Le Dr André G. Trahan
Parution: octobre 1999

Le travail, une vraie source de bonheur


Médecin de famille, urgentologue, coroner ou organisateur d'activités d'éducation médicale continue - il s'est occupé de notre colloque régional à Trois-Rivières -, le Dr André G. Trahan porte bien plus d'un chapeau selon ses multiples engagements.

C'est alors qu'il était encore tout jeune que le Dr Trahan a connu ses premiers contacts avec la médecine. "Ma mère a longtemps été malade, explique-t-il, et notre médecin de famille, aussi chirurgien, le Dr Jean-Baptiste Leblanc, était un homme exemplaire, d'un dévouement et d'une empathie extraordinaires. Il faisait des visites à domicile et sa personnalité m'inspirait beaucoup d'admiration et de confiance. Même quand j'étais au séminaire, j'allais parfois le voir, souvent parce que je recueillais des fonds pour des activités étudiantes, et il m'accueillait toujours bien."


Le Dr André G. Trahan

De 1961 à 1966, André G. Trahan s'est consacré à ses études médicales à l'Université Laval. Au terme de sa formation, il a songé à se spécialiser en endocrinologie ou en radiologie, mais l'envie de se marier l'a emporté. Comme le hasard fait bien les choses, un poste de médecin de famille se libérait justement à Saint-Maurice, tout près de Trois-Rivières. Le 18 juin, le Dr Trahan et son épouse se faisaient lancer des confettis sur le parvis de l'église et dix jours plus tard, le Dr Trahan recevait ses premiers patients dans le cabinet qu'il venait de reprendre. "En fait, le dimanche soir, une dame âgée était déjà venue me consulter chez moi", se souvient-il en souriant

En 1966, un jeune médecin de famille devait s'attendre à travailler fort, très fort. Le Dr Trahan faisait des visites à domicile pour ses patients âgés, et il avait parfois la surprise de trouver sur place bien plus d'une personne à examiner, comme cette visite qui s'est transformée en consultation pour pas moins de sept personnes! "En ce temps-là, une consultation au bureau nous rapportait 2 $ et une visite à domicile 5 $, se rappelle-t-il. Je partais au bureau à 7 h le matin et je travaillais 7 jours sur 7. Cela représentait beaucoup de travail, mais je ne regrette rien; je rendais service aux gens et j'étais heureux de le faire."

Contrairement à certains généralistes de l'époque qui avaient de la difficulté à se faire accepter en milieu hospitalier, le Dr Trahan a été fort bien accueilli aux hôpitaux Saint-Joseph, Sainte-Marie et Cloutier où il a travaillé. "C'était plus facile pour moi parce que je prenais la relève d'un médecin qui avait déjà ses entrées dans ces hôpitaux, constate-t-il. Mais ce n'était pas habituel, loin de là; beaucoup d'omnipraticiens trouvaient compliqué de faire hospitaliser leurs patients et se faisaient souvent dire qu'ils ne pouvaient pas faire telle ou telle chose "réservée" aux spécialistes."

Parmi les activités qui ont tenu le Dr Trahan bien occupé, il y a l'obstétrique. Il en a fait pendant les neuf premières années de sa pratique, allant jusqu'à 250 accouchements par année, et couvrant un immense territoire. Pas étonnant qu'en onze mois, il ait parcouru 62 000 milles en automobile! Mais l'obstétrique avait beau être un domaine qu'il appréciait, après quelques années il a fini par l'abandonner pour mieux se consacrer à son cabinet. Alors, adieu routes enneigées et appels nocturnes.

Cependant, la pratique du Dr Trahan n'en a pas moins conservé du "piquant" avec ses activités d'urgentologue. Il a commencé à en faire à l'hôpital Sainte-Marie. "C'était infernal les premiers temps, affirme-t-il. Il y avait beaucoup de cas de traumatologie et je n'avais pas eu de formation à ce sujet. C'était stressant de voir arriver ces patients avec une hémorragie cérébrale ou une tumeur au cerveau. Mais j'ai vite appris à utiliser mon expérience et je me suis habitué."

Non seulement il s'y est habitué, mais le Dr Trahan aime vraiment l'atmosphère de l'urgence. "C'est un vrai travail d'omnipraticien, juge-t-il. On voit de tout chez toutes sortes de patients, et on les voit les premiers; à nous de les orienter adéquatement après les avoir traités. Et pour moi, c'est très gratifiant même si tout se passe rapidement. Le bureau, c'est autre chose. On a plus de temps, on fait des consultations, on a une orientation moins curative. Vraiment, j'aime encore beaucoup l'urgence et c'est devenu facile pour moi d'y travailler." Au fil des ans, l'expertise du Dr Trahan a d'ailleurs été reconnue puisqu'il est devenu chef du service de l'urgence de l'hôpital Cloutier.

Quant à ses activités en bureau, elles ont aussi occupé et continuent d'occuper une bonne partie des énergies du Dr Trahan. "J'en suis à ma troisième génération de patients, remarque-t-il. J'ai rencontré des gens qui sont passés de parents à grands-parents depuis les quelque trente ans que je pratique à Saint-Maurice. Il s'est créé des habitudes et des liens entre nous : nous nous connaissons bien depuis le temps. Et ces liens sont nécessaires parce qu'il faut être apprécié pour être bien intégré à une petite communauté de 2 200 habitants comme le nôtre."

