| Le Dr François Goulet |
Parution: août 1999
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L'éducation médicale continue a pris de plus en plus d'importance dans sa carrière |
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Avec son rire communicatif et sa voix pleine de chaleur, on sait que le Dr François Goulet ne ment pas quand il affirme aimer les gens et les contacts humains. Médecin de famille avant tout, il a cependant récemment mis le cap sur une nouvelle orientation de carrière, l'éducation médicale continue, et occupe depuis 1997 le poste de directeur adjoint à la direction de l'amélioration de l'exercice au Collège des médecins du Québec. De 1981 à 1997, le Dr Goulet a vraiment été très actif en fait de pratique. Pendant toute cette période, on l'a retrouvé à l'urgence du pavillon Verdun du centre hospitalier Angrignon. Pendant treize ans, de 1984 à 1997, il a aussi agi comme médecin de famille à son cabinet du Centre de santé de Rigaud. Auparavant, de 1982 à 1984, il avait débuté comme omnipraticien à la clinique médicale Sainte-Colette, expérience suivie de 1984 à 1987 par sa collaboration au DSC du Centre hospitalier de Verdun où il oeuvrait dans les cliniques de MTS/planning familial, de voyages, de santé maternelle et infantile et enfin de soins et maintien à domicile. |
![]() Le Dr François Goulet |
Et dire que ce médecin convaincu des mérites de la médecine de famille a déjà songé à s'orienter vers la chirurgie ou la médecine interne! "J'ai fini par comprendre que la médecine générale me convenait parfaitement, dit-il, parce qu'elle ouvre beaucoup de portes. Comme médecin de famille, j'ai fait de l'urgence, de l'enseignement, j'ai eu un bureau, participé aux cliniques d'un DSC... Que demander de plus varié?"
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"Cela ne prend pas de temps de dire bonjour à quelqu'un et de s'informer de son état, et c'est encourageant pour le patient." |
Le Dr Goulet s'est initié à la médecine à l'Université de Montréal, le 1975 à 1980. Le temps fort de sa formation? Sans nul doute l'internat multidisciplinaire qu'il a fait en 1981-1982 au Centre hospitalier de Verdun. Près de vingt ans plus tard, il en parle encore avec enthousiasme. "C'est pendant cette année-là que j'ai compris ce qu'est la médecine, résume-t-il. Je voulais un milieu où je serais en contact direct avec les enseignants et c'est exactement ce que j'y ai trouvé. Certains des médecins que j'ai côtoyés là ont été de véritables modèles et mes confrères internes m'ont aussi beaucoup appris. D'un point de vue professionnel comme personnel, cela a été une période très riche où j'avais un plaisir fou à me former et à travailler. Vraiment, sans ce passage à Verdun, je ne serais pas le médecin que je suis devenu."
Pas étonnant que le jeune médecin soit ensuite demeuré un membre actif du Centre hospitalier de Verdun en travaillant à l'urgence. Mais le Dr Goulet, il faut le souligner, était loin d'être un urgentologue comme les autres. Les patients qu'il rencontrait à l'urgence avaient-ils besoin d'être hospitalisés qu'il n'hésitait pas à aller les saluer après son quart de travail et à jeter un coup d'oeil à leur dossier. Quand on lui fait remarquer que rares sont les médecins qui agissent ainsi, il objecte en toute simplicité : "Cela ne prend pas de temps de dire bonjour à quelqu'un et de s'informer de son état, et c'est encourageant pour le patient. De plus, c'était une excellente façon de contribuer à ma propre formation continue; en voyant le plan de traitement, je pouvais évaluer ma propre intervention à l'urgence."
Mais, si satisfaisant qu'ait été son travail à l'urgence, le Dr Goulet tenait aussi à avoir une clientèle bien à lui, qu'il verrait dans un cadre plus détendu et avec qui il pourrait discuter contraception, ménopause ou examen médical périodique. "C'était très important pour moi de voir beaucoup de patients, une grande variété de cas, et l'urgence m'a donné cela, constate-t-il. Mais il était tout aussi important pour moi d'être un médecin dans une petite communauté, comme j'ai pu l'être à Rigaud où j'habite aussi."
