Parution: septembre 1999

Le Dr Vania Jimenez-Sigouin nommée médecin de famille canadien de l'année 1999


Chercheuse, clinicienne, obstétricienne et psychothérapeute, le Dr Vania Jimenez-Sigouin, un médecin de famille qui exerce à Montréal, a été nommée médecin de famille canadien de l'année 1999 par le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC).

Membre de l'AMLFC, le Dr Jimenez-Sigouin est directrice de l'unité de médecine familiale et directrice des services médicaux au CLSC Côte-des-Neiges, qui dessert une population pluriethnique de 130 000 patients provenant de plus de 150 pays. Grâce à son implication en obstétrique et à ses habiletés interpersonnelles, elle a contribué à la création du centre des naissances du CLSC, que le gouvernement a identifié comme projet pilote pour la participation des sages-femmes dans la communauté.


Le Dr Vania Jimenez-Sigouin

Elle s'intéresse entre autres à l'influence de la culture sur la maladie, ce qui l'a amenée à faire de la recherche dans le domaine de la santé de l'enfant et la santé des immigrants, plus précisément en ce qui a trait aux problèmes de violence et de santé mentale. En 1997-98, elle a dirigé par intérim le Centre d'excellence Métropolis sur l'immigration, l'intégration et la dynamique urbaine. La même année, elle s'est jointe à une mission en Arménie dirigée par l'Agence canadienne de développement international afin de contribuer à la santé maternelle et infantile dans ce pays.

Elle est également psychothérapeute diplômée à exercer la thérapie Gestalt, et elle a siégé pendant deux années au comité directeur du Système canadien de surveillance de la périnatalité, une division du Laboratoire de lutte contre la maladie à Ottawa. Elle enseigne l'obstétrique aux résidents en médecine familiale à l'Hôpital général juif de Montréal et est chargée du cours Introduction to the Patient à la faculté de médecine de l'Université McGill où elle est aussi professeure agrégée au département de médecine familiale et directrice de la division recherche en médecine familiale.

Le Dr Jimenez-Sigouin est consultante médicale à la Direction de la santé publique de Montréal-Centre. Elle est aussi instructrice du programme de soins avancés en néonatalogie et du programme de soins avancés en obstétrique (ALSO) du CMFC. Elle a présenté plus de soixante articles scientifiques et conférences.

Elle maîtrise l'anglais, le français, l'espagnol, l'arabe et l'arménien. Mariée à Isidore Sigouin, elle est mère de sept enfants maintenant âgés de 10 à 28 ans.

"C'est le fait d'avoir sept enfants qui m'a préparée à la tâche, nous explique le Dr Jimenez-Sigouin. Les enfants sont une bénédiction et ma plus grande source de bonheur. J'étais étudiante en médecine lorsque j'ai eu mes deux premiers enfants et au terme de mes études, je suis déménagée à Saint-Ours, un petit village adorable d'environ 2 000 personnes situé sur la rive sud de Montréal. J'y suis demeurée pendant treize ans parce que j'étais le seul médecin de cette communauté, et que je sentais qu'on avait besoin de moi. C'était également un endroit merveilleux pour élever mes enfants."

Le Dr Jimenez-Sigouin s'est résolue à quitter Saint-Ours lorsque ses enfants sont devenus en âge de fréquenter le collège Stanislas à Montréal. Elle espère toujours y retourner un jour; c'est là qu'elle aimerait terminer sa carrière médicale en exerçant la médecine familiale rurale.

Vania est née en Égypte de parents arméniens qui étaient enseignants. Elle a émigré au Canada à l'âge de 18 ans. Son intérêt pour la médecine est né à l'âge de 8 ans lorsqu'elle s'est passionnée pour Albert Schweitzer.

"Je lisais tous ses livres et j'écoutais sa musique. Puis, un jour, j'ai décidé que je voulais être exactement comme lui. Ma vision, même à ce jeune âge, était d'aller un jour dans la brousse africaine et de travailler avec les enfants."

Vania a étudié les sciences générales et la physique, et obtenu un B.Sc. à l'Université McGill. Elle a terminé ses études médicales à l'Université McGill en 1971. Elle a été certifiée du CMFC en 1983 puis fellow du CMFC en 1995.