Il ne fait d'ailleurs pas de doute que le Dr Trahan est devenu un des piliers de son village. En témoigne, par exemple, sa participation à la création d'un service des loisirs. Lui-même joueur de tennis, de hockey, de baseball et de football quand il était adolescent, le Dr Trahan a voulu que les jeunes de Saint-Maurice aient aussi la chance de faire du sport chez eux. Tout a commencé quand il a vu que des jeunes jouaient à la "balle molle" sur un terrain vague. Sans plus tarder, il leur a suggéré de former une équipe de baseball et a convaincu le maire que le village avait besoin d'un véritable terrain, bien aménagé et éclairé, ce qui fut fait. Aujourd'hui encore, le Dr Trahan est un fidèle partisan de son équipe locale et préside la ligue de baseball de sa région.

Le Dr Trahan est aussi à l'origine d'une tradition vieille de trente ans à Saint-Maurice, le Carnaval d'hiver. Il s'agissait au départ d'amasser de l'argent pour les activités de baseball. Le modeste projet s'est vite transformé en trois semaines d'activités continues et variées, dont un tournoi de ballon-balai qui réunissait 130 équipes, des soirées thématiques qui ont connu un vif succès, etc.

Le Dr Trahan est également connu dans sa région en tant que coroner. "C'est un travail qui fait prendre conscience des réalités de la vie, croit-il. On voit de près les ravages de la drogue et de l'alcool, l'impact de l'éclatement des familles, le désabusement de certains. Il m'est arrivé de voir en une semaine sept cas de suicide de personnes âgées de 13 à 77 ans! Quand je pense à cette petite fille, pendue dans un placard...

"Les gens n'ont plus les moyens de vivre convenablement, poursuit-il. Et on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas : comment gérer un tout petit budget quand on ne sait pas comment faire? Je vois énormément de misère au sein de la population, des problèmes de base comme le manque d'hygiène, une mauvaise alimentation. C'est vraiment trop triste de voir toutes ces soupes populaires où on fait la queue chaque jour."

Mais tant comme médecin que comme coroner, le Dr Trahan ne se laisse pas décourager et mise sur l'action. "On n'a pas le droit de passer sous silence les situations alarmantes, juge-t-il, c'est notre responsabilité. Comme coroner, je crois que lorsque nos recommandations sont bien faites, elles peuvent être écoutées et suivies. Par exemple, j'ai déjà recommandé que des camions soient inspectés à la suite de la mort d'une jeune femme. Ils l'ont été et on a découvert que plusieurs présentaient la même défectuosité. J'ai aussi recommandé que l'on modifie le tracé d'une route dangereuse à Mont-Carmel et je suis certain que cela sera fait."

Mais le travail du Dr Trahan ne comporte pas que des situations tristes. Par exemple, il a été le responsable médical lors de la visite du pape au Cap-de-la-Madeleine. Plusieurs dizaines de milliers de personnes s'étaient déplacées et, dans le vent et le froid, de petits malaises n'ont pas manqué d'affecter bien des gens. Le Dr Trahan se félicite encore de l'excellente équipe en place qui a contrôlé la situation sans peine.

Autre expérience inusitée : sa collaboration au Grand Prix de Trois-Rivières et à celui de Montréal en tant que médecin. "Un travail emballant qui est vraiment différent de ma pratique habituelle, affirme-t-il, où je peux mettre à profit toutes mes connaissances en traumatologie."

Le Dr Trahan, c'est aussi le médecin de la prison locale et l'homme qui a fondé la Maison Carignan, un centre de désintoxication, ou encore un conférencier apprécié au Club de l'âge d'or. "C'est très important pour moi de participer à la vie communautaire, expose-t-il. Pour moi, le travail est une vraie source de bonheur. Maintenant, je travaille un peu moins, mais il me semble que je suis encore plus efficace qu'avant."

Quand il n'est pas occupé - mais cela arrive-t-il si souvent? -, le Dr Trahan se plaît à participer à des activités d'éducation médicale continue. Il s'est aussi initié aux joies d'Internet et y a fréquemment recours pour trouver les dernières informations à jour.

Quand il sera à la retraite, il est clair que le Dr Trahan se livrera complètement à son loisir de prédilection : le golf. Il participe déjà à plusieurs tournois tous les ans, lit sur le sujet, prend des cours, etc. Bref, il en mange. "Le golf, comme tous les autres sports, est extrêmement formateur, dit-il. Ce n'est pas qu'une distraction et une façon de se tenir en forme, c'est aussi une activité qui favorise la concentration. Je trouve également que l'on peut facilement reconnaître ceux qui pratiquent ou ont pratiqué des sports d'équipe, ce sont souvent ceux qui savent collaborer, qui sont prêts à travailler en équipe."

Mais les journées entièrement consacrées au golf ne sont pas encore pour demain pour le Dr Trahan. Pour sa nombreuse clientèle, pour les gens qu'il voit à l'urgence, pour ses concitoyens de Saint-Maurice, le Dr Trahan est encore là, fidèle au poste.]