point de vue professionnel.
Le Dr Bélanger nous raconte qu'il vient d'un milieu humble et même pauvre. Il était le deuxième d'une famille de huit enfants : sept garçons et une fille. Alors que Georges avait 14 ans, son père est devenu invalide après avoir été amputé d'une jambe à la suite d'un accident de voiture. À l'époque, on ne pouvait compter sur des allocations de la Commission des accidents du travail ni sur des prestations d'assurance-chômage. Ce contact avec la misère a sans doute contribué à renforcer la combativité du Dr Bélanger, ce qui s'avéra fort utile pour relever les défis qui l'attendaient.
Un élément déclencheur l'a attiré plus particulièrement vers la médecine. "Notre médecin de famille était extraordinaire, dit-il. Le Dr René Gauthier qui est décédé maintenant faisait preuve d'un dévouement fantastique." C'est ce qui a fait pencher la balance en faveur de la médecine plutôt que de la prêtrise. Comme le Dr Bélanger n'était pas issu d'un milieu aisé, il a dû travailler avec acharnement pendant son cours de médecine pour réussir à joindre les deux bouts. Il a lavé des autos, fait de l'embaumement, de la peinture en bâtiment. Malgré cette situation difficile, il a terminé ses études de façon brillante.
L'engagement dès les débuts
Durant sa formation en médecine générale, il a été élu président du conventum 1958 de la faculté de médecine, puis président de l'Association des étudiants en médecine de l'Université de Montréal. C'était une tâche stimulante, surtout dans ce climat exubérant qui a précédé la Révolution tranquille, où de grands débats sur la liberté ont été menés, des débats sur la nécessité de développer l'économie du Québec et de donner aux jeunes la possibilité de se réaliser.
Le Dr Bélanger a été cofondateur de l'Association des médecins résidents et internes de la province de Québec avec le Dr André Barbeau et le Dr Georges Hooper, entre autres. Il a fait la promotion de la qualité de l'acte médical, d'une meilleure formation et de meilleures conditions économiques pour les étudiants en médecine. Il voulait que les médecins s'intéressent davantage aux aspects administratifs de la médecine. "Ce que j'ai voulu faire, c'est bâtir quelque chose pour rendre service." Déjà, à l'aube de sa carrière, le Dr Bélanger était un bâtisseur-né qui ne ménageait pas le temps consacré à l'atteinte des objectifs qu'il s'était fixés. Il a contribué à améliorer le sort des étudiants en médecine. Un mouvement venait d'être enclenché et les étudiants d'aujourd'hui lui doivent d'avoir mis le train en marche.
Durant sa résidence à l'hôpital Notre-Dame, il lui arrivait souvent de devoir traiter, avec son collègue Claude Bertrand, quelque 70 patients hospitalisés, ce qui représentait beaucoup de travail. Le Dr Bélanger se considère privilégié d'avoir obtenu une place comme résident à Notre-Dame. "Nous étions à l'époque du crois ou meurs, mais on a formé ainsi des médecins hautement qualifiés." Le Dr Bélanger a procédé à plus de 2 000 artériographies et à plus de 12 000 myélographies.
Un homme de coeur et de raison à Verdun
Sa résidence terminée, le Dr Bélanger a accepté un poste au centre hospitalier de Verdun après un court séjour à l'hôpital Charles-Lemoyne, où il a été chef du service de neurochirurgie, de 1971 à 1974. Même lorsqu'il a accepté un poste permanent à Verdun, il a continué d'apporter son aide en neurochirurgie à l'hôpital Charles-Lemoyne. Il a également oeuvré à l'hôpital Sainte-Justine afin d'aider les médecins en place.
Le Dr Bélanger a été pendant quinze ans chef du département de chirurgie au centre hospitalier de Verdun, où oeuvraient une trentaine de chirurgiens. De plus, il a assumé la coordination de l'urgence pendant cinq ans. Le problème des urgences dans les hôpitaux, il le connaît bien. Il a été, de 1982 à 1986, membre du comité de consultation et de réflexion sur les urgences au Conseil régional de la santé et des services sociaux du Montréal métropolitain.
Le Dr Bélanger fut aussi secrétaire-trésorier du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du centre hospitalier de Verdun ainsi que directeur des services professionnels par intérim durant deux ans. Il croit à l'utilité du CMDP s'il joue le rôle pour lequel il a été mis sur pied et si les personnes qui y siègent comprennent bien en quoi consiste leur tâche, qui en est une de coordination entre l'administration et les médecins. Le Dr Bélanger croit au dialogue, à l'échange, à la négociation. "Les gens qui construisent des forteresses autour d'eux, dit-il, s'en vont tout droit vers l'échec."
En ce qui concerne les relations médico-administratives dans un hôpital, le Dr Bélanger affirme que le médecin doit être informé par l'administration si on veut obtenir sa collaboration. Il cite David Levine, l'actuel directeur général de l'hôpital d'Ottawa qui, lorsqu'il était directeur général du centre hospitalier de Verdun, avait développé cette capacité de dialoguer avec le corps médical. Un autre qui s'inscrit dans cette lignée, selon lui, c'est Claude Desjardins, un des grands administrateurs du réseau hospitalier.
