| Le Dr Marc Rousseau |
Parution: avril 2000
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Un pionnier dans le soulagement de la douleur |
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C'est à la suite d'un accident survenu en cours de formation médicale, et qui l'a laissé paralysé pendant quelques mois, que le Dr Marc Roussseau a choisi de devenir anesthésiste et qu'il traque sans répit la douleur depuis. Lui qui a tellement souffert veut que ses patients ne connaissent pas le même sort et que les affres de la douleur leur soient épargnées. Il croit que la vaste majorité des problèmes de douleur peuvent être atténués, sinon résolus complètement. Sa surspécialisation lui a permis de se munir d'outils efficaces pour venir en aide à sa clientèle. Il faut dire qu'il y avait preneur au Québec pour cette approche humaniste. Quand le Dr Rousseau est parti pour les États-Unis, son renom avait déjà fait le tour de toutes les régions du Québec et la clientèle affluait à ses portes. Il a travaillé jusqu'à 90 heures par semaine pour satisfaire à cette clientèle montante, autant à l'hôpital Jean-Talon où il travaillait qu'à la clinique de la douleur qu'il avait fondée. |
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Le Dr Marc Rousseau
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Le Dr Rousseau croit que son entraînement aux États-Unis lui a permis d'acquérir une expérience unique, ne serait-ce qu'en regard du nombre de traumas qu'il fut appelé à traiter et du nombre d'opérations pratiquées. Sa spécialisation en traitement de la douleur, souligne-t-il, lui a permis de traiter les gens avec humanisme, de tenter dans toute la mesure du possible de faire en sorte qu'aucune personne ne souffre inutilement. Aujourd'hui, à 44 ans, il estime qu'il est devenu un anesthésiste complet qui peut vraiment aider les gens, et c'est ce qu'il tente de faire quotidiennement. Plus que jamais, il demeure à l'affût de nouvelles découvertes dans le domaine de l'anesthésie et du soulagement de la douleur, et il entend poursuivre dans cette direction sans relâche et sans trêve. S'il avait un rêve à formuler, ce serait que la situation économique au Québec s'améliore afin de faciliter la pratique d'une médecine moderne.
Son parcours professionnel
Le Dr Marc Rousseau, né dans la ville de Saint-Jérôme, a fait ses études de médecine de 1976 à 1981. En cours de formation, il a eu un grave accident de voiture : fracture du crâne avec paralysie complète d'un côté. La paralysie s'est résorbée, mais la convalescence, qui a duré plusieurs mois, a représenté un tournant majeur dans la vie personnelle et professionnelle du Dr Rousseau. Il était alors en troisième année de médecine et il a craint que cet événement ne mette fin à son rêve de devenir médecin. Le Dr Rousseau s'estime chanceux malgré tout puisque cet accident est survenu la dernière journée de l'année scolaire et qu'il a pu reprendre des forces durant la période estivale. En septembre, il a pu reprendre ses cours, malgré les handicaps qui subsistaient.
Cette expérience a amené le Dr Rousseau à entamer une profonde réflexion sur la vie, sur sa précarité et sur le privilège de pouvoir en bénéficier. À travers l'épreuve qu'il a vécue, il a constaté combien il pouvait être difficile de faire comprendre ses souffrances mentales et physiques et combien le personnel soignant pouvait être démuni quant à la façon de le soulager. Ce n'est que plus tard cependant que la réflexion du Dr Rousseau sur la douleur est parvenue à maturité. Il a pris conscience en rétrospective que le traitement de la douleur, pour être efficace, doit être personnalisé, car chaque personne est différente. La souffrance, la douleur est multiforme, subjective et très personnelle. Et les moyens pour la soulager sont bien plus élaborés qu'une simple prescription de morphine aux quatre heures.
Après son accident - considérant l'évolution de son état physique -, le Dr Marc Rousseau a choisi l'anesthésie. Cette spécialité lui paraissait la plus appropriée compte tenu de son état de santé, son accident ayant laissé des séquelles, à l'une de ses jambes plus particulièrement. Il avait envisagé auparavant de s'orienter vers une spécialité plus chirurgicale bien que cette décision n'ait pas été finale. Le sort en a décidé autrement.