L'interaction avec ses patients est la partie la plus gratifiante de son travail clinique. "L'avantage d'apprendre toutes ces différentes cultures, nous dit-elle, c'est que cet effort vous amène éventuellement à mieux vous comprendre vous-même. Il fallait que je fasse cet exercice si je voulais interagir avec tous ces groupes culturels différents et établir une relation solide, basée sur la confiance. Dans une clinique comme celle de Côte-des-Neiges, ceci vous permet d'en arriver à communiquer véritablement avec un patient, amenant ainsi l'exercice de la médecine à un niveau beaucoup plus élevé et efficace." Elle traite de nombreux réfugiés d'un peu partout à travers le monde, victimes de violence et de troubles sociaux. Elle est toujours agréablement surprise de la courtoisie que démontrent ces patients du Vieux Monde en dépit des tragédies personnelles qui les ont marqués.

Vania est une adepte enthousiaste et énergique de la recherche médicale. Sa passion la plus récente est le travail qu'elle a complété sur la violence conjugale et ses effets sur les enfants qui en sont témoins. "Les enfants, nous confie-t-elle, décident souvent d'être violents lorsqu'ils ont grandi dans un milieu violent, mais ce comportement est modifiable. Notre recherche, effectuée auprès de 200 enfants et leurs familles, nous a permis d'espérer que, si nous pouvions trouver des facteurs de protection chez les enfants sains et ne présentant pas de problème de santé mentale, nous pourrions alors les extrapoler et les appliquer à ceux qui sont à risque et, par conséquent, briser le cycle. L'enfant victime de violence conjugale porte en lui la semence de la violence. Des études de cohortes nous ont appris que le risque de violence à l'âge adulte est beaucoup plus élevé chez les garçons. Les filles qui vivent des situations semblables sont à risque beaucoup plus élevé de s'engager dans une relation violente à l'âge adulte."

Les chercheurs ont constaté que l'affection est le facteur qui protège les enfants à risque. En d'autres termes, le maternage des enfants et le fait d'être présents lorsqu'ils ont peur contribuent à protéger les enfants. "En fait, les aimer aide énormément." L'autre constatation importante, c'est que les enfants qui ne sont pas témoins de la violence conjugale ne sont pas plus affectés que ceux qui grandissent dans des familles où règne l'harmonie. "Nous conseillons à nos patients qui ont des problèmes de s'assurer que les enfants ne soient pas présents lorsque monte la tension. Si les parents sont forcés de le faire, ils doivent expliquer aux enfants ces situations, tout comme ils le feraient avec un étranger. Les enfants n'ont pas à être témoins ni impliqués dans les problèmes conjugaux de leurs parents."

Lorsqu'on la questionne sur l'avenir de la médecine familiale, le Dr Jimenez-Sigouin repense à ses débuts en pratique familiale. "L'image qui me revient est celle de Saint-Ours où j'ai exercé au terme de mes études médicales. Si nous pouvions recréer le climat d'un village au sein de nos communautés urbaines, je pense que nous pourrions retrouver les aspects positifs de la médecine familiale comme elle était à cette époque. Nous devons toutefois entretenir cette vision et la garder présente à l'esprit. Si nous travaillons dans cette perspective, nous sommes sur la bonne voie."

Malgré un horaire trépidant et une vie familiale et professionnelle fort chargée, le Dr Jimenez-Sigouin demeure un oasis de paix et de satisfaction. L'équilibre et la stabilité dans sa vie, elle les attribue à la relation étroite qu'elle entretient avec son mari et ses enfants. Sa philosophie de vie est simple : "Fais ce que tu aimes; tu excelleras dans ce domaine et tu seras heureux. On puise la satisfaction et la paix véritables à l'intérieur de soi et non à l'extérieur."

Le prix Reg L. Perkin du médecin de famille canadien de l'année 1999 lui a été remis lors d'un dîner en son honneur, le 13 mai dernier à l'hôtel Empress de Victoria. Ce prix est parrainé par Janssen-Ortho inc. avec le soutien de la Fondation pour la recherche et l'éducation du CNFC.

Mentionnons en terminant que le Dr Vania Jimenez-Sigouin avait également reçu en 1998 le Prix des médecins de coeur et d'action, décerné conjointement par l'Association des médecins de langue française du Canada et le Groupe L'Actualité médicale.]