Le Dr Goulet note cependant avec tristesse que certains jeunes médecins ne sont pas intéressés à s'installer dans une petite localité. "Ils veulent rester anonymes, suppose-t-il. Il est vrai que dans une petite communauté, on est exposé à se faire arrêter occasionnellement par des patients quand on fait son marché ou à recevoir un appel le dimanche soir parce que le jeune enfant d'une voisine a une otite. Et après? Est-ce si désagréable? Par contre, le samedi soir je peux demander de l'aide à mon patient plombier pour une fuite d'eau. Je trouve parfois que certains résidents ont une mauvaise conception de la disponibilité et de la continuité des soins. On doit devenir médecin par vocation, par mission, pas seulement pour gagner un bon salaire, ne penser qu'à sa qualité de vie et refuser en permanence d'être parfois dérangé par sa clientèle! Enfin, je suis peut-être un peu sévère, mais je me rassure en voyant que d'autres jeunes démontrent un bel humanisme et qu'ils ont à coeur le bien-être des patients."
L'enseignement a aussi occupé une grande et belle partie de la carrière du Dr Goulet. De 1984, où il était chargé de formation clinique, à 1988, où il a été nommé professeur adjoint de clinique, il a été l'enseignant, le superviseur de stage ou le tuteur de plus d'un étudiant et résident. En 1985, son implication s'est précisée avec la tâche de responsable de l'enseignement au service d'urgence du Centre hospitalier de Verdun. Le Dr Goulet en garde un excellent souvenir, d'autant plus qu'il fallait bâtir un programme d'enseignement comprenant autant des cours théoriques que pratiques et faisant aussi appel à la méthode d'apprentissage par problèmes. Un de ses grands motifs de satisfaction fut l'apprentissage de techniques sur des cadavres avant qu'ils ne soient autopsiés. "Et les internes adoraient cela", affirme-t-il.
Ce poste fut suivi en 1987 par celui de coordonnateur de l'enseignement pour l'Université de Montréal, toujours au Centre hospitalier de Verdun. "Un "gros morceau", mais aussi un défi tellement intéressant", dit le Dr Goulet. Ces nouvelles fonctions furent l'occasion d'un retour aux études et aux examens. En 1986, le Dr Goulet avait réussi le certificat du Collège des médecins de famille du Canada et en 1987, il était passé par l'Unité de recherche et développement en enseignement médical (RUDEM) de l'Université de Montréal avant de s'attaquer avec succès au certificat de médecine d'urgence du Collège des médecins de famille du Canada en 1988. "Quand j'ai été nommé coordonnateur, je me suis aperçu qu'il me manquait des connaissances théoriques. Je me suis donc inscrit à la maîtrise en pédagogie des sciences de la santé de l'Université Laval. Je vous jure que quand j'ai fini, je connaissais les autoroutes 20 et 40 dans leurs moindres détails", plaisante-t-il.
La carrière universitaire du Dr Goulet connut de nouveaux développements par la suite, lorsqu'il devint, en 1990, directeur du programme de résidence en médecine familiale de l'Université de Montréal, fonction qu'il assuma jusqu'en 1997. "Ce fut une très belle expérience, juge-t-il, même si ce ne fut pas facile. Le programme de résidence en médecine familiale compte presque 200 résidents; c'est une grosse "machine" où il y a dix milieux de formation, etc. Je ne pense pas avoir révolutionné le programme, parce qu'il est difficile de vaincre les routines de tous les intervenants pour innover, mais j'espère l'avoir consolidé." Pendant cette même période, le Dr Goulet présida ou participa aussi à de nombreux comités au sein du département de médecine familiale et de la faculté de médecine.
Parmi ses différentes tâches à l'Université de Montréal, soulignons celle d'interviewer à l'admission. "J'ai adoré cela, mais je crois que cela a représenté la responsabilité la plus difficile à assumer de toute ma carrière, confie-t-il. Je me demandais souvent qui j'étais pour décider qu'un tel ferait un bon médecin et pas un autre. J'essayais de chercher de belles valeurs et de la simplicité chez les candidats. Moi, les activités à la dizaine ou les voyages autour du monde ne m'impressionnaient pas beaucoup. Par contre, je me souviens très bien d'un jeune homme qui gagnait sa vie en tant que concierge de son immeuble, qui me semblait plus intéressant que cet autre qui prétendait se distraire en lisant de la philosophie dans le métro!"
