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Parution: novembre 1999
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L'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour le Dr Jacques Cantin |
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Chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Montréal depuis 31 ans, le Dr Jacques Cantin n'a jamais cessé de s'impliquer dans la lutte au cancer, et ce, de toutes les façons. "Il faut bien que des gens s'adressent à la société, parlent du cancer à la population. Toutes les initiatives à ce sujet sont importantes et si les médecins font carrière grâce à des institutions et des organismes, ils ont le devoir de s'occuper d'eux et d'être actifs", déclare-t-il. Voilà un principe auquel le Dr Cantin est demeuré fidèle toute sa vie et qui l'a amené à donner beaucoup de son temps et de son énergie, notamment à la Société canadienne du cancer. Avant même de songer au cancer, avec un père médecin et une mère infirmière, il était bien normal que Jacques Cantin choisisse à son tour le monde médical. "J'ai grandi dans ce milieu-là, se souvient-il. Mon père pratiquait dans ce qu'on appelait à ce moment-là l'unité sanitaire de New Carlisle." En 1953, il faisait donc son entrée à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Aucune spécialité en particulier ne le tentait jusqu'à ce qu'il découvre la chirurgie en tant qu'assistant opératoire. "La coutume était alors d'être interne bénévole dans de petits hôpitaux périphériques. C'est ainsi que j'ai découvert la chirurgie à Notre-Dame de L'Espérance, un petit établissement de Ville Saint-Laurent, avec les Drs René Roux et Jean Dionne", rapporte-t-il. |
![]() Le Dr Jacques Cantin |
Le Dr Cantin le dit lui-même, il n'a rien d'un contemplatif. "La chirurgie me convenait donc parfaitement, remarque-t-il, puisqu'on intervient rapidement auprès d'un patient et que l'on voit vite et de façon évidente les résultats de notre travail." Quant à son orientation vers la chirurgie oncologique, elle tient tout simplement au triple désir qu'il avait de travailler dans un milieu universitaire, de s'initier à un domaine qui était tout neuf dans les années 60, et aussi de ne pas être cantonné dans une spécialité trop restreinte, mais au contraire d'explorer un champ d'intérêt très vaste. Une fois sa résidence en chirurgie terminée à Montréal, le Dr Cantin partit donc en 1963 compléter une résidence en chirurgie oncologique au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York pour ensuite se rendre à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif pour une résidence en oncologie chirurgicale. "J'ai fait partie de la première génération de chirurgiens à s'intéresser au cancer, note-t-il, et qui sont allés se surspécialiser."
Juste avant ce séjour aux États-Unis et en France, le Dr Cantin a connu une expérience de coopération peu banale : nommé médecin-chef d'une mission de secours de la Croix-Rouge internationale, il est parti en Algérie en 1962. "Il y avait alors 75 000 Algériens qui s'étaient réfugiés en Tunisie et il fallait les ramener chez eux, explique-t-il. Je suis très content de l'avoir fait. On connaît très peu le monde arabe et j'ai beaucoup appris pendant cette mission de quatre mois."
Dès son retour à Montréal, en 1968, l'enseignement au département de chirurgie a commencé à faire partie des tâches du Dr Cantin. De chargé d'enseignement à ses débuts, il est devenu professeur adjoint deux ans plus tard puis professeur agrégé depuis 1975. Encore aujourd'hui, il n'a pas perdu le plaisir d'enseigner. Il considère le contact avec la nouvelle génération de résidents "très agréable, très stimulant".
Cette génération actuelle est pourtant bien différente de celle de sa promotion. Ainsi, au moment où il était lui-même un jeune étudiant, le Dr Cantin se rappelle qu'il y avait à peine 8 femmes sur les 120 étudiants de sa classe. "Aujourd'hui, elles constituent la moitié de l'ensemble des étudiants en médecine et c'est très bien, approuve-t-il. En fait, je trouve que les femmes sont plus conscientes de leurs besoins que nous ne l'étions à leur âge. Quand la charge de travail ou l'enseignement ne leur convient pas, elles le disent; alors que nous, nous ne pensions même pas à protester." Cependant, le Dr Cantin espère bien que les étudiantes cesseront de tourner le dos aux carrières chirurgicales comme elles ont encore tendance à le faire. "C'est vrai que la chirurgie ne garantit pas une qualité de vie exceptionnelle. La formation et ensuite la pratique représentent beaucoup d'heures de travail, et ce n'est pas l'idéal pour une jeune femme médecin qui veut limiter ses heures de pratique et le nombre de patients qu'elle voit. Mais si on aime vraiment cela, ça vaut la peine de le faire", assure-t-il.
La formation médicale continue a aussi occupé une place de choix dans la carrière du Dr Cantin. De 1968 à 1998, il a été conférencier invité à 75 reprises lors de diverses manifestations scientifiques. Laconique devant son engagement, il se contente de dire que lorsqu'on nous propose de participer à des activités de ce genre, autant y aller! Et le Dr Cantin n'a jamais manqué de répondre "présent" quand on le sollicitait. C'est ainsi qu'il a présidé de 1975 à 1985 le comité scientifique de l'Association des chirurgiens généraux du Québec et les deux réunions scientifiques annuelles de cette même association, et qu'il a collaboré à la tenue du 49e Congrès de l'AMLFC, en 1976, qu'il a présidé.