Le Dr Rousseau n'a pas complété sa résidence d'un seul trait. En cours de route, pour des considérations personnelles, il a décidé d'interrompre sa formation et d'accepter un poste à l'hôpital de Sorel, où il a exercé de 1984 à 1987. Cette expérience lui a permis de prendre vraiment le pouls des exigences de cette discipline complexe et en constante évolution qu'est l'anesthésie. Il fut aidé en cela par son collègue, le Dr Jacques Bélanger, un anesthésiste d'expérience qui a su bien le conseiller.
Sa pratique à l'hôpital de Sorel a permis au Dr Rousseau d'acquérir une expérience concrète - et non pas seulement didactique ou théorique - de la profession. "J'ai identifié mes faiblesses, dit-il. Je savais dorénavant quelles questions poser à mes patrons. Quand j'ai repris mon entraînement aux États-Unis, celui-ci était donc davantage orienté sur mes besoins. À Montréal, j'avais suivi le courant. Le patron était toujours derrière moi pour m'aider à régler tous mes problèmes." Fort de son expérience, le Dr Rousseau croit que la formation des résidents devrait comprendre une année de pratique en région éloignée avant de compléter la dernière année d'entraînement, suivie des examens finaux. Cette façon de faire, croit-il, permettrait aux résidents de prendre conscience de leurs réelles faiblesses et de retourner en milieu universitaire s'instruire auprès de personnes d'expérience. Ils seraient ainsi davantage prêts à faire face aux problèmes concrets vécus en pratique.
Après son séjour à l'hôpital de Sorel, le Dr Rousseau prit la décision de terminer sa résidence et son entraînement. Cependant, pour compléter sa résidence à ce moment-là, il devait signer un contrat de trois ans avec le gouvernement, qui l'obligeait à travailler en région éloignée. Il n'a pas accepté. L'année suivante, il a fait une autre demande. Un directeur de programme en anesthésie, qui désirait le recevoir comme résident, l'a admis comme étudiant en médecine, lui évitant ainsi de signer ce contrat. Le gouvernement lui a refusé cette possibilité.
Il s'est alors tourné du côté des États-Unis. Sa demande a été acceptée et il a poursuivi pendant trois ans sa formation en anesthésie dans un hôpital de Philadelphie associé à l'Université Temple. À la suite d'une conférence présentée lors du congrès annuel de l'Association des anesthésistes américains sur une recherche qu'il avait menée, le Dr Marc Rousseau s'est vu offrir l'opportunité de compléter ses six derniers mois de résidence là où il le voulait, sans frais. Aux États-Unis, les six derniers mois de résidence en anesthésie se font en spécialité. Le Dr Rousseau a opté pour le traitement de la douleur. Il s'inscrivit donc à l'Université de South Florida, à Tampa. Il a ensuite obtenu un fellowship en traitement de la douleur à cette même institution.
Un spécialiste surspécialisé en milieu non universitaire
De 1991 à 1999, le Dr Rousseau est revenu exercer sa profession à l'hôpital Jean-Talon. Il a constaté la difficulté pour un médecin aussi spécialisé de travailler dans un hôpital non universitaire compte tenu des coûts inhérents aux traitements contre la douleur qu'il préconisait. À son retour au Québec, le Dr Rousseau était l'un des rares médecins spécialisés dans le traitement de la douleur. Aux États-Unis, où les fonds octroyés pour l'avancement de la médecine sont quasi sans limites et où toutes les techniques de pointe sont disponibles, les problèmes rencontrés au Québec ne se posaient pas. Au début de sa pratique à Jean-Talon, le Dr Rousseau ne disposait pas de certains médicaments qu'il utilisait aux États-Unis. Ce n'est que plus tard qu'il y a eu accès. C'est durant cette même période qu'il a ouvert une clinique de la douleur.