Il croit à l'action des fondations
Le Dr Bélanger croit profondément au rôle des fondations pour aider à régler les problèmes financiers des institutions hospitalières, et il s'y est intéressé de près. Il a été entre autres président de la Fondation hospitalière de Verdun, de 1989 à 1991. Il croit que le travail des fondations est essentiel pour que les hôpitaux puissent se doter d'équipements qui permettent d'offrir une médecine de qualité à la population dans le contexte actuel. Le Dr Bélanger et sa famille ont d'ailleurs été parmi les premiers à contribuer à la Fondation. En effet, en 1983, les deux plus jeunes filles du Dr Bélanger y avaient apporté leur tirelire remplie de sous.
Grâce entre autres aux dons substantiels des médecins à la Fondation hospitalière de Verdun, cet établissement a pu se doter de son premier scanner à une époque où peu d'hôpitaux pouvaient s'en procurer un. On a pu également agrandir l'hôpital. La Fondation a honoré le Dr Bélanger en 1998 en remerciement de son extraordinaire contribution au développement de celle-ci. Cette année-là, quelque 250 millions de dollars ont été amassés pour l'acquisition d'équipements médicaux.
De très nombreuses réalisations
En plus des lourdes responsabilités qu'il a cumulées au centre hospitalier de Verdun, le Dr Bélanger a siégé pendant plusieurs années au comité des finances de la FMSQ et a collaboré au programme de perfectionnement administratif de la Fédération. Il fut également le président fondateur du Fonds des professionnels, qu'il a mis sur pied en 1978 avec des administrateurs aguerris du monde des affaires, une initiative encouragée par les dirigeants de la FMSQ, dont les Drs Raymond Robillard et Paul Desjardins. Le Dr Bélanger a présidé le conseil d'administration et le comité de placement du Fonds pendant vingt ans, au cours desquels le Fonds a obtenu un rendement d'environ 11,3%. Le Dr Bélanger est fier de ce succès, et à juste titre. Les fonds accumulés se chiffrent maintenant à quelque 700 millions de dollars.
Dans un premier temps, ce sont les médecins spécialistes qui se sont joints au Fonds. Par après, les dentistes leur ont emboîté le pas, puis les notaires, les architectes, l'Association des pharmaciens propriétaires et différentes autres associations. Les pionniers du Fonds des professionnels sont des novateurs. Pour cette contribution exceptionnelle, le Dr Bélanger a été élu président honoraire à vie du Fonds des professionnels et du groupe FPQ.
Outre son implication pour assurer l'avenir financier des professionnels, le Dr Bélanger est aussi bien connu pour son expertise médico-légale. Il a longtemps été membre du comité d'accréditation de la Société des experts en médecine légale du Québec. Il en est d'ailleurs l'un des fondateurs. La Société a vu le jour pour établir des normes d'expertise unifiées et fiables, et pour assurer la formation de ses membres. La Société des médecins experts du Québec a nommé le Dr Bélanger membre émérite en 1998.
Mentionnons enfin que le Dr Bélanger a également assumé la fonction de secrétaire-trésorier de l'Association des neurochirurgiens de la province de Québec, qu'il a siégé au sous-comité pédagogique en neurochirurgie de l'Université de Montréal, qu'il a été professeur adjoint de clinique au département de chirurgie de l'Université de Montréal, que son expertise a été mise à profit pendant plusieurs années par le département d'administration de la santé de l'Université de Montréal.
Un neurochirurgien de réputation internationale
L'on n'est pas surpris d'apprendre que la réputation du Dr Bélanger a dépassé nos frontières et que nombreux sont les organismes qui l'ont invité à collaborer avec eux. De fait, le professionnalisme et l'excellence sont toujours fort prisés. Directeur de la Société de neurochirurgie de langue française (dont il est devenu membre honoraire en 1996), membre du comité de traumatologie de la World Federation of Neurosurgical Society, membre du comité de rédaction de trois ouvrages sur la neurotraumatologie sont parmi les fonctions qu'il a occupées sur la scène internationale.
C'est le centre Villa Medica qui a eu le privilège de la collaboration du Dr Bélanger - en tant que directeur des services professionnels - avant que celui-ci ne mette un terme à ses activités professionnelles. De cette expérience, le Dr Bélanger se dit ravi et souligne le dynamisme dont fait preuve le secteur privé dans le domaine de la santé.
Nous terminerons en disant l'amour que porte le Dr Bélanger à la langue française et l'importance pour lui de pouvoir pratiquer la médecine dans cette langue. Il apprécie beaucoup, entre autres, l'action de l'AMLFC dans ce domaine et nous convie tous et toutes à s'engager pleinement dans cette voie. Car, dit-il, "c'est à nous de nous en occuper".]