À l'Université de Montréal, et ses institutions affiliées, le Dr Cantin a été membre de très nombreux comités et en a présidé autant. À l'Hôtel-Dieu, il a aussi assumé des responsabilités administratives, telle sa participation au CMDP, dont il a été membre du comité exécutif de 1976 à 1982 puis président jusqu'en 1984. Il a également été membre du conseil d'administration de cet hôpital ainsi que de sa fondation, et enfin il fut chef du service de chirurgie générale de 1987 à 1992.
Parmi les organismes scientifiques auxquels il a apporté sa collaboration au sein de différents comités, mentionnons le Club d'oncologie du Québec, qu'il a co-fondé, la Société canadienne d'oncologie, l'American College of Surgeons, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et l'Institut national du cancer du Canada. Le Dr Cantin a aussi travaillé de concert avec le Collège des médecins du Québec, la Fédération des médecins spécialistes du Québec et l'Association des chirurgiens généraux du Québec.
S'il s'est souvent adressé à la communauté scientifique, le Dr Cantin n'a pas pour autant négligé le grand public. Réalisation d'une dizaine de films de vulgarisation produits avec la Société canadienne du cancer, apparitions fréquentes sur le plateau de tournage de diverses émissions de télévision, conférences de vulgarisation : autant de façons de parler, encore et toujours, du cancer. Auprès des gouvernements du Québec et du Canada, le Dr Cantin est aussi intervenu en se joignant à plusieurs comités de 1988 à 1993.
En plus de prendre souvent la parole lors de divers congrès au Québec et au Canada, le Dr Cantin a aussi laissé sa marque sur la scène internationale en se rendant à Paris, à Marrakech, à Fez, à Buenos Aires et à Porto Rico. En tout, 41 présentations ont ainsi jalonné sa carrière de 1968 à 1997. En ce qui concerne la recherche, le Dr Cantin a à son actif sa participation comme investigateur principal, à l'Hôtel-Dieu, de la National Breast Screening Study, une étude canadienne qui a évalué la valeur de la mammographie dans le dépistage du cancer du sein chez 4 500 patientes. À l'heure actuelle, le Dr Cantin fait encore partie du groupe des essais cliniques de l'Institut national du cancer du Canada et est l'investigateur principal dans quatre études portant sur des protocoles de thérapie adjuvante. Il a aussi le même rôle en tant que membre du Breast Cancer International research Group dans une étude portant sur un traitement adjuvant du cancer du sein. Ajoutons que le Dr Cantin est l'auteur de quatre chapitres de livres, coauteur de vingt-deux articles scientifiques et de dix Guides de pratique pour la prise en charge et le traitement du cancer du sein. "J'ai fait plus de recherche à mes débuts que par la suite; avec mon travail auprès de la Société canadienne du cancer, j'avais moins de temps. Mais maintenant, je reviens à la recherche clinique et j'y trouve beaucoup de plaisir; c'est tellement agréable d'obtenir des réponses à ses questions", note-t-il.
La Société canadienne du cancer, il est vrai, a beaucoup occupé le Dr Cantin. Au point où il en est arrivé à présider successivement la division québécoise et le bureau national. "Cela a commencé tout doucement, quand un de mes anciens patrons m'a demandé de prendre sa relève en 1972 comme président du comité médical de la section québécoise. J'ai accepté, et finalement nous avons réalisé beaucoup de choses au fil des années, comme la fondation de la Maison de la Société canadienne du cancer, qui loge des gens qui reçoivent des traitements de radiothérapie, l'établissement d'un programme de bourses pour la formation de stomothérapeutes au Québec, la création d'une ligne d'information téléphonique dans tout le Canada et la lutte contre le tabac, encore en cours. Pour moi, cette implication auprès de la Société a été fascinante. On parle d'un bailleur de fonds très important avec ses 45 millions de dollars consacrés au cancer chaque année et sa mission d'éducation auprès du grand public. Avec la Société, j'ai appris à connaître tout le Canada et j'ai sûrement autant reçu que donné. Mon engagement a tenu à la certitude qu'il faut consacrer de son temps pour faire avancer les causes auxquelles on croit." Le solide sens de l'engagement du Dr Cantin lui a d'ailleurs valu le Prix bénévolat Canada en 1990 et la Médaille du 125e anniversaire de la Confédération en 1992.
L'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour le Dr Cantin. Et pourquoi en effet se consacrerait-il à ses passe-temps préférés (philatélie, voyages et lecture) quand il a encore tant de plaisir à travailler? "Traiter mes patients me semble plus facile maintenant qu'à mes débuts, expose-t-il. Nous avons aujourd'hui une relation plus franche avec eux : plus question de leur cacher la vérité comme c'était la coutume. Ils sont aussi bien mieux informés que par le passé. De mon côté, je sais que 70 % des cancers peuvent se traiter et que les légendes sont bien pires que la vérité", conclut-il.]