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"Je suis venu au Collège pour la tâche, pas pour me débarrasser de contraintes." |
Outre tout cela, le Dr Goulet participa aussi, de 1993 à 1996, à des comités du Collège québécois des médecins de famille et du Collège des médecins de famille du Canada, où il fut aussi examinateur pour l'examen de certification en médecine de famille et en médecine d'urgence. Il fut de plus très actif au sein de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), de 1984 à 1997, notamment à titre de délégué syndical pour son association régionale et dans le domaine de la formation médicale continue. On le vit aussi fréquemment comme conférencier invité lors des congrès de la FMOQ et de colloques. Ajoutons qu'il a été à de nombreuses reprises directeur ou membre de comités scientifiques de diverses manifestations, principalement de la FMOQ.
Au fil des années, le thème de l'éducation médicale continue a pris de plus en plus d'importance dans la carrière du Dr Goulet. Il a donné de nombreux ateliers ou journées de formation sur différents sujets, destinés à des omnipraticiens, des responsables de formation médicale continue ou des directeurs scientifiques de colloques.
"En 1997, je me sentais écartelé entre toutes mes activités, se souvient-il. Je faisais encore de l'urgence et du bureau, je m'occupais du programme de résidence en médecine familiale, j'étais membre des comités d'ÉMC de la FMOQ, du Collège des médecins de famille du Canada. C'était trop, d'autant plus que je n'avais plus le temps de maintenir mes compétences comme je l'aurais souhaité pour continuer à travailler à l'urgence. Après avoir soumis ma candidature, j'ai donc accepté le poste qu'on me proposait au Collège des médecins du Québec puisqu'il me permettait de me consacrer uniquement à la formation médicale continue. Mais j'avoue que cela a été un deuil d'abandonner la clinique, parce que j'adorais cela."
La vie de médecin de famille, le Dr Goulet y goûte quotidiennement toutefois puisque sa conjointe, Manon Proulx, est médecin de famille à Rigaud. "Elle, c'est une "vraie"! s'enthousiasme-t-il. Elle a cru en la médecine de famille au début des années 80, alors qu'il n'était pas si commun de faire sa résidence en médecine familiale et d'adhérer au Collège des médecins de famille. Elle pratique à Rigaud, elle est impliquée à fond dans son milieu et elle aime ses patients. C'est mon idole!" En fait, le Dr Goulet prend tant de plaisir à discuter médecine avec sa conjointe qu'il ne plaisante qu'à moitié quand il dit qu'ils sont sans cesse en formation médicale continue à la maison. Le Dr Goulet a toujours été actif. L'été, il s'adonne à des randonnées à bicyclette ou à pied avec sa conjointe, son garçon Guillaume, qui a 16 ans, et sa fille Chloé, âgée de 13 ans, tandis que l'hiver il joue une fois par semaine au hockey. C'est peut-être pour cette raison que Guillaume se dirige en journalisme sportif.
Notons aussi que parmi ses nombreuses activités, le Dr Goulet s'est aussi livré à des projets de recherche appliqués à la formation médicale continue. Il a publié des articles scientifiques dans Le Médecin du Québec ainsi que dans Le Médecin de famille canadien. Au Collège des médecins du Québec, le Dr Goulet a fait partie du comité du jury de l'examen écrit, a été membre suppléant du comité d'inspection professionnelle et médecin expert au service de l'inspection professionnelle sur l'évaluation de la qualité de l'acte et de la tenue de dossiers dans différents centres hospitaliers.
En ce moment, le Dr Goulet est on ne peut plus heureux au Collège des médecins. Mais il se défend bien d'avoir quitté ses autres activités pour le plaisir de profiter d'horaires plus réguliers. "Je suis venu au Collège pour la tâche, proteste-t-il, pas pour me débarrasser de contraintes. Jusqu'au bout, j'ai été content d'arriver à l'urgence ou à mon bureau, j'ai aimé rencontrer des patients, m'occuper d'enseignement, peu importe le temps que cela me demandait."
D'ailleurs, il n'est pas dit que le Dr Goulet a renoncé pour toujours à la clinique. Après le Collège des médecins du Québec, il se voit très bien retournant à la pratique et savourant à nouveau la joie d'un diagnostic bien posé, d'un traitement qui donne de bons résultats. Mais cela, ce sera pour plus tard, quand il aura épuisé les défis que lui apportent ses fonctions à la direction de l'amélioration de l'exercice.]