Assez rapidement, les compétences du Dr Rousseau ont été reconnues à leur juste valeur, tant par la communauté médicale que par la population. Bientôt, ce furent des gens de partout au Québec qui le consultèrent, alourdissant d'autant la clientèle à Jean-Talon. L'hôpital Jean-Talon devant faire face comme tout le réseau de la santé au Québec à d'importantes compressions budgétaires, et les coûts impliqués dans le traitement de la douleur ne cessant de croître, il fut suggéré au Dr Rousseau de restreindre sa pratique. De quels traitements s'agissait-il? Le Dr Rousseau posait des stimulateurs de colonne dorsale pour la douleur chronique. Il procédait à des épidurales continues. Il pratiquait des techniques de destruction nerveuse. À son arrivée à Jean-Talon, en 1991, cela n'était pas pratique courante. C'est plus tard, au cours des années 1994-1997, que ces méthodes que le Dr Rousseau avait fait connaître ont été implantées graduellement, de plus en plus utilisées par d'autres spécialistes s'étant également spécialisés aux États-Unis et qui voulaient en faire bénéficier leurs patients.
Les coupures imposées ont amené le Dr Marc Rousseau à repenser sa carrière. Il s'est demandé : "Est-ce que j'accepte de me restreindre à ce genre de médecine ou est-ce que je préfère retourner aux États-Unis pour pratiquer de façon optimale?" Il a fermé sa clinique de la douleur en mai 1998. Au Québec, il semble que ce soit en milieu universitaire que la pratique médicale axée sur le traitement de la douleur est privilégiée. Habituellement, les médecins qui ont une surspécialisaton oeuvrent donc davantage en milieu universitaire. Mais le Dr Rousseau ne privilégie pas ce genre de pratique. Aux États-Unis, on retrouve des cliniques de la douleur partout, dans tous les milieux.
En février 1999, le Dr Rousseau quittait le Québec afin de poursuivre sa carrière aux États-Unis, pour des considérations professionnelles d'abord et aussi parce que le climat y est plus clément. Il fuit le froid et la neige. Il vit actuellement dans la municipalité de Hanover en Pennsylvanie. Il s'est rendu aux États-Unis en compagnie de son épouse et de leur petite fille, née au Québec peu avant leur départ. Si le mal du pays vient à être trop fort - les familles du Dr Rousseau et de son épouse sont au Québec -, il se peut que tous trois reviennent. Car, malgré les difficultés rencontrées, le Dr Rousseau considère qu'il y a beaucoup à faire au Québec pour le traitement de la douleur. Prenant pour exemple les personnes atteintes de cancer, il explique que beaucoup souffrent inutilement, qu'il existe des techniques pour alléger leurs souffrances. "Je trouve inacceptable toute cette souffrance", dit-il.
Dédié à la médecine francophone
Le Dr Rousseau est membre du conseil général de l'Association des médecins de langue française du Canada. Auparavant, il était également membre du comité des congrès et relations internationales de l'AMLFC. Il s'est impliqué au sein de ce comité dans le but de favoriser échanges culturels et scientifiques entre médecins québécois et médecins francophones du reste du monde. Il a vécu des expériences très enrichissantes à travers cette collaboration. Des congrès ont été organisés en Polynésie, en Tunisie, au Viêt-nam et ailleurs. "Ces échanges, explique-t-il, permettent une ouverture, une communication avec les médecins d'autres pays." Cette expérience lui a permis de constater combien sont enviées les ressources dont disposent les États-Unis et le Canada. Beaucoup de pays sont très démunis en matière de santé. Le Dr Rousseau a visité entre autres des hôpitaux où les salles d'opération ne disposaient pas de réseau adéquat d'évacuation des gaz opératoires. Les voyages à travers le monde qu'il a effectués lui ont fait réaliser à quel point les Québécois sont chanceux d'avoir accès à la médecine d'ici malgré tout.
Pour ce qui est de la francophonie, le Dr Rousseau considère qu'il est très important que les médecins francophones se regroupent et publient en français. Les revues médicales francophones ou anglophones, croit-il, devraient accepter de publier un article déjà paru dans une autre langue. "Il est primordial pour le développement de la médecine francophone que les chercheurs et les médecins continuent à publier en français", dit-il.
Le Dr Marc Rousseau et le Dr André-H. Dandavino, président de l'AMLFC, ont d'ailleurs discuté récemment de moyens possibles de recruter des médecins de langue française aux États-Unis et de la possibilité de former un comité spécial à cet égard.]